lundi 10 mai 2010
AFRIQUE/LIBERTES: DEMOBILISATION DE 800 ENFANTS-SOLDATS AU TCHAD

Illustration de Jöelle Gellert,série "A hauteur du regard", peinture ,2008 (voir son portrait en fin d'article)
Vidéo: Enfants soldats en RDC

"Au total, 805 retraits d’enfants sont enregistrés depuis 2007" au Tchad dans le cadre de "la démobilisation et la réinsertion des enfants associés aux forces et aux groupes armés", affirme Ocha dans ce bulletin reçu par l’AFP à Libreville.
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Tchad : démobilisation de 800 enfants-soldats
publié le 05/05/2010 sur: http://www.linternationalmagazine.com

Plus de 800 enfants-soldats qui combattaient à la fois avec les forces armées et des rébellions tchadiennes ont été démobilisés depuis 2007, indique le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) au Tchad dans un bulletin publié mardi.
L’opération est menée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) qui "poursuit les efforts" et a pu sortir dix enfants du rang durant le premier trimestre de l’année 2010, selon la même source, qui ne précise pas leur âge, leurs régions d’origine, ni s’il s’agit de garçons et filles.
D’après ses chiffres, plus de la moitié des enfants (496) ont été démobilisés en 2007. D’autres ont suivi chaque année : "59 en 2008, 240 en 2009".
Parmi les démobilisés, "623 enfants ont regagné leurs familles, 162 attendent la stabilité sécuritaire et le rétablissement des liens familiaux dans les zones de retour", explique Ocha, citant l’Unicef.
Les autres "sont placés en vie autonome en groupe à N’Djamena", ajoute-t-il. De même source, certains des ex-enfants soldats ont été formés "dans les domaines de la cuisine, de la maintenance des forages, de la mécanique automobile et de l’agriculture.
Le Tchad est régulièrement le théâtre d’affrontements entre forces gouvernementales et rebelles depuis son indépendance en 1960. Depuis 2007, les insurgés stationnés dans l’est du pays ou au Soudan voisin ont lancé plusieurs offensives, réussissant notamment à atteindre N’Djamena en février 2008.
Début avril, une délégation du gouvernement tchadien a rencontré des représentants de la rébellion pour entamer les premières négociations depuis 2007 entre les deux parties.
Kadogo: enfants des guerres d’Afrique centrale
voir également le site: http://sthiramany.free.fr/kadogo/
ENTRETIEN:
avec Hervé Cheuzeville:

Longtemps consultant auprès de l’organisation des Nations unies pour la protection des enfants, l’Unicef, Hervé Cheuzeville se sent lui-même comptable de la vie de certains enfants-soldats de l’Ituri, morts au combat après une démobilisation ratée. De ses séjours au Soudan, en Ouganda, au Rwanda et au Congo-Kinshasa, l’auteur rapporte des tranches de vie singulières inscrites dans des contextes culturels différents. Mais d’un groupe armé l’autre, Hervé Cheuzeville a observé «les mêmes rites sanglants qui consistent à contraindre ces enfants à commettre le plus rapidement possible des atrocités, de préférence contre leur propre communauté, afin de rendre impossible tout retour, toute désertion». Dans l’Ituri congolais par exemple, l’enrôlement des enfants accompagne depuis 1998 la multiplication des milices tribales. Au nord de l’Ouganda, il alimente depuis dix-sept ans la stratégie de la terreur de l’Armée de libération du seigneur, la LRA, une rébellion mystico-militaire.
Hervé Cheuzeville: La LRA sévit pratiquement depuis l’arrivée au pouvoir de Museveni en 1986, mais la situation n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui. C’est une rébellion essentiellement acholi, l’ethnie majoritaire au nord de l’Ouganda. Au départ, la population acholi ne lui était pas hostile. Mais elle s’en est prise en premier lieu aux civils et aujourd’hui, l’immense majorité de la population vit dans des camps de déplacés que l’on appelle des villages «protégés». Ils peuvent regrouper
50 000 habitants, dans un espace très restreint, avec tout ce que cela comporte de promiscuité, d’inaction, d’alcoolisme, de malnutrition. En outre, ces soit-disant villages «protégés» sont la cible des raids de la LRA qui continue à enlever des enfants. En fait, le régime soudanais a instrumentalisé la LRA pour couper les voies d’approvisionnement des rebelles de l’Alliance pour la libération du peuple soudanais (SPLA) en Ouganda. La mission de LRA était de contrôler le nord de l’Ouganda pour prendre la SPLA à revers, mais elle a échoué dans sa mission confiée par les militaires soudanais.
