samedi 29 mai 2010
HOMELIE & EDITO : "ETRE ET AGIR"
Robert Campin (Maître de Flémalle), vers 1375-1380, 1444 .
Trinité, Trône de grâce.
Musée de l’Hermitage, St. Petersbourg. Russie.
"L’Esprit unifie l’œuvre du Père et du Fils. Le Père envoie le Fils ; le Fils révèle le Père ; et l’Esprit nous guide vers cette vérité toute entière. Là où est l’Unité de la Trinité, là est l’Esprit. Là où est l’Union à Dieu, là est l’Esprit." Père Christian Lancrey-Javal
l'homélie du curé
Etre et agir
La sainte Trinité
Dimanche 30 mai 2010
Jn 16, 12-15
par le Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Nous disons du Fils de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il est l’Envoyé du Père, mais nous le disons un peu comme s’il s’était dévoué, comme s’il avait accepté sa mission à la manière d’un prophète : « Qui enverrai-je ? ». Vous connaissez ce passage sublime du livre d’Isaïe : « Alors j'entendis la voix du Seigneur qui disait : "Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ?" Et je dis : "Me voici, envoie-moi." » (Is 6, 8). Et on imagine ce que nous vivons tous les jours : « Qui est volontaire pour cette mission ? » - Tout le monde se planque jusqu’à ce qu’il y ait une bonne âme pour se dévouer, pour se sacrifier, et tous les autres respirent. Ouf.
Et s’il n’en était pas ainsi ?
Je veux dire : si cette mission du Fils n’était – je ne dis même pas une ‘corvée’ – si elle n’était pas une idée du Père réalisée par le Fils – et d’ailleurs comment cela pourrait-il être : comment pourrions-nous imaginer pareille dissociation au sein de la Trinité ? – mais si cette mission était essentielle au Fils, si c’était la nature même du Fils de réaliser l’œuvre du Père ?
Si nous considérions la Mission du Fils, son Incarnation, comme faisant partie de son être, de l’Etre même de Dieu ?
Les conséquences sont énormes.
D’abord sur notre vision de Dieu. La première conséquence est de nous donner à comprendre que la Création n’est pas un accident, mais que la Création fait partie de Dieu, de Dieu un et trine, puisqu’elle se rapporte aussi bien au Père, Créateur du ciel et de la terre, au Fils, « par qui tout a été créé » dit saint Paul, et à l’Esprit, Esprit Créateur, Creator spiritus.
La Création n’est pas une parenthèse dans l’éternité, pas plus que l’Incarnation n’est une condescendance au mauvais sens du terme, où Dieu s’impliquerait à contre-cœur, du bout des doigts. Mauvaise lecture du plafond de la Chapelle Sixtine. Dieu n’est pas comme nous : Dieu est tout entier dans chacun de ses actes. Dieu est tout entier dans l’hostie consacrée.
Dieu n’est pas comme nous. Il y a des moments dans notre vie à nous que nous serions tentés de tenir pour des parenthèses, des accidents, de jeunesse. Des moments à passer et à oublier. Dieu n’est pas ainsi : la Création n’est pas un accident. Dieu n’est pas ainsi, et en vérité nous ne devrions pas nous non plus agir de la sorte : aucune de nos journées ne devrait être une parenthèse dans notre vie. Imaginez que vous mouriez pendant une de ces parenthèses ? Le rapatriement (dans l’éternité bienheureuse, l’éternité de votre être véritable) serait compliqué.
Je vous invite à re-considérer votre vision de Dieu en acceptant qu’il n’ait pas créé le monde – comment dire ? pour « passer le temps » ( !), par désœuvrement, comme nous pouvons faire bien des choses, et bien des erreurs, mais qu’elle soit un engagement de tout son Etre.
On n’en devient pas panthéiste pour autant à voir du dieu partout, mais on en devient plus respectueux de la nature et de l’environnement, comme on est respectueux devant l’enfant d’un ami, la peinture réalisée par quelqu’un que j’aime, le plat qui m’a été préparé par celui qui me l’apporte. C’est Lui qui a fait ça. Qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.
Si nous considérons la Mission du Fils comme faisant partie de son Etre, nous en tirons une deuxième série de conséquences sur les deux autres personnes de la Trinité, en particulier sur l’Etre du Père, la Paternité de Dieu, ce que nous appelons son « Autorité » puisqu’il est l’Origine, la Source, l’Auteur de toute vie. Le Pape Benoît XVI a parlé de cette Autorité suprême lors de son Audience générale jeudi dernier 26 mai, rappelant que « hiérarchie signifie origine sacrée, qui a son origine dans le sacré, dans le sacrement ».
Le Père est Celui qui envoie le Fils.
Nous imaginons parfois que le rôle du Père est de freiner, de fixer des limites : nous avons une vision réductrice de l’autorité, alors que son rôle est moteur, qui est de donner des objectifs, de confier une mission. Il envoie bien davantage qu’il ne retient. Et quand il retient, en vérité il protège. Mais tôt ou tard, il laisse partir, il « envoie », par amour et pour aimer.
Voilà pourquoi le sommet de l’Evangile est « le commandement de l’amour », expression paradoxale puisque l’amour ne se commande pas, mais expression relative au rôle du Père, qui est à la fois l’autorité qui commande et l’amour qui libère. Le Père est Celui qui envoie. Une belle hymne du Bréviaire, « Peuples criez de joie – et bondissez d’allégresse », nous fait chanter : « Le Père envoie le Fils manifester sa tendresse ».
Toute créature a besoin des deux : nous avons tous besoin d’une autorité de régulation, qui fixe un cadre, des contraintes, des règles, mais qui ne régule que pour autant qu’elle suscite, motive, encourage. Nous en avons besoin parce que cette autorité nous fixe une mission à remplir, des objectifs à atteindre.
Dans la nature, toutes les créatures autres qu’humaines reçoivent également des directives, mais sans la liberté ni l’amour. Les animaux sont-ils intelligents ? Voilà une question bien humaine ! L’intelligence animale est évidente et remarquable, à ceci près qu’elle ne connaît ni la liberté ni l’amour. La marche à suivre est inscrite génétiquement dans l’organisme animal, sans qu’il ait la liberté d’y déroger, de l’interpréter, de se l’approprier. L’animal obéit à son instinct. Et le lion mange le dompteur. « Enfin ?! tu ne l’aimais pas ton maître ? – trop bon ».
Quand nous disons que Dieu a créé l’homme libre et intelligent, le mot important est ‘libre’. Dieu a créé la créature animale codifiée et intelligente, pré-déterminée à l’Univers. Un plan vivant, en pleine évolution, en complexité croissante … Nous retrouvons chez l’homme des traces de cette codification, comme des séquelles de l’instinct animal. Mais l’homme a reçu la liberté de participer au Plan de Dieu. Voilà le souffle qui lui est donné, insufflé : l’esprit de liberté.
