samedi 7 août 2010
DIMANCHE 8 AOUT 2010: LECTURE DU LIVRE DE LA SAGESSE/ "Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru.."

Le Jugement Dernier par Rogier van der Weyden - Beaune : musée de l'Hôtel Dieu /La cantate n°147 de Bach -Jésus, que ma joie demeure-par le chœur des étudiants en musicologie de l'université de st-etienne.
"La foi est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère..." (Hébreux. 11. 1) "Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos coeurs l'esprit filial, afin que nous soyons capables d'entrer un jour dans l'héritage qui nous est promis." (Prière d'ouverture de la liturgie)
L’amour, voilà bien un thème récurrent dans la littérature, la chanson, le cinéma et tout simplement dans nos vies. N’est-il pas d’une banalité de parler d’amour et de ses blessures ? Si c’est peut-être banal d’en parler, nous sentons bien que l’amour est essentiel pour vivre. Sœur Emmanuelle, dont la France s’est émue du décès, nous donne le témoignage d’une vie donnée par amour. J’entends encore, cette petite sœur, il y a vingt ans à Poitiers, dire : « L’amour est plus fort que la mort », expression qu’elle empreinte au Cantique des Cantiques (Ct 8, 6). Elle n’a cessé de le répéter jusque dans son testament spirituel.
L’Amour, tel est le thème de l’Évangile d’aujourd’hui. D’ailleurs, c’est le thème de toute la Bible qui est une histoire de relations, d’Alliance entre Dieu et son peuple. Cette relation d’alliance n’est pas sans règle, sans loi. C’est vrai pour le peuple d’Israël, c’est vrai pour notre société : il n’y a pas de vie sociale sans code, sans loi.
C’est justement sur la Loi que les pharisiens interrogent Jésus : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Il faut dire qu’il y a 613 commandements dans la Loi. Même si la question est un piège tendu à Jésus, elle me semble essentielle. Nous avons des lois civiles, morales et religieuses, des règles personnelles, mais demandons-nous quel est le plus important parmi elles ? Faut-il mettre toutes les règles sur un même plan ? Jésus, qui est Juif, connait bien la Loi : il répond à la question en citant la Bible. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Dt 6, 5). C’est un extrait de la prière juive Shema Israël (« Ecoute Israël ») qui exprime la foi au seul Dieu, au Dieu unique. Ainsi, aimer Dieu, « voilà le grand, le premier commandement ».
Homélie du père Jacques Fournier pour le dimanche 8 août 2010
Références bibliques
Lecture du livre de la Sagesse : "Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru.."
Psaume 32 : "Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux :" La foi est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère et de connaître des réalités qu'on ne voit pas."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 32 à 48 :"Là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur."
Pour quatre dimanches, la liturgie nous propose, comme deuxième lecture un passage de l'épître aux Hébreux. Le développement principal de cette lettre est consacré au sacrifice du Christ : en quoi accomplit-il tous les sacrifices de l'Ancienne Loi en son unique sacrifice ? En quoi, bien qu'unique, a-t-il une portée éternelle ?
Ce que nous y lisons semble assez éloigné de ces perspectives car il s'agit plutôt d'exhortations à tenir fermes dans la foi. Le tournant a été pris au chapitre 10, les versets 19 à 22 :" Ayant donc, frères, l'assurance voulue pour l'accès au sanctuaire par le sang de Jésus ...et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude la foi."
En fait, les Hébreux sont invités, exhortés, à vivre, comme leurs pères dans la foi, la foi d'Abel, d'Hénoch, de Noé et d'Abraham.
Nouvelle du salut annoncée aux hommes par Jésus.Culte public qui englobe l'ensemble de la prière de l'Eglise et les célébrations sacramentelles.Chrétien qui a reçu le sacrement de l'Ordre pour être signe du Christ pasteur.Lieu de culte, lieu de pèlerinage.

Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac, Jan Victors (1642), Musée de Tel Aviv.
La foi d'Abraham
La foi fait coïncider ces patriarches avec l'Esprit de Dieu, les met en harmonie avec lui, et, par là, à être juste. La foi a toujours un rapport à la vie même si, dans le cas d'Abel, c'est la mort qui semble l'emporter, et pour Abraham, si le sacrifice d'Isaac peut conduire à l'extinction de la Promesse. Enfin la foi permet de voir le réel, au lieu d'être séduit par l'apparence.
La foi d'Abraham est aussi une réponse personnelle à un appel personnel :"Il partit sans savoir où il allait." Héb.11. 8) mais il était sûr de celui qui l'avait appelé, et cela au moment même de l'épreuve. A quoi, pour lui, s'ajoute le fait qu'il ne s'agit plus de sa seule personne, si typique soit-elle, mais d'un Peuple dépositaire d'une promesse qui commence de se réaliser, même si elle n'a pas encore atteint son plein accomplissement.
Le débouché de la foi d'Abraham en cette page de l'épître aux Hébreux, c'est l'Apocalypse de saint Jean :"Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Je vis la cité sainte, Jérusalem nouvelle. De mort, il n'y en aura plus car l'ancien monde s'en est allé." (Apoc. 21. 1 à 4)
Tenez vous prêts
La lecture continue de saint Luc place, auprès de cette foi d'Abraham, la parabole du serviteur qui attend son maître. Elle peut nous servir à méditer l'attitude que Jésus attend de ses fidèles. Le serviteur sait, il en est assuré, que son maître reviendra. Mais il connaît pas à quelle heure cela se fera. Il se tient disponible.
Les disciples du Christ doivent se souvenir de ce qu'est leur avenir et, comme tels doivent se comporter dès maintenant avec les exigences de ce royaume qu'ils connaissent dans la foi. C'est là qu'est leur trésor, c'est là que doit être leur coeur.
Et la tenue de service, c'est de quitter ce que nous considérons comme un trésor, les parures pour que nous fassions notre "parade". Quitter cela pour nous tourner vers celui qui ne s'use pas.
Nous retrouvons le thème de dimanche dernier, que nous avons prié :"Seigneur, libère-moi de cette envie sournoise et masquée de ces choses qui pourtant n'arrivent pas à me satisfaire et qui font qu'envenimer mes désirs insensés, de cette cupidité et de cette suffisance qui défigurent mon visage qui est à ton image."
Celles et ceux qui ont suivi et qui suivent Jésus Christ.Récit allégorique servant à présenter un enseignement et à en faciliter la compréhension.