RFI: Mission confiée dans un premier temps à cette «grande prêtresse», Alice Lakwena…
HC: Oui, Alice Lakwena, qui vit des rations alimentaires du Programme alimentaire mondial (Pam) dans un camp de réfugiés dans la ville de Dadab, près de la frontière somalienne. Elle est sous la protection du Haut commissariat aux réfugiés de l’Onu (HCR). Le gouvernement ougandais cherche à la récupérer pour affaiblir la LRA et son successeur Kony, en vain jusqu’à présent. La LRA dispose de bases au Sud Soudan, en territoire contrôlé par l’armée soudanaise. Elle s’est longtemps contentée de raids à partir de ces bases, des campagnes d’un mois ou deux, le temps de rafler un maximum d’enfants. Les rebelles les utilisent pour ramener le fruit de leurs pillages et, une fois arrivés au Sud Soudan, ils leur donnent une formation militaire avant la campagne suivante, quelques mois plus tard.
RFI: Militairement, comment la LRA est-elle organisée, quelle est la proportion d’enfants dans ses rangs ?
HC: Il y a dix-sept ans, c’étaient les soldats de l’ancienne armée ougandaise de Tito Okello et d’Obote. Vaincus par Museveni, ces soldats de métier se sont réfugiés au Soudan avec armes et bagages. Certains d’entre eux ont décidé de reprendre la lutte dans l’armée d’Alice Lakwena. Mais aujourd’hui, la LRA rassemble surtout des enfants pour environ dix pour cent seulement de soldats aguerris. L’année dernière, en février-mars, l’armée ougandaise a donc cru malin d’attaquer Joseph Kony, le nouveau chef de la LRA, dans ses bases au Sud Soudan. Et cela avec l’accord de Khartoum d’ailleurs. A ce moment là, le nord de l’Ouganda connaissait un certain répit. Ils ont voulu donner l’estocade à Kony. Ils ont seulement tapé dans la fourmilière. Cela a rendu les rebelles encore plus fous furieux. Au lieu de s’enfoncer au Sud Soudan, ils ont décidé de rentrer massivement en Ouganda. Depuis lors, ils n’ont jamais quitté le Nord ougandais. Les populations qui n’avaient pas encore été déplacées ont dû fuir leurs terres. La rébellion a même débordé le pays acholi. Depuis cette l’offensive gouvernementale, on estime à plus de dix mille le nombre d’enfants recrutés de force. Ils se rajoutent aux dix ou quinze mille recrutés ces dernières années, dont beaucoup sont devenus des adultes. Beaucoup sont morts aussi. Dans ce cas là, ils font les manchettes des journaux comme «rebelles tués» au combat par l’armée ougandaise. En revanche, quand ils sont capturés vivants, la presse évoque toujours des «enfants libérés».
RFI: Quel est le sort des «enfants libérés» ?
HC: Comme cela dure depuis des années, ils sont assez bien rodés. Les enfants sont d’abord «débriefés» par les services de renseignement de l’armée ougandaise. Ils sont ensuite remis à des ONG spécialisées. Ces enfants ont beaucoup de mal à se réinsérer. Ils ont souvent commis des atrocités. Dans les rues de Gulu, au Nord, des enfants «libérés» ont été lynchés.
RFI: Qu’est-ce qu’ils racontent ces enfants ?
HC: C’est pour ça que j’ai écrit le livre parce que chaque histoire, chaque itinéraire est différent. Dans certains cas, un groupe armé rafle toute une classe, voire toute l’école. D’autres enfants se sont enrôlés volontairement. Lorsque les parents n’ont rien à offrir, quand il n’y a plus d’école, on se dit qu’avec un fusil on n’aura plus faim. Et puis aussi pour le prestige, dans des pays où plus rien n’existe, en dehors des gens qui portent l’uniforme. Enfin, une propagande plus subtile des groupes armés incitent certains enfants à croire que leur ethnie est menacée, que c’est un devoir de se défendre contre le génocide etc.
