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jeudi 3 juin 2010

DOSSIER: LES CHRETIENS D'ORIENT par le Père Henri Boulad

Vidéo Entretien: EGLISES DU MONDE/Egypte/Diffusé le 18/05/2010 / Durée 26 mn

"Le religieux nous sépare, l'Homme nous rapproche..."

Père Henri Boulad, jésuite d'Alexandrie

"La diversité n’est pas division, la diversité est une force et une richesse. L'attachement aux droits des minorités est indissociable pour l'avenir d’un Moyen-Orient uni et solidaire.Au moment où les destins des peuples ne cessent de s’entrecroiser, seul un Moyen-Orient uni peut faire bénéficier ses peuples d’une place honorable dans la famille des nations."

Masri Feki, écrivain d’origine égyptienne et spécialiste du Moyen-Orient

Préambule:

Alors que le Président Egyptien, Hosni Moubarak vient de prononcer un discours sur " l'Avenir "lors de la cérémonie d'ouverture du 25e Sommet Afrique-France quand est-il des tensions entre chrétiens Coptes et musulmans..

Eglises du monde s'intéresse cette semaine à l'Egypte, pays dans lequel se situe la plus importante minorité chrétienne de la région. Les coptes représentent 10% de la population égyptienne. Mais l'Eglise du peuple des pharaons subit depuis vingt ans des violences et des discriminations. Les conversions au christianisme restent interdites. Les coptes sont-ils en danger, à l'image de l'ensemble des chrétiens d'orient ? Réponse avec le père Henri Boulad, jésuite d'Alexandrie.

Rappelons simplement que les coptes sont les descendants des populations autochtones de l’Egypte antique, convertis au christianisme au Ier siècle, dont la langue actuelle est la seule survivance de celle parlée au temps des pharaons. Le nom même de copte, qui est une déformation linguistique de Kuptios, du grec Aeguptios, a donné son nom au pays, l’Egypte.

DOSSIER: Les Chrétiens d'Orient

VidéoReportage:Le Père Henri Boulad revient sur les racines entre Chrétiens et Musulmans des siècles...

Les coptes, première communauté chrétienne d'Orient

Les coptes (de l’arabe qoubt ; corruption du grec aiguptios, « Égyptiens »), évangélisés selon la tradition par saint Marc qui aurait fondé l’Église d’Alexandrie, sont aussi les « inventeurs » du monachisme chrétien.

En 451, le Concile de Chalcédoine condamne le « monophysisme », une doctrine qui dissout la nature humaine du Christ dans sa nature divine.

La proclamation par le Concile de l’indissolubilité des deux natures du Christ, « sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation », provoque la rupture de l’Église d’Alexandrie avec Constantinople. Les populations dites « monophysites » ou « préchalcédoniennes » ont connu une longue postérité jusqu’à nos jours, malgré une histoire souvent difficile et mouvementée.

Il existe encore aujourd’hui des Églises monophysites. Les efforts œcuméniques déployés depuis 1965 pour un rapprochement doctrinal n’ont pas encore donné leurs fruits, du fait de nombreuses divergences dans les traditions liturgiques et pastorales.

Outre les coptes-orthodoxes, une Église grecque-orthodoxe s’est maintenue, avec un patriarche à Alexandrie, et une Église copte-catholique s’est formée au XVIIe siècle par union à Rome. Il existe également des communautés catholiques d’autres rites orientaux et des protestants de diverses dénominations.

L'Héritage Copte: 

Salle du Musée Copte du Caire

Le musée copte, fondé en 1910 par Morcos Smeika Pacha est le plus riche du monde en art copte grâce à une collection d’objets, de tissus, d’icônes et de manuscrits dont le cœur comprend des artéfacts produits entre l'an 300 et l'an 1000. Près de 16 000 pièces, disposées chronologiquement, sont exposées dans douze sections différentes. Le musée abrite la bibliothèque de Nag Hammadi, une collection de textes gnostiques de la période paléochrétienne, retrouvés en 1945, dont le plus célèbre est sans doute le seul exemplaire complet de l'Évangile selon Thomas.

L’entrée principale est une des deux constructions les plus anciennes du Caire, les tours rondes de la porte occidentale de la forteresse romaine de Babylone construite en 98 par l’empereur Trajan. Une deuxième entrée mène dans le monastère et l’église Saint-George, construite en 1909, sur l’emplacement d’un église copte du X e siècle. Une autre porte mène au cimetière orthodoxe grec, qui entoure le quartier à l'est.

Le musée occupe une surface de 8 000 m², bâtiments et jardins inclus, offerts par le primat de l'Église copte orthodoxe, Cyrille V d'Alexandrie. Il a été rénové entre 1983 et 1984 puis, de nouveau, entre 2003 et 2005. Les deux annexes, les ailes anciennes et modernes furent accessibles à la visite en 1984.

La bibliothèque de Nag Hammadi

Fragment en Copte de l'Évangile selon Thomas

La bibliothèque de Nag Hammadi est un ensemble de treize codex de papyrus reliés en cuir, du milieu du IVe siècle. Retrouvés en 1945 dans la ville de Nag Hammadi au nord-ouest de Louxor par des paysans égyptiens, ils sont désormais conservés au musée copte du Caire.

Ces codex (les plus anciens connus), contiennent une cinquantaine de traités en copte, traductions de textes écrits initialement en grec ancien. Ils datent vraisemblablement du IIe siècle au IIIe siècle. La majorité sont des écrits dits gnostiques, mais on trouve également trois textes de la tradition hermétique, dans la lignée du Corpus Hermeticum, et une traduction partielle de La République de Platon. La plupart de ces textes n'étaient pas connus par ailleurs, ou seulement de façon fragmentaire.

Le plus célèbre est sans doute l'Évangile selon Thomas, dont la bibliothèque de Nag Hammadi contient le seul exemplaire complet.

Les minorités sont les premières sacrifiées sur l’autel d'un équilibre précaire:

El Moqatam, La colline aux ordures,Le Caire...

Un exemple parmi tant d'autres :

Le 6 janvier dernier, comme quelque huit millions de coreligionnaires, les coptes de Nag Hammadi* célébraient Noël. Mais à l’issue de la cérémonie religieuse, une voiture s’est arrêtée devant l’église Mar Girgis, la plus importante de la ville, et des hommes ont tiré sur la foule qui en sortait. Sept personnes ont été tuées, six coptes et un policier, et dix ont été blessées, dont deux musulmans.Cet événement, le plus sanglant de ces dernières années, illustre le regain de tension entre coptes et musulmans égyptiens. Tandis que le procès des trois accusés a été une nouvelle fois repoussé, les habitants s’interrogent sur les motifs de l’attaque et vivent entre deuil et méfiance...

*Nag Hammadi est connue d'un point de vue archéologique et théologique pour les manuscrits religieux et philosophiques Coptes du IVe siècle retrouvés dans le Gebel el Tarif, une montagne voisine.

lire sur: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2419674&rubId=4078

Soeur Emmanuelle, au Caire

Les coptes subissent depuis près d’une décennie un regain de violences islamistes : conversions forcées, interdiction des mariages mixtes, commandos punitifs dans des villages chrétiens, pillages de commerces, représailles si les églises font sonner leurs cloches, fusillades, attentats… Les musulmans sont également victimes de cette radicalisation : menaces de mort à l’encontre des libéraux, interdiction de l’apostasie, pogroms contre la petite minorité bahaï, infiltration massive des fanatiques des Frères Musulmans dans les sphères judiciaires et politiques… Les fameux « chiffonniers du Caire » si chers à Sœur Emmanuelle, qui survivent en triant les monceaux d’ordure de la mégalopole, sont pratiquement tous coptes.

Le pouvoir central n’échappe aux islamistes que par la main de fer d’Hosni Moubarak. Mais pour minimiser les violences sociales et religieuses, le président se doit de donner régulièrement des gages aux Frères Musulmans, qui tiennent la rue.

Lire le message de Masri Feki pour l'intégration des minorités en Terre d'Islam sur: http://anomalie.over-blog.com/article-23455861.html

En fin d'article,écoutez également l'enregistrement audio de Selim Naguib, Président de l’Association des Coptes canadiens.

Aujourd'hui...

Entrée du Musée Copte du Caire

Au total, l’Égypte compterait environ 8 millions de chrétiens (10% de la population), dont la plupart appartiennent à l’Église copte-orthodoxe, avec à sa tête le pape Chenouda III.

La communauté copte-catholique rassemble 250 000 fidèles (dont 10 000 à l’étranger). Elle est dirigée depuis 1986 par S. B. Antonios Naguib, patriarche d’Alexandrie des coptes-catholiques.

En France, elle compte environ 200 familles, installées surtout en Île-de-France. La communauté se réunit notamment à la chapelle Notre-Dame-d’Égypte, 15, rue Philippe-de-Girard, Paris-10e.

La Presse en parle: Entre Tradition et Raison d'Etat en Egypte...

par Denise AMMOUN, au Caire

la_croixarticle du 02/06/2010

«Le mariage est un acte religieux qui doit respecter la loi religieuse» Patriarche Chenouda III

Un jugement de la Haute Cour administrative vient d’ordonner à l’Église copte d’autoriser le remariage des fidèles divorcés

Le conflit qui oppose le patriarche copte-orthodoxe à la justice égyptienne est loin d’être terminé. Les titres de la presse égyptienne, au contenu assez provocateur, l’attestent : « Le patriarche Chenouda lll a été débouté ». « La justice a ordonné à l’Église copte d’autoriser le remariage de ses fidèles qui ont divorcé ».

« La justice ne peut donner aucun ordre à notre Église et au patriarche Chenouda », rectifie, pour La Croix, le magistrat Édouard Ghaleb, conseiller d’État et membre du conseil communautaire copte-orthodoxe.

L’affaire a commencé cet été quand un fidèle divorcé, Hani Wasfi, a intenté un procès à Chenouda lll qui refusait de lui permettre de se remarier. Le juge de première instance a pris le parti de Wasfi. Le patriarche s’est alors pourvu en appel devant la Haute cour administrative, dont les jugements sont irrévocables.

Le patriarche copte Chenouda III lors des célébrations de Noël dans la cathédrale du Caire, jeudi 7 décembre 2009 (AP/GOMAA).

Les coptes égyptiens en conflit avec l'État sur la question du divorce:

Le 30 mai, la Haute cour déclare : « Conformément à la loi, un chrétien peut se remarier, et la constitution lui garantit le droit de fonder une famille. L’appel du patriarche Chenouda pour empêcher les Coptes de se remarier est rejeté. »

« La Sharia (loi coranique) est la source principale de la constitution égyptienne, d’où ce jugement », explique Edouard Ghaleb. De son côté, le pape Chenouda III riposte : « Personne ne peut nous contraindre à quoi que ce soit à part les instructions de l’Évangile. La décision de la justice est un jugement civil. Or le mariage est un acte religieux qui doit respecter la loi religieuse. »

Cette fin de non-recevoir incite les chaînes privées de télévision à donner la parole aux personnalités coptes-orthodoxes. Édouard Ghaleb souligne ainsi que le divorce est autorisé dans deux cas : « un adultère prouvé, ou la conversion de l’un des conjoints à une autre religion, ou à une autre branche du christianisme.

Le conjoint « non responsable » peut se remarier, mais le « responsable » est interdit de remariage. Le jugement du 30 mai, qui fait couler beaucoup d’encre, va-t-il ranimer le projet de loi relatif au statut personnel des non-musulmans, enfoui depuis 15 ans dans les tiroirs du Parlement ? C’est l’espoir des communautés chrétiennes d’Égypte.

patriarches_chretiens_orien_articleRassemblement à Paris, le 17 mai 2006,  des principaux responsables des Églises orientales catholiques, à l'occasion des 150 ans de l'Oeuvre d'Orient.Pour son 150ème anniversaire, l'Oeuvre d'Orient (Photo : Alain PINOGES/CIRIC).

Les chrétiens d'Orient:

Répondant aux attentes des catholiques orientaux, Benoît XVI a convoqué une assemblée spéciale du Synode des évêques consacré au Proche-Orient. Cette rencontre, qui se tiendra du 10 au 24 octobre 2010 au Vatican, aura pour thème « L’Église catholique au Moyen-Orient, communion et témoignage : “La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme” (Ac 4, 32)».

la_croix

Pour lire le Dossier cliquez sur le lien: http://www.la-croix.com/dossiers2/sommaire.jsp?docId=2427506&rubId=28342

Paroles du Monde:

Entretien audio avec Sélim Naguib:

Président de l’Association des Coptes canadiens. Sélim Naguib est né au Caire en 1933. Docteur en droit de l’Université de Lyon, il est admis au barreau du Caire en 1956 et à celui du Québec en 1978. Émigré au Canada en 1965, il est depuis 1968 protonotaire spécial du Palais de justice de Montréal. Il est le co-auteur du livre ‘Les Coptes dans l‘Egypte d‘aujourd’hui: angoisses et espoirs d’une minorité aux abois” (Editeur : Solidarité-Orient, 1996).

Les thèmes abordés :

- l’impossibilité d’apostasier pour un musulman, sous peine de mort ;

- l’infiltration massive de la Confrérie des Frères Musulmans dans les sphères judiciaires et politiques en Egypte ;

- les atteintes à la liberté religieuse des chrétiens : quasi-impossibilité de construire des églises, de faire des processions, d’afficher des croix, de faire sonner des cloches ;

- l’avenir sombre des chrétiens d’Egypte et le manque de soutien de la communauté internationale et des ‘droitdelhommistes’.

A écouter ici :

FT122

[audio] Coptes d’Egypte : l’oppresion se poursuit

PUBLICATION 2010:

BAYARD PRESSE

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samedi 29 mai 2010

HOMELIE & EDITO : "ETRE ET AGIR"

Robert Campin (Maître de Flémalle), vers 1375-1380, 1444 .
Trinité, Trône de grâce.
Musée de l’Hermitage, St. Petersbourg. Russie.