Et la mission du Fils est de nous révéler ‘de l’intérieur’ ce que signifie être libre et aimer. Pour que nous entrions à notre tour dans la Communion d’amour de la Trinité, et que nous adhérions et répondions librement à l’œuvre d’amour du Père. Jésus en parle en termes simples : Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera.
Vous pourriez relire de façon détaillée l’emploi du mot « œuvre » dans l’évangile de saint Jean, voir comment le Christ dit : "Mon Père est à l'oeuvre jusqu'à présent et j'oeuvre moi aussi" (Jn 5, 17). Cela permet de comprendre le rôle de l’Esprit-Saint, son rôle unificateur : l’Esprit unifie l’œuvre du Père et du Fils. Le Père envoie le Fils ; le Fils révèle le Père ; et l’Esprit nous guide vers cette vérité toute entière. Là où est l’Unité de la Trinité, là est l’Esprit. Là où est l’Union à Dieu, là est l’Esprit.
J’en viens à une troisième série de conséquences sur notre compréhension du lien entre être et agir : être, c’est mettre en acte. Souvent nous parlons de nos activités comme de quelque chose d’extérieur, d’extrinsèque, de secondaire au mauvais sens du mot : dont on pourrait faire l’économie. Alors que l’agir est la marque du vivant. Dieu crée parce que Dieu est la Vie. Et l’éternité est et sera créatrice. Vivante ! Pas ce repos éternel et passif des cimetières silencieux … Mais bien le chant éternel et mélodieux de louange à la Gloire du Père !
On entend ainsi de fausses séparations entre l’être et l’agir, par exemple pour les religieux ou les sages qui auraient choisi la meilleure part : celle de l’être. Mais les religieux ne sont pas dans un être abstrait : ils prient ! C’est une activité intense. Simplement, ils cherchent à faire ce qu’ils sont. Un ami prêtre militait pour ce qu’il appelait la contempl-action. On pourrait aussi parler de la pri-être. Par la prière, nous apprenons à être. Enfants de Dieu.
Si la Mission du Christ fait partie de son Etre, si Dieu est présent en chacun des ses actes, il devrait en être de même pour chacun de nous : nous devrions nous trouver dans ce que nous faisons, et non pas nous y perdre. Cela suppose que nous acceptions de recevoir de Dieu notre identité et notre mission.
A ses disciples qui sont allés lui chercher à manger, Jésus répond : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin » (Jn 4, 34). Voilà ce que nous recevons dans l’Eucharistie : notre mission. L’Eglise, qui agit au nom du Christ, est en effet la seule ‘institution’ humaine à confier à chacun, à chaque personne humaine, même aux plus vieux, aux plus pauvres, aux plus faibles, une mission, au minimum une mission de prière, une mission d’amour - sans craindre, faut-il ajouter, d’empiéter sur sa liberté. Nous disons à chacun : Dieu t’a confié un talent, il t’a donné la vie, la volonté et l’être, pour entrer dans son Amour, dans la communion d’Amour et le mystère de la Trinité. Tu ne comprends pas le mystère de la Trinité ? Entre, entre dans le mystère de l’Amour.
L’image familiale du père, de la mère et de l’enfant, pour représenter la Trinité, est juste si elle désigne ma relation aux trois, au fait que ma relation à chacun d’eux, à chacun des trois, conditionne ma relation aux deux autres, dans une relation parfaite d’amour : si j’aime l’un, j’aime les deux autres, au nom de l’amour qui les relie tous les trois. Je ne peux avoir de relation sincère et véritable avec l’un qui n’engage la même relation avec les deux autres. C’est bien le Christ qui nous a appris à prier Notre Père. Comme c’est l’Esprit qui fait de nous des fils. La nouveauté de ce mystère est radicale ; elle est également permanente.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Retable de Landauer d'Albrecht Dürer,
représentant une Adoration de la Sainte Trinité, 1511
Lecture du Livre des Proverbes 8, 22-31
Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m'a faite pour lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes. Avant les siècles j'ai été fondée, dès le commencement, avant l'apparition de la terre. Quand les abîmes n'existaient pas encore, qu'il n'y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n'avait fait ni la terre, ni les champs, ni l'argile primitive du monde, lorsqu'il affermissait les cieux, j'étais là. Lorsqu'il traçait l'horizon à la surface de l'abîme, chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l'abîme ; lorsqu'il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n'en franchissent pas les rivages, lorsqu'il établissait les fondements de la terre, j'étais à ses côtés comme un maître d’œuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 16, 12-15
Retable de Landauer d'Albrecht Dürer, représentant une Adoration de la Sainte Trinité, 1511
À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière.
En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu, et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Robert Campin (Maître de Flémalle), vers 1375-1380, 1444 .
Trinité, Trône de grâce.
Musée de l’Hermitage, St. Petersbourg. Russie."Détail"
édito
du Dimanche 30 mai 2010
La sainte Trinité
Année C
Suscipe, sancta Trinitas …
Nos frères juifs appellent le sacrifice d’Abraham (Gn 22), la ligature d’Isaac. Je me souviens de l’émotion d’un ami juif quand j’avais repris ce nom. L’Eglise a fait un pas plus important, l’an dernier, par la décision de ne plus utiliser le mot Yahvé pour l’imprononçable. Ce sont de beaux signes fraternels. Néanmoins le « sacrifice d’Abraham » a l’avantage de replacer le sacrifice du Christ comme un don du Père : « Il a tant aimé le monde – qu’il a donné son Fils unique ».
Le Canon romain mentionne le sacrifice de notre Père Abraham, avec deux autres types de sacrifice de l’Ancien Testament, d’Abel et de Melchisédech : Abel est un enfant et Melchisédech un personnage mystérieux qui apparaît au livre de la Genèse, apportant du pain et du vin. La Lettre aux Hébreux dit qu’il est « sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et dont la vie n'a pas de fin »
(cf. He 6, 20 – 7, 3).
On peut assimiler Melchisédech au Fils de Dieu, mais aussi reconnaître en lui une figure de l’Esprit-Saint : « Sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et la vie pas de fin », c’est bien le fait du souffle de l’Esprit, dont tu ne sais pas d’où il vient ni où il va
(cf. Jn 3, 8).
L’intérêt est de voir dans les trois figures d’Abel, Abraham et Melchisédech, une image trinitaire, du Fils, du Père et de l’Esprit, rappelant que le sacrifice pascal n’est ni seulement un don du Fils ni seulement un don du Père, mais le don de la Trinité toute entière.