RFI: Au Congo, c’est un drame qui se joue depuis moins longtemps qu’en Ouganda. Mais est-ce qu’il prend la même forme ?
HC: Non, les conséquences peuvent être les mêmes pour les enfants, mais cela se présente différemment. Lorsque la deuxième guerre a commencé dans l’Est congolais, le 2 août 1998, un seul mouvement rebelle, le RCD, luttait contre le gouvernement de Laurent Désiré Kabila. Depuis, le RCD s’est transformé en poupée russe avec une multitude de petits RCD. auxquels s’ajoutent toute une série d’autres groupes armés. Non seulement, la rébellion a éclaté, mais ses parrains rwandais et ougandais ont parfois aidé les uns et les autres en même temps ou les ont au contraire opposé, au gré de leurs intérêts ou de ceux de tel officier. En outre, on observe une dérive ethnique, en Ituri par exemple. Là, les leaders rebelles du RCD ont rejeté la domination des non originaire de l’Ituri sur le mouvement pour créer leurs propres groupes armés. L’Ituri est un puzzle ethnique d’une quinzaine de communautés différentes. Il n’en est guère aujourd’hui qui n’aient pas leur propre milice, en dehors des pygmées, éternels laissés pour compte. L’Ituri c’est le royaume de seigneurs de la guerre qui contrôlent leurs petits territoires, leurs armées et qui nouent des alliances successives avec d’autres factions, avec l’Ouganda ou le Rwanda et même ailleurs. Dernièrement, un de ces seigneurs de la guerre a fait un voyage en Libye où il a été reçu par le colonel Kadhafi.
RFI: La militarisation aussi est grandissante !
HC: Oui, maintenant, on trouve par exemple des mines anti personnelles en Ituri. Elles ont été obligeamment fournies par le régime de Kigali à l’UPC de Thomas Lubanga. L’arme la plus fréquente, c’est évidemment la kalachnikov. Mais ils ont aussi des mitrailleuses, des mortiers et même des lance roquettes RPG. Aujourd’hui, les soldats Français de l’opération Artémis contrôle très bien l’aéroport de Bunia. Mais qu’en est-il des dizaines d’autres petites pistes d’atterrissage dans tout l’Ituri ? C’est par là que les armes et les instructeurs entrent. C’est par ces pistes que les enfants sont envoyés en formation militaire, au Rwanda ou ailleurs. Qu’en est-il du lac Albert où les armes passent de l’Ouganda au Congo ? Si on veut arrêter cette tragédie, il faudrait commencer par fermer le robinet , donc par prendre le contrôle de tous les aérodromes, mais aussi des ports du lac Albert.
RFI: Qu’en est-il de la démobilisation des enfants-soldats?
HC: C’est moi qui ai raccompagné chez eux à Bunia ces 165 enfants de l’Ituri, démobilisés en 2001. L’Unicef avait fait une grosse opération bien médiatisée. Des télégrammes de félicitations étaient arrivés de partout. C’était la première opération de démobilisation d’enfants soldats dans l’est du Congo. Mais une fois les enfants rentrés chez eux, l’attention s’est portée ailleurs. Dans les mois qui ont suivi, la majorité de ces enfants ont été repris par les groupes armés. Un grand nombre sont morts à l’heure où je vous parle, faute de suivi. Démobiliser un enfant, c’est facile. Ce qui ne l’est pas, c’est de le réinsérer socialement. C’est un travail de terrain à long terme.
par Propos recueillis par Monique Mas
LIVRES:

En 2003, son premier livre "KADAGO, enfants des guerres d'Afriques Centrale", publiée aux éditions l'Harmattan, relate son expérience avec les enfants victime de la guerre, tels que les enfants soldats.
En 2006, son second livre paru chez Persée Edition, "Chroniques africaines de guerres et d'espérance", est une série de chroniques rédigée sur le terrain entre 2003 et 2006.