"L’Esprit unifie l’œuvre du Père et du Fils. Le Père envoie le Fils ; le Fils révèle le Père ; et l’Esprit nous guide vers cette vérité toute entière. Là où est l’Unité de la Trinité, là est l’Esprit. Là où est l’Union à Dieu, là est l’Esprit." Père Christian Lancrey-Javal

l'homélie du curé

Etre et agir
La sainte Trinité
Dimanche 30 mai 2010
Jn 16, 12-15

par le Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Nous disons du Fils de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il est l’Envoyé du Père, mais nous le disons un peu comme s’il s’était dévoué, comme s’il avait accepté sa mission à la manière d’un prophète : « Qui enverrai-je ? ». Vous connaissez ce passage sublime du livre d’Isaïe : « Alors j'entendis la voix du Seigneur qui disait : "Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ?" Et je dis : "Me voici, envoie-moi." » (Is 6, 8). Et on imagine ce que nous vivons tous les jours : « Qui est volontaire pour cette mission ? » - Tout le monde se planque jusqu’à ce qu’il y ait une bonne âme pour se dévouer, pour se sacrifier, et tous les autres respirent. Ouf.

Et s’il n’en était pas ainsi ?

Je veux dire : si cette mission du Fils n’était – je ne dis même pas une ‘corvée’ – si elle n’était pas une idée du Père réalisée par le Fils – et d’ailleurs comment cela pourrait-il être : comment pourrions-nous imaginer pareille dissociation au sein de la Trinité ? – mais si cette mission était essentielle au Fils, si c’était la nature même du Fils de réaliser l’œuvre du Père ?

Si nous considérions la Mission du Fils, son Incarnation, comme faisant partie de son être, de l’Etre même de Dieu ?

Les conséquences sont énormes.

D’abord sur notre vision de Dieu. La première conséquence est de nous donner à comprendre que la Création n’est pas un accident, mais que la Création fait partie de Dieu, de Dieu un et trine, puisqu’elle se rapporte aussi bien au Père, Créateur du ciel et de la terre, au Fils, « par qui tout a été créé » dit saint Paul, et à l’Esprit, Esprit Créateur, Creator spiritus.
La Création n’est pas une parenthèse dans l’éternité, pas plus que l’Incarnation n’est une condescendance au mauvais sens du terme, où Dieu s’impliquerait à contre-cœur, du bout des doigts. Mauvaise lecture du plafond de la Chapelle Sixtine. Dieu n’est pas comme nous : Dieu est tout entier dans chacun de ses actes. Dieu est tout entier dans l’hostie consacrée.

Dieu n’est pas comme nous. Il y a des moments dans notre vie à nous que nous serions tentés de tenir pour des parenthèses, des accidents, de jeunesse. Des moments à passer et à oublier. Dieu n’est pas ainsi : la Création n’est pas un accident. Dieu n’est pas ainsi, et en vérité nous ne devrions pas nous non plus agir de la sorte : aucune de nos journées ne devrait être une parenthèse dans notre vie. Imaginez que vous mouriez pendant une de ces parenthèses ? Le rapatriement (dans l’éternité bienheureuse, l’éternité de votre être véritable) serait compliqué.

Je vous invite à re-considérer votre vision de Dieu en acceptant qu’il n’ait pas créé le monde – comment dire ? pour « passer le temps » ( !), par désœuvrement, comme nous pouvons faire bien des choses, et bien des erreurs, mais qu’elle soit un engagement de tout son Etre.

On n’en devient pas panthéiste pour autant à voir du dieu partout, mais on en devient plus respectueux de la nature et de l’environnement, comme on est respectueux devant l’enfant d’un ami, la peinture réalisée par quelqu’un que j’aime, le plat qui m’a été préparé par celui qui me l’apporte. C’est Lui qui a fait ça. Qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.

Si nous considérons la Mission du Fils comme faisant partie de son Etre, nous en tirons une deuxième série de conséquences sur les deux autres personnes de la Trinité, en particulier sur l’Etre du Père, la Paternité de Dieu, ce que nous appelons son « Autorité » puisqu’il est l’Origine, la Source, l’Auteur de toute vie. Le Pape Benoît XVI a parlé de cette Autorité suprême lors de son Audience générale jeudi dernier 26 mai, rappelant que « hiérarchie signifie origine sacrée, qui a son origine dans le sacré, dans le sacrement ».

Le Père est Celui qui envoie le Fils.

Nous imaginons parfois que le rôle du Père est de freiner, de fixer des limites : nous avons une vision réductrice de l’autorité, alors que son rôle est moteur, qui est de donner des objectifs, de confier une mission. Il envoie bien davantage qu’il ne retient. Et quand il retient, en vérité il protège. Mais tôt ou tard, il laisse partir, il « envoie », par amour et pour aimer.

Voilà pourquoi le sommet de l’Evangile est « le commandement de l’amour », expression paradoxale puisque l’amour ne se commande pas, mais expression relative au rôle du Père, qui est à la fois l’autorité qui commande et l’amour qui libère. Le Père est Celui qui envoie. Une belle hymne du Bréviaire, « Peuples criez de joie – et bondissez d’allégresse », nous fait chanter : « Le Père envoie le Fils manifester sa tendresse ».

Toute créature a besoin des deux : nous avons tous besoin d’une autorité de régulation, qui fixe un cadre, des contraintes, des règles, mais qui ne régule que pour autant qu’elle suscite, motive, encourage. Nous en avons besoin parce que cette autorité nous fixe une mission à remplir, des objectifs à atteindre.

Dans la nature, toutes les créatures autres qu’humaines reçoivent également des directives, mais sans la liberté ni l’amour. Les animaux sont-ils intelligents ? Voilà une question bien humaine ! L’intelligence animale est évidente et remarquable, à ceci près qu’elle ne connaît ni la liberté ni l’amour. La marche à suivre est inscrite génétiquement dans l’organisme animal, sans qu’il ait la liberté d’y déroger, de l’interpréter, de se l’approprier. L’animal obéit à son instinct. Et le lion mange le dompteur. « Enfin ?! tu ne l’aimais pas ton maître ? – trop bon ».

Quand nous disons que Dieu a créé l’homme libre et intelligent, le mot important est ‘libre’. Dieu a créé la créature animale codifiée et intelligente, pré-déterminée à l’Univers. Un plan vivant, en pleine évolution, en complexité croissante … Nous retrouvons chez l’homme des traces de cette codification, comme des séquelles de l’instinct animal. Mais l’homme a reçu la liberté de participer au Plan de Dieu. Voilà le souffle qui lui est donné, insufflé : l’esprit de liberté.

Et la mission du Fils est de nous révéler ‘de l’intérieur’ ce que signifie être libre et aimer. Pour que nous entrions à notre tour dans la Communion d’amour de la Trinité, et que nous adhérions et répondions librement à l’œuvre d’amour du Père. Jésus en parle en termes simples : Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera.

Vous pourriez relire de façon détaillée l’emploi du mot « œuvre » dans l’évangile de saint Jean, voir comment le Christ dit : "Mon Père est à l'oeuvre jusqu'à présent et j'oeuvre moi aussi" (Jn 5, 17). Cela permet de comprendre le rôle de l’Esprit-Saint, son rôle unificateur : l’Esprit unifie l’œuvre du Père et du Fils. Le Père envoie le Fils ; le Fils révèle le Père ; et l’Esprit nous guide vers cette vérité toute entière. Là où est l’Unité de la Trinité, là est l’Esprit. Là où est l’Union à Dieu, là est l’Esprit.

J’en viens à une troisième série de conséquences sur notre compréhension du lien entre être et agir : être, c’est mettre en acte. Souvent nous parlons de nos activités comme de quelque chose d’extérieur, d’extrinsèque, de secondaire au mauvais sens du mot : dont on pourrait faire l’économie. Alors que l’agir est la marque du vivant. Dieu crée parce que Dieu est la Vie. Et l’éternité est et sera créatrice. Vivante ! Pas ce repos éternel et passif des cimetières silencieux … Mais bien le chant éternel et mélodieux de louange à la Gloire du Père !

On entend ainsi de fausses séparations entre l’être et l’agir, par exemple pour les religieux ou les sages qui auraient choisi la meilleure part : celle de l’être. Mais les religieux ne sont pas dans un être abstrait : ils prient ! C’est une activité intense. Simplement, ils cherchent à faire ce qu’ils sont. Un ami prêtre militait pour ce qu’il appelait la contempl-action. On pourrait aussi parler de la pri-être. Par la prière, nous apprenons à être. Enfants de Dieu.

Si la Mission du Christ fait partie de son Etre, si Dieu est présent en chacun des ses actes, il devrait en être de même pour chacun de nous : nous devrions nous trouver dans ce que nous faisons, et non pas nous y perdre. Cela suppose que nous acceptions de recevoir de Dieu notre identité et notre mission.

A ses disciples qui sont allés lui chercher à manger, Jésus répond : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin » (Jn 4, 34). Voilà ce que nous recevons dans l’Eucharistie : notre mission. L’Eglise, qui agit au nom du Christ, est en effet la seule ‘institution’ humaine à confier à chacun, à chaque personne humaine, même aux plus vieux, aux plus pauvres, aux plus faibles, une mission, au minimum une mission de prière, une mission d’amour - sans craindre, faut-il ajouter, d’empiéter sur sa liberté. Nous disons à chacun : Dieu t’a confié un talent, il t’a donné la vie, la volonté et l’être, pour entrer dans son Amour, dans la communion d’Amour et le mystère de la Trinité. Tu ne comprends pas le mystère de la Trinité ? Entre, entre dans le mystère de l’Amour.

L’image familiale du père, de la mère et de l’enfant, pour représenter la Trinité, est juste si elle désigne ma relation aux trois, au fait que ma relation à chacun d’eux, à chacun des trois, conditionne ma relation aux deux autres, dans une relation parfaite d’amour : si j’aime l’un, j’aime les deux autres, au nom de l’amour qui les relie tous les trois. Je ne peux avoir de relation sincère et véritable avec l’un qui n’engage la même relation avec les deux autres. C’est bien le Christ qui nous a appris à prier Notre Père. Comme c’est l’Esprit qui fait de nous des fils. La nouveauté de ce mystère est radicale ; elle est également permanente.

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

trinit_Retable de Landauer d'Albrecht Dürer,
représentant une Adoration de la Sainte Trinité, 1511

Lecture du Livre des Proverbes 8, 22-31

Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m'a faite pour lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes. Avant les siècles j'ai été fondée, dès le commencement, avant l'apparition de la terre. Quand les abîmes n'existaient pas encore, qu'il n'y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n'avait fait ni la terre, ni les champs, ni l'argile primitive du monde, lorsqu'il affermissait les cieux, j'étais là. Lorsqu'il traçait l'horizon à la surface de l'abîme, chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l'abîme ; lorsqu'il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n'en franchissent pas les rivages, lorsqu'il établissait les fondements de la terre, j'étais à ses côtés comme un maître d’œuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 16, 12-15

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière.
En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu, et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Robert Campin (Maître de Flémalle), vers 1375-1380, 1444 .
Trinité, Trône de grâce.
Musée de l’Hermitage, St. Petersbourg. Russie."Détail"

édito
du Dimanche 30 mai 2010

La sainte Trinité
Année C

Suscipe, sancta Trinitas …

Nos frères juifs appellent le sacrifice d’Abraham (Gn 22), la ligature d’Isaac. Je me souviens de l’émotion d’un ami juif quand j’avais repris ce nom. L’Eglise a fait un pas plus important, l’an dernier, par la décision de ne plus utiliser le mot Yahvé pour l’imprononçable. Ce sont de beaux signes fraternels. Néanmoins le « sacrifice d’Abraham » a l’avantage de replacer le sacrifice du Christ comme un don du Père : « Il a tant aimé le monde – qu’il a donné son Fils unique ».

Le Canon romain mentionne le sacrifice de notre Père Abraham, avec deux autres types de sacrifice de l’Ancien Testament, d’Abel et de Melchisédech : Abel est un enfant et Melchisédech un personnage mystérieux qui apparaît au livre de la Genèse, apportant du pain et du vin. La Lettre aux Hébreux dit qu’il est « sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et dont la vie n'a pas de fin »
(cf. He 6, 20 – 7, 3).

On peut assimiler Melchisédech au Fils de Dieu, mais aussi reconnaître en lui une figure de l’Esprit-Saint : « Sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et la vie pas de fin », c’est bien le fait du souffle de l’Esprit, dont tu ne sais pas d’où il vient ni où il va
(cf. Jn 3, 8).

L’intérêt est de voir dans les trois figures d’Abel, Abraham et Melchisédech, une image trinitaire, du Fils, du Père et de l’Esprit, rappelant que le sacrifice pascal n’est ni seulement un don du Fils ni seulement un don du Père, mais le don de la Trinité toute entière.

La forme extraordinaire de la Messe comporte une prière à la Trinité sainte au moment de l’Offertoire, le Suscipe, sancta Trinitas : « Recevez, Trinité Sainte, cette Offrande, que nous Vous présentons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ notre Seigneur » - qu’elle serve à l’honneur et au salut des hommes, « et que les Saints dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans les cieux ».

Père Christian Lancrey-Javal, Curé

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vendredi 21 mai 2010

HOMELIE DE PENTECOTE: "LA FORCE DE L'AMOUR"

l'homélie du curé

La force de l’amour
Pentecôte
Dimanche 23 mai 2010
Jn 14, 15-16. 23-26

Nous disons fréquemment d’une personne qu’elle nous donne son énergie. J’étais fatigué, déprimé, j’avais essuyé quelques revers, encaissé quelques contrariétés : voilà que je retrouve cet(te) ami(e) – ça peut même se faire au téléphone ! On se parle. Et ça va mieux. Il ou elle m’a remonté le moral. C’est une définition de l’énergie : une force morale.

On tient là, dans cette communication d’énergie, une part appréciable et sous-estimée de l’amitié, voire du mystère de l’amour : une affinité qui fait que deux personnes se renforcent mutuellement. Elles s’énergisent si j’osais cet anglicisme pour la fête de ce jour, l’événement de la Pentecôte : une fête de l’énergie.

Notre tradition culturelle, aussi bien latine qu’humaniste et psychologique est peu sensible à ces phénomènes, voire y est réfractaire. Notre approche est timide, qui préfère parler d’ondes que de forces. On dira facilement, à l’inverse des phénomènes bénéfiques, que certaines personnes dégagent des ondes négatives : on fait l’expérience à leur contact d’un malaise indéfinissable.