Vitraux de l’église Saint Barthélémy à Mont Saint Martin / Jésus le fils de Dieu- Dieu le Père / Images mises à disposition par la paroisse Saint Martin de Longwy.
Une écoute d'amourLa foi n'est pas au terme d'une logique rationnelle. Elle ne vit que de la confiance qui naît d'un amour intense et partagé.
Si elle devient "obéissance" en cette confiance, elle n'est pas servile soumission. D'ailleurs le mot même d'obéissance a une étymologie significative. En elle, il y a le verbe latin :"Audire", entendre, écouter, être attentif. Ce que l'on a entendu et reçu devient notre ligne de conduite.
Les paroles du Christ au soir du Jeudi-Saint prennent ainsi toute leur dimension :"Ce que j'ai entendu de mon Père..." (Jean 15. 16) et que nous entendons au jour du Baptême et de la Transfiguration : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le." (Matthieu 17)
Le trait caractéristique de toute foi, c'est de se référer à l'invisible auquel nous nous sentons reliés, devenant ainsi attentifs au plus profond de la vie, dans le langage indicible de l'amour.
L'amour ne peut être plénitude que par l'échange le plus intime. Croire, c'est vivre cette relation qui s'impose à nous sans que nous sachions jusqu'où cela nous entraînera. Mais nous avons foi en celui qu'ainsi nous découvrons. C'est ainsi que nous pouvons aussi relire l'évangile de Jean 14. 17 et le relier à Jean 16. 24 : la paix, la joie !
Fait entrer le nouveau baptisé dans la communauté de l'Église.Changement miraculeux de l'apparence du Christ.
Le dépassement par la foi
Croire dépasse l'impression superficielle. L'invisible devient une évidence parla présence, le rayonnement de cette personne rencontrée. Et cette évidence nous entraîne dans un dynamisme de vie qui nous pousse à mieux connaître la réalité entrevue et à mieux nous connaître, à mieux comprendre cette réalité et à mieux nous comprendre.
Les disciples d'Emmaüs avaient perdu toutes leurs illusions. Ils n'avaient pas la foi. Ils rencontrent l'inconnu du chemin et tout change. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent : "Notre coeur n'était-il pas brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin ?" (Luc 24. 31 et 32)
Le croyant n'en sera pas meilleur pour autant. Il garde son tempérament, son hérédité, ses problèmes, ses limites. On croit avec ce que l'on est, mais l'horizon s'élargit et le mystère n'est plus un obstacle. Voyant les choses et les êtres autrement, on ne peut plus vivre comme avant. "Dieu est là, et je ne le savais pas", répétons-nous comme dimanche dernier avec Jacob.
L'avenir est à celui à qui l'on a donné sa vie et qui désormais "modèle" notre vie :"Que tout se passe comme tu me l'as dit." (Luc 1. 38) dit Marie quand elle répond par sa foi à l'attente divine.
Commentaires de Marie Noëlle Thabut
PREMIERE LECTURE - Sagesse 18, 6-9
6 La nuit de la délivrance pascale
avait été connue d'avance par nos Pères ;
assurés des promesses auxquelles ils avaient cru,
ils étaient dans la joie.
7 Et ton peuple accueillit à la fois
le salut des justes
et la ruine de leurs ennemis.
8 En même temps que tu frappais nos adversaires,
tu nous appelais pour nous donner ta gloire.
9 Dans le secret de leurs maisons,
les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice,
et ils consacrèrent d'un commun accord cette loi divine :
que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ;
et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.
Le premier verset nous met tout de suite dans l'ambiance : l'auteur du Livre de la Sagesse se livre à une méditation sur « La nuit de la délivrance pascale », c'est-à-dire la nuit de la sortie du peuple d'Israël, fuyant l'Egypte, sous la conduite de Moïse. De siècle en siècle, et d'année en année, depuis cette fameuse nuit, le peuple d'Israël célèbre le repas pascal pour revivre ce mystère de la libération opérée par Dieu : « Ce fut là une nuit de veille pour le Seigneur quand il les fit sortir du pays d'Egypte. Cette nuit-là appartient au Seigneur, c'est une veille pour tous les fils d'Israël, d'âge en âge. » (Ex 12, 42). Célébrer pour revivre, le mot n'est pas trop fort ; car, en Israël, le mot « célébrer » ne signifie pas seulement commémorer ; il s'agit de laisser Dieu agir à nouveau, de s'engager soi-même dans la grande aventure de la libération, dans la dynamique de Dieu, si l'on peut dire ; c'est ce que l'on appelle « faire mémoire » ; cela implique donc de se laisser transformer en profondeur. Nous sommes loin d'un simple rappel historique.
Cela est tellement vrai que, depuis des siècles, et encore aujourd'hui, lorsque le père de famille, au cours du repas pascal, initie son fils au sens de la fête, il ne lui dit pas : « Le Seigneur a agi en faveur de nos pères », il lui dit : « Le Seigneur a agi en ma faveur à ma sortie d'Egypte » (Ex 13, 8). Et les commentaires des rabbins confirment : « En chaque génération, on doit se regarder soi-même comme sorti d'Egypte. » Cette célébration de la nuit pascale comporte donc toutes les dimensions de l'Alliance vécue par le peuple d'Israël depuis Moïse : l'action de grâce pour l'oeuvre de libération accomplie par Dieu et l'engagement de fidélité aux commandements ; car on sait que libération, don de la Loi, et alliance, ne font qu'un seul et même événement. C'est le message même de Dieu à Moïse et, à travers lui, au peuple, au pied du Sinaï : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait à l'Egypte, comment je vous ai portés comme sur des ailes d'aigle et vous ai fait arriver jusqu'à moi. Et maintenant, si vous entendez ma voix et gardez mon alliance, vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples - puisque c'est à moi qu'appartient toute la terre - et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Ex 19, 4-6).
Ces deux dimensions de la célébration pascale, action de grâce pour l'oeuvre de libération accomplie par Dieu et engagement de fidélité aux commandements se lisent à travers les quelques lignes du livre de la Sagesse qui nous sont proposées ici. Commençons par l'action de grâce : « La nuit de la délivrance pascale avait été connue d'avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie... et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères. » De quelles promesses parle-t-on ici ? Le mot « promesses », à lui seul, est intéressant : qui l'eût cru, qu'un dieu s'engagerait par serment envers un homme ou un peuple ? Là encore, pour que l'homme ose y croire, il a fallu une Révélation ! Et pourtant, le récit de la grande aventure des patriarches n'est qu'une succession de promesses : d'une descendance, d'un pays ; ici, arrêtons-nous aux seules promesses de la sortie d'Egypte ; par exemple, « Dieu dit à Abram : Sache bien que ta descendance résidera dans un pays qu'elle ne possédera pas. On en fera des esclaves, qu'on opprimera pendant quatre cents ans. Je serai juge aussi de la nation qu'ils serviront, ils sortiront alors avec de grands biens. » (Gn 15, 13-14). La même promesse a été répétée à tous les patriarches, Abraham, Isaac, Jacob ; voici ce que Dieu dit à Jacob pour l'encourager à descendre en Egypte, au moment d'aller retrouver Joseph : « Je suis le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Egypte, car je ferai là-bas de toi une grande nation. Moi, je descendrai avec toi en Egypte et c'est moi aussi qui t'en ferai remonter. » (Gn 46, 3-4).
Bien sûr, évoquer la fuite d'Egypte et la protection de Dieu en faveur de son peuple, c'est aussi, inévitablement évoquer la déconfiture de leurs ennemis du moment, les Egyptiens : « Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais pour nous donner ta gloire. » Plus que du triomphalisme, c'est une leçon à méditer, que l'auteur de notre texte propose à ses contemporains, à savoir : en faisant le choix de l'oppression et de la violence, les Egyptiens ont provoqué eux-mêmes leur perte. Le peuple opprimé, lui, a bénéficié de la protection du Dieu qui vient au secours de toute faiblesse. Sous-entendu, à bon entendeur, salut ! La lumière que Dieu a fait briller sur nous au temps de notre oppression, il la fera tout aussi bien briller sur d'autres opprimés... C'est ainsi qu'on interprète la présence de la colonne de feu qui protégeait le peuple et le mettait à l'abri de ses poursuivants : « Tu a donné aux tiens une colonne flamboyante, guide pour un itinéraire inconnu et soleil inoffensif pour une glorieuse migration. Quant à ceux-là, ils méritaient d'être privés de lumière et emprisonnés par les ténèbres, pour avoir retenu captifs tes fils, par qui devait être donnée au monde la lumière incorruptible de la Loi. » (Sg 18, 3-4).
Deuxième dimension de la célébration de la nuit pascale, l'engagement personnel et communautaire : « Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d'un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères. » En quelques lignes, notre auteur n'a pas pu tout dire ; mais il est très remarquable justement qu'il ait mis en parallèle la pratique du culte (« ils offraient un sacrifice ») et l'engagement de solidarité fraternelle (« les saints, entendez les fidèles, partageraient aussi bien le meilleur que le pire »). La Loi d'Israël, on le sait bien, a toujours lié la célébration des dons de Dieu et la solidarité du peuple de l'Alliance. Rien d'étonnant donc ; Jésus-Christ fera le même rapprochement : on sait bien que « faire mémoire de lui » c'est du même mouvement pratiquer l'Eucharistie et se mettre au service de nos frères, comme il l'a fait lui-même, la nuit de la délivrance pascale (c'est-à-dire le jeudi saint), en lavant les pieds de ses disciples.
http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html
Iconographie:
HISTOIRE DE L'ICÔNE NOTRE DAME DE KAZAN
La toute sainte Mère de Dieu est représentée sur l’icône de Kazan avec l’enfant sur son côté gauche. C’est la seule icône, parmi les icônes miraculeuses, sur laquelle il n’y a qu’une seule main : La main du Christ qui bénit; les autres mains ne sont pas visibles, elles sont sous les vêtements. L’Enfant Jésus est représenté debout face à celui qui regarde l’icône, à l’opposé des diverses autres positions qu’Il a sur d’autres icônes.
Sans nul doute, c’était la volonté de Dieu que la foi orthodoxe resplendisse sur la Russie après plusieurs siècles de sévices exercés par les Tatares sur les âmes de son peuple. Voilà pourquoi la campagne du Tsar Ivan le Terrible contre le royaume de Kazan fut bien moins une conquête territoriale qu’un triomphe religieux.
Dans l’église de campagne, pendant la liturgie, à l’instant même où le diacre prononça les paroles : «Que soit soumis sous ses pieds tout ennemi et tout adversaire», la terre trembla et les bannières de l’église vacillèrent : les guerriers russes avaient fait exploser les murs de Kazan et pénétraient dans la ville.
Ils se battirent comme des lions et le jour même ils prirent Kazan, capitale et rempart du royaume tatare. C’était la fête de la protection de la toute sainte Mère de Dieu. Ainsi se confirmait la foi inébranlable du peuple russe dans notre Mère céleste, la Mère de Dieu .
Le Tsar Ivan considéra cette victoire comme un don de Dieu. Immédiatement après la prise de Kazan, il donna l’ordre de poser les fondations de la cathédrale principale, dédiée à la fête de l’Annonciation, pour la gloire de la Reine des cieux. Il précisa ensuite l’emplacement d’autres églises en divers endroits de la ville. Cela se passait en 1552.
Pendant toute la durée de la libération du joug tatare dans le sud de la Russie, Dieu ne cessa d’apporter son aide. Le royaume tatare d’Astrakhan fut soumis peu de temps après.
A son retour à Moscou, pour fêter la victoire définitive sur les tatares, Ivan le Terrible fit construire une cathédrale magnifique à la gloire de la toute sainte Mère de Dieu, dédiée à sa Protection pendant le siège de Kazan.
Les fondations furent posées en 1555 et les travaux étaient terminés cinq ans plus tard. Elle se trouve sur la place rouge à Moscou et on l’a longtemps appelée «Cathédrale de la Protection sur le fossé». Sa fameuse architecture traduit magnifiquement le génie artistique russe. Elle est composée d’une église centrale dédiée à la Protection de la Toute Sainte et de huit églises latérales plus petites qui, vues d’en-haut, représentent une étoile, symbole de virginité.
Cette cathédrale fut rapidement surnommée par le peuple «Eglise de saint Basile le bienheureux», du nom d’un fol-en-Christ mort en 1552 pendant le siège de Kazan et enterré dans la crypte qui sert de fondation à la cathédrale. Ce saint était vénéré par toute la ville de Moscou.
Pendant les premières années de l’occupation, Kazan dépendait directement du métropolite de Moscou mais déjà en 1555, un archevêque indépendant fut intronisé à Kazan. L’archevêque Goury sut s’entourer d’hommes spirituels de premier plan, comme l’higoumène Germain qui devint son successeur.
Après la mort de saint Germain en 1567, les musulmans résistèrent farouchement et menèrent une lutte acharnée contre l’orthodoxie. Mais la Toute Pure défendit la foi et glorifia Kazan par l’apparition de son icône.
En 1579 Kazan fut dévastée par un incendie. Les musulmans en profitèrent pour répandre l’idée qu’il s’agissait là d’un jugement de Dieu contre les orthodoxes. Une petite fille de neuf ans, Matrona, eut alors une vision de la Mère de Dieu qui lui indiquait un endroit dans la ville où il fallait creuser pour trouver son icône. Les parents de l’enfant crurent à une fable mais la vision se répéta de manière terrifiante. «Après cela, la petite fille dormant au milieu de la journée, elle se retrouva au milieu de la cour; l’icône lui apparut en émettant des rayons menaçants, comme si elle allait la brûler. Une voix terrible en sortit et dit : si mes paroles ne sont pas rapportées, afin que mon icône soit sortie de terre, j’ai l’intention d’apparaître ailleurs».
La fillette resta comme morte pendant des heures. Une fois l’enfant réanimée, la mère crut au récit et alerta les autorités qui ne prêtèrent aucune attention et renvoyèrent la femme. Cette dernière se rendit alors chez l’archevêque Jérémie qui ne l’écouta pas davantage. Désespérée, la mère de Matrona entreprit de creuser la terre elle-même avec l’aide de plusieurs voisins. C’est seulement quand Matrona prit une pioche et creusa près de l’ancien four à pain qu’on trouva l’icône, enveloppée dans un paquet recouvert d’un linge mauve foncé. C’était une très belle icône de la Mère de Dieu de laquelle émanait une lumière indescriptible. La foule se signa et se mit à genoux; la présence de la Mère de Dieu se sentait dans tous les coeurs. Cela se passait le 8 Juillet 1579.
La nouvelle concernant l’icône nouvellement apparue se propagea dans toute la ville. Des foules entières se précipitèrent vers la maison de l’archer. L’icône était là, par terre et tous se prosternaient devant elle. Enfin arrivèrent les autorités de la ville et l’archevêque de Kazan Jérémie avec le clergé. Le «Prologue» dit : «L’archevêque et le voyvode (chef de l’armée) priaient en pleurant, demandant à la très sainte Mère de Dieu de leur pardonner leur manque de foi».
Une action de grâce fut dite sur place, ensuite l’icône fut transportée en l’église de Nicolas de Toula qui se trouvait à proximité et qui avait été épargnée par le feu.
Le recteur de cette église était à l’époque le prêtre Germain, plus tard Métropolite de Kazan, ensuite Patriarche de toutes les Russies et qui périt pour l’Orthodoxie en 1612, lors de l’époque trouble. De l’église de Nicolas de Toula, l’icône fut transportée dans la cathédrale de l’Annonciation. C’était une procession tout à fait triomphale. Il était très difficile de protéger la sainte icône de la pression de la foule.
Un aveugle, du nom de Joseph, s’arrêtant devant l’icône, stoppa la procession. En pleurant, il pria la Mère de Dieu et, instantanément, sur place, il recouvra la vue. Lorsque l’icône fut rentrée dans la cathédrale de l’Annonciation, le «Prologue» raconte : «Les uns poussaient les autres, certains marchaient sur la tête des autres afin de toucher l’icône miraculeuse». A nouveau un autre aveugle, Nikita, recouvra la vue instantanément et pour toujours.
Bientôt le récit détaillé de ce qui était arrivé fut envoyé à Moscou, au Tzar Ivan le Terrible. L’icône apparue de la Mère de Dieu fut également envoyée à Moscou. Le Tzar fut frappé par la grandeur spirituelle de l’icône et ordonna immédiatement ceci : «A l’endroit où fut trouvée l’icône, il faudra ériger une église en bois, dédiée à la toute sainte Mère de Dieu et fonder un monastère de jeunes filles et distribuer de larges aumônes de sa trésorerie royale. Il ordonna aussi d’attribuer les récoltes de l’été à ce couvent, ce qui fut fait.
Le Tzar Ivan le Terrible envoya à nouveau la sainte icône, richement ornée à Kazan dans le couvent nouvellement fondé. L’adolescente Matrona et sa mère devinrent les premières moniales de ce couvent. Matrona reçut le nom de Mavra; plus tard elle devint l’higoumène de ce couvent. Peu de temps après, l’église en bois du couvent, où se trouvait l’icône, fut remplacée par une autre en pierre. Ensuite, 100 paysans furent donnés pour l’entretien du couvent . En 1594, les fondements d’une nouvelle et vaste cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu furent jetés. L’année suivante, elle fut consacrée par le Métropolite Germain. Le nombre de moniales fut augmenté jusqu’à 60. Le couvent commença à recevoir des dons en objets du culte, en icônes, en chasubles, etc. Grâce aux dons du Tzar, l’icône miraculeuse fut recouverte d’or, de pierres précieuses et de perles. Plus tard, de nouveaux revêtements furent faits par l’impératrice Catherine.
Avec les 25000 roubles attribués par cette même impératrice, en 1798, les fondements d’une nouvelle cathédrale furent jetés pour remplacer l’ancienne qui, après 200 ans était devenue vétuste. La cathédrale fut consacrée en 1808. La Reine des cieux, la Mère de Dieu, distribuait généreusement son aide et elle continue à le faire à tous ceux qui ont recours à son icône miraculeuse de Kazan. L’apparition de cette icône miraculeuse était non seulement un signe de la victoire de notre foi orthodoxe sur les autres religions qui abondaient en Russie, mais aussi de la protection par la Mère de Dieu de notre Orient russe.
Tant que la présence de la Reine des cieux se manifestait à Kazan par son icône, tout fut calme dans cette partie de l’Orient. La malheureuse guerre de 1904 eu lieu après la catastrophe morale, lorsque dans la nuit du 29 Juin 1904, quelques bandits pénétrèrent dans la cathédrale du couvent à Kazan et, après l’avoir pillé, emportèrent l’icône miraculeuse. Toute la Russie fut plongée dans l’affliction. Les pillards furent retrouvés mais l’icône disparut. C'est le 28 août où elle fut remise par le Vatican à la Russie.
***
Traduit du livre : «Histoire de l’icône de Kazan de la toute sainte Mère de Dieu». A. MERSLUKINE. Paris 1964.
http://homepage.mac.com/thm72/orthodoxievco/icone/vierge/htm/kazan.htm
Christ est ressucité! Христос Воскресе!
Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a triomphé de la mort, il nous délivre du tombeau / pour nous donner la vie.
Homélie pascale de saint Jean Chrysostome
Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité! Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son Seigneur!
Que celui qui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le denier qui lui revient! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire! Si quelqu’un est venu après la troisième heure, qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâces! Si quelqu’un a tardé jusqu’à la sixième heure, qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien! S’il en est un qui a différé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter! S’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier aussi bien que le premier. I1 admet au repos celui de la onzième heure comme l’ouvrier de la première heure. Du dernier il a pitié et il prend soin du premier. À celui-ci il donne; à l’autre il fait grâce. Il agrée les œuvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté. Il honore l’action et loue le bon propos. Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Seigneur et, les premiers comme les seconds, vous recevrez la récompense. Riches et pauvres, mêlez-vous, abstinents et paresseux, pour célébrer ce jour. Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, goûtez-en tous; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun. Goûtez tous au banquet de la foi, au trésor de la bonté.
Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous. Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés: il l’a fait disparaître après l’avoir subie. Il a dépouillé l’Enfer, celui qui aux Enfers est descendu. Il l’a rempli d’amertume pour avoir goûté de sa chair. Et cela, Isaïe l’avait prédit: l’Enfer, dit-il, fut irrité lorsque sous terre il t’a rencontré; irrité, parce que détruit; irrité, parce que tourné en ridicule; irrité, parce qu’enchaîné; irrité, parce que réduit à la mort; irrité, parce qu’anéanti. Il avait pris un corps et s’est trouvé devant un Dieu; ayant pris de la terre, il rencontra le ciel; ayant pris ce qu’il voyait, il est tombé à cause de ce qu’il ne voyait pas. Ô Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Le Christ est ressuscité, et toi-même es terrassé. Le Christ est ressuscité, et les démons sont tombés. Le Christ est ressuscité, et les Anges sont dans la joie. Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie. Le Christ est ressuscité, et il n’est plus de mort au tombeau. Car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.
dimanche 1 août 2010
HOMELIE:"VANITE DES VANITES" Lecture du Livre de l'Ecclésiaste 1, 2 ; 2, 21-23

18ème dimanche du temps ordinaire
Année C
Abbé Jean Compazieu | Dimanche 01 Août 2010
Être riche en vue de Dieu
Textes bibliques : Lire
L’évangile de ce dimanche est d’une grande actualité : « Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » C’est le genre de conflit qui fait que l’on reste fâché toute une vie. Cette demande peut nous paraître surprenante ; cependant, elle n’a pas dû étonner le Seigneur : les gens avaient l’habitude d’aller vers « les maîtres en Israël. » Ils s’adressaient aux scribes. Ces derniers connaissaient bien les lois ; ils pouvaient donc trouver une solution aux cas litigieux. Cet homme, victime d’une injustice de la part de son frère, s’adresse donc à Jésus car il a confiance en lui. Il compte sur lui pour résoudre son problème.
Le Christ réagit vivement. Il se rend compte que cet homme n’a pas compris le vrai sens de sa mission ; il n’est pas sur la même longueur d’ondes que lui. Oui, bien sûr, il appelle Jésus « Maître » et il a raison. Mais ce Maître n’est ni un avocat, ni un juge, ni un notaire. Lui-même le dit : « Qui m’a établi pour être votre juge et faire vos partages ? » Il se refuse à ce rôle de médiateur dans nos partages d’ici-bas. Son vrai rôle, c’est celui de médiateur d’en haut. Sa mission n’est pas d’appliquer une loi humaine mais de révéler l’amour du Père. Il est le Maître qui enseigne les vraies valeurs, la vraie route pour aller à l’essentiel. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il veut nous conduire vers le Père, vers les biens qui ne périssent pas. Il veut nous faire partager son regard sur les vrais biens à acquérir.
A travers cet homme et la foule qui est autour de lui, c’est aussi à chacun de nous que le Christ s’adresse. Il sait parfaitement que le point le plus sensible de tous les hommes de tous les temps c’est leur porte monnaie. C’est pour cette raison qu’il s’empresse de les mettre en garde « contre toute âpreté au gain. » Cet avertissement est toujours d’actualité. Les scandales financiers sont étalés régulièrement dans les journaux, la radio et la télévision. On nous parle de spéculation, de détournements et de magouilles en tous genres. C’est aussi cette âpreté au gain qui pousse certains à des agressions de plus en plus violentes.
Même si nous ne sommes pas concernés par la grosse fortune, nous devons entendre cette interpellation du Seigneur : l’âpreté au gain nous guette tous plus ou moins ; elle crée des conflits à l’intérieur des familles et entre voisins. Des frères et sœurs ne peuvent plus se rencontrer pour une fête familiale, et cela dure parfois toute une vie. Pour des biens matériels qu’il faudra nécessairement laisser un jour, on se prive d’un bien supérieur, celui de l’entente fraternelle, de la paix, la joie de vivre ensemble. Bien sûr, Jésus n’est pas contre l’argent, ni contre le progrès, ni contre l’élévation du niveau de vie. Mais il nous en rappelle les dangers : « Voyez ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Cet évangile est un appel à recentrer notre vie sur les vraies valeurs. Ce que le Seigneur veut pour nous c’est que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés. Le message de saint Paul va dans le même sens. Il nous invite à rechercher les réalités d’en haut, à vivre en ressuscité et à revêtir l’homme nouveau. Nous sommes invités à nous tourner vers le Christ qui n’a jamais cessé de nous aimer et de faire le premier pas vers nous. Aimer c’est être ouvert aux autres, c’est chercher le bonheur de l’autre, c’est donner et se donner. Si la richesse ne sert qu’à satisfaire nos désirs égoïstes, elle devient un instrument d’étouffement de l’amour. Une société qui fonctionne pour amasser des bonus et des dividendes court à sa perte. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à rappeler et à vivre les valeurs du partage et de la solidarité. Les milliards accumulés par quelques-uns au détriment du grand nombre ne sont pas selon le cœur de Dieu. Ce qui fait la valeur d’une vie c’est le sens du partage à cause de l’amour « en vue de Dieu et des autres.
Pour terminer, voici un témoignage : un évêque avait été invité dans une famille. A la fin du repas, les enfants veulent lui montrer leur « ange ». L’évêque est intrigué : un ange dans la maison, ça peut poser des questions. A la fin du repas, il suit les enfants avec les parents jusque dans une chambre. Ils se retrouvent devant un petit garçon très handicapé dont les membres étaient complètement atrophiés. La maman avait expliqué aux enfants que leur frère Mickaël était un ange envoyé par Dieu pour enseigner l’amour à toute la famille. Et lorsqu’ils auront appris cette leçon importante, il retournera à Dieu. L’évêque leur a fait cette réponse : « vous avez raison ; et je souhaiterais que davantage de personnes puissent reconnaître les messagers de Dieu pour apprendre cette leçon : Comment aimer ?
Puissions-nous tous retenir ce message : Notre trésor est dans notre cœur. En cette période d’été et de dépenses pour beaucoup, ça vaut la peine de réfléchir au vrai sens de la vie. « Par ta résurrection, Seigneur, tu fais de nous des héritiers de Dieu, destinés à recevoir pleinement la vie divine. Nous puisons déjà dans cet héritage lorsque nous nous ajustons à toi, lorsque nous aimons nos frères. Donne-nous de le partager sans retenue. »
D’après diverses sources
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Lecture du Livre de l'Ecclésiaste 1, 2 ; 2, 21-23
Vanité des vanités, disait l'Ecclésiaste. Vanité des vanités, tout est vanité !
Un homme s'est donné de la peine ; il était avisé, il s'y connaissait, il a réussi. Et voilà qu'il doit laisser son bien à quelqu'un qui ne s'est donné aucune peine. Cela aussi est vanité, c'est un scandale.
En effet, que reste-t-il à l'homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous les jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n'a pas de repos. Cela encore est vanité.
PSAUME 89
Tu fais retourner l'homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d'Adam ! »
A tes yeux, mille ans sont comme hier,
C'est un jour qui s'en va, une heure dans la nuit.
Tu les as balayés : ce n'est qu'un songe ;
dès le matin, c'est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.
Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.
Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu.
Consolide pour nous l'ouvrage de nos mains.
Lecture de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3, 1-5.9-11
Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre.
En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles. Plus de mensonge entre vous : débarrassez-vous des agissements de l'homme ancien qui est en vous, et revêtez l'homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours neuf à son image pour le conduire à la vraie connaissance. Alors, il n'y a plus de Grec et de Juif, d'Israélite et de païen, il n'y pas de barbare, de sauvage, d'esclave, d'homme libre, il n'y a que le Christ : en tous, il est tout.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 13-21
Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Puis, s'adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la
vie d'un homme, fût-il dans l'abondance, ne dépend pas de ses richesses. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : "Que vais-je faire ? je ne sais pas où mettre ma récolte." Puis il se
dit : "Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence." Mais Dieu lui dit : "Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l'aura ?" Voilà ce qui arrive à celui qui amasse, pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. »
dimanche 25 juillet 2010
REQUIEM/LECTURE/HOMELIE/PRIERE: LES HEURES DE VISITE DU SEIGNEUR/"Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ? Oui.