La forme extraordinaire de la Messe comporte une prière à la Trinité sainte au moment de l’Offertoire, le Suscipe, sancta Trinitas : « Recevez, Trinité Sainte, cette Offrande, que nous Vous présentons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ notre Seigneur » - qu’elle serve à l’honneur et au salut des hommes, « et que les Saints dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans les cieux ».
Père Christian Lancrey-Javal, Curé
vendredi 21 mai 2010
HOMELIE DE PENTECOTE: "LA FORCE DE L'AMOUR"
l'homélie du curé
La force de l’amour
Pentecôte
Dimanche 23 mai 2010
Jn 14, 15-16. 23-26
Nous disons fréquemment d’une personne qu’elle nous donne son énergie. J’étais fatigué, déprimé, j’avais essuyé quelques revers, encaissé quelques contrariétés : voilà que je retrouve cet(te) ami(e) – ça peut même se faire au téléphone ! On se parle. Et ça va mieux. Il ou elle m’a remonté le moral. C’est une définition de l’énergie : une force morale.
On tient là, dans cette communication d’énergie, une part appréciable et sous-estimée de l’amitié, voire du mystère de l’amour : une affinité qui fait que deux personnes se renforcent mutuellement. Elles s’énergisent si j’osais cet anglicisme pour la fête de ce jour, l’événement de la Pentecôte : une fête de l’énergie.
Notre tradition culturelle, aussi bien latine qu’humaniste et psychologique est peu sensible à ces phénomènes, voire y est réfractaire. Notre approche est timide, qui préfère parler d’ondes que de forces. On dira facilement, à l’inverse des phénomènes bénéfiques, que certaines personnes dégagent des ondes négatives : on fait l’expérience à leur contact d’un malaise indéfinissable.
Cette approche, plus magnétique, qui préfère parler d’ondes que de forces, est intéressante qui ne révèle pas seulement la faiblesse du vocabulaire, le déficit de langage, voire de pensée, mais qui situe l’enjeu au niveau de l’être, de la personne, plutôt que de la relation. On raisonne alors en termes d’émanation plutôt que d’échange.
On dira ainsi qu’il émane quelque chose de quelqu’un, ce qui est fatalement très contestable parce qu’il s’agit toujours d’une impression subjective de ce que je perçois, faute de moyens et d’instruments de mesure. Comment mesurer le charme d’un homme ou d’une femme, son ‘magnétisme’, sinon au nombre de personnes qui y sont sensibles ?
Dans notre culture, on ne va guère plus loin : il ou elle a du charme. Et on mélange allègrement une attirance à caractère sexuel, et une énergie.
Lorsque sainte Faustine reçoit cette vision du Christ Jésus, avec la mission d’en faire faire un tableau, de la faire peindre, dans ce portrait en pieds de Jésus que vous connaissez sans doute, elle reçoit cette confirmation de ces deux phénomènes spirituels dont on trouve de multiples traces dans l’Ecriture, à savoir d’une part d’un halo de lumière qui entourait le Christ, et par ailleurs d’une force qu’il avait en lui, dont la manifestation la plus spectaculaire est la façon dont il lui suffit, au moment de sa Passion, et de son arrestation, de dire : « c’est moi », pour que les soldats venus l’arrêter, trébuchent et tombent en arrière (Jn 18, 6).
Des ondes se dégagent de tout être humain, et pas seulement de ceux qui sont investis d’un pouvoir ou d’une mission – qui fait par exemple que Jeanne d’Arc, venue trouver le Roi à Chinon, le reconnaît dissimulé dans un groupe de courtisans : c’est autant son intuition à elle, que son émanation à lui -, bref ces ondes que nous avons tous, même si nos scientifiques sont incapables de les mesurer pour l’instant, proviennent possiblement d’une source intérieure.
On peut estimer, si on croit à l’unité de la personne, que ces ondes ne sont pas désordonnées ni diffuses, mais qu’elles sont canalisables en des forces dont nous devrions pouvoir faire un usage bien plus grand et bien plus intéressant que celui que nous en faisons.
C’est ce que font les magnétiseurs. C’est ce que font certains orateurs, à fort charisme, dont le pouvoir sur les foules dit la capacité à maîtriser et à concentrer dans une relation à un groupe des ressources qui sont chez d’autres inexploitées. Absentes ou inexploitées ?
Si nous creusions un petit peu la question de l’énergie, dans la perspective d’une meilleure compréhension de l’énergie humaine, nous constaterions d’abord qu’elle ne se crée pas. Rien ne se crée en matière d’énergie. Il n’existe pas à proprement parler de création d’énergie dans l’univers : toutes les sources d’énergie sont naturelles, qui proviennent soit de matières premières (charbon, pétrole, uranium) soit de phénomènes naturels (marées, vents, soleil) et renvoyant aux éléments les plus fondamentaux, l’eau, le souffle, le feu.
Le génie de l’homme n’est pas dans la création d’énergie mais dans sa découverte et sa bonne utilisation : l’exemple type est l’énergie atomique.
Le premier enjeu de l’énergie s’appelle réceptivité : intelligence et réceptivité, pour l’accueil et l’orientation des forces naturelles. Au jour de la Pentecôte, les Apôtres étaient réunis depuis dix jours à prier : ils ne sont pas entrés ce jour-là dans la chambre haute pour recevoir l’Esprit-Saint. Ils étaient déjà réunis, ensemble, et même nombreux parce que s’il existe un lien personnel, individuel au Christ, il existe uniquement un lien collectif, communautaire à l’Esprit.
L’Esprit qui est donné aux Apôtres au jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint dont nous disons qu’Il est la 3ème personne de la Trinité et l’âme incréée de l’Eglise, a pour effet immédiat de faire des Apôtres les messagers du Christ, capables d’annoncer sa Résurrection : le Christ est Seigneur.
La grâce et le critère de l’Esprit-Saint est de rendre le Christ présent : « il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26).
Dans notre réflexion sur l’énergie, l’intérêt n’est pas sa captation, mais son orientation. Comment l’énergie se communique-t-elle ? Par infusion ? Suffit-il, comme notre monde re-paganisé le propose, de bronzer au soleil, de respirer au grand air, de se baigner en eau claire, pour renouer avec des forces – voire se soumettre à des forces dont tous les premiers siècles chrétiens, tous les plus grands Saints, en particulier en France saint Martin, ont cherché à libérer les hommes qui y étaient asservis. A libérer l’humanité du paganisme et de l’idolâtrie.
L’hypothèse que je vous propose, qui est bien davantage qu’une hypothèse parce qu’elle est en totale adéquation à la foi de l’Eglise, est que nous ne pouvons alimenter énergétiquement notre humanité que par une autre humanité, - ça s’appelle l’amour, et dans sa forme historique la plus accomplie, cette humanité est celle du Christ, Dieu fait homme.