Cette approche, plus magnétique, qui préfère parler d’ondes que de forces, est intéressante qui ne révèle pas seulement la faiblesse du vocabulaire, le déficit de langage, voire de pensée, mais qui situe l’enjeu au niveau de l’être, de la personne, plutôt que de la relation. On raisonne alors en termes d’émanation plutôt que d’échange.

On dira ainsi qu’il émane quelque chose de quelqu’un, ce qui est fatalement très contestable parce qu’il s’agit toujours d’une impression subjective de ce que je perçois, faute de moyens et d’instruments de mesure. Comment mesurer le charme d’un homme ou d’une femme, son ‘magnétisme’, sinon au nombre de personnes qui y sont sensibles ?

Dans notre culture, on ne va guère plus loin : il ou elle a du charme. Et on mélange allègrement une attirance à caractère sexuel, et une énergie.

Lorsque sainte Faustine reçoit cette vision du Christ Jésus, avec la mission d’en faire faire un tableau, de la faire peindre, dans ce portrait en pieds de Jésus que vous connaissez sans doute, elle reçoit cette confirmation de ces deux phénomènes spirituels dont on trouve de multiples traces dans l’Ecriture, à savoir d’une part d’un halo de lumière qui entourait le Christ, et par ailleurs d’une force qu’il avait en lui, dont la manifestation la plus spectaculaire est la façon dont il lui suffit, au moment de sa Passion, et de son arrestation, de dire : « c’est moi », pour que les soldats venus l’arrêter, trébuchent et tombent en arrière (Jn 18, 6).

Des ondes se dégagent de tout être humain, et pas seulement de ceux qui sont investis d’un pouvoir ou d’une mission – qui fait par exemple que Jeanne d’Arc, venue trouver le Roi à Chinon, le reconnaît dissimulé dans un groupe de courtisans : c’est autant son intuition à elle, que son émanation à lui -, bref ces ondes que nous avons tous, même si nos scientifiques sont incapables de les mesurer pour l’instant, proviennent possiblement d’une source intérieure.

On peut estimer, si on croit à l’unité de la personne, que ces ondes ne sont pas désordonnées ni diffuses, mais qu’elles sont canalisables en des forces dont nous devrions pouvoir faire un usage bien plus grand et bien plus intéressant que celui que nous en faisons.

C’est ce que font les magnétiseurs. C’est ce que font certains orateurs, à fort charisme, dont le pouvoir sur les foules dit la capacité à maîtriser et à concentrer dans une relation à un groupe des ressources qui sont chez d’autres inexploitées. Absentes ou inexploitées ?

Si nous creusions un petit peu la question de l’énergie, dans la perspective d’une meilleure compréhension de l’énergie humaine, nous constaterions d’abord qu’elle ne se crée pas. Rien ne se crée en matière d’énergie. Il n’existe pas à proprement parler de création d’énergie dans l’univers : toutes les sources d’énergie sont naturelles, qui proviennent soit de matières premières (charbon, pétrole, uranium) soit de phénomènes naturels (marées, vents, soleil) et renvoyant aux éléments les plus fondamentaux, l’eau, le souffle, le feu.

Le génie de l’homme n’est pas dans la création d’énergie mais dans sa découverte et sa bonne utilisation : l’exemple type est l’énergie atomique.

Le premier enjeu de l’énergie s’appelle réceptivité : intelligence et réceptivité, pour l’accueil et l’orientation des forces naturelles. Au jour de la Pentecôte, les Apôtres étaient réunis depuis dix jours à prier : ils ne sont pas entrés ce jour-là dans la chambre haute pour recevoir l’Esprit-Saint. Ils étaient déjà réunis, ensemble, et même nombreux parce que s’il existe un lien personnel, individuel au Christ, il existe uniquement un lien collectif, communautaire à l’Esprit.

L’Esprit qui est donné aux Apôtres au jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint dont nous disons qu’Il est la 3ème personne de la Trinité et l’âme incréée de l’Eglise, a pour effet immédiat de faire des Apôtres les messagers du Christ, capables d’annoncer sa Résurrection : le Christ est Seigneur.

La grâce et le critère de l’Esprit-Saint est de rendre le Christ présent : « il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26).

Dans notre réflexion sur l’énergie, l’intérêt n’est pas sa captation, mais son orientation. Comment l’énergie se communique-t-elle ? Par infusion ? Suffit-il, comme notre monde re-paganisé le propose, de bronzer au soleil, de respirer au grand air, de se baigner en eau claire, pour renouer avec des forces – voire se soumettre à des forces dont tous les premiers siècles chrétiens, tous les plus grands Saints, en particulier en France saint Martin, ont cherché à libérer les hommes qui y étaient asservis. A libérer l’humanité du paganisme et de l’idolâtrie.

L’hypothèse que je vous propose, qui est bien davantage qu’une hypothèse parce qu’elle est en totale adéquation à la foi de l’Eglise, est que nous ne pouvons alimenter énergétiquement notre humanité que par une autre humanité, - ça s’appelle l’amour, et dans sa forme historique la plus accomplie, cette humanité est celle du Christ, Dieu fait homme.

Bien sûr, sur le seul plan affectif, de notre besoin vital d’aimer et d’être aimé, nous pouvons concentrer notre affection sur un animal de compagnie, un chien ou un chat. Comme le disent très justement certaines personnes qui ont trop souffert : lui au moins ne me trahira pas. Diminuer le risque de trahison diminue d’autant le bénéfice de communion. De même qu’au grand air, je respire, qu’au soleil, je me réchauffe, que dans l’eau je baigne, et tout ça est bien agréable mais je ne reçois pas l’amour, de même avec un chien ou un chat, je reçois une chaleur mais je ne reçois pas l’amour.

L’Esprit-Saint, qui est donné à l’Eglise au jour de la Pentecôte, qui nous est transmis à notre entrée dans l’Eglise, au jour de notre baptême, et confirmé à notre confirmation, ne donne peut-être pas la chaleur affective que l’on souhaiterait, mais il donne l’amour parce qu’il rend le Christ présent dans notre vie : « Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11).

Le lien au Christ, dans notre humanité révélée, et dans son humanité glorifiée, me permet d’être qui je suis, pour autant que j’accepte la nature énergétique de ce lien.

La prière de délivrance prononcée sur l’enfant au jour de son baptême, la prière d’exorcisme dit : « Donne-lui la force du Christ, et garde-le/la tout au long de sa vie ». Et avant d’imposer les mains ou de faire l’onction d’huile des catéchumènes, le prêtre ajoute : « N*, que la force du Christ te fortifie, lui qui est le Sauveur et qui vit pour les siècles des siècles ».

Frères et sœurs, certains d’entre vous demandent parfois si la Pentecôte est la fête du don de l’Esprit (sa venue sous forme de langues de feu sur les apôtres) ou la fête de l’annonce de la Résurrection (le parler en toutes les langues) ... Les deux ! Nous recevons l’Esprit pour ressembler au Christ – et annoncer les merveilles de Dieu.

De la même façon que le peuple d’Israël reçoit le don de la Loi (c’est ce qu’on célébrait alors au jour de la Pentecôte) pour la mettre en œuvre. La Loi n’a d’intérêt que si l’on s’en sert. De même, la question de l’énergie n’est pas morale : « à quoi est-ce que tu dépenses ton énergie ? à quoi est-ce que tu occupes tout ton temps, et consacres tes forces ? ». L’énergie est spirituelle : « Quelle est la source de ton énergie ? ». Ce n’est pas la libido, comme le proclament les magazines, c’est l’amour.

Il y a six mois, le Pape Benoît XVI a consacré son audience générale (2 décembre 2009) à un grand inconnu, Guillaume de Saint-Thierry, qui fut le biographe et l’ami de saint Bernard, au douzième siècle. Dans l'une de ses œuvres intitulée La nature et la dignité de l'amour, se trouve exprimée l'une des idées fondamentales de Guillaume, « valable également pour nous » disait le Pape, à savoir que « l'énergie principale qui anime l'âme humaine est l'amour.
La nature humaine, dans son essence la plus profonde, consiste à aimer. En définitive, une seule tâche est confiée à chaque être humain : apprendre à aimer, sincèrement, authentiquement, gratuitement. Mais ce n'est qu'à l'école de Dieu que cette tâche est remplie et que l'homme peut atteindre l'objectif pour lequel il a été créé ».

Le cœur est un moteur, l’amour divin est son énergie, et c’est dans le Corps du Christ que nous le vivons.


Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Lecture du Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit.

Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

Lecture de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 8-17

Frères, sous l'emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu. Or vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair. Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez. Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : "Abba !".

C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire.

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15...26

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

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samedi 8 mai 2010

EDITO & HOMELIE:"L'AMOUR DU PERE"

'La Création d'Adam' par Michel-Ange , chapelle Sixtine, à Rome : Les deux mains s'élançant l'une vers l'autre de façon irrésistible sans jamais parvenir à se joindre. La mains du Père et celle du Fils, l'une venant de l' esprit, l'autre partant du corps.Raison et sentiment...

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 23-29

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé.
Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : "Je m'en vais, et je reviens vers vous." Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.
Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. »

l'homélie du curé

L’Amour du Père
6ème Dimanche de Pâques
Dimanche 9 mai 2010
Jn 14, 23-29

par le Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Le Chrétien est celui qui appelle Dieu : « Notre Père ». Certains vont plus loin en considérant que nous sommes tous des enfants de Dieu. En puissance, oui. Mais en vérité nous le sommes par notre baptême. D’ailleurs la question ou le critère n’est pas tant de l’être en soi que de se comporter comme tels, d’aimer Dieu comme un Père et de nous aimer les uns les autres comme des frères.
Je voudrais vous parler de cet esprit chrétien, esprit filial et fraternel, et vous livrer quelques réflexions sur la paternité. Quatre ou cinq réflexions qui seront loin d’épuiser le sujet, mais qui correspondent à l’évangile de ce dimanche.

Il y a quelque chose que je n’ai pas et que je n’aurai jamais : je n’aurai jamais l’âge de mon père. J’aurai le même âge que celui qu’il a eu à un moment de sa vie, mais nous ne serons jamais à égalité : il y a, entre un père et son enfant, la distance irréductible du temps et de l’expérience. Le père est par nature celui qui devance le fils (le fils ou la fille – j’emploierai l’un pour les deux dans les lignes qui suivent), qui est plus avancé en âge. Même s’il reproduit le même schéma : un de mes amis père de famille me disait : « je m’entends dire à mon fils ce que mon père me disait. Et je suis sans illusion sur ce qu’il comprend vu que moi à son âge je ne comprenais rien ». Voilà une parole humble et lucide, et fraternelle.

Ce décalage irrattrapable, entre êtres humains, entre un père et son enfant, exige un renoncement, qui n’incombe pas à l’enfant mais au père. Qu’un père et son fils (ou sa fille) ne puissent jamais être à égalité, ne serait-ce que d’âge, impliquent que l’un des deux y renonce, et celui qui doit y renoncer en premier, en prendre conscience le premier, c’est le père.

Le père est celui qui renonce. A la naissance de l’enfant, il renonce à l’exclusivité de sa femme. Il renonce aussi à l’exclusivité de son enfant, à avoir la même proximité avec lui que sa femme, puisque c’est elle qui l’a porté et engendré. Il renonce à ce que son fils soit jamais son copain. Il renonce en fait à ce que son fils lui soit identique. Il en a caressé le rêve, plus ou moins consciemment, comme dit l’évangile, de « tout remettre entre ses mains ». Dans l’ordre divin, où la paternité n’est pas temporelle, où l’engendrement est absolument spirituel, et non pas de chair et de sang, le Père peut tout remettre entre les mains du Fils, comme le Fils, le moment venu, dans le Sacrifice suprême de la Croix, peut tout remettre entre les mains du Père. Mais dans l’ordre humain, le père est celui qui renonce à faire de son fils, le même que lui, son survivant, son prolongement. « Est-ce que vous regrettez de ne pas voir d’enfants ? » - La question était posée à un célibataire qui répondait : « Ce à quoi j’ai renoncé, c’est un prolongement de moi-même ». Je ne suis pas convaincu que ce soit ça la paternité.

Abraham représente dans la Bible la première figure du père, la figure exemplaire, le patriarche au sens de prototype. Le Père Marie-Dominique Philippe, dans « Toute paternité vient de Dieu (être père aujourd’hui) » (Parole et Silence, 2009), dit que « la première chose que Dieu reprend (élève) dans le cœur d’Abraham », c’est, dans sa bénédiction, sa vocation de patriarche.

Mais il montre aussi à quel moment Abraham devient véritablement père : ce n’est ni à la naissance d’Ismaël, ni à la naissance d’Isaac, mais au moment du sacrifice. Quand Abraham renonce à garder pour lui son fils Isaac ; quand il obéit à Dieu qui lui demande d’aller sur la montagne l’offrir en sacrifice.

Il renonce par amour. Nous entendions dimanche : « comme je vous ai aimés ». Comment le Christ a-t-il aimé ? En renonçant. En renonçant à faire valoir ses droits (d’être traité à l’égal de Dieu), à la considération, à être payé en retour etc.

Le 1er acte de paternité, l’acte fondateur (en terme de responsabilité et non pas de sensation) est un acte d’amour et de renoncement. A proprement parler, un sacrifice. Un sacrifice pour le père, et une condition de liberté pour le fils.

Nous définissons le Père comme celui qui engendre, qui donne la vie. Il fait bien plus que cela : il se sacrifie en son Fils, parce qu’il est celui qui donne la liberté tout autant que la vie. Il est celui qui libère, qui accepte, et c’est si mystérieux de la part de Dieu, que sa place soit relative. Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré du pays d’Egypte, et, qui en te libérant, te donne la liberté d’être infidèle. Qui accepte, par amour, la possibilité de te perdre.

Dans l’Histoire, et dans la vie quotidienne, la difficulté de ce renoncement du père se manifeste dans la tentation permanente pour les hommes « d’installer » leur fils à leur place. Si la Bible accorde une telle importance à la monarchie héréditaire des premiers siècles, c’est parce que s’y trouve cette propension pécheresse à se survivre par soi-même en son fils.