Les 10 justes de Sodome/Requiem de Mozart/Hommage à Monsieur Michel Germaneau
Michel Germaneau,78 ans, retraité, enlevé le 21 Avril 2010 au Niger a été exécuté par AQMI* dans la nuit du 25 au 26 juillet 2010 en l'absence de compromis avec la France."Le juste doit-il périr avec les pécheurs", c’est le sens de la question qu'Abraham pose au Seigneur (Livre de la genèse 18,20-32, première lecture de ce Dimanche, ci-dessous).Nous nous posons tous la même question concernant Monsieur Michel Germaneau. Nous avons semble t-il la réponse depuis vendredi matin...Contre toute attente, le gouvernement Français a décidé de sacrifier sur l'autel de sa politique cette homme de bonne volonté.Il ne nous reste plus qu'à prier... Paix à vos âmes Messieurs... même si seul Jésus sont fils est juste.
"Seigneur, apprends-nous à prier..."(Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 11, 1-13, seconde lecture de ce dimanche à lire en bas de page)
* :Al-Qaïda au Maghreb Islamique
Lecture du Livre de la Genèse 18, 20-32
Les trois visiteurs d'Abraham allaient partir pour Sodome.
Le Seigneur dit :
« Comme elle est grande,
la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe !
Et leur faute, comme elle est lourde !
Je veux descendre pour voir
si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu'à moi.
Si c'est faux, je le reconnaîtrai. »
Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome,
tandis qu'Abraham demeurait devant le Seigneur.
Il s'avança et dit :
« Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ?
Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville.
Vas-tu vraiment les faire périr ?
Est-ce que tu ne pardonneras pas
à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ?
Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille !
Faire mourir le juste avec le pécheur,
traiter le juste de la même manière que le pécheur,
quelle horreur !
Celui qui juge toute la terre
va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? »
Le Seigneur répondit :
« Si je trouve cinquante justes dans Sodome,
à cause d'eux je pardonnerai à toute la ville. »
Abraham reprit :
« Oserai-je parler encore à mon Seigneur,
moi qui suis poussière et cendre ?
Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq :
pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ?
Il répondit :
« Non, je ne la détruirai pas,
si j'en trouve quarante-cinq. »
Abraham insista :
« Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? »
Le Seigneur répondit :
« Pour quarante, je ne le ferai pas. »
Abraham dit :
« Que mon Seigneur ne se mette pas en colère,
si j'ose parler encore :
peut-être y en aura-t-il seulement trente ? »
Il répondit :
« Si j'en trouve trente,
je ne le ferai pas. »
Abraham dit alors :
« Oserai-je parler encore à mon Seigneur ?
Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? »
Il répondit :
« Pour vingt,
je ne détruirai pas. »
Il dit :
« Que mon Seigneur ne se mette pas en colère :
je ne parlerai plus qu'une fois.
Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? »
Et le Seigneur répondit :
« Pour dix,
je ne détruirai pas la ville de Sodome. »
Note: pour une interprétation religieuse du dialogue entre Abraham et Yahvé, je vous invite à vous référer à l’intervention du rabbin Rivon Krygier publiée dans le n°571 de L’Arche de novembre 2005.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 11, 1-13
Un jour, quelque part, Jésus était en prière.
Quand il eut terminé,
un de ses disciples lui demanda :
« Seigneur, apprends-nous à prier,
comme Jean Baptiste l'a appris à ses disciples. »
Il leur répondit :
« Quand vous priez, dites :
"Père,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne.
Donne-nous le pain
dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés,
car nous-mêmes nous pardonnons
à tous ceux qui ont des torts envers nous.
Et ne nous soumets pas à la tentation." »
Jésus leur dit encore :
« Supposons que l'un de vous ait un ami
et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander :
"Mon ami, prête-moi trois pains :
un de mes amis arrive de voyage,
et je n'ai rien à lui offrir."
Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond :
"Ne viens pas me tourmenter !
Maintenant, la porte est fermée ;
mes enfants et moi, nous sommes couchés.
Je ne puis pas me lever pour te donner du pain,"
moi je vous l'affirme :
même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié,
il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami,
et il lui donnera tout ce qu'il lui faut.
Eh bien, moi, je vous dis :
Demandez, vous obtiendrez ;
cherchez, vous trouverez :
frappez, la porte vous sera ouverte.
Celui qui demande reçoit ;
celui qui cherche trouve ;
et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre.
Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils
qui lui demande un poisson ?
ou un scorpion,
quand il demande un œuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint
à ceux qui le lui demandent ? »
l'homélie du curé

Quand il eut terminé,
un de ses disciples lui demanda :
« Seigneur, apprends-nous à prier,
comme Jean Baptiste l'a appris à ses disciples. »
Il leur répondit :
« Quand vous priez, dites :
"Père,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne.
Donne-nous le pain
dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés,
car nous-mêmes nous pardonnons
à tous ceux qui ont des torts envers nous.
Et ne nous soumets pas à la tentation." »
« Supposons que l'un de vous ait un ami
et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander :
"Mon ami, prête-moi trois pains :
un de mes amis arrive de voyage,
et je n'ai rien à lui offrir."
Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond :
"Ne viens pas me tourmenter !
Maintenant, la porte est fermée ;
mes enfants et moi, nous sommes couchés.
Je ne puis pas me lever pour te donner du pain,"
moi je vous l'affirme :
même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié,
il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami,
et il lui donnera tout ce qu'il lui faut.
Eh bien, moi, je vous dis :
Demandez, vous obtiendrez ;
cherchez, vous trouverez :
frappez, la porte vous sera ouverte.
Celui qui demande reçoit ;
celui qui cherche trouve ;
et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre.
Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils
qui lui demande un poisson ?
ou un scorpion,
quand il demande un œuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint
à ceux qui le lui demandent ? »
Les heures de visite du Seigneur.
17ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 25 juillet 2010
Lc 11, 1-13
par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
L’été est le temps des visites. On profite des vacances pour se rendre visite, en famille, aux amis, temps heureux de retrouvailles ? Non, temps plus ou moins heureux parce que les relations se sont parfois distendues, ou des contentieux s’en sont mêlés. L’été est aussi le temps des visites aux destinations et aux pays de nos rêves : on « fait » le Pérou, on « fait » la Chine, on va là où on rêvait d’aller.
Ces visites sont plus ou moins organisées, planifiées, conformes à nos attentes, et certaines tombent mal comme celle de la parabole de l’évangile, même si elle finit bien, et qu’on pourrait commenter interminablement tant elle est bizarre… Un peu comme la parabole des vierges folles, qui doivent aller en pleine nuit acheter de l’huile pour leurs lampes !
La pleine nuit dans l’évangile dit le besoin de l’homme.
Ce qui l’empêche de dormir est ce qui est nécessaire à son repos : elle est l’expression du manque, et bien évidemment du manque de lumière. Vous pourriez, sur l’air d’Au clair de la lune, mon ami Pierrot -, raconter à peu près la même chose : « ouvre-moi ta porte que j’y voie un peu » ; ce n’est pas de pain que cet homme a besoin en pleine nuit, c’est de lumière, et en ce sens, c’est une parabole sur l’Eucharistie. La communion que nous désirons au plus profond est la communion à la Lumière du monde.
Rappelez-vous le Prologue de saint Jean : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli » (Jn 1, 9-11).
Cette parabole est bizarre parce qu’à bien y réfléchir, elle parle autant de nos prières qui ne sont pas exaucées, que de notre propre résistance à entendre celle des autres, et pire, à entendre l’appel de Dieu : cet homme qui veut dormir, c’est moi. Cet homme qui ne veut pas être dérangé, c’est moi : Seigneur ! ce n’est pas l’heure de prier !
Tel que nous connaissons l’Evangile, il est plus raisonnable d’imaginer le Christ comme celui qui est à la porte que comme celui qui ne veut pas se réveiller !
Le Christ est celui qui vient nous visiter. Il est venu nous visiter, et il reviendra dans la Gloire.
Et pour beaucoup, cette venue se fera dans les larmes.
Quand on parle des larmes, des pleurs de Jésus, on pense surtout à la mort de son ami Lazare, en y voyant un beau signe d’humanité, et de la réalité d’une proximité humaine et divine dans le déchirement. Mais on oublie trop souvent les larmes de Jésus devant Jérusalem, dans l’évangile de saint Luc. La référence est mnémotechnique : 1941 (Lc 19, 41).
C’est après l’entrée triomphale des Rameaux, et avant l’expulsion des vendeurs du Temple : « Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, en disant : "Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t'environneront de retranchements, t'investiront, te presseront de toute part. Ils t'écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps où tu fus visitée !" »
La douleur est celle de celui qu’on rejette, dont on ne veut pas, et cette douleur est immense du côté de Dieu, du côté du Père dont l’enfant s’en va, puisque c’est SA Ville qui le rejette.
Se laisser visiter, c’est pourtant le deuxième mystère joyeux après l’annonce de sa Venue. Dans ce mystère joyeux de la Visitation, que l’Eglise célèbre à la fin du mois de mai (naguère, c’était début juillet), on peut relever deux notations sur ce que Marie nous enseigne.
D’abord que l’accueil de Dieu est un dérangement supportable.
Nous vivons sur la défensive : confrontés depuis notre naissance – et même bien avant, ayant accumulé de génération en génération, le souvenir de tant d’hostilités, nous sommes légitimement craintifs. Sensibles ou écorchés. Assumons cette réalité, et en même temps dépassons-la : apprenons à accepter et à accueillir l’imprévu.
La 1ère vertu chrétienne n’est pas l’amabilité, mais la disponibilité.
Nous sommes souvent de ceux qui ne veulent pas goûter : ‘essaye !’ Non, j’aime pas. Comment le sais-tu si tu n’essayes pas ? Bien sûr, nous sommes assaillis de sollicitations et de propositions de toutes sortes, qui fait que nos contemporains nous répondent lorsque nous leur parlons de Dieu : « Merci, mais non, j’en ai pas besoin ». Et nous-mêmes, au sein de l’Eglise, quand la proposition nous est faite, du linceul de Turin aux apparitions de Fatima, nous entendons : « merci, mais je n’en ai pas besoin ».
La loi de l’hospitalité est la loi du dérangement positif : l’accueil d’une visite imprévue. Elle fait l’objet d’un enseignement explicite de la 1ère Lettre de saint Pierre : « Pratiquez l’hospitalité entre vous sans récriminer ».
« Frères, la fin de toutes choses est proche. Soyez donc sobres et raisonnables en vue de la prière. Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. Pratiquez l'hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes » (1 P, 4, 7-10).
Dans le mystère de la Visitation, de la visite de Marie à sa cousine Elisabeth, qui peut penser qu’à vues humaines, Elisabeth était dans les meilleures conditions pour accueillir chez elle sa jeune cousine ?
Se laisser bousculer, c’est la parabole du bon Samaritain. Parce que l’hospitalité est un signe de fraternité.
L’évêque d'Agen, Mgr Hubert Herbreteau, a publié un livre sur la fraternité (« La Fraternité entre utopie et réalité ») où il explique l’actualité du sujet. Il souligne les temps historiques où nous sommes, puisque « en 2007, l'humanité a franchi un cap historique : pour la première fois, il y a autant de citadins que de ruraux sur la planète. Dans trente ans, les deux tiers de l'humanité vivront dans les villes ».
Voilà ce qu’il dit de l'hospitalité : « visiter quelqu'un suppose la disponibilité et la gratuité. On prend rendez-vous ou bien on accueille quelqu'un à l'improviste et commence alors le plaisir de la rencontre, des bavardages et du repas partagé. Bien plus, une visite peut changer considérablement l'existence. Se laisser atteindre par les paroles, les attitudes, le visage et la présence d'autrui, tout cela constitue une manière de construire concrètement la fraternité ».
Dans le mystère de la Visitation, le signe d’hospitalité, ce signe de fraternité nous est donné par deux femmes. Ce n’est pas le seul endroit de l’évangile – on pourrait aussi parler de la maison de Marthe, avec Marie sa sœur, de la leçon donnée chez Simon le Pharisien : tu vois, Simon, tu ne m’as pas accueilli comme cette femme que tu réprouves.
Constatons plutôt, et c’est ma deuxième remarque : Marie nous enseigne que Dieu nous visite pour nous réunir. Le Magnificat prend place à la Visitation et non à l’Annonciation, parce que Marie rend grâce au travail de l’Esprit chez sa cousine. C’est au moment où je transmets ce que j’ai reçu que l’Esprit-Saint me fait entrer dans la louange.
Voilà pourquoi le visiteur demande trois pains : un pour son propre visiteur (son ami qui arrive de voyage), un pour lui-même, et le troisième pour qui, Sinon pour celui à qui il les emprunte. Autrement dit, il ne lui demande pas seulement de se lever, mais de les rejoindre. Voilà le signe qui nous est donné en ce jour, qui est en vérité le signe du Bon Pasteur : il vient à nous pour nous réunir. Voilà ce que nous allons célébrer dans cette Eucharistie.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
samedi 17 juillet 2010
HOMELIE: LE SENTIMENT DE DIEU par le Père Christian Lancrey Javal.