Bien sûr, sur le seul plan affectif, de notre besoin vital d’aimer et d’être aimé, nous pouvons concentrer notre affection sur un animal de compagnie, un chien ou un chat. Comme le disent très justement certaines personnes qui ont trop souffert : lui au moins ne me trahira pas. Diminuer le risque de trahison diminue d’autant le bénéfice de communion. De même qu’au grand air, je respire, qu’au soleil, je me réchauffe, que dans l’eau je baigne, et tout ça est bien agréable mais je ne reçois pas l’amour, de même avec un chien ou un chat, je reçois une chaleur mais je ne reçois pas l’amour.
L’Esprit-Saint, qui est donné à l’Eglise au jour de la Pentecôte, qui nous est transmis à notre entrée dans l’Eglise, au jour de notre baptême, et confirmé à notre confirmation, ne donne peut-être pas la chaleur affective que l’on souhaiterait, mais il donne l’amour parce qu’il rend le Christ présent dans notre vie : « Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11).
Le lien au Christ, dans notre humanité révélée, et dans son humanité glorifiée, me permet d’être qui je suis, pour autant que j’accepte la nature énergétique de ce lien.
La prière de délivrance prononcée sur l’enfant au jour de son baptême, la prière d’exorcisme dit : « Donne-lui la force du Christ, et garde-le/la tout au long de sa vie ». Et avant d’imposer les mains ou de faire l’onction d’huile des catéchumènes, le prêtre ajoute : « N*, que la force du Christ te fortifie, lui qui est le Sauveur et qui vit pour les siècles des siècles ».
Frères et sœurs, certains d’entre vous demandent parfois si la Pentecôte est la fête du don de l’Esprit (sa venue sous forme de langues de feu sur les apôtres) ou la fête de l’annonce de la Résurrection (le parler en toutes les langues) ... Les deux ! Nous recevons l’Esprit pour ressembler au Christ – et annoncer les merveilles de Dieu.
De la même façon que le peuple d’Israël reçoit le don de la Loi (c’est ce qu’on célébrait alors au jour de la Pentecôte) pour la mettre en œuvre. La Loi n’a d’intérêt que si l’on s’en sert. De même, la question de l’énergie n’est pas morale : « à quoi est-ce que tu dépenses ton énergie ? à quoi est-ce que tu occupes tout ton temps, et consacres tes forces ? ». L’énergie est spirituelle : « Quelle est la source de ton énergie ? ». Ce n’est pas la libido, comme le proclament les magazines, c’est l’amour.
Il y a six mois, le Pape Benoît XVI a consacré son audience générale (2 décembre 2009) à un grand inconnu, Guillaume de Saint-Thierry, qui fut le biographe et l’ami de saint Bernard, au douzième siècle. Dans l'une de ses œuvres intitulée La nature et la dignité de l'amour, se trouve exprimée l'une des idées fondamentales de Guillaume, « valable également pour nous » disait le Pape, à savoir que « l'énergie principale qui anime l'âme humaine est l'amour.
La nature humaine, dans son essence la plus profonde, consiste à aimer. En définitive, une seule tâche est confiée à chaque être humain : apprendre à aimer, sincèrement, authentiquement, gratuitement. Mais ce n'est qu'à l'école de Dieu que cette tâche est remplie et que l'homme peut atteindre l'objectif pour lequel il a été créé ».
Le cœur est un moteur, l’amour divin est son énergie, et c’est dans le Corps du Christ que nous le vivons.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Lecture du Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11
Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit.
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

Lecture de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 8-17


Frères, sous l'emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu. Or vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair. Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez. Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : "Abba !".
C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15...26
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
samedi 8 mai 2010
EDITO & HOMELIE:"L'AMOUR DU PERE"

'La Création d'Adam' par Michel-Ange , chapelle Sixtine, à Rome : Les deux mains s'élançant l'une vers l'autre de façon irrésistible sans jamais parvenir à se joindre. La mains du Père et celle du Fils, l'une venant de l' esprit, l'autre partant du corps.Raison et sentiment...
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 23-29
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé.
Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : "Je m'en vais, et je reviens vers vous." Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.
Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. »

Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : "Je m'en vais, et je reviens vers vous." Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.
Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. »
l'homélie du curé
L’Amour du Père
6ème Dimanche de Pâques
Dimanche 9 mai 2010
Jn 14, 23-29
par le Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Le Chrétien est celui qui appelle Dieu : « Notre Père ». Certains vont plus loin en considérant que nous sommes tous des enfants de Dieu. En puissance, oui. Mais en vérité nous le sommes par notre baptême. D’ailleurs la question ou le critère n’est pas tant de l’être en soi que de se comporter comme tels, d’aimer Dieu comme un Père et de nous aimer les uns les autres comme des frères.
Je voudrais vous parler de cet esprit chrétien, esprit filial et fraternel, et vous livrer quelques réflexions sur la paternité. Quatre ou cinq réflexions qui seront loin d’épuiser le sujet, mais qui correspondent à l’évangile de ce dimanche.
Il y a quelque chose que je n’ai pas et que je n’aurai jamais : je n’aurai jamais l’âge de mon père. J’aurai le même âge que celui qu’il a eu à un moment de sa vie, mais nous ne serons jamais à égalité : il y a, entre un père et son enfant, la distance irréductible du temps et de l’expérience. Le père est par nature celui qui devance le fils (le fils ou la fille – j’emploierai l’un pour les deux dans les lignes qui suivent), qui est plus avancé en âge. Même s’il reproduit le même schéma : un de mes amis père de famille me disait : « je m’entends dire à mon fils ce que mon père me disait. Et je suis sans illusion sur ce qu’il comprend vu que moi à son âge je ne comprenais rien ». Voilà une parole humble et lucide, et fraternelle.
Ce décalage irrattrapable, entre êtres humains, entre un père et son enfant, exige un renoncement, qui n’incombe pas à l’enfant mais au père. Qu’un père et son fils (ou sa fille) ne puissent jamais être à égalité, ne serait-ce que d’âge, impliquent que l’un des deux y renonce, et celui qui doit y renoncer en premier, en prendre conscience le premier, c’est le père.
Le père est celui qui renonce. A la naissance de l’enfant, il renonce à l’exclusivité de sa femme. Il renonce aussi à l’exclusivité de son enfant, à avoir la même proximité avec lui que sa femme, puisque c’est elle qui l’a porté et engendré. Il renonce à ce que son fils soit jamais son copain. Il renonce en fait à ce que son fils lui soit identique. Il en a caressé le rêve, plus ou moins consciemment, comme dit l’évangile, de « tout remettre entre ses mains ». Dans l’ordre divin, où la paternité n’est pas temporelle, où l’engendrement est absolument spirituel, et non pas de chair et de sang, le Père peut tout remettre entre les mains du Fils, comme le Fils, le moment venu, dans le Sacrifice suprême de la Croix, peut tout remettre entre les mains du Père. Mais dans l’ordre humain, le père est celui qui renonce à faire de son fils, le même que lui, son survivant, son prolongement. « Est-ce que vous regrettez de ne pas voir d’enfants ? » - La question était posée à un célibataire qui répondait : « Ce à quoi j’ai renoncé, c’est un prolongement de moi-même ». Je ne suis pas convaincu que ce soit ça la paternité.