A l’inverse, la véritable paternité se fait dans la liberté laissée aux enfants de suivre leur propre route, et on en trouve l’expression la plus scandaleuse dans la parabole du fils prodigue, dans la revendication du fils de disposer de l’héritage du père : « donne-moi la part qui me revient ».

En renonçant à disposer pour lui de son fils (ou de sa fille), le père humain reconnaît la nature relative de la paternité humaine : elle est effectivement relative, seconde, « participée ». Le père humain est le fils d’un père précédent. Même Adam, dans la généalogie de Matthieu, est dit fils – fils de Dieu. Il existe une seule paternité absolue, celle de Dieu : « vous n’avez qu’un seul père, votre Père des Cieux ».

C’est de cette paternité-là que nous devons partir pour comprendre ce que signifie aimer, engendrer, éduquer, et non l’inverse. Le plus grand obstacle à la foi chrétienne consiste à se faire une idée de la Paternité de Dieu à partir de la paternité humaine, à imaginer Dieu à partir des expériences si restreintes que nous avons de l’amour. Tout ce que nous connaissons de la paternité dans l’ordre humain est une paternité relative, déléguée, seconde, une paternité participée. Mieux : une paternité héritée.

Et je transmets à mon tour, de façon plus ou moins lucide et consciente, l’héritage que j’ai reçu, héritage biologique, psychologique, culturel et spirituel. Quand elle est volontaire, cette transmission s’appelle l’éducation. Le père est un éducateur. Le père instruit ses fils. La principale responsabilité du père est l’éducation.

Le rôle du père est de fixer des objectifs – de donner une mission, tracer un chemin. En prenant garde à ne pas fixer des objectifs que l’enfant ne pourrait pas atteindre, à ne pas proposer des choix qu’il ne peut pas faire (spécialité de notre époque). En prenant garde à sanctionner les fautes et les dérapages : instruire, c’est aussi sanctionner, non pas suivant des critères subjectifs, mais en respect des Commandements de Dieu.

Il faut avoir une vision plus large qu’intellectuelle de l’éducation et de la formation : de même que nourricier ne signifie pas alimentaire, car l’homme ne vit pas que de pain, la formation est morale et spirituelle, qui s’accomplit dans l’ordre de l’amour. L’Eglise le rappelle chaque Samedi (soir) : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répèteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé » (Dt 6, 4-8a).

L’évangile de ce dimanche porte mention du rôle de l’Esprit-Saint dans cette éducation : « il vous enseignera » (Jn 14, 26) (cf. « il vous expliquera », Jn 16, 14 et 15).

Une 3ème responsabilité du Père est symbolisée dans le pouvoir de nomination : le père donne son nom à son fils. On le voit de façon spectaculaire à la naissance de Jean-Baptiste comme dans l’annonce faite à Joseph : « elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus » (Mt 1, 21). Ce pouvoir a été mal compris, et c’est pourquoi le passage de l’évangile de saint Matthieu où Jésus demande à ses disciples de ne donner à personne le nom de Père (« n’appelez personne votre ‘Père’ sur la terre ; car vous n’en avez qu’un, le Père céleste », Mt 23, 9) gagne à être mis en parallèle à la rencontre chez saint Luc du jeune homme riche, un notable qui l’appelle : « Bon maître » - « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul » (Lc 18, 19).

Cette discussion (pourquoi m’appelles-tu bon) n’est pas de pure forme, qui concerne le pouvoir de parole du père. Il recouvre toute la désignation des choses, comme le montre le deuxième récit de la Création, cf. Gn 2, 19 : le Seigneur amena à l’homme toutes les créatures « pour voir comment celui-ci les appellerait : chacune devait porter le nom que l’homme lui aurait donné … ». Ce n’est pas un pouvoir de domination, mais d’aide : il vise une aide qui lui soit assortie. Le père (spirituel) est celui qui aide à nommer, à mettre des mots dessus : ce que tu ressens, c’est ça. Ce que tu fais, c’est ça. « Ce que tu fais là ne s’appelle pas ‘prendre du bon temps’, mais perdre son temps ! ».
Au-delà des applications morales, le père a surtout le pouvoir de dire à son enfant qui il est : un enfant de Dieu.

La 4ème responsabilité du Père est de protéger. En étant présent : la mission du Fils de Dieu est de rendre le Père présent. Nous viendrons chez Lui. Qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. Le « père absent » est la plus grande atteinte à la paternité, parce que son rôle est de veiller. D’être là : pour protéger, pour nourrir, pour instruire. Pour veiller. D’où la place éminente, suréminente même, de saint Joseph. L’acte d’adoration des enfants de Dieu signifie de la façon la plus forte la présence du Père. Invisible, spirituelle, source de lumière, de chaleur et de sécurité. Ne craignez pas.

Si le rôle du père est de protéger, et de protéger par amour, et non pas comme un bien précieux qui m’appartiendrait, et que je possèderais au point que je préfèrerais le détruire plutôt qu’il ne tombe en des mains étrangères … Bref, si c’est l’amour qui conduit le père, c’est aussi indissociablement le pardon.

Il lui incombe de pardonner, comme il s’est évertué à instruire, comme s’il est résolu à châtier, comme il a appris à renoncer : pardonner, c’est renoncer – à une certaine idée de la justice, à la tentation de la vengeance.

Le fils tôt ou tard va se heurter au père, pour trouver ses propres limites, et acquérir sa liberté. Cette confrontation ne signifie pas qu’il doive « tuer le père », suivant ce mythe aux emplois pervers. Il va se heurter à son père, comme nous passons notre temps à nous heurter à nos frères, sans que cela fasse de la vie fraternelle une vie de conflits et de compromis, mais une construction permanente : l’amour est vivant et l’homme est pécheur.

Lors de l’Angélus du 4ème dimanche de Carême (14 mars 2010), commentant la parabole du fils prodigue, Benoît XVI disait que « les deux fils représentent deux modes immatures de relation avec Dieu : la révolte et une obéissance infantile ». Et il ajoutait : « Ces deux formes se surmontent grâce à l'expérience de la miséricorde. Ce n'est qu'en faisant l'expérience du pardon, en nous reconnaissant aimés d'un amour gratuit, plus grand que notre misère, mais aussi que notre justice, que nous entrons finalement dans une relation vraiment filiale et libre avec Dieu ».

L’expérience du pardon est indispensable à notre maturité. Qui me pardonne m’élève.

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

édito
du Dimanche 9 mai 2010

6ème Dimanche de Pâques
Année C

« La paix, un don de Dieu confié aux hommes »

Parmi les aspirations les plus profondes de l’humanité que sont la vérité, la justice, la joie, le travail, le logement, la liberté, il y a LA PAIX. Nous savons bien que celle-ci ne peut advenir entre les hommes que si les autres sont, elles aussi, satisfaites. Il y a interactions entre elles. Accueillir la paix de Dieu c’est œuvrer au bonheur des autres. Chacun selon son charisme et ses sensibilités.

par le Père Alain Michaud

Quand le Seigneur confie « sa paix » aux apôtres comme à tous ses disciples, il fait d’eux, puis de nous, des « artisans de sa paix ».
Cette paix n’a rien de statique comme le laisseraient entendre bien de nos expressions courantes : « Fiche-moi la paix et laisse-moi tranquille … Ici on vit en paix : il ne se passe rien … Après tous ce qu’on vient de vivre, ouf ! Un peu de paix … Cessez tous ces changements, qu’on nous laisse la paix … Bon, faisons la paix entre nous et évitons de nous revoir… » Pour beaucoup « avoir la paix » c’est se replier sur soi, dans son coin. Cette paix n’est pas celle que Dieu nous propose.

Celle que Dieu nous donne est « ouverture aux autres ». C’est celle-là que nous avons à incarner. Elle surgit en notre vie au terme d’une tension qui sollicite en permanence notre attention au cœur de chacune de nos relations pour que celles-ci deviennent « nouvelles ». C’est ainsi que nous deviendrons des « être nouveaux » en vue d’un « monde nouveau » dans le Christ. Vivre de la paix de Dieu, c’est faire route ensemble.

Accueillir la paix de Dieu, être artisan de paix n’est pas une cure de repos. C’est combattre tout ce qui conduit à la haine, la violence, la division ou l’injustice. C’est lutter contre le mal et le péché qui sont en nous. C’est une démarche de conversion pour changer notre cœur et nos pensées et permettre à l’Esprit Saint d’agir par nous et avec nous. Mais aussi « en nous » pour nous donner d’être en paix avec nous-même et en communion avec le Seigneur Jésus. C’est dans nos efforts pour nous ajuster à Lui, comme lui-même s’est toujours efforcé de s’ajuster à la volonté de son Père, que nous connaîtrons la joie et la paix de Dieu et que nous pourrons en vivre et en rayonner.

Que l’Esprit Saint nous éclaire et soutienne pour y parvenir.

Père Alain Michaud

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mardi 4 mai 2010

RELIGION:"Répondre à l'appel de Dieu..." par le Père Christian Lancrey-Javal

"C'est une vie difficile et exigeante. Et elle a de quoi dissuader," atteste le Père Christian Lancrey-Javal

Vincent Portier Vincent Portier

Directeur associé d'un cabinet de conseil, littéraire de formation, Christian Lancrey Javal décide à 35 ans de "répondre à l'appel de Dieu". Il est aujourd'hui le curé de la paroisse Saint-Louis d'Antin, à Paris, après avoir été prêtre à la paroisse Notre-Dame de Grâce de Passy, dans le XVIeme arrondissement . Un engagement mûrement réfléchi et qui confie-t-il, remplit enfin totalement sa vie.Je vous propose cet entretien publié le 20 septembre 2004 pour connaître mieux celui qui nous livre chaque dimanche une homélie oecuménique, moderne et consciente, sur la vie d'aujourd'hui et les préoccupations de chacuns et chacunes, catholiques ou non. (les homélies sont en lignes à la catégorie "RELIGION" de notre site ou directement sur http://www.saintlouisantin.fr)

ENTRETIEN:Christian Lancrey Javal, ex-patron devenu prêtre

lancrey Javal

Heureux mais en manque

"A l'époque, je ne pouvais pas rêver mieux professionnellement et matériellement. J'avais été chef de cabinet du président de la Croix Rouge, puis secrétaire général d'un organisme de formation, filiale du groupe Thomson, et enfin fondateur avec des amis d'un cabinet de conseil en communication qui marchait très bien. J'avais tout ce que je voulais et pourtant, je sentais qu'il me manquait quelque chose. Par petits recoupements, par confirmations successives, à travers des rencontres, la prêtrise m'est apparue progressivement comme une évidence. Cela n'a donc pas été une révélation soudaine, ni un coup de foudre. J'ai compris que si je répondais à l'appel de Dieu je trouverais de quoi remplir totalement ma vie. J'atteindrais la plénitude. Je vivrais une relation à la Vérité."

Un coup de tête ?

"L'Eglise prend le temps de vérifier que votre engagement n'a pas été pris à la légère. On rencontre le service des vocations, on discute avec des prêtres habilités à accueillir et à évaluer que vous êtes bien "équilibré", que vos motivations sont fortes et justifiées. Et ce n'est que lorsque l'appel que l'on estime avoir de la part de Dieu est confirmé par l'Eglise que l'on entre au séminaire. Cela peut sembler assez long, mais cela me convenait car je devais moi-même mettre de l'ordre dans mes affaires professionnelles et personnelles avant de tout quitter.

"La surprise de l'entourage."

Mes amis, ma famille, mes relations professionnelles ont été surpris, intéressés et  bienveillants. Personne n'a réagi négativement ou émis des critiques. Certains se sont même montrés envieux : j'avais trouvé quelque chose qu'eux-mêmes n'avaient pas su découvrir..."

Passer de patron à élève, c'est dur

"Mes années au séminaire ont été difficiles, surtout au début. Reprendre des études à 35 ans après avoir travaillé pendant douze ans, se retrouver dans la position de l'élève alors que l'on a été patron, ce n'est pas évident. Mais c'est aussi une grande chance car on a le temps de lire, de prier. On se penche sur des matières passionnantes : la théologie bien sûr, mais aussi les sciences humaines, la philosophie. On a une vie fraternelle, très humaine, en petit comité, avec des "fiancés" qui viennent d'horizons différents. Dans mon cas, j'ai côtoyé aussi bien un avocat qu'un prestidigitateur, un électronicien qu'un polytechnicien. Et contrairement aux idées reçues, très peu de littéraires, plutôt des sup de Co ou des ingénieurs."

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50% décrochent.

"Ce n'est pas parce qu'on entre au séminaire que l'on en sort prêtre. En moyenne, la moitié arrête ou se réoriente. Certains partent dans des monastères, d'autres se rendent compte que ce n'est finalement pas leur voie ou on leur fait comprendre. Moi-même, j'ai eu envie d'abandonner. Tous les anciens et tous les prêtres m'ont toujours dit que c'était bon signe. Si on ne se pose pas un certain nombre de questions régulièrement, si on affronte pas la difficulté, c'est qu'on rêve..."

Et le célibat ?

"Je ne le vis pas comme une mesure règlementaire, mais comme une donnée de la tradition catholique romaine, un symbole de l'attente de quelque chose de plus grand. Le célibat est incompréhensible pour les gens qui ne croient pas en la vie éternelle. Si on pense que la vie se limite à quelques décennies et qu'il n'y a rien après, je comprends que l'on danse sur le volcan. Mais la vie c'est bien plus que ça."

Prêtre à Paris.

"J'ai été ordonné prêtre en juin 2003. L'ordination est un très grand moment et j'en garde un bon souvenir. Depuis, j'ai été nommé en paroisse à Notre-Dame de Grâce de Passy rue de l'Annonciation, dans le XVIeme. Ce qui me convient bien car je suis d'origine parisienne, mais lorsqu'on se met au service de Dieu et de l'Eglise, on se rend disponible. J'aurais pu être envoyer n'importe où. Ici, c'est une grosse paroisse de par le nombre d'habitants (40 000) avec un taux de pratiquants plus élevé qu'ailleurs. Elle accueille environ 5000 paroissiens chaque week-end. Les plus gros établissements catholiques sont implantés sur cette paroisse."