Gravure illustration Gustave Doré la Bible nouveau testament/Jésus chez Marthe et Marie./Vidéo Hommage.
Bernard Giraudeau est décédé ce matin, à Paris. Le Cancer a emporté l'homme mais je n'oublierais jamais son visage, son humilité, sa perception du Monde et de nous."Je suis allé à la rencontre des hommes et du Monde embarqué sur la Jeanne d'Arc... J'ai fait un beau voyage...Aujourd'hui je rentre définitivement au port, comme la Jeanne...la boucle est bouclée..." Nous perdons tous un Homme, un Lion... et moi un ami profondément attachant, un marin responsable, un comédien superbe, un écrivain éthique, un réalisateur d'une émotion bouleversante, un être humain d'exception, un guide, un exemple d'humanisme et d'intelligence...Ses 10 ans de résistance contre la maladie nous montre le chemin vers une attitude empreinte de respect et de dignité."Frères, je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous" Cette première phrase de la lecture de la Lettre de Saint Paul qui précède l'homélie de ce dimanche "Le sentiment de Dieu"ne peut être plus juste pour rendre hommage a Bernard Giraudeau et à son passage parmi nous qui restera emprunts de l'humilité d'un homme de bonne volonté et de courage...
Lecture de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1, 24-28
Frères,
je trouve la joie dans les souffrances
que je supporte pour vous,
car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ,
je l'accomplis dans ma propre chair,
pour son corps qui est l'Église.
De cette Église je suis devenu ministre,
et la charge que Dieu m'a confiée,
c'est d'accomplir pour vous sa parole,
le mystère qui était caché depuis toujours
à toutes les générations,
mais qui maintenant a été manifesté
aux membres de son peuple saint.
Car Dieu a bien voulu leur faire connaître
en quoi consiste, au milieu des nations païennes,
la gloire sans prix de ce mystère :
le Christ est au milieu de vous,
lui, l'espérance de la gloire !
Ce Christ, nous l'annonçons :
nous avertissons tout homme,
nous instruisons tout homme avec sagesse
afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ.
l'homélie du curé
Le sentiment de Dieu.
16ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 18 juillet 2010
Lc 10, 38-42
par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
Dans l’histoire de Marthe et Marie, il y a deux choses étonnantes : d’abord le mouvement d’humeur de Marthe qui ne coïncide pas avec le personnage. Du moins, avec ce qu’on sait d’elle par l’évangile de saint Jean, au moment de la mort de Lazare, où justement Marthe fait preuve d’un sang-froid remarquable (cf. Jn 11, 20 … 28) : quand elle apprend que Jésus arrive, elle se porte à sa rencontre, « tandis que Marie restait assise à la maison ».
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort », sans qu’on puisse l’entendre sous forme de reproche puisque Marie aura exactement la même parole (Jn 11, 32), mais Marie éclatera en sanglots, tandis que Marthe ajoute : « maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera ». Et comme Jésus répond : "Ton frère ressuscitera" – Marthe dit : "Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.". Suit ensuite une des plus belles professions de foi de l’Evangile : « je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde." (Jn 11, 27).
Le contraste est singulier ! Quel contraste entre son sang-froid à la mort de son frère (« il sent déjà »), et ici son coup de rogne et sa perte de sang-froid !
La deuxième chose étonnante est que l’évangile de saint Luc qui rapporte la parole de Jésus à Marthe – « tu t’inquiètes et tu t’agites » - ne livre aucune des paroles de Jésus à Marie. « Marie se tenait aux pieds du Seigneur, et écoutait sa parole ». Que lui disait-il ? Que lui a-t-il dit ? Pourquoi n’en sait-on rien ?
A la Pentecôte, je participais à un week-end de prière dans un Foyer de Charité, le Foyer de Charité de Tressaint, près de Dinan. Silence, prière et soleil, de bonnes conditions pour la joie de l’Esprit-Saint. Une ‘retraitante’ est venue me voir parce qu’elle avait du mal : une amie à elle était entre la vie et la mort depuis la veille, un accident d’autant plus terrible qu’il survenait au moment où elle se fiançait … Et elle ne pouvait pas adhérer à la joie ambiante.
Nous avons là le principal obstacle à la messe du dimanche, et une caractéristique de la prière chrétienne : entrer dans des sentiments qui ne sont pas les nôtres.
Je vous parlerai de la semaine prochaine de notre disponibilité intérieure, de la nécessité de savoir se laisser déranger, parce que la suite de l’évangile raconte une parabole sur les visites imprévues, la parabole de l’ami importun (Lc 11, 5-8). Je voudrais pour l’heure rappeler qu’une des plus grandes hymnes chrétiennes, l’un des plus grands textes sur le Christ Jésus, l’hymne aux Philippiens - « Lui, qui était de condition divine, n’a pas retenu jalousement le rang qui l'égalait à Dieu… » - est précédé de cette recommandation : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5).
Notre sanctification, l’union de notre volonté humaine à la volonté divine, le Fiat de Marie, passe par l’union de nos sentiments aux sentiments de Dieu.
Bien sûr, l’humilité est au premier chef de ces sentiments, puisqu’elle est au centre de l’hymne aux Philippiens : « Lui, qui était de condition divine … s'anéantit lui-même, prenant la condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! ». L’humilité de Dieu, une expression à utiliser avec prudence pour qu’elle n’empiète pas sur sa transcendance.
Ici chez Marthe, il faudrait plutôt parler d’abnégation – abnégation quand on travaille, qu’on est à la peine, tandis que les autres se reposent…
L’humilité donc, mais pas seulement l’humilité : la compassion, comme condition minimale pour accéder à la Bonté de Dieu : on se laisse déborder par le mystère du mal si on n’entre pas dans les sentiments de Dieu, qui est bon avec les justes comme avec les méchants. Dieu est bon avec les méchants.
Entrer dans des sentiments qui ne sont pas les nôtres. C’est le propre des Psaumes et de la Liturgie des Heures : j’entre dans un psaume de louange alors que je peux être de très mauvaise humeur ; je chante un psaume de désespoir et de souffrance alors qu’il peut faire beau et que je peux avoir le cœur léger !
Beaucoup y répugnent, en protestant de leur sincérité : « ce n’est pas ce que je ressens ». Mais ce n’est pas le critère de la prière ! Si chacun revendique ses propres sentiments, c’est Babel !
Notre culture occidentale nous a habitués à accorder une grande importance à ce que chacun ressent, puisque nos rencontres commencent comme ça : « comment ça va ? Comment te sens-tu ? » Quelle est ton humeur aujourd’hui ? – Alors qu’on devrait se saluer de façon biblique et apostolique : « la paix soit avec toi ! ». Shalom. Autrement dit, entrons ensemble dans la paix de Dieu. Je ne renie rien de ce que je peux ressentir, mais ce n’est pas cela maintenant qui va nous réunir.
La parole de Jésus à Marthe dit : « tu t’inquiètes et tu t’agites ». Tu te laisses gagner par l’inquiétude, dans une fuite en avant. Quand on est « débordé », et soi-disant les prêtres sont des gens débordés – on est débordé par nos sentiments davantage que par nos activités. On s’inquiète de ne pas pouvoir y arriver, et peut-être qu’on n’y arrivera pas – et alors ? On sera ridicule ? déçu ? Si j’ai fait de mon mieux ? Si vraiment j’ai fait de mon mieux et que je n’y suis pas arrivé ? On me le reprochera, on se moquera, on me jugera. Pas Dieu. Quoi qu’on dise ou quoi qu’on pense de moi, Dieu ne m’aimera pas moins. Si j’ai fait de mon mieux, Dieu le sait, et Lui me protègera. Nous apprenons cela en contemplant la Miséricorde de Dieu : Dieu récuse tout jugement, toute accusation qui viendrait des autres. Quand on vit cela avec le Seigneur, c’est très reposant.
Venons-en au deuxième mystère du texte : le silence sur les paroles de Jésus à Marie. D’autant plus frustrant que c’est la meilleure part !
Nous avons là un autre aspect de notre sensibilité qui doit être purifié, dans ce que nous pouvons accueillir à titre personnel comme révélations.
Je me suis demandé si on pouvait parler pour Marie, ici chez Marthe, de « repos dans l’Esprit », si on pouvait lui appliquer cet état de paix, de sérénité et d'abandon, dont le nom est évocateur : on repose dans la prière, exactement, pour reprendre une image que j’ai déjà utilisée, comme quand on fait la planche et qu’on se laisse flotter dans un bain de mer.
Le repos dans l’Esprit est une spécialité des groupes de prière charismatique : « certains participants, pour qui l’on prie ou à qui on impose les mains, tombent soudain en arrière et restent un certain temps allongés à terre ! Dans certains grands rassemblements, particulièrement chaleureux, la moitié de l’assistance peut se retrouver au tapis ! Ce phénomène est désigné sous le nom de ‘repos dans l’Esprit’, car celui ou celle qui est à terre est, dit-on, visité par le Saint Esprit, restant présent (ce n’est en rien une syncope) dans un recueillement intérieur accompagné d’images ou de paroles qui semblent données par le Seigneur. Cela peut durer quelques minutes ou plusieurs heures, après quoi la personne se relève tranquillement, avec le plus souvent le sentiment d’avoir vécu une visitation de l’Esprit … » (cf. l’interview sur Croire.com du père Guy Lepoutre, sj).
On voit que ce n’est pas applicable ici à Marie, même si on peut imaginer quelque chose chez elle de l’ordre du « ravissement » dans cette expérience si forte de la Présence du Seigneur. Voilà surtout le point de discernement le plus important dans la part de l’émotion sensible dans l’expérience de Dieu et de sa Présence en nous, et dans les images et les paroles intérieures qui l’accompagnent.
La Conférence des Evêques de France a publié en avril dernier un ensemble d’études sur « les nouveaux courants charismatiques », pour les resituer dans la Tradition de l’Eglise. Un des théologiens, le Père François-Régis Wilhélem, de l’Institut Notre-Dame de Vie, renvoie au chapitre 11 de la Montée du Carmel de saint Jean de la Croix où le saint Docteur explique que, chez les personnes spirituelles, toutes sortes de manifestations sensibles, plus ou moins extraordinaires, sont possibles et même très fréquentes, avec toutes sortes de phénomènes, apparitions, parfums, paroles, saveurs, lumières en tous genres, pour lesquelles, qu’elles viennent de Dieu, ou qu’elles viennent du démon, la règle est la même : on ne doit jamais s'y fier ! Il vaut mieux les fuir, le danger est trop « grand d'être trompé ». Il est impossible ou interdit d’évaluer la grâce à partir de ses effets sensibles.
Si la chose vous intéresse, vous pourrez vous y reporter. Saint Jean de la Croix a l’avantage de prévenir l’objection : s'il convient de ‘ne pas faire cas’ des choses et des grâces extraordinaires, pourquoi Dieu les donne-t-il ? « Puisque ces visions surnaturelles présentent tant de périls et peuvent entraver si notablement la marche en avant, pourquoi Dieu, qui est la sagesse même et qui désire épargner à l'âme les obstacles et les pièges, lui présente-t-il ces visions ? » (Montée du Carmel, Livre II, chapitre 17).
« Ce n'est pas que Dieu se refuse à donner de prime abord à l'âme la sagesse de l'esprit. Mais d'ordinaire …. Dieu perfectionne l'homme suivant le mode de l'homme, allant de ce qui est bas et extérieur à ce qui est intérieur et plus élevé. [...] De cette façon, Dieu conduit l'âme de degré en degré, jusqu'à ce qu'il y a de plus intérieur. Habituellement donc, Dieu instruit l'âme en commençant par ce qu'il y a de plus extérieur, de plus palpable, de plus adapté au sens, ayant égard à la faiblesse et au peu de capacité de l'âme. Elle s'habitue ainsi à ce qui est spirituel et s'achemine vers ce qu'il y a de plus substantiel dans la voie de l'esprit, c'est-à-dire vers ce qui est éloigné de tout le sensible. » Autrement dit, les grâces sensibles ne sont pas un signe d’avancement dans la vie spirituelle, mais une invitation à avancer.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
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L'icône de la Trinité de Roublev(Analyse iconographique en bas de page)
Lecture du Livre de la Genèse 18, 1-10
Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham
qui était assis à l'entrée de la tente.
C'était l'heure la plus chaude du jour.
Abraham leva les yeux,
et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Aussitôt, il courut à leur rencontre,
se prosterna jusqu'à terre et dit :
« Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux,
ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur.
On va vous apporter un peu d'eau,
vous vous laverez les pieds,
et vous vous étendrez sous cet arbre.
Je vais chercher du pain
et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin,
puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »
Ils répondirent :
« C'est bien. Fais ce que tu as dit. »
Abraham se hâta d'aller trouver Sara dans sa tente,
et il lui dit :
« Prends vite trois grandes mesures de farine,
pétris la pâte et fais des galettes. »
Puis Abraham courut au troupeau,
il prit un veau gras et tendre,
et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
Il prit du fromage blanc, du lait,
le veau qu'on avait apprêté,
et les déposa devant eux ;
il se tenait debout près d'eux, sous l'arbre,
pendant qu'ils mangeaient.
Ils lui demandèrent :
« Où est Sara, ta femme ? »
Il répondit :
« Elle est à l'intérieur de la tente. »
Le voyageur reprit :
« Je reviendrai chez toi dans un an,
et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Le thème est un sujet de l’Ancien Testament sur lequel se sont penchés les pères de l’Eglise pour parler de la Trinité : l’hospitalité d’Abraham.
Gn 18,1
Le Seigneur apparut à Abraham aux chênes de Mambré alors qu'il était assis à l'entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour.
Il leva les yeux et aperçut trois hommes debout près de lui. À leur vue il courut de l'entrée de la tente à leur rencontre, se prosterna à terre et dit : « Mon Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, veuille ne pas passer loin de ton serviteur. Qu'on apporte un peu d'eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur. » Ils répondirent : « Fais comme tu l'as dit. »
Abraham se hâta, vers la tente pour dire à Sara : « Vite ! Pétris trois mesures de fleur de farine et fais des galettes ! » et il courut au troupeau en prendre un veau bien tendre. Il le donna au garçon qui se hâta de l'apprêter. Il prit du caillé, du lait et le veau préparé qu'il plaça devant eux ; il se tenait sous l'arbre, debout près d'eux. Ils mangèrent. Ils lui dirent : « Où est Sara ta femme ?» Il répondit : « Là, dans la tente. » Le Seigneur reprit : « Je dois revenir au temps du renouveau et voici que Sara ta femme aura un fils. » Or Sara écoutait à l'entrée de la tente, derrière lui. Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ce qu'ont les femmes. Sara se mit à rire en elle-même et dit : « Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux ! » Le Seigneur dit à Abraham : « Pourquoi ce rire de Sara ? et cette question : ''Pourrais-je vraiment enfanter, moi qui suis si vieille ?'' y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le Seigneur ? A la date où je reviendrai vers toi, au temps du renouveau, Sara aura un fils. » Sara nia en disant : « Je n ai pas ri », car elle avait peur. « Si, reprit-il, tu as bel et bien ri. »
La célébrité de la scène tient à plusieurs choses : au sens de l’hospitalité chez Abraham, à son respect de Dieu reconnu à travers ses visiteurs, mais surtout à l’approche du mystère de la Trinité évoqué pour la première fois dans la Bible.
Le dialogue nous présente tantôt un, tantôt trois personnages et le pluriel est étrangement mêlé au singulier : « Seigneur, dit Abraham, daigne t’arrêter … Vous vous réconforterez … ». Saint Augustin écrit en parlant d’Abraham : « il vit trois (personnes), il adora un seul (Dieu) ».
dimanche 11 juillet 2010
HOMELIE: INDIFFERENT A LA MORT... N'OUBLIONS PAS QUE L'AUTRE EST NOTRE PROCHAIN ...CELA NOUS CONCERNE TOUS.
Jacoppo Bassano, 1535-1592. Le Bon Samaritain, Venise vers 1550-1570. National Gallery, Londres./Vidéo: Aung San Suu Kyi/Jane Birkin
Homélie et Lecture de ce XVe Dimanche dédiée à tous ceux qui vivent dans l'angoisse et la solitude....Les prisonniers et otages de tous pays sont notre prochain, en commençant par le plus vieux de tous, Michel Germaneau, 78 ans, Otage et au bord du gouffre, à moitié mort de peur, à moitié mort tout court...seul depuis bientôt trois mois. Merci de lire cette Homélie que le Père Christian Lancrey-Javal a écrit pour ne pas oublier que nous sommes tous la famille d'un homme, d'une femme, d'un enfant, d'un Grand Père ou d'une Grand Mère en sursis, ici ou ailleurs...
Pour mettre Jésus à l'épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question :
« Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? »
Jésus lui demanda :
« Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? »
L'autre répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme,
de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. »
Jésus lui dit :
« Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. »
Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus :
« Et qui donc est mon prochain ? »
Jésus reprit :
« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ;
ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort.
Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ;
il le vit et passa de l'autre côté.
De même un lévite arriva à cet endroit ;
il le vit et passa de l'autre côté.
Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ;
il le vit et fut saisi de pitié.
Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ;
puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à l'aubergiste, en lui disant :
"Prends soin de lui ;
tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai."
Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain
de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ? »
Le docteur de la Loi répond :
« Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. »
Jésus lui dit :
« Va, et toi aussi, fais de même. »
l'homélie du curé
Indifférent à la mort.
15ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 11 juillet 2010
Lc 10, 25-37
par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
La parabole du Bon Samaritain raconte l’histoire d’un homme qui est laissé à demi-mort. On peut penser que cette mention dit l’urgence : une question de vie ou de mort. En réalité, elle explique le choix des personnages, et elle répond du même coup à la question initiale, sur la vie éternelle : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? – autrement dit, pour ne pas aller en enfer après ma mort ? La réponse est claire : ne vis pas comme si la mort n’existait pas. Ne passe pas à côté sans la regarder : tu passerais à côté de la vie.
Le rôle du prêtre et de l’Eglise est d’accompagner les gens face à la mort. Les gens le savent bien ; une partie du clergé français a tendance à l’oublier. Il y a quelques semaines, je me suis trouvé devant un choix difficile : ou bien partir célébrer un mariage à l’étranger, pour lequel je m’étais engagé depuis des mois ; ou bien rester à Paris pour accompagner une amie dans ses dernières heures et célébrer ses obsèques. Que faut-il privilégier : le mariage ou l’enterrement ? Tous les prêtres à qui j’ai demandé leur avis, tous m’ont dit : le mariage, parce que c’est l’avenir. Et tous les autres gens que j’ai consultés m’ont dit : l’enterrement. Une amie a ajouté : si tu t’en vas quand je meurs, tu n’es plus mon ami.
Vous connaissez ces dilemmes : ils se posent régulièrement quand un deuil survient au moment d’un mariage. Qu’est-ce qu’on fait ?
La grandeur d’une société se mesure à ses rites funéraires. La grandeur de tout être humain se révèle face à la mort.
Et la mauvaise laïcité, le laïcisme à la française, est une négation de la mort. Qu’elle soit une négation de Dieu, chacun en répondra le moment venu. Mais le laïcisme est une négation de la mort, un déni, et un déni de charité et un déni de justice.
Je n’ai aucune inquiétude sur les Vocations sacerdotales de demain, en France, en Europe ou ailleurs : elles viendront ou re-viendront lorsque nous serons revenus dans l’Eglise à notre Mission d’annoncer l’Espérance, la grande Espérance, de l’Au-delà.
Un des Evêques auxiliaires de Paris, lors d’une messe de Confirmation, m’a fait sursauter en employant à plusieurs reprises dans son homélie cette expression un peu désuète : « notre vie ici-bas ». Plus personne ne parle comme ça ! Et c’est peut-être dommage.
Dans la parabole du Bon Samaritain, les deux hommes qui passent sans s’arrêter, le prêtre et le lévite, sont deux hommes de Dieu. On en fait une lecture bien-pensante, moralisatrice, en s’indignant devant leur indifférence à la souffrance. Mais c’est une indifférence à la mort ! L’impureté qui les effraye est celle du cadavre, pas du sang. Autrement dit, ils n’y croient plus. Le Samaritain est un homme d’espérance : il y croit encore. Il croit à la vie.
Comprenez pourquoi Jésus a pris l’exemple d’un prêtre et d’un lévite, et pas d’un Pharisien ou d’un scribe : deux hommes du Culte. C’est ce qui donne toute son actualité à ce texte !
Avant, quand les prêtres étaient habillés en noir, on les appelait des corbeaux, et le jeu des effrontés était de croasser à leur passage : la mort qui les accompagnait donnait tout leur sens à leurs paroles de vie !
Le plus cocasse est le reproche que nous l’Eglise, nous adressons au monde de vivre dans l’indifférence religieuse, alors que cette indifférence religieuse, dont nous sommes en grande partie responsables, c’est l’indifférence devant la mort !
L’Evangile de ce dimanche dit ceci : quand ton prochain présente tous les signes de la mort, la mort sociale, la mort morale, la mort spirituelle, soigne-le ! Prends-en soin, amène-le à l’Eglise. Aujourd’hui, ce ne sont pas des flots de sang qui coulent – grâce à Dieu, les services de secours sont bien organisés : ce sont des flots d’angoisse qui dégoulinent, face à la mort spirituelle. Les gens ont peur et ils ont raison d’avoir peur.
Qu’attendons-nous pour leur annoncer l’Espérance ?
Lorsqu’on est pris en faute, et dans notre mission d’évangélisation, d’annonce de l’Espérance, nous sommes clairement en faute, frères et sœurs ! – lorsqu’on est pris en faute, on peut accuser les circonstances, le matérialisme ambiant etc., chercher à positiver et attendre des jours meilleurs. Laissons ça aux sportifs, aux professionnels de la défaite. Et puis, on peut se remettre en cause.
Dorothée de Gaza, un saint Abbé qui vivait près de Gaza au 6ème siècle, a laissé des instructions spirituelles, où il explique que la source de tous nos troubles, c’est que nous ne nous accusons pas nous-mêmes (Liturgie des Heures, 9ème semaine du temps ordinaire, lundi et mardi).
Ça veut dire quoi ?
Un mot d’abord pour calmer l’irritation de ceux que les repentances internes à l’Eglise exaspèrent : c’est le motif principal des lettres de doléances que je reçois. Contre l’esprit de repentance. Reconnaissons pourtant qu’il est évangélique, même s’il est bizarrement utilisé : pour dire les choses simplement, la repentance ne peut porter que sur soi. C’est un paradoxe de l’Eglise qui, sur la Shoah par exemple, demande pardon et dans le même temps instruit le procès en béatification du Pape de l’époque. Il y a là quelque chose d’illogique. La conversion comme la repentance ne s’emploie qu’à la première personne du singulier : ma conversion.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que chacun d’entre nous doit être au clair sur sa mort à venir. Ce n’est pas une démarche notariale, de testament à préparer, de papiers à mettre en ordre, et encore. C’est une démarche quotidienne, de conversion. D’examen de conscience, avant de s’endormir. Nous entendrons début août, la parabole de l’homme riche qui voulait se reposer et profiter de ses biens : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme ! » (Lc 12, 20).
Dans la parabole du Bon Samaritain, cet homme à demi-mort, c’est toi ! C’est toi que tout le monde ne laissera pas crever, mais que personne ne pourra empêcher de mourir, si riche sois-tu, personne ne pourra t’empêcher de mourir, sauf le Christ ! Avec Lui, tu ne mourras pas : tu entreras dans la Vie.
Se convertir, deuxio, ça veut dire s’arrêter. Vous le savez bien, parce que nous partageons tous ce sentiment de subir, d’être emportés, de ne pas pouvoir se poser, se reposer, souffler. La loi de la Charité veut qu’on s’arrête, que tout le monde s’arrête quand quelqu’un meurt. On décrète un deuil : ce n’est pas à un volontaire désigné de « faire son deuil » dans son coin comme si c’était une affaire privée. Cela nous concerne tous.
Se convertir, ça veut dire donc (1) se préparer à mourir, (2) s’arrêter quand quelqu’un meurt, ça veut dire troisièmement (3) prier. Un souvenir terrible de l’attentat du 11 septembre 2001, la destruction des tours jumelles à New-York, est le bruit des corps qui s’écrasaient au sol bien avant que les tours s’écroulent : les gens se jetaient par la fenêtre. Pris de panique, ils se jetaient dans le vide. J’y pensais ces temps-ci après le suicide d’une amie qui, un matin, s’est ainsi jetée dans le vide. Que dit-on après, à la famille ?
Le prêtre qui a présidé les obsèques a affronté le sentiment de culpabilité qui ronge l’entourage : qu’aurait-il fallu faire pour éviter ça ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait que j’aurais dû faire ? Il a proposé que nous transformions la question en : qu’allons-nous faire maintenant ? – qui était la meilleure introduction à l’Eucharistie que nous allions célébrer.
Si, chaque fois qu’un drame se produisait, nous prenions un temps de prière, de consolation, mais autant de pénitence, je vous promets que notre monde irait mieux. Nous n’avons pas envie de l’entendre, et nous préférons nous retourner contre Dieu que vers Dieu. Pourtant, la seule réponse au malheur, au ricanement des forces du mal, est la confiance en Dieu. Notre secours est dans le Nom du Seigneur.
Le drame de ce suicide a été si violent, eu égard au charisme de cette femme, aux circonstances, à la famille, aux enfants, que j’ai rencontré dans les semaines qui ont suivi des gens qui m’en ont parlé qui ignoraient mes liens d’amitié avec la défunte : certains avaient peur que cela puisse leur arriver.
Le malheur frappe vite. Nous sommes enclins à imaginer le mal comme une poussée irrépressible : une pulsion de mort. L’engrenage de quelque chose qui serait en moi et plus fort que moi. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Mais l’attirance pour le vide vient du vide, pas de moi. L’attirance pour le vide, qui est une définition même du péché, vient d’une absence, d’une insuffisance ou d’une disparition des barrières de protection. Quand le vertige vous prend, empoignez la rampe : la Loi est la rampe à tenir, la Loi avec ses interdits – on n’approche pas.
Quand un mal objectif ne m’apparaît plus comme un mal, comme passer auprès d’un blessé ou d’un pauvre sans s’arrêter, et quand au contraire un mal objectif m’apparaît comme un droit, comme le droit à l’avortement, le droit à l’euthanasie, le droit au suicide, je suis au bord du vide. Quand l’esprit mauvais nous distille à longueur de journée que ce mal est un bien, il enlève toutes les rambardes de protection.
Pour finir sur une note plus légère, rappelez-vous ce film français, une comédie qui connut un grand succès : le Viager. Des héritiers potentiels et impatients, s’exaspérant de la longévité du bonhomme, cherchent à accélérer la mort du donateur. Par une protection surnaturelle, tous les pièges qui lui sont tendus se retournent contre leurs auteurs. Il y a notamment cette scène dans sa petite maison où l’un scie la rambarde de la fenêtre tandis que l’autre cire à outrance les marches de l’escalier, et chacun tombe dans le piège de l’autre.
De très nombreux spectacles qui sont diffusés sont des pièges et des mensonges : ils cachent un vide. Et contre ces pièges, il n’y a pas d’autre solution que la prière, pour trouver refuge dans la foi de l’Eglise, auprès du Seigneur.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
L'association "La Source d'eau vive" édite la Bible, ancien et nouveau Testament au format audio mp3. Vous pouvez la télécharger gratuitement et la diffuser librement. Nous vous demandons toutefois de ne pas vendre ces fichiers, car ce que vous avez reçu gratuitement, donnez le gratuitement.http://www.lasourcedeauvive.org/Bible-audio.htm
Lecture du Livre du Deutéronome 30, 10-14
Moïse disait au peuple d'Israël :
« Écoute la voix du Seigneur ton Dieu,
en observant ses ordres et ses commandements inscrits dans ce livre de la Loi
reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.
Car cette loi que je te prescris aujourd'hui
n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte.
Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises :
"Qui montera aux cieux nous la chercher et nous la faire entendre,
afin que nous la mettions en pratique ?"
Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises :
"Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher et nous la faire entendre,
afin que nous la mettions en pratique ?"
Elle est tout près de toi, cette Parole,
elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. »