Abraham représente dans la Bible la première figure du père, la figure exemplaire, le patriarche au sens de prototype. Le Père Marie-Dominique Philippe, dans « Toute paternité vient de Dieu (être père aujourd’hui) » (Parole et Silence, 2009), dit que « la première chose que Dieu reprend (élève) dans le cœur d’Abraham », c’est, dans sa bénédiction, sa vocation de patriarche.
Mais il montre aussi à quel moment Abraham devient véritablement père : ce n’est ni à la naissance d’Ismaël, ni à la naissance d’Isaac, mais au moment du sacrifice. Quand Abraham renonce à garder pour lui son fils Isaac ; quand il obéit à Dieu qui lui demande d’aller sur la montagne l’offrir en sacrifice.
Il renonce par amour. Nous entendions dimanche : « comme je vous ai aimés ». Comment le Christ a-t-il aimé ? En renonçant. En renonçant à faire valoir ses droits (d’être traité à l’égal de Dieu), à la considération, à être payé en retour etc.
Le 1er acte de paternité, l’acte fondateur (en terme de responsabilité et non pas de sensation) est un acte d’amour et de renoncement. A proprement parler, un sacrifice. Un sacrifice pour le père, et une condition de liberté pour le fils.
Nous définissons le Père comme celui qui engendre, qui donne la vie. Il fait bien plus que cela : il se sacrifie en son Fils, parce qu’il est celui qui donne la liberté tout autant que la vie. Il est celui qui libère, qui accepte, et c’est si mystérieux de la part de Dieu, que sa place soit relative. Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré du pays d’Egypte, et, qui en te libérant, te donne la liberté d’être infidèle. Qui accepte, par amour, la possibilité de te perdre.
Dans l’Histoire, et dans la vie quotidienne, la difficulté de ce renoncement du père se manifeste dans la tentation permanente pour les hommes « d’installer » leur fils à leur place. Si la Bible accorde une telle importance à la monarchie héréditaire des premiers siècles, c’est parce que s’y trouve cette propension pécheresse à se survivre par soi-même en son fils.
A l’inverse, la véritable paternité se fait dans la liberté laissée aux enfants de suivre leur propre route, et on en trouve l’expression la plus scandaleuse dans la parabole du fils prodigue, dans la revendication du fils de disposer de l’héritage du père : « donne-moi la part qui me revient ».
En renonçant à disposer pour lui de son fils (ou de sa fille), le père humain reconnaît la nature relative de la paternité humaine : elle est effectivement relative, seconde, « participée ». Le père humain est le fils d’un père précédent. Même Adam, dans la généalogie de Matthieu, est dit fils – fils de Dieu. Il existe une seule paternité absolue, celle de Dieu : « vous n’avez qu’un seul père, votre Père des Cieux ».
C’est de cette paternité-là que nous devons partir pour comprendre ce que signifie aimer, engendrer, éduquer, et non l’inverse. Le plus grand obstacle à la foi chrétienne consiste à se faire une idée de la Paternité de Dieu à partir de la paternité humaine, à imaginer Dieu à partir des expériences si restreintes que nous avons de l’amour. Tout ce que nous connaissons de la paternité dans l’ordre humain est une paternité relative, déléguée, seconde, une paternité participée. Mieux : une paternité héritée.
Et je transmets à mon tour, de façon plus ou moins lucide et consciente, l’héritage que j’ai reçu, héritage biologique, psychologique, culturel et spirituel. Quand elle est volontaire, cette transmission s’appelle l’éducation. Le père est un éducateur. Le père instruit ses fils. La principale responsabilité du père est l’éducation.
Le rôle du père est de fixer des objectifs – de donner une mission, tracer un chemin. En prenant garde à ne pas fixer des objectifs que l’enfant ne pourrait pas atteindre, à ne pas proposer des choix qu’il ne peut pas faire (spécialité de notre époque). En prenant garde à sanctionner les fautes et les dérapages : instruire, c’est aussi sanctionner, non pas suivant des critères subjectifs, mais en respect des Commandements de Dieu.
Il faut avoir une vision plus large qu’intellectuelle de l’éducation et de la formation : de même que nourricier ne signifie pas alimentaire, car l’homme ne vit pas que de pain, la formation est morale et spirituelle, qui s’accomplit dans l’ordre de l’amour. L’Eglise le rappelle chaque Samedi (soir) : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répèteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé » (Dt 6, 4-8a).
L’évangile de ce dimanche porte mention du rôle de l’Esprit-Saint dans cette éducation : « il vous enseignera » (Jn 14, 26) (cf. « il vous expliquera », Jn 16, 14 et 15).
Une 3ème responsabilité du Père est symbolisée dans le pouvoir de nomination : le père donne son nom à son fils. On le voit de façon spectaculaire à la naissance de Jean-Baptiste comme dans l’annonce faite à Joseph : « elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus » (Mt 1, 21). Ce pouvoir a été mal compris, et c’est pourquoi le passage de l’évangile de saint Matthieu où Jésus demande à ses disciples de ne donner à personne le nom de Père (« n’appelez personne votre ‘Père’ sur la terre ; car vous n’en avez qu’un, le Père céleste », Mt 23, 9) gagne à être mis en parallèle à la rencontre chez saint Luc du jeune homme riche, un notable qui l’appelle : « Bon maître » - « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul » (Lc 18, 19).
Cette discussion (pourquoi m’appelles-tu bon) n’est pas de pure forme, qui concerne le pouvoir de parole du père. Il recouvre toute la désignation des choses, comme le montre le deuxième récit de la Création, cf. Gn 2, 19 : le Seigneur amena à l’homme toutes les créatures « pour voir comment celui-ci les appellerait : chacune devait porter le nom que l’homme lui aurait donné … ». Ce n’est pas un pouvoir de domination, mais d’aide : il vise une aide qui lui soit assortie. Le père (spirituel) est celui qui aide à nommer, à mettre des mots dessus : ce que tu ressens, c’est ça. Ce que tu fais, c’est ça. « Ce que tu fais là ne s’appelle pas ‘prendre du bon temps’, mais perdre son temps ! ».
Au-delà des applications morales, le père a surtout le pouvoir de dire à son enfant qui il est : un enfant de Dieu.