Actuellement, Hervé Cheuzeville prépare son troisième livre, intitulé "Nouvelles chroniques d'un ailleurs pas si lointain", où il sera question, en grande partie, du Malawi, mais également du Prix Nobel de la Paix remis cette année à Barack Obama, ou encore de la désinformation dont est victime la Corse, comme l'Afrique.
PEINTURE:
Joëlle Gellert
Une artiste engagée...
« Pour décider, laisser des traces dans le monde, il faut en être solidaire. »
Simone de Beauvoir
http://joellegellert.com
Joëlle Gellert nous transmet son regard au travers sa plume et ses pinceaux. Ecrivaine et Peintre, ce qui compte pour elle, c'est la qualité de ce que chacun tente. Elle anime des ateliers d'écriture et elle est Présidente de LA MAISON D'EDITIONS " Respire". La création de cette maison d’éditions est la volonté de communiquer sur des cultures différentes, de soulever des préoccupations et de révéler des expériences singulières.
C’est aussi, de rapprocher deux pays le Congo et la France, notamment Orléans et Diosso afin que chacun, à parité, puisse collecter et produire des écrits et des images révélant sa propre culture ou la culture de « l’autre ».
Avec rigueur, sérieux et détermination les membres de l’association conduiront des projets en prenant part à une mission d’aide au développement, en lien avec des engagements de la population.
"Dans une démarche humanitaire, citoyenne et de lutte pour le respect de l’être humain, nous produirons des livres, une revue, des affiches… uniquement avec les équipes et les entreprises locales du Congo afin d’échanger nos savoirs faire."J.Gellert
Oeuvres:
Aucun être humain n’est illégalA hauteur du regard
voir son portrait sur: http://portier.canalblog.com/archives/2010/05/12/17868591.html
AFRIQUE/TCHAD:IL SAUVE DES ENFANTS
© ; UNICEF Tchad 2010 / Gangale
Portrait de Maïna, infirmier qui se bat avec son équipe contre la malnutrition dans le désert, au Tchad.
Témoignage
Il sauve des enfants...
Publié le vendredi 07 mai 2010 depuis: http://www.unicef.fr/
Pas du genre à se plaindre…
Maïna a 42 ans. Il a étudié dans la capitale N’Djamena pour devenir infirmier. Il voulait se mettre au service des plus vulnérables, les enfants de son pays. Après ses études, il est donc revenu dans la capitale du Kanem. Il y dirige aujourd’hui le centre thérapeutique. Ici, l’équipement et le personnel manquent souvent. Pas d’oxygénateur, ni de couveuse pour réchauffer les nouveau-nés malnutris. Pas d’ambulance. Mais, au moins, des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi et fournis par l’Unicef permettent de soigner les enfants malnutris.
Maïna n’est pas du genre à se plaindre de ses conditions de travail ou de vie. Avec peu de moyens, il fait ce qu’il peut, avec son équipe, pour soigner la trentaine d’enfants que le centre admet tous les mois pour des traitements vitaux. Maïna montre une photo d’un enfant arrivé au centre à l’article de la mort, et compare fièrement le cliché avec un enfant toujours faible mais méconnaissable, qui occupe l’un des lits.
Qui sont ces enfants ?
Maïna et ses collègues s’occupent des enfants sévèrement malnutris qui souffrent d’une maladie associée à leur malnutrition, ou qui ont perdu l’appétit. Les enfants sévèrement malnutris sont ceux dont le rapport poids-taille est inférieur à 70% de la normale. Des œdèmes font enfler leurs pieds, leurs mains et leur visage. Ces enfants ont besoin de soins et d’une surveillance de chaque instant.
Depuis son petit centre nutritionnel au milieu du désert, et bien que sa signature ne figure pas en bas des publications, Maïna a contribué aux recherches qui ont révolutionné la nutrition. Il a travaillé avec les plus éminents spécialistes de la planète.
« Son » centre a été l’un des lieux où les aliments thérapeutiques ont été testés dans les années 1990. En effet, à Mao il est malheureusement facile de trouver des enfants malnutris. Le taux de malnutrition ici est supérieur aux seuils d’alerte depuis une décennie.