Introduction aux écritures:
La Loi ou Torah comprend 5 livres nommés par le premier mot du livre :
- Berechit (Au commencement)- Chemot (Les Noms)- Wayiqra (Et il dit)- Bamidbar (Dans le désert)- Debarim (Les paroles).Ces titres correspondent à Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. La Torah évoque la naissance du monde et du peuple et donne les commandements pour vivre.La base de la relation d'alliance entre YaHWeH (Le Seigneur) et le peuple d'Israël y est consignée et mise sous l'autorité de Moïse..
Les Prophètes ou Neviim sont divisés en deux parties de 4 livres chacune :
- les 4 ''prophètes premiers'' : Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois
- les 4 ''prophètes derniers'' : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, les Douze ; les Douze regroupe les livres de Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.
Tous ces livres, les premiers plus historiques, les derniers rapportant des paroles prophétiques, nous font suivre les infidélités du peuple au cours de l'histoire et les efforts des prophètes pour restaurer l'alliance.
Les Écrits ou Ketouvim comprennent 11 livres.
Au début, les Psaumes, les Proverbes et le livre de Job.
Ensuite, 5 livres poétiques lus lors des fêtes d'Israël : Ruth, Cantique des Cantiques, Qohélet, Lamentations, Esther.
Enfin 3 livres divers : Daniel, Esdras + Néhémie, 1 et 2 Chroniques.
Ils invitent à méditer, de manière multiforme, la relation d'alliance inscrite au cœur de l'existence.
La tradition rabbinique a désigné cet ensemble de 24 livres par les initiales des trois recueils : TNK (prononcer Tanakh).
Dossier : Le judaïsme:
voir à : http://club.ados.fr/parekh/blog/
dimanche 4 juillet 2010
HOMELIE: LE PLAISIR EST-IL UN PECHE ?