Un intermédiaire.

"J'ai un rôle d'intermédiaire. Je suis chargé de parler de Dieu aux hommes que je rencontre. Et à l'inverse, je parle des hommes à Dieu grâce à la prière. Pour pouvoir prier pour les gens, il faut d'abord que je les écoute. Je rencontre donc beaucoup de monde, j'interviens dans des groupes, des réunions. Je suis l'actualité du monde, lis les journaux, regarde la télé.. J'ai aussi un rôle d'enseignement., car "il est bon d'enseigner si l'on sait ce que l'on dit". Mon objectif c'est que mes actes soient en conformité avec ce que je crois. C'est ce qu'on appelle la sainteté..."

Propos recueillis par Corinne Dillenseger, publié le 20 septembre 2004

TEMOIGNAGE:

mariage

" Un souvenir de prêtre"

Mes souvenirs les plus forts sont évidemment liés à la Semaine Sainte, à la fête de Pâques. Nous confessons toute la semaine : à Saint-Louis d’Antin, c’est comme dans un sanctuaire, on ne fait que ça, du matin au soir. Magnifique et épuisant. Un fleuve de péchés dans l’Océan de la Miséricorde.
Le samedi soir, à quelques heures de la veillée pascale, l’afflux de pénitents diminue enfin, et on commence à respirer, à reprendre souffle, comme un temps de répit, avant la célébration de la nuit.

Et là, il y a deux ans, vers sept ou huit heures du soir, un jeune couple, tout mignon, m’a arrêté dans le couloir, demandant à me voir : ils m’annonçaient leur mariage. Je les connaissais de vue, des habitués du dimanche soir.
Nous sommes entrés dans la pièce la plus proche, qui était déjà préparée pour le chocolat chaud d’après la veillée, et on a pris trois chaises dans un coin, comme on sait si bien le faire dans l’Eglise, et cet inconfort n’avait aucune importance. Deux tout mignons.

A ce moment-là de la journée et de la semaine, après des jours de confession, à quelques heures de la célébration de Pâques, avec les baptêmes qui allaient avoir lieu, cette annonce de mariage, cet amour humain à consacrer par le Seigneur venait dire toute la vie de l’Eglise et du prêtre. Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants !

Père Christian Lancrey Javal

AGENDA 2010:

Collège des Bernardins

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Voir le site internet du Collège des Bernardins

Jeudi Théologie : "Être père et chef de famille"

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Jeudi 6 mai 2010, de 12h45 à 13h30. Par le père Christian Lancrey-Javal.

Informations et réservations

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dimanche 2 mai 2010

HOMELIE :"la cause de nos difficultés à aimer..."

La Cène (1495-1498) de Léonard de Vinci,couvent de Santa Maria delle Grazie:interparole-catholique-yvelines.cef.fr/biblio...
5ème Dimanche de Pâques
Dimanche 2 mai 2010
Jn 13, 31 ... 35

"Voilà pour l’heure, en nos vies en ce monde, la cause de nos difficultés à aimer : l’obscurcissement de notre conscience et la déficience de notre volonté." Père Christian Lancrey-Javal

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13, 31...35

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt.

Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres...

l'homélie du curé

Je veux t'aimer, mon Dieu

5ème Dimanche de Pâques
Dimanche 2 mai 2010
Jn 13, 31 ... 35

par Le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin à Paris

Nous connaissons deux formes parfaites de l’Unité : le mystère de la Trinité, dont je vous ai dit quelques mots dimanche dernier, l’unité par l’égalité absolue du Père, du Fils et de l’Esprit.
L’autre perfection d’unité est le mystère du Christ, Dieu fait homme : l’unité par l’union des deux natures, divine et humaine, en une seule personne, le Christ-Jésus.

D’abord, ou de toute éternité, nous avons à contempler la nature divine de la Trinité, trois personnes dont les relations sont infinies et infiniment belles et éternellement créatrices, mystère sublime de l’amour et de la vie. La deuxième lecture de ce dimanche dit cette force créatrice : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).

Et ce mystère de la Trinité nous a été révélé dans l’Histoire par et en une personne, par Lui avec Lui et en Lui, le Christ, en qui sont parfaitement unies les deux natures divine et humaine, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

L’Eglise a condensé ce mystère de l’Incarnation dans une formule à quatre mots, pour écarter toute erreur, qui dit que cette unité dans le Christ se fait « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation » ( Concile de Chalcédoine - 451).
L’unité « sans confusion » est facile à comprendre pour nous qui ne cessons d’être mis en garde contre ce qui serait trop fusionnel (où l’on se perdrait).
« Sans changement » dit bien que l’humanité du Christ est pleinement humaine, souvent on entend dire : ‘oui, mais c’est facile pour Lui, il est Dieu’.
« Sans division et sans séparation » écartent toute idée de délimitation ou de frontière, même intérieure, comme toute idée de juxtaposition de réalités qui seraient mises côte à côte : on ne peut pas séparer l’un de l’autre, au point qu’on peut dire que Dieu est mort sur la Croix !

C’est deux siècles plus tard (au 6ème Concile œcuménique, le 3ème de Constantinople - 680-681) que la définition de la divinité du Christ (qui posait plus de problèmes que son humanité que tous les témoins attestaient), et donc l’unité de sa personne a trouvé son plein aboutissement avec la reconnaissance d’une double volonté, un vouloir humain et un vouloir divin. Il y a en Jésus une volonté humaine, semblable à la nôtre, et une ou plutôt la volonté divine.

Je signale, et je vous en parlerai au moment de l’Ascension, que le Christ est monté au Ciel avec son humanité, et donc avec ce vouloir humain : il y a place au Ciel, dans l’éternité, pour la volonté humaine. La volonté ne disparaît pas avec la mort physique. Elle fait partie, comme notre conscience, de notre âme : le mot ‘âme’ désigne en effet cet élément immortel donné par Dieu au moment de notre conception, et doué de conscience et de volonté. Le fœtus dans le ventre de sa mère a une conscience, comme le malade dans le coma. C’est pour ça qu’on leur parle, même s’ils ne répondent pas. Trop souvent nous réduisons la conscience à un mode de relation, un état de conscience.

De même, ces êtres qu’on dit inconscients ont une volonté. Qui ne disparaît pas quand ils meurent. Notre volonté sera même la condition de notre entrée dans l’éternité de Dieu, la condition de notre entrée au Paradis : le veux-tu ? Une condition nécessaire, pas forcément suffisante.

Dans l’éternité, nous n’aurons plus de problèmes d’intelligence ni de mémoire : nous aurons rejoint les Anges dans la connaissance immédiate. Ce sera d’ailleurs la plus grande différence pour notre corps que ce dépassement de toute médiation sensible et temporelle - il ne sera plus question d’intelligence ni de mémoire, mais de conscience et de volonté.

Voilà pour l’heure, en nos vies en ce monde, la cause de nos difficultés à aimer : l’obscurcissement de notre conscience et la déficience de notre volonté.

L’obscurcissement de notre conscience parce que les petits enfants ont spontanément, à l’âge métaphysique, conscience de Dieu, et foi en Dieu. Ils ne sont pas totalement « innocents », et même de moins en moins, parce qu’ils sont marqués par le péché originel, ou par ses séquelles quand ils ont été baptisés. Mais ils ont cette lumière que leur famille et la société peut soit faire grandir soit étouffer.

Quant à la déficience de notre volonté, elle est cette expérience universelle qui fait que nous en arrivons tous à ne pas faire ce que nous voudrions et à faire ce que nous ne voudrions pas (cf. Rm 7, 15-25). Tous, sauf le Christ, qui nous a révèle ainsi que cette volonté n’est pas structurellement viciée : elle est blessée. A purifier. A redresser. La modernité a introduit un élément de confusion en définissant l’homme comme un être de désir, alors que ce mot de désir recouvre des réalités très différentes, et que l’enjeu de notre vie se fait dans le passage du désir à la volonté. La volonté d’aimer, le véritable « amour spirituel ».

Voilà ce que nous avons à mettre en œuvre, suivant ce commandement que le Christ donne dans l’évangile : éclairer notre conscience et éduquer notre volonté. Les deux vont de pair parce qu’ils correspondent à l’interaction et l’unification progressive de notre être (notre conscience) et de notre agir (notre volonté).

Eclairer sa conscience revient à comprendre qui nous sommes : créés par Dieu, avec sagesse et par amour. Eduquer notre volonté vise à ce qu’elle coïncide avec ce que nous sommes en vérité. Evidemment, notre intelligence, notre mémoire, notre liberté sont mobilisées pour cela, mais plus encore notre foi, c’est-à-dire notre capacité d’accueil de la grâce. C’est ce que nous avons entendu dans la 1ère lecture de ce dimanche, dans cette exhortation, cet encouragement à « persévérer dans la foi ».
Et ce chemin de croissance, de convergence, de vérité de tout notre être est le Christ lui-même, qui est venu « pour faire, non pas ma propre volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé » (Jn 6, 38).

Dans le Christ, la volonté humaine et la volonté divine sont unies, dans une parfaite harmonie, que la Tradition a symbolisée dans le mystère du Cœur sacré de Jésus, symbole de cette Unité : « comme je vous ai aimés », dit Jésus, c’est-à-dire non pas tantôt d’un cœur humain tantôt d’un cœur divin, mais d’un seul cœur, le cœur de Dieu.

On en a une très belle illustration dans chef d’œuvre de la littérature, la légende du Grand inquisiteur, au chapitre 5ème du Livre 5ème des « Frères Karamazov » : Dostoïevski imagine que Jésus revient au moment de l’Inquisition, au XVIème siècle à Séville.
Il a voulu revenir discrètement, mais tous le reconnaissent. Il guérit un aveugle, et, sur le parvis de la cathédrale, ressuscite une fillette. À ce moment passe le cardinal Grand inquisiteur, un vieillard de quatre-vingt-dix ans. Il fait jeter le Christ en prison.

La nuit tombée, il va le visiter. Suit un long réquisitoire où il reproche à son prisonnier – qui garde le silence - d’avoir donné aux hommes trop de liberté : les hommes ne la méritent pas et surtout les hommes ne la veulent pas.

Ce Grand inquisiteur est l’exact portrait du système médiatique.

As-tu donc oublié que l’homme attache plus de prix à sa tranquillité qu’à sa conscience ? - « Rien de plus séduisant à première vue que la liberté de conscience, mais rien n’est plus torturant en réalité … Au lieu de maîtriser la liberté humaine, tu l’as amplifiée … Tu voulais que les hommes te donnent librement leur amour … Ne prévoyais-tu pas que, ployant sous le terrible fardeau de leur liberté, les hommes en viendraient un jour à rejeter ton image et à mettre en doute ton enseignement ? ».

Ce mauvais vieillard fait procès au Christ d’avoir renoncé aux « trois seules forces sur la terre qui soient capables de vaincre la conscience », de la subjuguer (nous dirions aujourd’hui de les manipuler) : le miracle, le mystère et l’autorité. Il s’agit bien sûr d’une relecture des trois tentations – du miracle des pains, du pinacle du temple et de la royauté terrestre. Trois forces dont ne cessent d’abuser le système médiatique, avec les jeux (du pain et des jeux), avec la confusion du réel et du virtuel, et avec la pensée unique, l’affirmation sans nuance.

« Sous notre houlette, les hommes seront heureux et renonceront à se révolter. … Nous donnerons un bonheur humble et paisible à ces êtres faibles et lâches, le seul qui leur convienne … Nous leur permettrons même de pécher puisqu’ils sont si faibles et ils nous aimeront comme des enfants à cause de notre tolérance… ».

« S’étant tu, le Grand inquisiteur attendit une réaction de son prisonnier. Son silence lui pesait. Le captif s’était borné, pendant qu’il parlait, à fixer sur lui un regard doux et pénétrant, visiblement résolu à ne pas entrer en discussion. Le vieillard aurait préféré qu’il lui répondît quelque chose, fût-ce en lui disant des choses amères ou terribles. Sans prononcer un mot, il s’approcha soudain du vieillard et l’embrassa avec douceur sur ses lèvres exsangues de nonagénaire. Ce fut toute sa réponse. L’inquisiteur tressaille sous ce baiser, et quelque chose tremble aux coins de sa bouche. Il se dirige vers la porte, l’ouvre et lui dit : ''Va, maintenant, et ne reviens plus… plus du tout… plus jamais, jamais !'' ».

La porte que nous voulons ouvrir est une porte qui s’ouvre vers l’intérieur, vers l’intérieur de notre âme, pour que le Seigneur puisse y entrer, et y demeurer, toujours.

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

édito
du Dimanche 2 mai 2010

5ème Dimanche de Pâques
Année C

Comme je vous ai aimés (Jn 13, 34)

Comment le Christ nous a-t-il aimés ?
Jusqu’au bout (Jn 13, 1).

Abbé Yves Rozo

Je pense à ces parents qui aimeront leurs enfants jusqu’au bout ; enfants devenus, quelque fois, bien différents de ce qu’ils avaient envisagé pour eux.
Je pense à ces enfants qui restent les enfants de leurs parents jusqu’au bout pour les honorer, les servir jusqu’à leur dernier souffle.
Et parfois des parents, des enfants handicapés.
Je pense aussi aux époux unis pour aller jusqu’au bout !

Tout cela est bien au-dessus de nos forces.
Comment est-ce possible, sinon avec la grâce de Dieu, c’est-à-dire la toute puissance de l’amour de Dieu en nous. Amour qui n’est ni sentimentalisme mièvre, ni volontarisme dur, mais qui est service, envoi en mission.

Or, cet amour est signe de reconnaissance des disciples du Christ. Et cela vaut pour nos familles, nos paroisses, nos communautés religieuses, nos équipes de travail, d’amis, de voisins.
Cet amour, il faut pourtant le vouloir. C’est le "oui je le veux" des époux, des prêtres !
Oui je veux engager ma vie, tout mon être, mon esprit, mon intelligence, ma santé aussi.