« Nous sommes tous vulnérables »
Maïna aimerait faire encore plus dans son modeste centre de soins, bien sûr. Mais il se satisfait déjà de voir les choses évoluer. Avec le soutien de l’Unicef qui fournit les aliments thérapeutiques et les médicaments essentiels, plus de 40 centres nutritionnels sont opérationnels aujourd’hui et, avec les 3 centres intensifs, dont celui de Mao, le système en place sauve de nombreux enfants.
Dans une situation de crise telle que celle attendue en 2010, ce programme d’assistance donne un peu d’espoir de voir la malnutrition enfin sous contrôle dans cette région vulnérable du Tchad.
Quelques 2 millions de Tchadiens pâtissent de la crise alimentaire. Soit plus d’un habitant sur 5. 50 000 enfants sévèrement malnutris ont besoin de soins vitaux dans la ceinture sahélienne et 102 000 dans l’ensemble du pays. Pour Maïna, la lutte continue. « La vulnérabilité affecte tout le monde, ici, même les fonctionnaires. Nous sommes tous vulnérables, au Tchad.»Le centre dans lequel travaille Maïna manque cruellement d'équipements.
Les 266 000 habitants du Kanem, pour la plupart nomades, vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. En août 2008, une enquête du Programme Alimentaire Mondial (PAM) révélait que le taux d’insécurité alimentaire s’élève à 53% dans la région.
Cliquez ici pour découvrir notre dossier sur la malnutrition.
Aujourd’hui, la température avoisine les 50 degrés à Mao, région du Kanem, dans la ceinture sahélienne du Tchad. Une zone enclavée où les conditions de vie sont rudes. Une tempête de sable secoue les toiles de tentes du centre de nutrition thérapeutique installé dans l’hôpital régional. Mahamat Abakar Sedik, que ses collègues appellent Maïna, est l’infirmier responsable de ce centre.
26/08/2009
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lundi 3 mai 2010
LE CARNET DES DROITS DE L'HOMME par Thomas Hammarberg

Tous les jours, des enfants migrants arrivent en Europe, certains seuls, sans parent ni famille. Ces mineurs sont souvent traumatisés et extrêmement vulnérables. Il faut les traiter avec ménagement et respecter leurs droits.

Thomas Hammarberg,Commissaire aux Droits de l'Homme
Le Commissaire Hammarberg évoque la crise économique et l’extrémisme dans un discours à l’Assemblée
Dans une intervention devant l’Assemblée parlementaire, le 28 avril, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, a évoqué le spectre de la crise économique et la montée consécutive de l’extrémisme, des questions traitées dans son rapport annuel. Commentant ses conclusions publiées en 2009, il a déclaré : ''Bien entendu, certaines prêtent à controverse et peuvent parfois irriter certains lecteurs – et c’est très bien ainsi. Dans le domaine des droits de l’homme, on ne travaille pas honnêtement si l’on ne dit pas la vérité''. Le Commissaire a également évoqué l’incapacité de l’Union européenne à coordonner ses politiques en matière de migration et de droit d’asile, ainsi que la protection des enfants dans les communautés minoritaires. ''Quand j’ai plaidé pour que les pays européens riches ne renvoient pas les migrants roms au Kosovo, je pensais tout particulièrement aux enfants'', a-t-il souligné.
Ne renvoyons pas automatiquement les enfants migrant seuls !
La question est la suivante : quelles mesures concrètes les pouvoirs publics peuvent-ils prendre pour protéger le mieux possible ces enfants ?
Plusieurs gouvernements européens examinent actuellement une solution simple qui consiste à les renvoyer rapidement dans des centres d’accueil – sorte d’orphelinats – créés à cet effet dans leur pays d’origine.
Au Danemark, en Espagne, en Norvège, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède, les autorités étudieraient la possibilité de renvoyer des enfants dans des établissements de ce type en Afghanistan, en Irak et dans certains pays d’Afrique.
Avant d’adopter de telles mesures, il est indispensable de se demander qui sont les enfants qui migrent.