La 4ème responsabilité du Père est de protéger. En étant présent : la mission du Fils de Dieu est de rendre le Père présent. Nous viendrons chez Lui. Qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. Le « père absent » est la plus grande atteinte à la paternité, parce que son rôle est de veiller. D’être là : pour protéger, pour nourrir, pour instruire. Pour veiller. D’où la place éminente, suréminente même, de saint Joseph. L’acte d’adoration des enfants de Dieu signifie de la façon la plus forte la présence du Père. Invisible, spirituelle, source de lumière, de chaleur et de sécurité. Ne craignez pas.
Si le rôle du père est de protéger, et de protéger par amour, et non pas comme un bien précieux qui m’appartiendrait, et que je possèderais au point que je préfèrerais le détruire plutôt qu’il ne tombe en des mains étrangères … Bref, si c’est l’amour qui conduit le père, c’est aussi indissociablement le pardon.
Il lui incombe de pardonner, comme il s’est évertué à instruire, comme s’il est résolu à châtier, comme il a appris à renoncer : pardonner, c’est renoncer – à une certaine idée de la justice, à la tentation de la vengeance.
Le fils tôt ou tard va se heurter au père, pour trouver ses propres limites, et acquérir sa liberté. Cette confrontation ne signifie pas qu’il doive « tuer le père », suivant ce mythe aux emplois pervers. Il va se heurter à son père, comme nous passons notre temps à nous heurter à nos frères, sans que cela fasse de la vie fraternelle une vie de conflits et de compromis, mais une construction permanente : l’amour est vivant et l’homme est pécheur.
Lors de l’Angélus du 4ème dimanche de Carême (14 mars 2010), commentant la parabole du fils prodigue, Benoît XVI disait que « les deux fils représentent deux modes immatures de relation avec Dieu : la révolte et une obéissance infantile ». Et il ajoutait : « Ces deux formes se surmontent grâce à l'expérience de la miséricorde. Ce n'est qu'en faisant l'expérience du pardon, en nous reconnaissant aimés d'un amour gratuit, plus grand que notre misère, mais aussi que notre justice, que nous entrons finalement dans une relation vraiment filiale et libre avec Dieu ».
L’expérience du pardon est indispensable à notre maturité. Qui me pardonne m’élève.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
édito
du Dimanche 9 mai 2010
6ème Dimanche de Pâques
Année C
« La paix, un don de Dieu confié aux hommes »
Parmi les aspirations les plus profondes de l’humanité que sont la vérité, la justice, la joie, le travail, le logement, la liberté, il y a LA PAIX. Nous savons bien que celle-ci ne peut advenir entre les hommes que si les autres sont, elles aussi, satisfaites. Il y a interactions entre elles. Accueillir la paix de Dieu c’est œuvrer au bonheur des autres. Chacun selon son charisme et ses sensibilités.
par le Père Alain Michaud
Quand le Seigneur confie « sa paix » aux apôtres comme à tous ses disciples, il fait d’eux, puis de nous, des « artisans de sa paix ».
Cette paix n’a rien de statique comme le laisseraient entendre bien de nos expressions courantes : « Fiche-moi la paix et laisse-moi tranquille … Ici on vit en paix : il ne se passe rien … Après tous ce qu’on vient de vivre, ouf ! Un peu de paix … Cessez tous ces changements, qu’on nous laisse la paix … Bon, faisons la paix entre nous et évitons de nous revoir… » Pour beaucoup « avoir la paix » c’est se replier sur soi, dans son coin. Cette paix n’est pas celle que Dieu nous propose.
Celle que Dieu nous donne est « ouverture aux autres ». C’est celle-là que nous avons à incarner. Elle surgit en notre vie au terme d’une tension qui sollicite en permanence notre attention au cœur de chacune de nos relations pour que celles-ci deviennent « nouvelles ». C’est ainsi que nous deviendrons des « être nouveaux » en vue d’un « monde nouveau » dans le Christ. Vivre de la paix de Dieu, c’est faire route ensemble.
Accueillir la paix de Dieu, être artisan de paix n’est pas une cure de repos. C’est combattre tout ce qui conduit à la haine, la violence, la division ou l’injustice. C’est lutter contre le mal et le péché qui sont en nous. C’est une démarche de conversion pour changer notre cœur et nos pensées et permettre à l’Esprit Saint d’agir par nous et avec nous. Mais aussi « en nous » pour nous donner d’être en paix avec nous-même et en communion avec le Seigneur Jésus. C’est dans nos efforts pour nous ajuster à Lui, comme lui-même s’est toujours efforcé de s’ajuster à la volonté de son Père, que nous connaîtrons la joie et la paix de Dieu et que nous pourrons en vivre et en rayonner.
Que l’Esprit Saint nous éclaire et soutienne pour y parvenir.
Père Alain Michaud
dimanche 2 mai 2010
HOMELIE :"la cause de nos difficultés à aimer..."
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La Cène (1495-1498) de Léonard de Vinci,couvent de Santa Maria delle Grazie:interparole-catholique-yvelines.cef.fr/
5ème Dimanche de Pâques
Dimanche 2 mai 2010
Jn 13, 31 ... 35
"Voilà pour l’heure, en nos vies en ce monde, la cause de nos difficultés à aimer : l’obscurcissement de notre conscience et la déficience de notre volonté." Père Christian Lancrey-Javal
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13, 31...35
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt.
Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres...
l'homélie du curé
Je veux t'aimer, mon Dieu
5ème Dimanche de Pâques
Dimanche 2 mai 2010
Jn 13, 31 ... 35
par Le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin à Paris Nous connaissons deux formes parfaites de l’Unité : le mystère de la Trinité, dont je vous ai dit quelques mots dimanche dernier, l’unité par l’égalité absolue du Père, du Fils et de l’Esprit.
L’autre perfection d’unité est le mystère du Christ, Dieu fait homme : l’unité par l’union des deux natures, divine et humaine, en une seule personne, le Christ-Jésus.
D’abord, ou de toute éternité, nous avons à contempler la nature divine de la Trinité, trois personnes dont les relations sont infinies et infiniment belles et éternellement créatrices, mystère sublime de l’amour et de la vie. La deuxième lecture de ce dimanche dit cette force créatrice : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).
Et ce mystère de la Trinité nous a été révélé dans l’Histoire par et en une personne, par Lui avec Lui et en Lui, le Christ, en qui sont parfaitement unies les deux natures divine et humaine, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.
L’Eglise a condensé ce mystère de l’Incarnation dans une formule à quatre mots, pour écarter toute erreur, qui dit que cette unité dans le Christ se fait « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation » ( Concile de Chalcédoine - 451).
L’unité « sans confusion » est facile à comprendre pour nous qui ne cessons d’être mis en garde contre ce qui serait trop fusionnel (où l’on se perdrait).