« L’amour est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre … Le commandement de l’amour ne devient possible que parce qu’il n’est pas seulement une exigence : l’amour peut être "commandé" parce qu’il est d’abord donné. » Dieu est amour – Benoît XVI

Abbé Yves Rozo

entretien avec
le Père Yves Rozo

" L’homme ne vit pas seulement de pain
mais de toute parole qui sort
de la bouche de Dieu "

Pour le père Yves Rozo, Saint-Louis d'Antin est un havre spirituel au milieu d’un quartier fourmillant de monde, axé sur la célébration de l’eucharistie et les confessions avec des moments forts comme « le baptême des larmes » où le pécheur se reconnaît en tant que tel mais dans la lumière de la miséricorde divine. Cette mission à Saint-Louis d'Antin convient également à son goût pour la proximité « sommes nous résolus à aller au devant des autres dans les relations très ordinaires du voisinage et les occasions de rencontre quotidienne ? ».

Le père Rozo a été 8 ans durant aumônier de la marine, embarqué à bord des bâtiments et a organisé pour les 20-35 ans, des Goums, expériences spirituelle de 8 jours dans les Causses. C’est un « homme de plein air » qui aime la marche et la nature.A Saint-Louis d'Antin le prêtre est soutenu par la piété et la foi populaire qui s'y exprime".


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samedi 24 avril 2010

EDITO & HOMELIE:Le vrai berger...

Le Bon Pasteur entre ses brebis, Mosaïque du Mausolée dit de Galla Placidia, Ve siècle, Ravenne.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 27-30

Jésus avait dit aux Juifs : « Je suis le Bon Pasteur (le vrai berger). » Il leur dit encore : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »

l'homélie du curé

Le prêtre veut l'unité
4ème Dimanche de Pâques (Dimanche des Vocations)
Dimanche 25 avril 2010
Jn 10, 27-30

Le Temps pascal est le temps de l’Unité : nous lisons le récit
des Actes des Apôtres, qui raconte le début de l’Eglise, et comment les Apôtres priaient d’un seul cœur ; l’expression revient souvent – ils avaient un seul cœur et une seule âme
(cf. Ac 4, 32). Cela apparaît d’autant plus fortement que le récit, comme la 1ère lecture de ce dimanche, souligne les réactions hostiles que cette unité suscite : toutes les tentatives de division qui viennent du monde, et dont le Christ nous enseigne qu’elles trouvent leur source dans le cœur malade de l’homme.

L’unité est l’aspiration la plus forte du cœur humain. Nous pouvons l’appeler la paix, la concorde, qui est une autre forme d’unité. Nous pouvons l’appeler le bonheur, l’harmonie : tous
ces noms recouvrent le même désir.

La Messe du dimanche est un signe fort de cette unité : le rassemblement est le premier signe de l’Eucharistie. C’est la définition de l’Eglise : nous sommes rassemblés par le Christ. C’est pourquoi la plus grande tristesse est celle de la division, entre nous, entre Chrétiens, entre disciples du Christ.

Et le prêtre est le garant de cette unité. Il y a bien des façons de définir le rôle du prêtre – et un message clair est nécessaire en cette Année du Prêtre, surtout après l’opprobre (la réproba-tion publique) de ces derniers mois, le soupçon jeté sur la ‘profession’.

Ce n’est pas le même message qui doit être porté au monde, et diffusé dans l’Eglise : pour le monde, le prêtre est l’homme de l’Espérance. Celui qui est chargé d’ouvrir à l’Espérance nouvelle et inépuisable de la Résurrection et de la Vie éternelle, en célébrant comme ici les sacrements de la Miséricorde, pour la rémission des péchés, parce que la Miséricorde, le Pardon est la condition de l’Espérance.

Pour le monde, qui a besoin de sens, le prêtre est l’homme de l’Espérance. Mais au sein de l’Eglise, à l’intérieur, ad intra, il est l’homme de l’Unité.

La question nous est régulièrement posée, dans tous les domaines, à commencer par les familles : jusqu’où aller ? Que doit-on accepter au nom de l’unité ? Pour préserver l’unité ? La question est posée par exemple pour l’accueil par les parents catholiques de leurs enfants adultes vivant en concubinage, voire dans des ‘duos’ homosexuels. Ces ‘couples illégitimes’ font entendre le respect de la Loi divine comme un critère : la Loi a pour fonction de protéger de l’Unité. Et le prêtre, en bon docteur de la Loi, lui est fidèle, pour autant que l’on ne se méprenne pas sur cette Unité.

La relation à l’Unité n’est pas la même qu’à l’Espérance : homme d’Espérance pour le monde, homme d‘Unité pour l’Eglise, le prêtre n’entretient pas la même relation à l’une et l’autre : il reçoit l’Espérance comme une grâce et une vérité à annoncer. Tandis qu’il ‘n’aime’ pas l’unité ; il la veut : c’est un commandement, une obligation pastorale, et doctrinale.

Nous connaissons deux formes parfaites et absolues de l’Unité : la Trinité sainte, et le mystère
de l’Incarnation. De cette deuxième forme, l’unité des deux natures, divine et humaine, en une seule personne, le Christ, je vous parlerai dimanche prochain : restons pour aujourd’hui sur l’unité de la Trinité.

« Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne de sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me re-saisit ». Voilà ce que pouvait s’exclamer saint Grégoire de Nazianze (cité par le Catéchisme).

L’unité du Père et du Fils et de l’Esprit est une unité parfaite puisque « chacune d’elles est Dieu tout entier » (CEC 253) : la distinction des personnes ne divise pas cette unité, puisqu’elle réside dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres (CEC 255).

L’unité de la Trinité est vivante et spirituelle : elle est une relation spirituelle de don de la vie (d’engendrement du Fils par le Père) et de témoignage d’amour (par l’Esprit). Cette relation spirituelle dit la vérité de l’être, de tout être, au-delà des biens sensibles.

Elle est une relation d’engendrement : elle signifie qu’il n’y a d’unité possible que là où est reconnue l’autorité – en l’occurrence parfaite, du Père, source de l’amour et maître de justice.

Le principal écueil sur lequel nous butons est l’égalité du Père et du Fils. L’égalité des personnes. Nous en avons ce dimanche une expression évidente, sur la supériorité du Père – Mon Père, dit Jésus, « est plus grand que tout » - que nous retrouverons dans deux dimanches de façon encore plus paradoxale : « Le Père est plus grand que moi ».

Quelle est donc cette égalité, que le Fils a vécue dans la soumission au Père ?

Notre difficulté vient du fait que l’esprit humain, l’intelligence pense en quantités : « combien ? ». La plupart des (mauvaises) questions posées à Jésus relèvent de ce travers : dans combien de temps (vas-tu te manifester) ? Combien de fois (dois-je pardonner) ? De là vient notre objection à l’égalité, dans la différence des besoins : il y en a qui ont besoin de plus dormir, de plus d’heures de sommeil que d’autres, de plus manger, de plus parler, de plus de signes d’affection etc.
Nous oublions que l’égalité touche à l’essentiel : au besoin de manger, de dormir, de communiquer, d’être aimé.

Combien ?

Devenir prêtre, surtout quand on vient de la société civile, c’est sortir de cette logique quantitative, de mesure, et tôt ou tard de jugement, sortir surtout de cet esprit de rivalité.

Car le contraire de l’égalité, c’est la rivalité. L’adoration du Père n’est pas une rivalité pour le Fils. Et le mystère trinitaire a une application immédiate et concrète pour notre vie religieuse, dans notre accueil des autres confessions, et des autres croyants. L’adoration véritable, en esprit et en vérité, n’est pas une rivalité pour un croyant. Mais une joie. Nous le vivons pareillement à chaque Messe, dans chaque église ou lieu de célébration : il n’y a pas d’endroit où la Messe soit ‘mieux’ qu’ailleurs ! C’est l’unique Sacrifice du Christ.

La cause de nos rivalités est la jalousie et la peur de manquer. Il est d’usage, dans notre jargon d’Eglise, de parler d’amour captatif, qui tend à s’approprier l’autre. La peur de manquer se révèle de façon remarquable dans l’Histoire du Salut et la détresse du peuple juif au désert : à peine sorti, libéré d’Egypte, il se met à murmurer et à regretter sa situation antérieure : il a faim. Et Dieu envoie la manne. Dont la particularité est d’être donnée chaque jour, sans possibilité de faire des réserves ! Il en va de même de l’Eucharistie : on ne stocke pas la grâce ! Il en va de même de notre prière pour les Vocations, en ces temps de pénurie de prêtres : nous avons peur de manquer ! Nous avons peur que d’autres religions aient plus de succès, une plus forte croissance … Quelle est donc notre Espérance ?

Devenir prêtre, célébrer sacramentellement le mystère de la Trinité sainte à chaque Messe, comme aux baptêmes ou en confession, c’est croire à l’égalité des personnes dans l’importance et le sacré de chaque être.

Chaque personne qui vient doit être aimée pour elle-même. Chaque personne est la brebis perdue que le bon Pasteur est allé chercher.

Le mystère de la Trinité dit la véritable égalité, où aucune ne vit sans l’autre : je ne peux pas vivre sans elle, sans lui, sans l’autre. Le Père n’existe pas sans le Fils, ni le Fils sans le Père, ni sans l’Esprit. Elles existent dans l’amour : j’ai besoin de toi.

Si demain matin, à la messe que j’irai célébrer, il n’y a pas cent, il n’y a pas cinquante, il n’y a
pas dix, il n’y a pas cinq, s’il n’y a qu’une seule personne présente, je ne dirai pas et je ne penserai jamais que ce n’est pas assez. Elle sera là, comme je suis là pour Dieu, et c’est bien assez. Voilà ce que le Christ a vécu pour chacun de nous, pour que nous le vivions à notre tour les uns pour les autres. Comme le dit symboliquement le Livre de l’Apocalypse, la 2ème lecture
de ce dimanche : « L’Agneau sera leur Pasteur ».

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Lecture du livre des Actes des Apôtres 13, 14...52

Paul et Barnabé étaient arrivés à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils allèrent à la synagogue. Quand l'assemblée se sépara, beaucoup de Juifs et de convertis au judaïsme les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester fidèles à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur ; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C'est à vous d'abord qu'il fallait adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens. C'est le commandement que le Seigneur nous a donné : « J'ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le Salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux que Dieu avait préparés pour la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi, la parole du Seigneur se répandait dans toute la région. Mais les Juifs entraînèrent les dames influentes converties au judaïsme, ainsi que les notables de la ville ; ils provoquèrent des poursuites contre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient pleins de joie dans l'Esprit Saint.

édito
du Dimanche 25 avril 2010

4ème Dimanche de Pâques
Journée mondiale de prière pour les Vocations
Année C


Jésus donne la Vie éternelle à ses brebis

Notre Seigneur s’est beaucoup préoccupé du sort des brebis, selon l’Écriture Sainte. Toutefois, Jésus n’avait aucun intérêt particulier à prendre soin de ces animaux. Le berger à qui le Christ s’identifie n’a qu’un but : celui de les faire paître dans des prés d’herbe tendre. Le berger s’active sans esprit de rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont pas d’autre fonction que de faire la joie de leur pasteur.

Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, sinon son plaisir. Notre fonction sur cette terre est donc de remplir Dieu de bonheur. Aux yeux de Dieu la réalité du monde peut se conjuguer en d’autres termes et Jésus privilégierait sûrement les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

Jésus simplement nous rappelle que le but de notre vie est de plaire à Dieu. Et Dieu, quant à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite. Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos activités et de nos soucis.

Dieu est allé plus loin encore que ce que nous pouvions imaginer. Il nous propose d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus Christ est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas, car ils sont déjà passés de la mort à la vie, selon l’expression même du Christ.

Dieu a fait des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils prodiguent autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est à cause de cette capacité que l’Écriture dit qu’ils sont faits à l’image de Dieu « Le Père et moi, nous sommes un », dit-Jésus ; et nous en Christ nous sommes un avec Dieu.

Père Philibert Madrandele

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dimanche 18 avril 2010

CEREMONIE RELIGIEUSE EN DIRECT DE CRACOVIE & HOMELIE:LA LECON DE NOS ECHECS...

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Les obsèques du président polonais Lech Kaczynski auront lieu ce Dimanche 18 avril (AP/JOSEK)

lech_kaczynski_46Lech Kaczynski,le 7ème Président de la République de Pologne a trouvé la mort  dans l'exercice de ses fonctions.Il est au nombre des victimes qui ont péri ce 10 avril 2010 dans la catastrophe aérienne de Smolensk en Russie.Qu'ils reposent en paix...

Retransmission en direct de la cérémonie religieuse sur France 3:

Cliquez sur: Suivre l'émission en direct
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l'homélie du curé

La leçon de nos échecs
3ème Dimanche de Pâques
Dimanche 18 avril 2010
Jn 21, 1-19

par Le Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin à Paris

Le départ à la pêche, au début de ce dernier chapitre de l’évangile de saint Jean, autrement dit la reprise par les disciples d’une activité civile ordinaire a tout d’un constat d’échec. Ce n’est pas un retour au point de départ, puisque, justement chez saint Jean, au départ les disciples n’étaient pas à la pêche mais déjà auprès de Jean-Baptiste. Ce n’est pas un retour au point de départ mais un échec. D’ailleurs ils sont bredouilles.
A quoi cela leur a-t-il servi de passer trois ans avec le Christ, le Fils de Dieu ?

Et nous qui espérions tant qu’il serait le Sauveur d’Israël !

Faites résonner en vos mémoires la déception des deux disciples qui s’en repartaient le jour de Pâques vers Emmaüs. Ou alors reprenez l’une ou l’autre phrase des disciples :
De Pierre, jurant à Jésus qu’il ne l’abandonnerait jamais !
De Thomas, lorsque Jésus décide d’aller voir Lazare, s’écriant : allons mourir avec lui !
De Nathanaël que Jésus avait vu sous le figuier, disant : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, le roi d’Israël ! » (Jn 1, 49).
Des fils de Zébédée demandant à siéger avec Jésus dans sa Gloire : la liste des noms qui est donnée ici, Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée, est significative : tous ont nourri de grands espoirs, et pris une grande claque.

Nous avons connu nous prêtres certains de nos camarades ou confrères quitter le ministère : re-partir à la pêche. Comment disait-on naguère : jeter la soutane aux orties ? défroquer ? Bien sûr, c’est sans comparaison avec la grande hémorragie post-soixante-huitarde. Ils s’étaient trompés sur leur appel ?