Ce sont en général des enfants qui ont une histoire particulièrement malheureuse. Certains fuient les persécutions ou la guerre. Beaucoup quittent leur pays pour ne pas être enrôlés de force dans des milices ou des groupes armés. D’autres fuient la pauvreté et la misère. Certains sont victimes de la traite, de l’exploitation et d’abus. Naturellement, ceux qui sont séparés de leur famille sont d’autant plus vulnérables.
Tous les Etats européens ont ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, qui les oblige à accorder une protection et une aide spéciales à tout enfant privé de son milieu familial et à faire primer l’intérêt supérieur de l’enfant dans toute décision le concernant. Autrement dit, le contrôle de l’immigration ne devrait jamais l’emporter sur l’intérêt supérieur de l’enfant.
Des centres d’accueil dans des pays dévastés par la guerre
Les mineurs migrants sont avant tout des enfants qui ont les mêmes droits que les autres enfants. Pour des raisons évidentes, il est important que les Etats s’attachent à prendre des mesures durables pour ceux qui sont non accompagnés ou séparés de leur famille.
Plusieurs options devraient être examinées, y compris l’intégration dans le pays d’accueil, l’installation dans un pays tiers ou le retour et la réintégration dans le pays d’origine. Aucune décision ne devrait être prise sans une évaluation scrupuleuse de l’intérêt supérieur de l’enfant, notamment sous l’angle de sa sécurité et de sa protection.
Il existe certainement des cas où la meilleure solution pour l’enfant est le retour dans son environnement d’origine, surtout s’il peut être pris en charge dans un milieu familial attentionné. Il faut toutefois garder à l’esprit que les mineurs qui migrent partent souvent avec le soutien de leurs familles qui souhaitent les voir échapper à une situation difficile ou à de graves dangers.
Face à ces problèmes, rien ne sert d’envoyer les enfants dans des structures de prise en charge collectives dans leur pays d’origine. A terme, la création de tels centres dans des pays en proie au désordre ou à la guerre n’est pas vraiment une solution pour ces enfants – même si le pays qui les renvoie voit là une réponse rapide.
Le débat relatif à l’adoption d’un plan d’action sur les mineurs non accompagnés, qui a lieu actuellement au sein de l’Union européenne, est l’occasion de reconsidérer ces plans de retour et d’aider les Etats européens à trouver des solutions durables et adaptées. Pour ce faire, la recommandation du Conseil de l’Europe sur les migrants mineurs non accompagnés devrait servir de référence. Le Comité des Ministres recommande aux Etats d’adopter une approche globale et d’offrir aux enfants séparés de leur famille un vrai projet de vie.
Notre devoir est de protéger ces enfants
L’enfant migrant a droit à une protection, c’est là le point essentiel. Au lieu de décider automatiquement de renvoyer un mineur, il faudrait désigner au plus tôt un tuteur chargé de défendre ses intérêts. C’est en effet la meilleure protection contre toute forme d’abus de la part de trafiquants mais aussi d’éventuelles négligences de la part des autorités du pays d’accueil.
S’il est décidé que le retour de l’enfant est la solution qui respecte le mieux son intérêt à court et à long terme, il convient de faire le nécessaire pour retrouver ses parents ou d’autres membres de sa famille et d’élaborer un plan de réinsertion en coopération avec les structures locales de protection de l’enfance.
Au cours de mes missions, j’ai rencontré un certain nombre de mineurs non accompagnés qui ont réussi à se frayer un chemin en Europe ; la plupart avaient entre 15 et 18 ans. Leur problème était moins d’être séparés de leurs parents – même si c’est toujours difficile – que les menaces et les sombres perspectives dans leur pays d’origine. Des institutions de placement ne seraient pas une solution pour ces jeunes.
Nous avons une responsabilité envers ces enfants. Quelles que soient les difficultés d’intégration et d’adaptation qu’ils peuvent rencontrer ici en Europe, il est absurde de les renvoyer sans tenir compte des conséquences de ce geste. Une société humaine se doit de prendre leurs problèmes plus au sérieux.
Thomas Hammarberg

http://commissioner.cws.coe.int




















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