Pierre De Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons./http://tracesduserpent.ens-lsh.fr/38682453/0/fiche___pagelibre/&RH=HISTOIRES-SERPENTS&RF=DIVIN-SERPENT
Lecture du Livre d'Isaïe 66, 10-14
Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d'elle, vous tous qui l'aimez !
Avec elle soyez pleins d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil !
Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations,
et vous puiserez avec délices à l'abondance de sa gloire.
Voici ce que dit le Seigneur :
Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve,
et la gloire des nations comme un torrent qui déborde.
Vous serez comme des nourrissons que l'on porte sur son bras,
que l'on caresse sur ses genoux.
De même qu'une mère console son enfant,
moi-même je vous consolerai,
dans Jérusalem vous serez consolés.
Vous le verrez, et votre cœur se réjouira ;
vos membres, comme l'herbe nouvelle, seront rajeunis.
Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.
Avec elle soyez pleins d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil !
Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations,
et vous puiserez avec délices à l'abondance de sa gloire.
Voici ce que dit le Seigneur :
Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve,
et la gloire des nations comme un torrent qui déborde.
Vous serez comme des nourrissons que l'on porte sur son bras,
que l'on caresse sur ses genoux.
De même qu'une mère console son enfant,
moi-même je vous consolerai,
dans Jérusalem vous serez consolés.
Vous le verrez, et votre cœur se réjouira ;
vos membres, comme l'herbe nouvelle, seront rajeunis.
Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.
l'homélie du curé
Le plaisir est-il un péché ?
14ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 4 juillet 2010
Lc 10, 1-2. 17-20
par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
En ce début d’été, et de période de vacances, qui ne sont pas toujours de repos mais parfois de surenchère d’activités les plus diverses, de découvertes et de voyages en tous genres, à l’image de notre société de loisirs : nous ne travaillons plus pendant l’année pour le bien commun ; nous travaillons désormais pour nous offrir un bien personnel, et en particulier de bonnes vacances -, bref, en ce début d’été où la recherche de satisfactions personnelles, de plaisirs et d’amours passagères, est comme un mot d’ordre et comme un devoir de vacances, je voudrais, au nom de l’Eglise, assumer notre discours rabat-joie. J’assume.
J’assume ce grand reproche adressé par notre époque à notre Eglise de considérer que la souffrance peut être un devoir et le plaisir peut être un péché.
Pourquoi le Christ prévient-il ses disciples qu’ils pourront ne pas être bien accueillis ? Pas bien accueillis : c’est une litote. Quel est donc ce message d’amour qui pourrait ne pas être accueilli ? Quelle pourrait être cette annonce de la paix qui pourrait être rejetée ?
Du temps de Jésus comme aujourd’hui.
Le message de l’Evangile est apparu un peu plus tôt dans le texte de saint Luc : le Fils de l’homme doit souffrir (Lc 9, 22), le Fils de l’homme doit être livré aux mains des hommes (Lc 9, 44). « Mais ils ne comprenaient pas cette parole » : ils ne comprenaient pas cette nécessité.
Comment la souffrance peut-elle être sinon un devoir, du moins une nécessité, et à l’inverse, comment le plaisir pourrait-il être un péché ?
C’est pourtant simple : parce que ni l’une ni l’autre n’ont de valeur en soi, ni l’une ni l’autre n’ont de valeur absolue.
Pour la souffrance, la compréhension est accessible par l’expérience : cela s’appelle le sport, cela s’appelle l’effort, la discipline, la maîtrise de soi, l’éducation.
Pensez à ce débat surréaliste apparu sur l’opportunité d’interdire la fessée. Ce serait une violence à bannir.
Une femme d’apparence normale est venue à moi me proposant, dit-elle, de prier pour « les violences éducatives » (sic). J’étais un peu étonné, mais je suis toujours partant pour la prière. Elle s’assoit en face de moi et commence quelques explications très alambiquées. A tout hasard, je crois honnête de la prévenir : « Je suis pour la fessée ». Que n’avais-je dit ! J’étais le représentant de l’obscurantisme le plus maléfique. Ce qu’elle m’explique longuement. Et je dois reconnaître que je ne le prends pas très bien. Ce qui fait qu’elle se lève pour partir, mais, au seuil de la porte, cette dame âgée lance une phrase terrible sur un abus sexuel dont elle avait été victime étant enfant. Je l’invite alors à se rasseoir : aucune différence d’opinion ne saurait passer avant la souffrance d’une personne.
Hélas, la suite n’a pas été réussie. Après une nouvelle discussion, difficile, nous entrons enfin dans un recueillement pour prier : prions. Je commence un Notre Père, elle m’interrompt : « en silence ! ». Plus interloqué que jamais, je lui demande : rassurez-moi quand même : vous croyez en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit ? (c’est la condition pour prier ensemble). Elle me répond que peu importe ce qu’on prie. Et on s’est arrêté là.
Je l’ai revue quelque temps plus tard, et je sais qu’elle me reproche de ne pas considérer la violence comme un mal absolu. La violence n’est pas un péché en soi : il faut savoir se faire violence, comme il faut savoir défendre sa vie et celle des autres.
Ce qui est usant dans certains groupes de lecture de la Bible, ce sont les questions sur les paroles dures de Jésus, ou sur les guerres du peuple d’Israël : à ce rythme-là, on va trouver des Chrétiens pour prendre la défense des esprits mauvais qui auront été maltraités par Jésus : l’Adem, l’Association de Défense des Esprits Mauvais…
La violence n’est pas un mal absolu. Dans son Commentaire de la 1ère Lettre de saint Jean, où il a cette formule inouïe sur la liberté de l’amour (aime et fais ce que tu veux), saint Augustin montre que l’acte en soi n’est pas significatif : « nous voyons qu’un homme peut sévir par charité, cajoler par méchanceté. Un père bat son enfant, un marchand d’esclaves cajole son esclave. Si tu donnes à choisir entre les deux… » (VII, 8).
« Gardez-vous de croire que la charité est languissante et oisive, et qu’on la conserve par une sorte de mansuétude – que dis-je indolence et mollesse. Ne te figure pas que tu aimes ton serviteur quand tu ne le frappes pas ; que tu aimes ton fils quand tu ne le châties pas ; que tu aimes ton voisin, quand tu ne le reprends pas : ce n’est pas là charité, mais tiédeur. Que la charité soit fervente à corriger, à reprendre ! » (VII, 11).
La violence n’est pas un mal en soi, et le plaisir n’est pas un bien absolu. Cet autre versant est plus difficile à expliquer, sans doute en raison de ce que l’on met sous le mot plaisir.
Si nous avions été au Moyen-Âge, en un temps béni d’études philosophiques, sans doute aurais-je entrepris un traité sur les différentes variétés de plaisirs.
Je vous en aurais proposé sept, deux du corps, plaisir sensuel et plaisir sexuel, trois de la raison, plaisir esthétique, plaisir moral, et plaisir intellectuel, et deux de l’âme, un plaisir collectif, de la communion dans une foule, et un plaisir spirituel, de la grandeur de Dieu, l’immensité de la transcendance.
Dans un deuxième temps, nous aurions cherché pour chacune de ces catégories, un ou plusieurs critères permettant de dire dans quels cas le plaisir est bon. Quand est-ce par exemple que la gourmandise devient un péché ? Pourquoi, dans le domaine sexuel, le plaisir solitaire peut-il être réprouvé ? Qu’est-ce qui fait, en matière artistique, qu’on a le droit de se lamenter devant certaines escroqueries de l’Art Contemporain ? Etc. On les passerait en revue, successivement, à la recherche d’éléments de discernement.
J’ai dîné avec un couple de mes amis, que je voulais interroger sur l’éducation des enfants. Ils ne sont pas catholiques, au sens pratiquant, mais très représentatifs de notre époque. Ils m’ont expliqué que leur critère d’éducation était « le respect de soi-même ». Voilà le message qu’ils avaient voulu passer à leurs enfants : fais ce que tu veux, mais dans le respect de toi-même.
La première partie du dîner avait été pour cela très intéressante, mais on avait basculé ensuite dans le psychodrame, une dispute conjugale, sous l’effet de la fatigue, de la boisson, et de ma présence : certains couples profitent de la présence d’un tiers pour régler leurs comptes : elle lui reprochait de trop travailler, de ne pas soigner sa santé ni sa ligne – ce qui était vrai, il était devenu exagérément ventripotent. Un peu gêné comme on peut l’être de ce spectacle classique – Qui a tué Virginia Woolf ? -, je me demandais en moi-même comment cet homme mon ami pouvait ainsi théoriser sur le respect de soi sans se l’appliquer à lui. Et toute contradiction d’autrui nous renvoie à nos contradictions à nous.
Quel pourrait donc être le critère qui fait qu’un plaisir est bon ?
Est-ce une forme d’ouverture aux autres ? Le fait qu’il ne soit pas égoïste, mais capable de s’ouvrir, de porter du fruit ?
Qu’est-ce qui fait qu’un plaisir est bon ?
Trois réponses nous sont données dans l’Ecriture. La 1ère, dans la Deuxième Lettre de Saint Paul à Timothée qui parle de ceux qui sont « amis du plaisir plutôt que de Dieu » (2 Tim 3, 4). Allez donc rendre grâce à Dieu en vous gorgeant de nourriture – votre conscience y répugnerait ; elle se cabrerait.
Une autre indication est donnée dans l’évangile par une des très rares utilisations du mot plaisir hêdonê, dans la parabole du semeur, et dans l’image des ronces qui sont comme les plaisirs de la vie : elles étouffent le grain qui lève. Il y a un moment de basculement où ce qui est bon, le plaisir sous toutes ses formes, la protection, l’affection, la sécurité déborde et étouffe. Ce moment de basculement intervient quand l’Esprit est absent.
Enfin, le plaisir a dans l’Ecriture un synonyme qui est la plénitude. Nous croyons, nous Catholiques, que nous ne serons jamais notre propre plénitude. Nous croyons qu’il existe une plénitude, qui est Dieu, et qui ne peut être que Dieu.
Nous ne serons jamais notre propre plénitude, pas plus que nous ne serons jamais notre propre source, ni notre propre maître. Je ne serai jamais mon propre maître : j’ai un Maître, le Christ Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, et la fin de l’évangile de ce dimanche exprime parfaitement la relation que j’ai avec lui : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton Nom » (Lc 10, 17). La joie des disciples est un bon critère du Bon plaisir – dont on disait naguère qu’il est le plaisir de Dieu. C’est une donnée d’expérience : quand le plaisir se transforme en joie. Maître, il est heureux que nous soyons ici, dit Pierre au jour de la Transfiguration. Ta présence me comble de joie.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1-20
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze,
et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Il leur dit :
« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales,
et ne vous attardez pas en salutations sur la route.
Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord :
"Paix à cette maison."
S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ;
sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l'on vous servira ;
car le travailleur mérite son salaire.
Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis,
mangez ce qu'on vous offrira.
Là, guérissez les malades, et dites aux habitants :
"Le règne de Dieu est tout proche de vous".
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis,
sortez sur les places et dites :
"Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds,
nous la secouons pour vous la laisser.
Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche."
Je vous le déclare :
au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville. »
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux.
Ils racontaient :
« Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit :
« Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair.
Vous, je vous ai donné pouvoir d'écraser serpents et scorpions
et pouvoir sur toute la puissance de l'Ennemi ;
et rien ne pourra vous faire du mal.
Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ;
mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »
samedi 26 juin 2010
HOMELIE:Le chemin de la vie intérieure

Le prophète Élie
Lecture du premier Livre des Rois 19, 16...21

Le prophète Élie
Lecture du premier Livre des Rois 19, 16...21Le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafate, comme prophète pour te succéder. » Élie s'en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafate, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va t'en, retourne là-bas ! Je n'ai rien fait. » Alors Élisée s'en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l'attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d'Élie et se mit à son service.
l'homélie du curé
Le chemin de la vie intérieure
13ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 27 juin 2010
Lc 9, 51-62
par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
Vous savez ce qu’est un gourou ? Le dictionnaire dit que cela vient d’un mot hindi qui signifie « vénérable », et désigne un maître spirituel hindou, même si c’est utilisé par plaisanterie pour parler d’un maître à penser.
Jésus est-il un gourou ?
Je voudrais poursuivre avec vous ma réflexion sur le charisme de Jésus : dimanche dernier, je demandais ce qu’il y avait de féminin en lui. L’évangile de ce dimanche nous montre l’ascendant, le pouvoir qu’il a sur ses disciples, à commencer par un pouvoir d’attraction : suis-moi. Je voudrais mener cette réflexion dans la continuité de celle que je vous proposais pour la Pentecôte, sur l’énergie, la force qui se dégage de certaines personnes.
Si vous allez fureter du côté des disciplines énergétiques, des recherches spirituelles faisant appel à l’énergie vitale, à la force de vie, vous verrez que la plupart viennent comme les Mages - d’Orient. Elles sont plus ou moins ésotériques – c’est un autre mot compliqué, qui vient du grec et qui signifie que c’est réservé aux seuls adeptes : réservé aux initiés. On l’emploie également de façon négative pour dire que c’est incompréhensible. Attention : ne confondons pas ce qui est réservé aux initiés et ce qui nécessite une initiation ; la messe n’est pas réservée aux initiés. Pas plus que la musique. Elles nécessitent une formation.
Les disciplines ésotériques d’aujourd’hui ont une grande qualité : elles sont positives. Cela explique leur succès, comme le triomphe d’Avatar au cinéma, qui est un succès justifié dans cet éloge sympathique de l’énergie vitale positive, naturelle et mystérieuse.
Si vous regardez du côté de ces disciplines, Spirituelles, Positives et tournées vers l’Intériorité ou privilégiant l’Invisible, vous constatez un certain nombre de points qui sont communs à notre tradition chrétienne, et qui sont loin d’être incompatibles avec notre foi. Ce critère de compatibilité est fondamental : il a été mis en évidence dans l’encyclique Foi et Raison. C’est le critère du dialogue interculturel et interreligieux : leurs pratiques sont-elles – non pas solubles, absorbables -, mais compatibles ?
J’ai relevé quatre ou cinq points communs, à commencer par le rôle de la respiration : l’apprentissage du souffle comme chemin de véritable incarnation. Voilà ce que l’on devrait enseigner au Catéchisme : à respirer. Par le souffle et la respiration, on apprend à être là, dans l’instant présent, corps et âme, dans l’unité de l’être.
Un 2ème trait qui m’est apparu dans mes rencontres est la place donnée à la conscience : pour parler le jargon moderne, il importe de prendre conscience de la façon dont nous sommes prisonniers de schémas émotionnels. Et c’est vrai : l’attitude dans l’évangile de ce dimanche des deux frères, Jacques et Jean, les fils du tonnerre, est typique : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? ». Parce qu’on refuse de les recevoir ?!? Du calme, les gars.
La littérature la plus abondante porte sur l’influence de nos peurs dans ces réactions agressives et disproportionnées. On pourrait concevoir un magazine qui se spécialiserait là-dedans : « Peurs magazine », ou « Phobies-Hebdo », qui enseignerait chaque semaine comment se libérer de nos peurs…
Cela m’amène à une 3ème réflexion sur l’importance donnée dans les développements spirituels contemporains à l’histoire individuelle, et en particulier dans l’invitation pressante à puiser dans son enfance. Il faut, nous dit-on aujourd’hui, puiser dans notre enfance, aussi bien des joies que des explications. Y puiser des joies, pour son bien-être : rappelle-toi ce qui t’a rendu heureux ; ce seul souvenir te fera du bien. Y puiser aussi des explications…
Nous avons là une première ligne de divergence avec notre tradition chrétienne, puisque nous faisons appel à une mémoire bien plus large de l’humanité. Bien sûr qu’il est important de connaître les traumatismes de notre petite enfance, et même ceux de notre vie intra-utérine, dans le sein de notre mère, mais cela ne sert à rien si ce n’est pas rapporté à une histoire plus large d’une lignée, d’une culture, de l’humanité.
Le principal défaut de la majorité des disciplines ésotériques est leur absence de sens historique, de ce que nous appellerions une théologie de l’histoire. Vous connaissez le mot attribué à Richard Wagner : « Qui n’honore pas son passé, n’a pas d’avenir ». Ce passé pour nous n’est pas seulement judéo-chrétien : la particularité de la Galilée, la terre de Jésus, est d’être le « carrefour des nations ». Le passage dans l’évangile de ce dimanche, en terre de Samarie, impose ce retour à l’histoire.
Une 4ème caractéristique de ces disciplines ésotériques procède de ce rétrécissement historique et tient à un individualisme très particulier, qui n’est pas celui de la personne mais du maître. Le propre du gourou est d’être seul, isolé, et même de s’isoler. Même quand il revendique une formation, un héritage, comme dans la psychanalyse, il manifeste surtout une autonomie, une indépendance souvent présomptueuse.
J’ai bien aimé le récit d’un Français qui avait baigné pendant des années dans ces univers de méditation transcendantale, auprès de maîtres spirituels successifs, et puis un jour, il découvre que son maître du moment connaît lui aussi la confusion ! La perte passagère de la tranquillité de l’âme, le désordre intérieur. Il lui vient l’idée de faire un livre où il regrouperait les témoignages des plus grands maîtres de sagesse sur ces expériences de confusion. Il les contacte les uns après les autres, et il se heurte à autant de refus ou du moins de conditions impossibles : je veux bien, mais qui sont les autres, et untel a-t-il accepté, etc ? Et il ajoute : cela finalement ne s’est pas fait, mais ce qui m’a terrifié est qu’aucun d’entre eux, pas même le plus connu, ne m’a dit qu’il n’en voyait pas l’intérêt et qu’il ne connaissait pas la confusion.
Retenons simplement l’obligation de disposer d’un guide : cela fait partie également de notre tradition chrétienne.
Enfin une 5ème caractéristique de ces sagesses ou disciplines méditatives, et sans doute la raison de leur succès contemporain, tient à leur aspect peu institutionnel et plutôt ludique. Elles apparaissent comme des jeux, mais n’en sont pas. Cela exaspère les Orientaux, tout ce manque de sérieux des Occidentaux dans leurs pratiques zen. Du yoga une fois par semaine ?! Jésus a une expression claire pour parler de ce manque de sérieux : mettre la main à la charrue et regarder en arrière.
Voilà donc cinq points sur lesquels nous sommes globalement d’accord entre ‘spirituels’, et par lesquels nous nous rejoignons dans une même recherche de sagesse :
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Le souffle de l’esprit, l’importance de la respiration. |
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Se libérer de nos schémas émotionnels. |
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Retrouver une partie de son histoire, et de son enfance. |
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Touver et prendre un guide spirituel, se laisser conduire par quelqu’un d’averti. |
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Faire preuve de sérieux dans cette recherche : c’est un jeu dans sa gratuité, et un travail dans sa discipline. |
Voilà cinq points sur lesquels nous nous retrouvons volontiers. Alors qu’est-ce qui cloche ?
Une image suffira à l’expliquer : les forces de l’Esprit ont une puissance que vous ne pouvez pas imaginer, et elles appellent une prudence que l’on ne saurait trop vous conseiller. Il y en a même qu’il est interdit de convoquer (cf. 1 S 28, Saül et la sorcière d’En-Dor), sous peine de basculer dans le spiritisme et le pouvoir du mauvais. Les forces de l’Esprit appellent la même prudence que celles de la Nature : très exactement comme la haute mer, ou la haute montagne. On n’y va pas sans guide, et on n’y va pas non plus sans préparation, sans expérience, et sans précaution.
L’image d’un océan, d’une mer à traverser est biblique ; elle correspond à l’acte fondateur accompli par Moïse : la mission de Moïse n’était pas de retourner tout seul en Terre promise, mais d’y emmener le peuple de Dieu. Lorsque nous affrontons les forces les plus hostiles, ce n’est jamais pour nous-mêmes mais dans cette même mission de libération du peuple.
Lorsque vous avez compris tout cela, vous devenez nettement plus bienveillants pour tout ce qu’enseigne l’Eglise, ses préceptes et ses lois, qui sont pleins d’une sollicitude toute maternelle à l’égard de ses enfants comme de toute l’humanité : il s’agit à chaque fois de protéger les plus faibles.
Pour ne pas terminer sur une note aussi restrictive, ajoutons deux autres aspects sur lesquels nous pouvons tous nous retrouver : d’abord dans la recherche de la lumière. Le Christ Jésus est la lumière, la lumière du monde. Les terriers des renards sont comme les nids des oiseaux du ciel : de bonnes protections pour les petits, leurs portées et leurs couvées, mais des lieux sombres, comme les tombeaux de défunts. Voilà ce que le Christ invite à quitter : quittez vos ténèbres et suivez la lumière.
Enfin, toutes ces recherches ont un 7ème point commun : l’écoute de quelqu’un, de quelqu’un d’autre que soi. « Ecoutez-le ». La voix venue du Ciel résonne encore plus aujourd’hui, comme disait Edith Stein : « plus il fait sombre autour de nous, plus nous devons ouvrir notre cœur à la lumière qui vient d’en haut ».
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 51-62
Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem. Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Mais Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le Royaume de Dieu. »
samedi 19 juin 2010
HOMELIE: Qu'y a-t-il de féminin en Jésus ?

Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus :Dans la partie supérieure de l’église, trois rosaces de six mètres de diamètre ornent la façade et les transepts. Celle-ci, dans le transept est, représente Marie et son enfant (Jésus) ainsi qu’Élisabeth, son mari Zacharie et leur enfant, Jean-Baptiste. Sur le pourtour, on trouve des figures de papes, de pères et de docteurs de l’église.
Lecture du premier Livre de Zacharie 12, 10...13,1
Parole du Seigneur.
En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ; ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né.
En ce jour-là il y aura une grande lamentation dans Jérusalem.
En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leurs péchés et de leur souillure.
l'homélie du curé

En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ; ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né.
En ce jour-là il y aura une grande lamentation dans Jérusalem.
En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leurs péchés et de leur souillure.
Qu'y a-t-il de féminin en Jésus ?
12ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 20 juin 2010
Lc 9, 18-24

par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
Qu’est-ce qui fait que les disciples qui vivent avec Jésus ont conscience qu’il est plus – il est davantage qu’un prophète ? Et même qu’il est, comme le dit Pierre, LE Prophète, celui qui était promis et que le peuple attendait, le Messie de Dieu.
Pierre est inspiré ? Evidemment.
L’Esprit-Saint nous fait reconnaître en Jésus sa divinité. Mais les disciples perçoivent également en Jésus une manière différente de vivre son humanité, et même une manière différente de vivre sa masculinité. Pour le dire autrement, il y a quelque chose de très féminin en Jésus : un équilibre parfait du masculin et du féminin.
La deuxième lecture de ce dimanche dit que nous avons là une des grâces du baptême : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n'y a plus ni Juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus » (Gal 3, 27-28).
Qu’y a-t-il donc de féminin en Jésus ?
La façon dont il s’arrête auprès des personnes. La foule qui reconnaît en lui un prophète a conscience de la Mission qui le conduit. Et elle assiste en même temps, comme nous, tout au long de l’évangile, à cette capacité très émouvante et très réconfortante à s’arrêter : il s’arrête pour accueillir ceux qui en ont besoin, il fait attention à ceux que personne ne considère, il prend le temps de l’autre, en dehors voire au mépris de tout sens hiérarchique, avec tendresse.
La Mission est masculine, qui aboutit en Jésus au don de sa vie, au don de la vie, en un sacrifice parfaitement féminin.
Il existe bien évidemment aujourd’hui des équipes féminines de rugby, et sûrement aussi de foot-ball américain, qui sont des aberrations, pas seulement dans leur prétention à rivaliser de brutalité, mais dans le principe même de ces types de jeux qui consistent à atteindre un but en triomphant de tous les obstacles : voilà qui est très clairement masculin. L’homme mâle, et pécheur faut-il ajouter, n’a de cesse d’éliminer tous les obstacles, et dans certains cas les personnes, pour arriver au but, et à ses fins.
Souvenez-vous de l’évangile de dimanche dernier, l’histoire de cette femme qui débarquait chez un Pharisien, Simon, avec ce côté énervant pour notre époque que cette femme soit une pécheresse ou que cette pécheresse soit une femme, comme une assimilation du péché et de la femme, si l’on oublie que le Pharisien est pire. Cette scène était une illustration remarquable du péché de l’origine, de la mauvaise soumission comme de la mauvaise domination : « Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16).
Sauf que la femme, apparemment de mauvaise vie, était le modèle de conversion, en se jetant aux pieds du Seigneur, tandis que le Pharisien restait enfermé dans son for intérieur de domination écrasante et de mépris : « si cet homme était un prophète, pensait-il à propos de Jésus, il saurait qui est cette femme ».
Pour comprendre ce qu’il y a de féminin en Jésus, la Providence de Dieu nous a donné en Gertrud von le Fort un des plus grands écrivains du XXème siècle. Elle est connue en France pour avoir inspiré Bernanos avec l’histoire des Carmélites de Compiègne. On a découvert plus récemment le livre qu’elle publia en 1935, « la Femme éternelle », que son amie Edith Stein, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, commenta en ces termes : « Tout ce qui a été écrit d’autre depuis des décennies sur la femme est maintenant devenu inutile et superflu ». L’éloge est un peu excessif, mais le livre contient quelques inspirations très fortes.
Gertrud écrit notamment ceci : « L'homme représente le moment présent, la femme représente la génération à venir, l'homme donne sens à la valeur éternelle de l'instant, la femme au déroulement sans fin des lignées familiales. L'homme est le rocher sur lequel le temps se repose, la femme est le fleuve qui porte plus loin. Le rocher a sa forme, le fleuve est fluide ».
Comprenez pourquoi la femme pécheresse apparaît en larmes, tandis que le cœur du Pharisien est un cœur de pierre : « L'homme est le rocher sur lequel le temps se repose, la femme est le fleuve qui porte plus loin ».
L’intérêt du rapport masculin - féminin est de nous montrer que tout ce qui est sexuel est temporel : la sexualité s’éclaire dans son rapport au temps. Ce fut l’intuition profonde d’un Jésuite belge (dont l’influence fut importante sur l’Eglise de France), Albert Chapelle, dans sa réflexion sur l’homosexualité comme tentation d’échapper à l’emprise du temps et de la temporalité.
Si l’équilibre homme - femme apparaît si mystérieusement harmonieux en Jésus, c’est bien parce que vrai homme et vrai Dieu, il est lui-même l’homme éternel, le Messie de Dieu.
L’Eglise catholique ne pourra pas répondre à l’angoisse actuelle du monde si elle n’arrive pas à expliquer pourquoi il y a si peu de femmes dans la Bible, si peu de femmes dans la généalogie de Jésus, si peu de femmes dans la hiérarchie de l’Eglise, et même aucune sauf Marie.
La prochaine fois que vous vous retrouverez entre amis, avec des proches avec qui vous êtes en confiance, vous pourrez jouer à ce jeu qui consiste à demander à chaque homme, à chaque garçon ce qu’il pense qu’il y a de féminin en lui, et à chaque femme, à chaque fille, ce qu’elle pense qu’il y a de masculin en elle.
On pourrait regrouper toutes les réponses à travers les pays, les cultures, et les siècles, on finirait par dessiner un invariant, une base commune qui rappellerait à ceux qui en ont besoin qu’il y a là une réalité naturelle incontestable, même si elle est effectivement profondément marquée par le péché.
Si Dieu a créé l’homme à son image, homme et femme Il les créa, c’est parce que la différence des sexes est la condition pour la créature de l’ouverture à l’autre : moi, prêtre, plus j’avance dans la connaissance de Dieu, plus je découvre la part féminine qui est en moi, au même titre, faut-il ajouter, qu’une femme consacrée, une bonne sœur découvre à force de prière et de contemplation la part masculine qui est en elle.
L’avantage de notre époque est que, ne voyant plus clair sur la répartition des rôles entre l’homme et la femme, elle ne peut plus penser la différence sexuelle en termes de fonction, et elle exige de nous, de l’Eglise qui se veut à l’écoute de la Sagesse divine, qu’elle dise l’essence de cette différence.
La différence sexuelle réside dans son rapport au temps. Le goût de la vitesse, le plaisir à flirter avec la mort, la capacité à dissocier l’acte conscient de la présence à l’instant, la propension à répartir les tâches, à canaliser les flux sont des traits masculins.
Ce que vous appelez sensibilité, tendresse, intuition, réceptivité, accueil, fluidité mais aussi chaos, plaisir de la connexion, pour parler de façon maladroite du mystère féminin ne sont jamais que cet autre aspect de la même force de vie.
Moi, homme, mâle, je découvre en Jésus que j’ai le droit de m’arrêter, de pleurer, de consoler, d’écouter avec mon corps, et pas seulement avec ma tête, sans perdre pour autant mon identité. Comme je suppose que mes amies femmes, mes sœurs, mes filles, mes copines découvrent quant à elles en Jésus – une autre dimension de leur personnalité. Elles découvrent que leur silence peut être fructueux, et n’est pas forcément une faiblesse : « L'apostolat du silence pour la femme, cela signifie qu'avant tout la femme est appelée à incarner la vie cachée du Christ dans l'Eglise », dit Gertrud von Le Fort, qui explique :
« La mère a le privilège d'exercer cette fonction si importante : savoir attendre et garder le silence, savoir aussi parfois fermer les yeux sur une irrégularité ayant causé du tort ou une faiblesse ... C'est une des erreurs les plus fatales du monde, qui est une des raisons essentielles qui le condamne à ne pas pouvoir connaître la paix, c'est de se croire obligé de dévoiler et de condamner toute injustice ».
Dieu notre Père révèle toute sa miséricorde, toute sa maternelle sollicitude, chaque fois qu’il ne se sent pas « obligé de dévoiler et de condamner toute injustice ».
Un jour que j’étais à la chapelle Sixtine, et que je m’étonnais de la corpulence des modèles féminins, la carrure d’Eve est celle d’une nageuse de compétition à la retraite, un de mes camarades m’expliqua que c’était à cause des mœurs de Michel-Ange. Le bonhomme parlait en fait de lui-même, négligeant que ce qui nous est donné de vivre dans l’Eglise, et avec le Christ, relève de l’ordre de la grâce. Il y a en chacun de nous les deux dimensions masculine et féminine : une seule nous a été donnée pour que nous apprenions à découvrir l’autre. Voilà pourquoi au Ciel, il n’y aura plus ni femme ni mari : nous aurons quitté le domaine temporel.
Voilà pourquoi dans le mariage, mais il faut le dire aussi dans ses difficultés, dans ses échecs et jusque dans le divorce, l’homme et la femme découvrent non pas leur sexualité, il n’y a pas besoin de se marier pour ça ! mais la part de l’autre en moi, l’altérité comme condition d’ouverture à la divinité.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
GIOVANNI DEL BIONDO, Retable de Saint Jean-Baptiste avec Dix Épisodes de sa vie (à gauche : L'Annonce à Zacharie ; La Visitation ; La Naissance de Jean ; La Nomination de Jean par Zacharie ; Départ du jeune Jean au Désert ; à droite : La Prédication de Jean ; Le Baptême de Jésus par Jean ; Le Festin d'Hérode ; La Décollation de Jean ; La fille d'Hérodiade présente à sa mère la tête de Jean)et La Descente du Christ aux Enfers, 1360-1370, détrempe sur bois, 275 X 180, Florence, Palais Pitti
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 18-24
Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. »
Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite.
Jésus disait à la foule : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera ».
édito
du Dimanche 20 juin 2010
12ème dimanche du Temps Ordinaire
Année C
Etre disciple du Messie
Les foules ont suivi Jésus avec enthousiasme. Il parle avec autorité, il multiplie les miracles, il rayonne par tout son être. Mais elles ignorent sa véritable identité. A la question que leur pose Jésus « Qui suis-je pour vous ? » les Apôtres dans leur réponse vont évidemment plus loin. Pierre, en effet, est leur interprète quand il déclare « Tu es le Messie de Dieu ».
Pourquoi alors Jésus leur interdit-il de le dire ? C’est que leur idée du Messie reste marquée par le rêve d’un messianisme temporel et politique, très courant à leur époque. Or Jésus n’est pas le Messie qu’ils attendent ! Le Fils de l’Homme n’est pas venu comme un triomphateur ni comme un Roi terrestre pour être servi mais comme un Serviteur pour servir. Il a pris la dernière place et même s’est fait « Péché » pour libérer l’humanité de tous les esclavages liés au péché. Cela le conduira à la Croix, la plus grande preuve d’amour possible. Par sa Résurrection Il triomphera du Mal par sa victoire sur la mort et communiquera au monde une vie nouvelle qui est la Vie éternelle.
Les disciples ne comprendront pleinement qu’après la Pentecôte la nature du Salut réalisé par le Messie. Mais ils sont invités par Jésus à maintes reprises à suivre la voie ouverte par leur Maître, car le disciple n’est pas au-dessus du Maître. Quand ils seront unis étroitement à Lui grâce à l’effusion de l’Esprit, ils pourront à leur tour porter leur croix et achever ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Église. Ce sera leur tâche mais aussi leur honneur. Tant il est vrai que Dieu nous a créés sans nous mais n’a pas voulu nous sauver sans nous.
dimanche 13 juin 2010
HOMELIE: Sainte Rita et le 50-50...
Bonifazio de'Pitati (Bonifazio Veronése) : Jésus chez Simon le Pharisien - Peinture italienne - Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
l'homélie du curé
Sainte Rita et le 50-50
11ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 13 juin 2010
Lc 7, 36 – 8, 3