« Sans changement » dit bien que l’humanité du Christ est pleinement humaine, souvent on entend dire : ‘oui, mais c’est facile pour Lui, il est Dieu’.
« Sans division et sans séparation » écartent toute idée de délimitation ou de frontière, même intérieure, comme toute idée de juxtaposition de réalités qui seraient mises côte à côte : on ne peut pas séparer l’un de l’autre, au point qu’on peut dire que Dieu est mort sur la Croix !
C’est deux siècles plus tard (au 6ème Concile œcuménique, le 3ème de Constantinople - 680-681) que la définition de la divinité du Christ (qui posait plus de problèmes que son humanité que tous les témoins attestaient), et donc l’unité de sa personne a trouvé son plein aboutissement avec la reconnaissance d’une double volonté, un vouloir humain et un vouloir divin. Il y a en Jésus une volonté humaine, semblable à la nôtre, et une ou plutôt la volonté divine.
Je signale, et je vous en parlerai au moment de l’Ascension, que le Christ est monté au Ciel avec son humanité, et donc avec ce vouloir humain : il y a place au Ciel, dans l’éternité, pour la volonté humaine. La volonté ne disparaît pas avec la mort physique. Elle fait partie, comme notre conscience, de notre âme : le mot ‘âme’ désigne en effet cet élément immortel donné par Dieu au moment de notre conception, et doué de conscience et de volonté. Le fœtus dans le ventre de sa mère a une conscience, comme le malade dans le coma. C’est pour ça qu’on leur parle, même s’ils ne répondent pas. Trop souvent nous réduisons la conscience à un mode de relation, un état de conscience.
De même, ces êtres qu’on dit inconscients ont une volonté. Qui ne disparaît pas quand ils meurent. Notre volonté sera même la condition de notre entrée dans l’éternité de Dieu, la condition de notre entrée au Paradis : le veux-tu ? Une condition nécessaire, pas forcément suffisante.
Dans l’éternité, nous n’aurons plus de problèmes d’intelligence ni de mémoire : nous aurons rejoint les Anges dans la connaissance immédiate. Ce sera d’ailleurs la plus grande différence pour notre corps que ce dépassement de toute médiation sensible et temporelle - il ne sera plus question d’intelligence ni de mémoire, mais de conscience et de volonté.
Voilà pour l’heure, en nos vies en ce monde, la cause de nos difficultés à aimer : l’obscurcissement de notre conscience et la déficience de notre volonté.
L’obscurcissement de notre conscience parce que les petits enfants ont spontanément, à l’âge métaphysique, conscience de Dieu, et foi en Dieu. Ils ne sont pas totalement « innocents », et même de moins en moins, parce qu’ils sont marqués par le péché originel, ou par ses séquelles quand ils ont été baptisés. Mais ils ont cette lumière que leur famille et la société peut soit faire grandir soit étouffer.
Quant à la déficience de notre volonté, elle est cette expérience universelle qui fait que nous en arrivons tous à ne pas faire ce que nous voudrions et à faire ce que nous ne voudrions pas (cf. Rm 7, 15-25). Tous, sauf le Christ, qui nous a révèle ainsi que cette volonté n’est pas structurellement viciée : elle est blessée. A purifier. A redresser. La modernité a introduit un élément de confusion en définissant l’homme comme un être de désir, alors que ce mot de désir recouvre des réalités très différentes, et que l’enjeu de notre vie se fait dans le passage du désir à la volonté. La volonté d’aimer, le véritable « amour spirituel ».
Voilà ce que nous avons à mettre en œuvre, suivant ce commandement que le Christ donne dans l’évangile : éclairer notre conscience et éduquer notre volonté. Les deux vont de pair parce qu’ils correspondent à l’interaction et l’unification progressive de notre être (notre conscience) et de notre agir (notre volonté).
Eclairer sa conscience revient à comprendre qui nous sommes : créés par Dieu, avec sagesse et par amour. Eduquer notre volonté vise à ce qu’elle coïncide avec ce que nous sommes en vérité. Evidemment, notre intelligence, notre mémoire, notre liberté sont mobilisées pour cela, mais plus encore notre foi, c’est-à-dire notre capacité d’accueil de la grâce. C’est ce que nous avons entendu dans la 1ère lecture de ce dimanche, dans cette exhortation, cet encouragement à « persévérer dans la foi ».
Et ce chemin de croissance, de convergence, de vérité de tout notre être est le Christ lui-même, qui est venu « pour faire, non pas ma propre volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé » (Jn 6, 38).
Dans le Christ, la volonté humaine et la volonté divine sont unies, dans une parfaite harmonie, que la Tradition a symbolisée dans le mystère du Cœur sacré de Jésus, symbole de cette Unité : « comme je vous ai aimés », dit Jésus, c’est-à-dire non pas tantôt d’un cœur humain tantôt d’un cœur divin, mais d’un seul cœur, le cœur de Dieu.
On en a une très belle illustration dans chef d’œuvre de la littérature, la légende du Grand inquisiteur, au chapitre 5ème du Livre 5ème des « Frères Karamazov » : Dostoïevski imagine que Jésus revient au moment de l’Inquisition, au XVIème siècle à Séville.
Il a voulu revenir discrètement, mais tous le reconnaissent. Il guérit un aveugle, et, sur le parvis de la cathédrale, ressuscite une fillette. À ce moment passe le cardinal Grand inquisiteur, un vieillard de quatre-vingt-dix ans. Il fait jeter le Christ en prison.
La nuit tombée, il va le visiter. Suit un long réquisitoire où il reproche à son prisonnier – qui garde le silence - d’avoir donné aux hommes trop de liberté : les hommes ne la méritent pas et surtout les hommes ne la veulent pas.
Ce Grand inquisiteur est l’exact portrait du système médiatique.
As-tu donc oublié que l’homme attache plus de prix à sa tranquillité qu’à sa conscience ? - « Rien de plus séduisant à première vue que la liberté de conscience, mais rien n’est plus torturant en réalité … Au lieu de maîtriser la liberté humaine, tu l’as amplifiée … Tu voulais que les hommes te donnent librement leur amour … Ne prévoyais-tu pas que, ployant sous le terrible fardeau de leur liberté, les hommes en viendraient un jour à rejeter ton image et à mettre en doute ton enseignement ? ».
Ce mauvais vieillard fait procès au Christ d’avoir renoncé aux « trois seules forces sur la terre qui soient capables de vaincre la conscience », de la subjuguer (nous dirions aujourd’hui de les manipuler) : le miracle, le mystère et l’autorité. Il s’agit bien sûr d’une relecture des trois tentations – du miracle des pains, du pinacle du temple et de la royauté terrestre. Trois forces dont ne cessent d’abuser le système médiatique, avec les jeux (du pain et des jeux), avec la confusion du réel et du virtuel, et avec la pensée unique, l’affirmation sans nuance.