Je me souviens d’une réunion où nous venions d’apprendre le départ d’un prêtre connu de tous. Dans ces cas-là, l’autorité est muette. Certains d’entre nous, qui venions de la société civile et qui étions habitués aux debriefings, voulaient comprendre. Nous reçûmes une réponse brutale : « On ne va pas faire une pastorale de l’échec ! ».

Pourtant, toute une sagesse des nations s’est ainsi construite, sur des erreurs humaines, et c’est même une composante importante du texte biblique ; c’est l’héritage de l’humanité. Nombre d’interdits dans la Bible relèvent de précautions d’expérience. Les expériences malheureuses font partie de l’héritage humain, constitué de biens et de tares. « C’est par atavisme, grand-père », répondait ingénument une petite fille à son grand-père qui la traitait d’imbécile.

On peut lire l’évangile en regardant les déconvenues des disciples. Se rassurer en voyant dans la Bible tous ceux qui se sont pris une bonne claque, et que ça a re-mis sur le bon chemin. Mieux que la pastorale de l’échec : la théologie de la claque. Moïse est champion : lui, l’homme le plus humble que la terre ait porté, connaît un premier et retentissant échec quand il arrive, jeune diplômé auprès de ses frères ; il s’enfuit. Bien plus tard, quand il redescend de la montagne avec les tables de la Loi, il prend encore une belle claque avec le veau d’or.

Dans la continuité de Moïse, on trouve davantage Paul que Pierre – Paul est plus proche par ses capacités, ses diplômes, son rayonnement. Mais ici, on a Pierre.

Et on peut effectivement regarder son évolution, d’une pêche miraculeuse à l’autre, de celle de saint Luc (au chapitre 5) à celle que nous venons d’entendre : on verrait deux changements majeurs, dans l’absence d’objection de Pierre à mettre en œuvre la parole du Christ ; et dans la différence entre sa frayeur initiale - « éloigne-toi de moi ! », et son empressement à se jeter dans l’eau. Pierre a bien changé.

On peut faire ça ; on en resterait sur le plan de la psychologie humaine. Voire de la morale. Et c’est dommage quand il s’agit de rencontrer le Christ ressuscité !

Alors je vous propose autre chose, pour comprendre ce qui véritablement est en jeu, à savoir le travail et la puissance de l’Esprit-Saint.

Il se manifeste de façon éclatante, par le miracle : 153 ! autant dire une quantité énorme et crédible. Le miracle donc, précédé de façon très discrète et presque absurde, par ce détail curieux, qu’aucun des copistes de l’évangile n’a voulu gommer, à savoir que Pierre passe un vêtement pour se jeter à l’eau.

Le verbe employé sonne mal en français, il est difficile à l’emploi à l’oral : c’est le verbe « ceindre ». « Tunica succinxit se », dit la Bible latine, il se ceignit d’un vêtement (erat enim nudus), qui est un verbe décisif puisqu’il est repris dix versets plus tard par le Christ : « un autre te mettra – te ceindra ta ceinture » (on aurait pu au moins utiliser dans la traduction le même verbe : un autre te passera la ceinture) – alius te cinget.

Tu as cru ou tu as voulu te reprendre de toi-même, mais tu devras un jour te laisser faire et conduire par l’Esprit.

Voyons ces deux temps.

1er temps : Pierre s’habille, non pas pour plonger, mais pour rencontrer Jésus. Bien sûr, on peut invoquer des raisons de convenance : si on s’habille, ce n’est pas seulement pour nous protéger du froid ou des intempéries ; c’est par pudeur, pour ne pas exhiber des parties du corps qui n’ont pas à l’être. C’est, en un mot, pour être présentable. Mais c’est aussi pour assumer notre identité, et dans certains cas notre mission. C’est le rôle de l’habit – notamment ecclésiastique : signifier une appartenance.

Il faut rappeler cela parce que nous vivons une dérive très nouvelle, où on s’habille pour se masquer, pour se faire passer pour plus séduisant qu’on n’est. L’habit n’est plus une manière d’être habituelle (c’est l’étymologie), mais un outil de séduction ou de diversion.

Or, si Pierre s’habille pour aller à la rencontre de Jésus, c’est parce qu’il a renoncé à être autre chose que lui-même. Me voilà tel que je suis, non pas nu, ce qui est le fait des animaux, mais avec mon histoire, ma culture, mon travail, mes faiblesses et mes défauts. Et mieux encore, avec la tunique que moi je portais au moment de mon reniement : « tu sais tout, Seigneur, tu sais bien qui je suis ».

2ème temps : Jésus annonce à Pierre un baptême de sang : « par quelle mort il allait mourir ». Une mort qui ne sera pas une humiliation, comme le fait d’arriver trempé comme un chien mouillé, en sortant de l’eau. Sa mort, ta mort ne sera pas une humiliation mais la glorification du Père. Ce n’est pas en s’humiliant qu’on glorifie Dieu !

C’est en étant dans la vérité. On n’a pas besoin de passer par l’échec pour comprendre cela : le jeune David, au moment d’affronter Goliath, renonce d’emblée à endosser l’armure du roi Saül. Ce n’est pas lui.

Tu crois que c’est en te jetant dans l’eau, avec cette tunique que tu portais au moment de ton reniement, en la trempant dans l’eau, en t’y plongeant tout entier, comme tu voulais déjà le faire au dernier repas – que tu te laves de ton péché ?

Si Jésus à Cana fait remplir six grandes cuves destinées aux ablutions, c’est bien sûr parce que ce sont des récipients pratiques, mais il aurait tout aussi bien pu utiliser les outres ou les amphores qui avaient servi pour le vin dont il ne restait plus. Désormais le signe du pardon, de la rémission des péchés, passe par le partage du repas : « venez manger ».

Sachant que ce partage du repas du Christ est tôt ou tard le partage complet de sa condition, de son offrande, de son sacrifice, de sa mission : « Faites cela en mémoire de moi ».

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 21, 1-19

Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment. Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas, dont le nom signifie "Jumeau", Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m'en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.

Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. »
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! »
Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n'était qu'à une centaine de mètres.
En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu'à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s'était pas déchiré. Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? »  Ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus s'approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. C'était la troisième fois que Jésus ressuscité d'entre les morts se manifestait à ses disciples.

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m'aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu.

Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

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samedi 10 avril 2010

EDITO & HOMELIE DU DIMANCHE 11 AVRIL 2010:CONDOLEANCES AU PEUPLE POLONAIS...

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Lech Kaczynski,le 7ème Président de la République de Pologne a trouvé la mort  dans l'exercice de ses fonctions.Il est au nombre des victimes qui ont péri ce 10 avril 2010 dans la catastrophe aérienne de Smolensk en Russie.Qu'ils reposent en paix...   

Benoit XVI

"Je présente mes plus sincères condoléances aux familles des victimes et à tous les Polonais et je les assure de ma proximité spirituelle. En ces moments difficiles, j'implore auprès de Dieu tout-puissant une bénédiction spéciale pour le peuple polonais" 

† André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

A SE Mgr Joszef Michalik
Archevêque de Przemysl des Latins
Président de la Conférence épiscopale de Pologne


Excellence,
Au moment où nous apprenons avec grande tristesse la catastrophe aérienne, survenue près de Smolensk, dans laquelle le Président de la République de Pologne, Mr Lech Kaczynski, son épouse, ainsi qu'une nombreuse délégation officielle de votre pays ont trouvé la mort, alors qu'ils se rendaient aux cérémonies anniversaires du massacre de Katyn, je tiens à vous assurer au nom des catholiques de France et en mon nom personnel de notre profonde émotion et de notre prière fervente pour les victimes de la catastrophe aérienne, leurs familles et l'ensemble de la nation polonaise.
Dans le deuil qui frappe votre pays, c'est l'Europe entière qui partage la peine de la Pologne, pays qui tient une place si importante dans l'histoire de notre continent.
Soyez assuré, Excellence, de notre prière fraternelle et de notre commune
espérance, manifestée particulièrement en ce temps de Pâques....

2ème Dimanche de Pâques
Année C
Dimanche de la Miséricorde divine

Le Caravage, Le Doute de Thomas. 1602-1603. Sansouci, Potsdam, Allemagne.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20, 19-31

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : "Jumeau") n'était pas avec eux, quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara :

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas. »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

l'homélie du curé

L'Océan de la Miséricorde
2ème Dimanche de Pâques
Dimanche 11 avril 2010
Jn 20, 19-31


La dispute ou le désaccord entre Thomas et les autres disciples, dans les jours qui ont suivi la Résurrection, est la première tempête sans Jésus, la première tempête que les disciples connaissent en l’absence du Maître.

J’emploie à dessein ce mot de tempête : on pourrait se contenter de parler d’entêtement, de fâcherie – aujourd’hui on parlerait de ‘crise’ ! Mais il correspond à l’histoire des disciples : à leur origine de pêcheurs du lac de Galilée, qui ont connu des tempêtes mémorables – elles sont terribles sur un lac ! - y compris avec Jésus.
Il correspond également aux épreuves qu’ils ont vécues avec Jésus. Au cours du dernier repas, il leur a d’ailleurs rendu cet hommage : « vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves » (Lc 22, 28).
Il correspond surtout à la fête que nous célébrons aujourd’hui, de la Miséricorde divine, dont l’image la plus fréquente dans l’Histoire est celle de l’Océan.

L’Océan de la Miséricorde divine. Sainte Faustine en parle à de multiples reprises.

L’image de l’Océan, dans la Bible, dit l’infinité de Dieu. La mer étant comme un reflet du Ciel, il est logique qu’elle représente une surface infinie. On trouve notamment cela dans une vision du livre de l’Apocalypse, au début du chapitre 4 : « Voici qu’une porte était ouverte au ciel … Un trône était dressé … Celui qui siège sur le trône est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel tout autour comme une vision d'émeraude … Devant le trône, on dirait une mer (un océan), transparente autant que du cristal. »

Dans ce type d’image, Dieu est un « océan d’existence », suivant l’expression de saint Grégoire de Nazianze († v. 390), docteur de l’Eglise surnommé le ‘Théologien’ pour la profondeur de ses discours sur Dieu. Il écrivait ainsi que Dieu, « réunissant tout lui-même, possède l’être, sans avoir commencé, sans devoir cesser ; il est comme un océan d’existence sans limite et sans borne, dépassant toute idée et de temps et de nature » (Discours 38, 7, SC 358).

On entendra dimanche prochain la suite de l’évangile de ce dimanche, à savoir le récit de la pêche miraculeuse, qui nous donnera une autre symbolique de l’océan, à la fois comme source de nourriture, et de poissons, et comme espace à traverser et à quitter, pour aborder sur le rivage auprès de Jésus. Mais nous avons pour l’instant dans la réunion des disciples, à huis clos, une forme particulière de tempête, la tempête intérieure : « tempête sous un crâne » disait Victor Hugo.

Si vous laissez remonter vos souvenirs de tempêtes, pas seulement intérieures, toutes les tempêtes que vous avez connues dans tous les endroits du monde, vous verrez qu’elles ont en commun de nous assaillir et de nous enfermer dans des murs – le plus souvent des murs d’eau. En mer, c’est spectaculaire : les vagues sont des murs. A terre, c’est la pluie – les trombes de pluie comme des murs qui nous enferment.

Les disciples sont enfermés dans cette tempête, et Jésus vient là au milieu d’eux.

Combien de fois, frères et sœurs, avons-nous vécu pareilles situations, pareilles tempêtes, qui nous semblaient insurmontables, infranchissables, combien de fois nous sommes-nous sentis menacés, enfermés, prisonniers, divisés, et il a suffi d’un mot de la part du Seigneur, pour nous retrouver libres. La paix soit avec vous.

Les Actes des Apôtres, qui s’achèvent sur une formidable tempête, et même un naufrage de Paul avant qu’il arrive à Rome, raconte nombre de ces tempêtes, et autant de délivrances. On a par exemple, au début du chapitre 12, cette scène où Pierre est en prison, un Ange vient le chercher, et il se retrouve dehors sans rien comprendre à ce qui s’est passé !

Je voudrais pour l’heure vous livrer trois réflexions.

La 1ère tempête des disciples sans Jésus – si vous consentez à considérer ce différent entre Thomas et les dix autres comme une tempête, ne dure pas très longtemps : huit jours. Elle prend fin quand ils sont à nouveau réunis, et cette nouvelle réunion permet que Jésus vienne et soit là présent.

Est-ce que pour autant tout rentre dans l’ordre ?

Le fait que cet événement ait été choisi parmi « beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre » montre qu’il est resté gravé dans leur mémoire et dans celle de l’Eglise. Qu’en a-t-il été pour Thomas ? En a-t-il gardé quelque remords, comme une cicatrice intérieure ? Le sujet n’est pas là.

Cette tempête a été suivie de très nombreuses autres tempêtes, et pour nombre d’entre elles, autrement plus graves, en particulier en matière de manques de foi, comme en matière de divisions.

Disons simplement que l’Océan est plus grand que ses tempêtes.

Cela m’amène à une 2ème réflexion, sur notre façon de regarder l’infini.

On peut regarder l’Océan comme une force hostile, d’autant plus terrifiante qu’on en a été marqué – traumatisé. C’est rarement le cas des familles de marins : elles ont perdu en mer des enfants ou des parents, sans lui en faire reproche, sans cesser de l’aimer et d’en vivre. On pourrait sans doute faire ce lien, cette analogie entre les marins et les croyants : de drôles de gens au regard de ceux qui sont attachés à la terre ferme.

Ceux qui regardent l’Océan comme une force hostile sont ceux qui ne supportent pas le fait qu’ils ne le maîtrisent pas. Qu’ils n’en soient pas les maîtres. L’homme imbu, empoisonné par l’orgueil, considère comme un ennemi ce qui ne lui est pas asservi.

C’est pourquoi la Miséricorde est un Océan. C’est pourquoi l’Océan de la Miséricorde suppose et commence avec l’humilité de l’homme.

3ème réflexion : il y a des gens qui aiment le bateau et il y a des gens qui aiment la mer, et ce ne sont pas forcément les mêmes.