par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
Cette année la sainte Rita est tombée un samedi, qui plus est la veille de la Pentecôte. Je passais le week-end avec des familles catholiques, pour une petite récollection avec l’Esprit-Saint. J’ai une certaine réticence à parler de sainte Rita devant des familles parce que ce n’est pas une sainte pour les enfants. Qu’est-ce que c’est « une sainte pour les enfants » ? Blandine ? qui meurt martyre ? Félicité et Perpétue, dont parle le Canon romain, Agathe, Cécile, Anastasie – elles sont sept femmes à être mentionnées dont les vies ont été violentes. Même la petite Thérèse a vécu des choses que l’on préfère gommer. Pour sainte Rita, c’est pire au sens où elle a vécu ces difficultés dans nos deux milieux de prédilection : en famille et au couvent.
Je me souviens d’une toute petite dame, toute fragile - elle aurait pu s’appeler Marthe, qui était venue me voir après une homélie : « pourquoi est-ce que vous parlez de la violence du monde ? Il n’y en a pas suffisamment comme ça ? » C’est une bonne question. La réponse est que nous les enfants, nous sommes plus touchés par la mort d’un petit cheval que par un raz de marée. Et voilà pourquoi les rencontres au confessionnal sont plus éprouvantes que tous les journaux du monde.
Cela étant dit, je peux vous raconter cet appel téléphonique que je reçois d’une femme qui m’apparaît très vite en larmes. J’étais au secrétariat du presbytère, un lundi matin. Elle cherchait à retrouver le prêtre qui l’avait mariée quinze ans plus tôt, pour lui parler de la très grave crise dans son couple : « Mon mari est avec une autre femme ! Il m’a dit qu’il ne m’aimait plus ! Est-ce que c’est irréversible ? ». C’est la définition du désespoir, le sentiment d’une voie sans issue, avec l’impossibilité de retourner en arrière.
J’ai connu ça, toutes proportions gardées, l’espace d’un instant, avec une camionnette de location que j’avais garée dans une impasse pour un déménagement. Au moment de repartir, impossible de trouver la marche arrière : la panique ! J’ai été sauvé par la certitude qu’elle existait ! Qu’il y en avait une, forcément, mais le cauchemar c’est ça : entrer sans possibilité de sortie. C’est la définition de la tragédie : irréversible. Nous croyons, nous Chrétiens, que ça n’existe pas. Rien n’est irréversible, dans l’espace de notre liberté.
Il y a bien sûr des choses irréversibles, comme les dommages du temps. L’affaiblissement physique au fil des ans, quand notre corps rechigne et se flétrit de plus en plus : ça, c’est irréversible. Même si en fait, spirituellement, cela peut être une aubaine, quand on est forcé de se reconnaître dépendant, quand on apprend la pauvreté, l’humilité. Le temps est irréversible. L’autre irréversible, ce sont les dons de Dieu - les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (cf. Rm 11, 29) – sans repentance. Pas ses sanctions (cf. Ezéchias), ses dons : Dieu ne reprend pas ce qu’il donne. Entre les deux, entre la marche du temps et l’éternité de Dieu, tout reste encore à jouer.
La situation de cette femme était un cas d’école. Son mari, celui qui avait pris une autre femme, qui avait trahi son engagement, qui avait manqué à sa fidélité, lui en imputait la responsabilité : « C’est à cause de toi que je suis allé voir ailleurs, à cause de toi : tu m’as trop fait souffrir ».
Le pire dans cette histoire, que cette femme m’a raconté, elle reconnaissait en effet qu’elle l’avait fait souffrir, parce qu’elle portait en elle une blessure qu’elle ignorait, un drame de son enfance dont elle n’était pas consciente. Il lui avait suffi de deux séances de psychothérapie – je vous le raconte très exactement comme elle me l’a dit -, pour découvrir son propre secret, en être libérée, et quarante huit heures plus tard, ironie du sort, elle découvrait l’infidélité de son mari. Et commençait le processus de rupture, d’autant plus terrible qu’aurait dû commencer une nouvelle étape de leur amour.
La situation de cette femme est un cas d’école au regard de la tentation de penser qu’elle portait la responsabilité de l’infidélité du mari. Souvent, nous nous disons devant de grandes déceptions : « C’est ma faute, j’aurais dû me méfier ».
Non. On ne se trompe jamais quand on fait confiance à quelqu’un. On ne commet jamais de faute quand on fait confiance : on en a l’obligation, c’est le commandement de l’amour.
Jésus n’a aucune responsabilité dans la trahison de Judas. Il aurait dû se méfier ? Blasphème.
On m’a toujours dit qu’à Paris, sur la place de l’Arc de Triomphe, le pire lieu de circulation au monde - comparativement à la beauté de l’endroit, son architecture, sa géométrie, le départ en étoile de toutes ces avenues, qui fait qu’elle est la Place de l’Etoile, et un cauchemar pour les automobilistes de province ou étrangers qui se demandent quelle priorité existe … Bref on m’a toujours dit qu’en ce lieu infernal, pour les Assurances, les responsabilités sont cinquante – cinquante : en cas de pépin, d’accrochage, les torts sont partagés.
Peut-être pour les Assureurs. Peut-être Place de l’Etoile. Pas dans un couple. Peut-être entre deux carrosseries ; pas entre deux personnes. Et c’est pourquoi il n’existe pas de cause désespérée : il suffit que l’un des deux tienne, et tienne bon.
Nous sommes de plus en plus sensibles, sous influence anglo-saxonne, à l’interactivité : au fait que je suscite une réaction chez l’autre, que je peux, par mon comportement, induire ou générer un mode de relation. C’est vrai. Mais il faut tenir une objectivité des faits.
C’est l’histoire de sainte Rita, la moitié de sa vie, ou sa vie avec sa moitié, dix-huit ans de vie commune avec une brute, un ivrogne ou un soudard, pour qui elle n’a cessé de prier, jusqu’à avoir le témoignage de sa conversion. Mariée contre son gré à l’âge de seize ans, elle qui voulait être religieuse, elle subit sa violence pour finalement perdre en peu de temps et son mari et leurs deux fils, des jumeaux, dans une probable sombre histoire de vendetta. Le mari avait dit quelques mots avant de mourir : il pardonnait à ses agresseurs et remerciait Rita de tout ce qu'elle avait fait pour lui. Rita assistait ensuite à la mort de ses deux fils, qui implorèrent également le pardon de leur mère.
Ce n’est pas l’attitude trop conciliante de Rita qui a fait de son mari un buveur et un violent ! Il l’était. Pas plus que ce n’est son malheur qui a fait de Rita l’avocate, la patronne des causes désespérées : c’est plus tard, au Couvent où elle finit par rentrer après bien des difficultés, que sa prière et son intercession furent connues de la population. Sa notoriété se répandit dans toute la région.
Avec pour conséquence la jalousie et la persécution dans son propre couvent ! Déjà que Rita n’était pas appréciée de sa Congrégation parce que c’était une pauvresse, une ancienne femme mariée, de basse extraction, vous imaginez à quel point ce fut exaspérant pour les autres religieuses de sa communauté d’entendre de la part des visiteurs : « non, non, pas vous, ma sœur, c’est Rita qu’on voudrait voir ». Sous-entendu : elle, elle est sainte, pas vous. Merci bien. Est-ce que vous diriez pour autant qu’elle était responsable de la jalousie qu’elle suscitait ?
Il y a un passage très dérangeant de la Bible, où Dieu se lamente de ce reproche qui lui est adressé : Vous dites : le comportement du Seigneur est étrange … Ecoutez, fils d’Israël, ce n’est pas moi qui suis étrange, c’est vous. On retrouve le même raisonnement dans la parabole des ouvriers de la dernière heure : vas-tu me regarder avec un œil mauvais parce que moi je suis bon ?
La sainteté de Rita vient du fait qu’aucun de ses malheurs, aucune de ses souffrances ne l’a amenée à pécher. Le défi posé ou lancé à Job est le défi du péché : la souffrance donne-t-elle le droit de pécher ? L’évangile de ce dimanche nous donne la clé de sortie.
Imaginez que cette rencontre se fasse après la mort. Le repas est déjà le banquet du Royaume. Simon est mort, en bon Pharisien. Mais la femme, en pleurs, a eu non pas une mauvaise vie, mais une mauvaise mort : elle s’est suicidée. Vous connaissez tous de ces drames. Et Simon réprouve sa présence au Banquet des Noces. Vous connaissez aussi cela.
Que dit le Christ ? Dit-il à la femme : « ta souffrance te donnait le droit d’attenter à la Vie ? » Sûrement pas. Elle a fait une folie. Dont Dieu seul est Juge. Nous ne saurons rien de la réparation qui lui sera demandée : ce n’est pas parce qu’elle est acquittée, absoute – tes péchés sont pardonnés – que la peine disparaît : elle ne repart pas en riant ; elle sait ce qu’elle a fait. Sa faute est pardonnée, mais la peine demeure. Et justement, c’est ce que Dieu est en droit d’attendre des Justes, comme Simon, qu’ils viennent en aide à leurs frères et sœurs tombés dans le péché.
Toute sa vie, Rita a prié pour la conversion de son mari. Ses prières n’ont pas cessé quand il est mort. Si nous avions davantage le sens du Purgatoire, c’est-à-dire de la Miséricorde de Dieu, une vraie Miséricorde, pas un pardon automatique, eh bien, nous serions moins dans le jugement, les uns à l’égard des autres, et plus en prière.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Vitrail, église de Rennes-le-Château (Aude)
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7, 36-50; 8, 1-3
Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses
cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum. En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. »
Jésus prit la parole : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. — Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera davantage ? » Simon répondit : « C'est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. »
Puis il s'adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! »
Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources.

Le roi David en prière Miniature, Bible de Mathias Corvin, vers 1490
Lecture du Deuxième Livre de Samuel 12, 7-10.13
Après le péché de David, le prophète Natan vint le trouver et lui dit: « Ainsi parle le Seigneur Dieu d'Israël : Je t'ai sacré roi d'Israël, je t'ai sauvé de la main de Saül, puis je t'ai donné la maison de ton maître, je t'ai donné les épouses du roi ; je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda et, si ce n'est pas encore assez, j'y ajouterai tout ce que tu voudras.
Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l'épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l'as prise pour femme ; lui, tu l'as fait périr par l'épée des fils d'Ammon. Désormais, l'épée ne cessera plus de frapper ta maison, pour te punir, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ourias le Hittite pour qu'elle devienne ta femme ».
David dit à Nathan : « J'ai péché contre le Seigneur ! »
Nathan lui répondit : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas ».
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11ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Dimanche 13 juin 2010
Lc 7, 36 – 8, 3

Je me souviens d’une toute petite dame, toute fragile - elle aurait pu s’appeler Marthe, qui était venue me voir après une homélie : « pourquoi est-ce que vous parlez de la violence du monde ? Il n’y en a pas suffisamment comme ça ? » C’est une bonne question. La réponse est que nous les enfants, nous sommes plus touchés par la mort d’un petit cheval que par un raz de marée. Et voilà pourquoi les rencontres au confessionnal sont plus éprouvantes que tous les journaux du monde.
J’ai connu ça, toutes proportions gardées, l’espace d’un instant, avec une camionnette de location que j’avais garée dans une impasse pour un déménagement. Au moment de repartir, impossible de trouver la marche arrière : la panique ! J’ai été sauvé par la certitude qu’elle existait ! Qu’il y en avait une, forcément, mais le cauchemar c’est ça : entrer sans possibilité de sortie. C’est la définition de la tragédie : irréversible. Nous croyons, nous Chrétiens, que ça n’existe pas. Rien n’est irréversible, dans l’espace de notre liberté.
curé de Saint-Louis d'Antin

Vitrail, église de Rennes-le-Château (Aude)
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. »
Puis il s'adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! »

Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l'épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l'as prise pour femme ; lui, tu l'as fait périr par l'épée des fils d'Ammon. Désormais, l'épée ne cessera plus de frapper ta maison, pour te punir, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ourias le Hittite pour qu'elle devienne ta femme ».
David dit à Nathan : « J'ai péché contre le Seigneur ! »
Nathan lui répondit : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas ».
dimanche 6 juin 2010
HOMELIE: LA JOIE DU SACRIFICE...

LA MULTIPLICATION DES PAINS RAVENNES.
Lecture du Livre de la Genèse 14, 18-20
Comme Abraham revenait d'une expédition victorieuse contre quatre rois, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu Très-Haut. Il prononça cette bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abraham lui fit hommage du dixième de tout ce qu'il avait pris.
l'homélie du curé

La joie du Sacrifice
Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Dimanche 6 juin 2010
Lc 9, 11-17

par le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin, Paris
Curieux évangile qui nous est donné pour la Fête-Dieu : la multiplication des pains !
Honnêtement, est-ce que c’est celui que vous auriez choisi pour honorer comme dit la prière d’ouverture : le mémorial de sa passion? Pourquoi n’avons-nous pas le récit de l’Institution de l’Eucharistie, le dernier repas de Jésus avec ses Apôtres ? Est-ce pour se démarquer du Jeudi Saint ? En fait, on l’a eu l’année dernière (qui était l’année B, l’année de l’évangile selon saint Marc, puisqu’on tourne sur trois années, Matthieu, Marc et Luc).
Curieux choix d’évangile. Encore une invention de Vatican II ?
Je suis allé voir mon vieux missel. La Fête-Dieu était alors le Jeudi après la Trinité. C’est d’ailleurs jeudi dernier qu’elle a été célébrée à Rome par le Pape, suivant un usage rétabli par Jean-Paul II en 1979.
Dans mon vieux Missel, la 1ère lecture était la même : 1 Co 11, sauf qu’on lisait trois versets de plus qu’il est peut-être utile de rappeler :
« Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même … car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le Corps » (1 Co 11, 27-29).
L’Esprit-Saint m’a dit de vous lire ce passage, non pour vous inviter à moins communier (!!), mais pour dire quelques mots en ce jour de la Communion spirituelle, le fait de prier à la messe sans recevoir matériellement – sans manger le Corps du Christ, l’hostie consacrée.
La Communion spirituelle ne remplace pas la Communion sacramentelle.
C’est plutôt l’inverse : la Communion sacramentelle ne peut pas faire l’économie de la Communion spirituelle. Je vais prendre une image : une des raisons pour lesquelles l’Eglise demande à ses enfants de ne pas coucher avant le mariage, tient à ce que le Pape Jean-Paul II évoquait en définissant la sexualité comme le langage du corps. Ce langage est l’aboutissement au jour du mariage d’un long dialogue verbal entre les fiancés. Car il est bien plus facile de se toucher, de communiquer avec le corps, qu’avec les mots et la pensée. Mais si l’on veut que la relation soit vraie, stable et qu’elle dure, il faut passer par le langage parlé avant le langage du corps. Eh bien, de façon analogique, la Communion sacramentelle est l’aboutissement de la Communion spirituelle.
De même qu’on peut vivre une amitié et une relation très forte sans coucher, on peut vivre la messe sans recevoir charnellement (matériellement) le Corps du Christ.
Vous voyez la longue explication qu’il faut donner pour accompagner la compréhension de ces versets de saint Paul sur ceux qui communieraient indignement … La sagesse de l’Eglise les a donc retirés de la lecture habituelle.
Je reprends la consultation de mon vieux missel : l’évangile indiqué pour la Fête-Dieu est un extrait du Discours de Jésus sur le Pain de Vie dans l’évangile de saint Jean (Jn 6, 56-59). L’Eglise l’a gardé pour la première des trois années du cycle liturgique, l’année A (on l’entendra l’année prochaine).
Mon vieux missel comporte cette phrase importante : pour les lectures à faire, se reporter à d’autres dimanches, pour lire le « symbolisme eucharistique de la multiplication des pains ».
Le symbolisme eucharistique de la multiplication des pains ! Nous y voilà. Quel est-il donc ?
Il est d’abord celui du rassemblement, dont il faut dire que c’est coûteux.
Quand on passe dans nos grandes villes nos journées dans la foule, à voir et à croiser toute la journée des gens qu’on ne connaît pas, par dizaines, centaines et milliers – Le Curé d’Ars avait dans son village entre deux et quatre cents personnes : ici, à Saint-Louis d’Antin, c’est l’affluence moyenne de la messe chaque jour de la semaine à 16h30, et qui n’est qu’une goutte d’eau dans le quartier ! Un quartier où passent chaque jour quatre cent mille personnes ! Bref, quand on vit avec la foule tous les jours, au travail, dans les transports, dans les magasins, tous ces visages inconnus, sans parler des tensions permanentes, qu’on rentre chez soi le soir et le week-end, et qu’on n’a pas envie de re-sortir, on ne peut pas appeler cela de l’individualisme ! Pour beaucoup, c’est une mesure de survie.
Vous qui êtes venus, vous qui venez à la messe le dimanche, vous qui êtes sortis de chez vous, je peux vous dire de la part de Dieu qu’Il sait l’effort que cela représente, et qu’Il est touché.
Quand vous êtes une vieille dame bloquée chez elle ou dans sa pension, quand vous êtes un malade dans sa chambre d’hôpital, et que vous recevez une visite, votre cœur est touché par l’effort qui vous est offert. Elle dit : « ma chérie, il ne fallait pas », mais son cœur est plein de joie.
Du temps de Jésus, dans l’évangile, ce coût est exprimé différemment : le jour commence à baisser, les gens ont faim, parce qu’ils n’ont pas pensé à eux. Ils ont pensé à écouter Jésus avant de penser à leur dîner.
Dans mon vieux missel, on a comme évangile pour le dimanche dans l’octave de la Fête-Dieu, la parabole des invités qui se dérobent : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invite beaucoup de monde. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : Venez ; maintenant tout est prêt. Et tous, comme de concert, se mirent à s'excuser. J'ai acheté un champ et il me faut aller le voir. J'ai acheté cinq paires de bœufs. Je viens de me marier etc. » (Lc 14, 16-24).
Et quand on continue la lecture, quelques pages plus loin, pour la fête du Cœur Sacré de Jésus, qui vient couronner l’Octave au Vendredi suivant, on lit l’évangile du cœur transpercé : « un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau » (Jn 19, 34). Le cœur transpercé, le Cœur sacré de Jésus est le signe de l’amour, le signe eucharistique par excellence, parce que le sacrifice, c’est ce que l’autre fait pour moi.
Le sacrifice n’est pas ce que je fais moi : si j’aime, je ne me demande pas ce que je perds, je ne me pose pas la question. Quand je suis aimé, je vois, avec émotion et gratitude, ce que l’autre fait pour moi.
Ici, dans la multiplication des pains, Dieu se résout à braver, à enfreindre l’ordre naturel, et il le fait par amour, parce qu’ils ont faim.
La réaction des disciples était symptomatique : ils proposaient la dispersion - que chacun rentre chez soi … Face à la difficulté, l’intelligence humaine ne voit pas d’autre solution que l’individualisme : le combat général pour la survie individuelle. Dans la Messe, c’est tout le contraire : nous célébrons le sacrifice d’Un seul pour le Salut de tous.
Dieu, dans le miracle de la multiplication des pains, enfreint l’ordre naturel qu’Il a lui-même établi, et il le fait par amour, au risque de bien des incompréhensions. D’ailleurs, dans l’évangile de saint Jean, Jésus est forcé de s’enfuir, parce qu’ils voulaient le prendre pour faire de lui leur roi. Tout sacrifice est susceptible d’être mal compris.
Par amour, Dieu fait ce que nous n’aimons pas lui voir faire.
Il sort de sa transcendance pour se faire homme comme nous, parmi nous. Et même quand il est reconnu comme le Seigneur, voilà qu’au dernier repas, il lave les pieds de ses disciples. « Il ne fallait pas ».
Si, il fallait. Il fallait que le Christ souffre, soit crucifié et le troisième jour ressuscite : le sacrifice, c’est ce que l’autre fait librement pour moi.
Ma joie vient de tout ce que Dieu fait pour moi.
Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 11-17
Jésus parlait du Règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici, nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-même à manger. » Ils répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-même acheter de la nourriture pour tout ce monde. » Il y avait bien cinq mille hommes.
Jésus dit à ses disciples : « Faites les asseoir par groupe de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils les distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.













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