« Sous notre houlette, les hommes seront heureux et renonceront à se révolter. … Nous donnerons un bonheur humble et paisible à ces êtres faibles et lâches, le seul qui leur convienne … Nous leur permettrons même de pécher puisqu’ils sont si faibles et ils nous aimeront comme des enfants à cause de notre tolérance… ».
« S’étant tu, le Grand inquisiteur attendit une réaction de son prisonnier. Son silence lui pesait. Le captif s’était borné, pendant qu’il parlait, à fixer sur lui un regard doux et pénétrant, visiblement résolu à ne pas entrer en discussion. Le vieillard aurait préféré qu’il lui répondît quelque chose, fût-ce en lui disant des choses amères ou terribles. Sans prononcer un mot, il s’approcha soudain du vieillard et l’embrassa avec douceur sur ses lèvres exsangues de nonagénaire. Ce fut toute sa réponse. L’inquisiteur tressaille sous ce baiser, et quelque chose tremble aux coins de sa bouche. Il se dirige vers la porte, l’ouvre et lui dit : ''Va, maintenant, et ne reviens plus… plus du tout… plus jamais, jamais !'' ».
La porte que nous voulons ouvrir est une porte qui s’ouvre vers l’intérieur, vers l’intérieur de notre âme, pour que le Seigneur puisse y entrer, et y demeurer, toujours.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
édito
du Dimanche 2 mai 2010
5ème Dimanche de Pâques
Année C
Comme je vous ai aimés (Jn 13, 34)
Comment le Christ nous a-t-il aimés ?
Jusqu’au bout (Jn 13, 1).

Abbé Yves Rozo
Je pense à ces parents qui aimeront leurs enfants jusqu’au bout ; enfants devenus, quelque fois, bien différents de ce qu’ils avaient envisagé pour eux.
Je pense à ces enfants qui restent les enfants de leurs parents jusqu’au bout pour les honorer, les servir jusqu’à leur dernier souffle.
Et parfois des parents, des enfants handicapés.
Je pense aussi aux époux unis pour aller jusqu’au bout !
Tout cela est bien au-dessus de nos forces.
Comment est-ce possible, sinon avec la grâce de Dieu, c’est-à-dire la toute puissance de l’amour de Dieu en nous. Amour qui n’est ni sentimentalisme mièvre, ni volontarisme dur, mais qui est service, envoi en mission.
Or, cet amour est signe de reconnaissance des disciples du Christ. Et cela vaut pour nos familles, nos paroisses, nos communautés religieuses, nos équipes de travail, d’amis, de voisins.
Cet amour, il faut pourtant le vouloir. C’est le "oui je le veux" des époux, des prêtres !
Oui je veux engager ma vie, tout mon être, mon esprit, mon intelligence, ma santé aussi.
« L’amour est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre … Le commandement de l’amour ne devient possible que parce qu’il n’est pas seulement une exigence : l’amour peut être "commandé" parce qu’il est d’abord donné. » Dieu est amour – Benoît XVI
Abbé Yves Rozo
entretien avec
le Père Yves Rozo
" L’homme ne vit pas seulement de pain
mais de toute parole qui sort
de la bouche de Dieu "
Pour le père Yves Rozo, Saint-Louis d'Antin est un havre spirituel au milieu d’un quartier fourmillant de monde, axé sur la célébration de l’eucharistie et les confessions avec des moments forts comme « le baptême des larmes » où le pécheur se reconnaît en tant que tel mais dans la lumière de la miséricorde divine. Cette mission à Saint-Louis d'Antin convient également à son goût pour la proximité « sommes nous résolus à aller au devant des autres dans les relations très ordinaires du voisinage et les occasions de rencontre quotidienne ? ».
Le père Rozo a été 8 ans durant aumônier de la marine, embarqué à bord des bâtiments et a organisé pour les 20-35 ans, des Goums, expériences spirituelle de 8 jours dans les Causses. C’est un « homme de plein air » qui aime la marche et la nature.A Saint-Louis d'Antin le prêtre est soutenu par la piété et la foi populaire qui s'y exprime".
L’autre perfection d’unité est le mystère du Christ, Dieu fait homme : l’unité par l’union des deux natures, divine et humaine, en une seule personne, le Christ-Jésus.
L’unité « sans confusion » est facile à comprendre pour nous qui ne cessons d’être mis en garde contre ce qui serait trop fusionnel (où l’on se perdrait).
« Sans changement » dit bien que l’humanité du Christ est pleinement humaine, souvent on entend dire : ‘oui, mais c’est facile pour Lui, il est Dieu’.
« Sans division et sans séparation » écartent toute idée de délimitation ou de frontière, même intérieure, comme toute idée de juxtaposition de réalités qui seraient mises côte à côte : on ne peut pas séparer l’un de l’autre, au point qu’on peut dire que Dieu est mort sur la Croix !
Et ce chemin de croissance, de convergence, de vérité de tout notre être est le Christ lui-même, qui est venu « pour faire, non pas ma propre volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé » (Jn 6, 38).
Il a voulu revenir discrètement, mais tous le reconnaissent. Il guérit un aveugle, et, sur le parvis de la cathédrale, ressuscite une fillette. À ce moment passe le cardinal Grand inquisiteur, un vieillard de quatre-vingt-dix ans. Il fait jeter le Christ en prison.
curé de Saint-Louis d'Antin
du Dimanche 2 mai 2010
Année C
Jusqu’au bout (Jn 13, 1).

Je pense à ces enfants qui restent les enfants de leurs parents jusqu’au bout pour les honorer, les servir jusqu’à leur dernier souffle.
Et parfois des parents, des enfants handicapés.
Je pense aussi aux époux unis pour aller jusqu’au bout !
Comment est-ce possible, sinon avec la grâce de Dieu, c’est-à-dire la toute puissance de l’amour de Dieu en nous. Amour qui n’est ni sentimentalisme mièvre, ni volontarisme dur, mais qui est service, envoi en mission.
Cet amour, il faut pourtant le vouloir. C’est le "oui je le veux" des époux, des prêtres !
Oui je veux engager ma vie, tout mon être, mon esprit, mon intelligence, ma santé aussi.
le Père Yves Rozo
mais de toute parole qui sort
de la bouche de Dieu "
Le père Rozo a été 8 ans durant aumônier de la marine, embarqué à bord des bâtiments et a organisé pour les 20-35 ans, des Goums, expériences spirituelle de 8 jours dans les Causses. C’est un « homme de plein air » qui aime la marche et la nature.A Saint-Louis d'Antin le prêtre est soutenu par la piété et la foi populaire qui s'y exprime".






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