Que des gens aiment le bateau, les bateaux, notre société l’a bien compris sur le plan économique en organisant des courses en mer extrêmement médiatisées, et spectaculaires, des salons nautiques qui font le plein d’affluence, et toute une usine à rêves, qui va des paquebots de croisière aux voiliers de vacances, mais qui n’empêchent pas un pourcentage incroyable de ces passionnés de jeter leurs poubelles par dessus bord, et de prendre ces océans pour des décharges publiques. Ces pollueurs sont des blasphémateurs.

On peut aimer le génie de l’homme en méprisant la Création de Dieu.

Pareillement, il y a des gens qui au fond n’aiment pas la Miséricorde. Ils aiment le génie de l’homme mais ils sont impitoyables quand ils s’aperçoivent qu’il est pécheur.

Ils ont une telle idée de l’homme, et de la justice, proprement de ce qui lui est dû en tant qu’homme, pour chacun de ses actes, que ça les énerve que Dieu puisse pardonner.

Sur la barque de l’Eglise, suivant cette image ancienne et traditionnelle, nous sommes des amoureux de l’Océan.

Nous ne sommes pas effrayés des tempêtes ni des naufrages, tout en faisant tout pour les traverser et les éviter. Le soin que nous apportons à briquer le pont, à soigner la barque n’a pas de but en soi (et l’application est immédiate à la liturgie), sinon d’honorer ce qu’il nous est donné de vivre avec toujours le regard levé au loin, porté par l’Espérance de rencontrer enfin le Maître de la Vie :

« Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? » (cf. Lc 8, 25).

Père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint Louis d'Antin à Paris

édito
du Dimanche 11 avril 2010


Fêter la Miséricorde divine

Père Pascal Roux

En ce deuxième Dimanche après Pâques nous fêtons plus particulièrement la Miséricorde divine. Depuis l’an 2000, à la demande du pape Jean Paul II lors de la canonisation de Sœur Faustine, ce dimanche est appelé Dimanche de la Miséricorde divine.
En effet , lorsque Jésus apparaît à ses disciples, il leur donne sa paix d’abord, puis le pouvoir de remettre les péchés :
Jésus leur dit : « la paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 22).

Cette fête dans le rayonnement de Pâques est particulièrement bienvenue, alors que tant de chrétiens sont persécutés dans de nombreux pays et que, de plus, l’Église est éprouvée par les scandales qui la défigurent en ce moment.

Notre pape Benoît XVI dans son message pascal nous invite justement à approfondir notre espérance en Jésus Ressuscité et en la divine Miséricorde :

« Chantons le Seigneur : il est vraiment ressuscité ! ».

« Que le Ressuscité soutienne les Chrétiens qui, à cause de leur foi, souffrent la persécution et même la mort, comme au Pakistan …
Chers frères et sœurs ! La Pâque n’agit pas de façon magique. Tout comme au-delà de la Mer Rouge les Hébreux trouvèrent le désert, l’Église, après la Résurrection, rencontre toujours l’histoire avec ses joies et ses espérances, ses douleurs et ses angoisses. Et cependant, cette histoire est transformée, elle est marquée par une alliance nouvelle et éternelle, elle est réellement ouverte à un avenir. C’est pourquoi, sauvés en espérance, nous poursuivons notre pèlerinage en portant dans le cœur le cantique ancien et toujours nouveau :

« Chantons le Seigneur : il est vraiment ressuscité ! ».

Que cette forte parole nous affermisse dans notre confiance en notre Sauveur !

« Jésus, j’ai confiance en Toi. »

Père Pascal Roux

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samedi 3 avril 2010

VEILLEE PASCALE & DIMANCHE DE PAQUES:LE MATIN DU PREMIER JOUR...

À Pâques, la célébration de la mort et de la résurrection de Jésus est le sommet de la vie chrétienne, et la source d’une espérance et d’une force nouvelle pour les hommes et les femmes de toute la terre.

Cette année, une heureuse coïncidence de calendrier permet aux Chrétiens – anglicans, arméniens baptistes, catholiques, évangéliques, luthériens, orthodoxes, réformés… – de fêter Pâques le même jour

Veillée pascale à partir de 21 h

La vigile pascale est la veillée nocturne durant laquelle est célébrée la résurrection du Christ la nuit du samedi au dimanche. C’est la « Mère de toutes les liturgies », le cœur et le sommet de l’année liturgique. Elle débute vers 21 ou 22 heures parfois par un grand feu, lumière du Ressuscité partagée entre tous. Pendant cette célébration, les catholiques renouvellent les promesses de leur baptême. Les adultes demandant le baptême (les catéchumènes) sont traditionnellement baptisés dans leurs paroisses pendant la veillée pascale.

Horaires France:http://messesinfo.catholique.fr/

Dimanche de Pâques à Paris:

7h30 : célébration œcuménique sur la Place de la Défense

11H30 : Messe solennelle de la Résurrection
présidée par le cardinal André VINGT-TROIS,

Dimanche de Pâques
Année C

Il n’est pas facile de croire que Dieu soit capable de donner la vie éternelle à ce qui était mort, d’accorder son pardon sans condition à celui qui avait commis l’irréparable, de renouer ce qui semblait irrémédiablement perdu, de proposer une issue là où tout semblait définitivement bloqué. Et pourtant c’est ce qu’accomplit l’amour de Dieu en ressucitant Jésus d’entre les morts, et c’est dans cette joie profonde que sont entrés les disciples de Jésus il y a deux mille ans. Après eux, des générations de chrétiens à travers les siècles, des hommes et des femmes comme vous et moi, se sont laissés saisir par cette Bonne Nouvelle qui a transformé leur vie. Puissent-ils en témoigner toujours au milieu du monde !

La réssurection n’est pas une sortie imaginaire du monde réel, mais le surgissement de la vie même de Dieu au beau milieu de nos existences.

a

† André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

Le matin du Premier Jour

Le Matin du Premier Jour, c’est une femme qui est la première debout. La première à sortir dans la nuit.

Marie-Madeleine s’est mise en route pour aller embaumer le corps d’un mort. Elle n’imaginait pas qu’elle avait rendez-vous avec un VIVANT : Jésus, premier RESSUSCITé d’entre les morts.

La première heure, c’est celle qui sépare le jour de la nuit. C’est elle qui pousse la porte d’un nouveau jour. Comme si elle voulait remettre le monde en marche. Comme si elle ouvrait un passage, une « PÂQUE », permettant au soleil d’inonder le monde de sa lumière.

Dans une de ses œuvres, Saint-Exupéry nous offre une image de ce combat de toute vie entre la lumière et les ténèbres.
« Sur le champ d’un paysan s’élevait une cabane délaissée depuis longtemps. Un jeune plant d’olivier avait été pris dans ce piège et il avait dû croître en aveugle dans cet enfermement. Son tronc noueux, ses branches torsadées, demeuraient les témoins du long combat qu’il avait dû mener, en tâtonnant, pour rejoindre la lueur que laissait filtrer, à certaines heures, une petite lucarne située sous le toit. Et puis, un jour, il avait jaillit à travers cette brèche vers la lumière, vers la vie, vers le ciel ».

Sans doute célébrons-nous Pâques tous les ans. Mais si ces célébrations font mémoire d’un événement nous apportant la seule réponse aux attentes et aux questions de notre vie, la Pâque du Christ demeure le seul été sur lequel la nuit ne gagnera jamais.

Frère Gilbert Duval-Arnould

Homélie du Dimanche de Pâques

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Source lumineuse
Dimanche de Pâques
4 avril 2010
Jn 20, 1–9 / Lc 24, 13-35

Quand on est perdu -
            - ça vous est déjà arrivé d’être perdu ?

C’est une des expériences les plus universelles qui soit : déjà d’être perdu physiquement, ou géographiquement, je ne sais
pas comment on dit. Perdus dans les bois, dans le désert, dans une ville inconnue, dans la montagne, dans une foule : il suffit d’une immensité ou d’un manque de visibilité. C’est le principe des labyrinthes : on tourne sur soi-même. Sans trouver la sortie.

Chacun d’entre vous a fait cette expérience, plus ou moins traumatisante, d’avoir frôlé la disparition. Frôler, car ça s’est bien fini puisque vous êtes là ce soir dans cette église, sachant qu’on peut se perdre physiquement, comme on peut se perdre spirituellement.

Les deux derniers évangiles de Carême racontaient cela : des histoires d’égarement, qui allaient au-delà du moment d’égare-ment, parce qu’ils auraient pu tous les deux en mourir, et le fils prodigue – mon fils qui était perdu, mon fils qui était mort -
et la femme adultère.

Quand on est perdu – et il y a toutes sortes de façons de se perdre, ou d’être perdus, ce qui est quand même la première attitude ou caractéristique des disciples au jour de Pâques,
            - comment fait-on ?

Vous le savez tous : on revient au point de départ.

C’est la consigne donnée aux enfants quand on les emmène dans une foule : tu restes là où tu es perdu ; c’est moi qui reviendrai sur mes pas. Car si chacun bouge, on ne s’en sort plus.

C’est la consigne que je donne aux fiancés que je prépare au mariage : revenez me voir si ça va mal. Non pas parce que je serais un conseiller conjugal, Dieu m’en garde ! mais parce que je leur rappellerais la raison pour laquelle ils se seront mariés : à ma vue déjà, ils se souviendront au-delà de l’engagement qu’ils ont pris, des résolutions envisagées, - ils se souviendront de ce qui a présidé à leur union.

A l’un de ces couples, qui se marie en juin prochain, avec un cousin moine qui célèbrera le mariage, j’ai conseillé d’écrire chaque mois à ce bon moine pour raconter ce qu’ils vivent actuellement de sorte que l’homélie de mariage puisse être un peu personnalisée. Et surtout, ai-je ajouté, gardez copie de ces textes que vous pourrez relire comme naguère les lettres de son ou de sa fiancée. Lisez les lettres à leur fiancée que de très grands écrivains ont publiées, Rainer Maria Rilke, Léon Bloy, ou d’autres : c’est magnifique (pour Léon Bloy, ne regardez pas la photo de sa fiancée – elle est tellement vilaine que les lettres risquent de perdre un peu de leur crédibilité – mais l’amour voit au-delà …).

Parfois, nous relisons, nous prêtres, comme beaucoup de Catholiques peuvent le faire, les notes que nous avons prises lors des retraites spirituelles, notamment les retraites de décision de choix de vie : pour retrouver le sens de l’origine. Dans la vie, il n’y a pas toujours besoin de faire une psychanalyse : il est même rare que ce soit nécessaire ; il suffit le plus souvent de quelques albums de photos, d’un paquet de lettres, et surtout de beaucoup de calme.

La parole des anges aux saintes femmes, ces deux hommes au vêtement éblouissant, est une parole apaisante. Qui fait appel à leurs souvenirs, à des souvenirs heureux : « Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée ». Même si l’annonce était rude – « Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour » - le seul souvenir suffit à relativiser l’émotion présente.

Surtout quand, en l’occurrence, il est le souvenir d’une promesse.

« Alors, elles se rappelèrent ses paroles ». Et l’évangile de cette nuit ajoute : « revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres ».

Quand on est perdu, on revient au point de départ. Et pour les saintes femmes, spontanément,
le point de départ, c’est le groupe des Apôtres, c’est l’Eglise. Pour Pierre ensuite, cela va être beaucoup plus personnel et sans doute intérieur : « il s’en retourne chez lui ».

Quand on est perdu, on revient au point de départ.

Dans son homélie l’année dernière pour la Vigile de Pâques, Benoît XVI avait détaillé les trois symboles par lesquels l’Eglise essaie de donner la signification de la Résurrection : « la lumière, l’eau et le cantique nouveau – l’alléluia ». Ils sont trois symboles du commencement ou du re-commencement. Trois symboles de Vie.

Le premier est la lumière : « La résurrection de Jésus est une irruption de lumière. La mort a été vaincue, le sépulcre est grand ouvert. Le Ressuscité est lui-même la Lumière, la Lumière du monde. Avec la résurrection, le jour de Dieu entre dans les nuits de l'histoire. A partir de la résurrection, la lumière de Dieu se répand dans le monde et dans l'histoire. Le jour se lève ».

Le Pape avait souligné que « la création de Dieu commence par ces paroles : « Que la lumière soit ! » (Gn 1, 3). Là où il y a la lumière, la vie apparaît, le chaos peut se transformer en cosmos. … Dans la Veillée pascale, l'Église lit le récit de la création comme une prophétie. Dans la résurrection, ce que ce texte décrit comme le début de toutes choses, s'accomplit d'une manière plus sublime. Dieu dit à nouveau : « Que la lumière soit ! ».

Benoît XVI l’avait appliqué aux baptêmes qui sont célébrés en cette nuit de Pâques, puisque le baptisé « est alors introduit dans la lumière du Christ ».

C’est vrai de tous les baptisés : nous sommes des êtres de lumière. Avec ce magnifique passage des Cendres que nous avons reçues sur le front au début du Carême, jusqu’à ce cierge que nous tenons en nos mains. A Abraham, Dieu ne montre pas les grains de sable : nous ne sommes pas des grains de sable, mais des étoiles au firmament (Gn 15, 5).

Le deuxième symbole de la Résurrection ne parle pas de ce que nous sommes, mais de ce qui nous entraîne, c’est bien sûr l’eau, symbole très riche, utilisé « comme la source fraîche qui donne la vie, ou aussi comme le grand fleuve d'où provient la vie ».

Quand on veut parler de ce qui est important, on parle de ce qui est au cœur, au centre, de ce qui est à la source – aujourd’hui, on est plus prétentieux, on parle des ‘fondamentaux’ – mais la source désigne l’essentiel, le lieu d’où jaillit la vie.
« Saint Jean nous raconte qu'un soldat avec une lance perça le côté de Jésus et que, de son côté ouvert - de son cœur transpercé -, sortit du sang et de l'eau (cf. Jn 19, 34). L'Église primitive y a vu un symbole du Baptême et de l'Eucharistie qui dérivent du cœur transpercé de Jésus. Dans la mort, Jésus est devenu Lui-même la source ».

Revenir à la source, revenir au point de départ, pour comprendre ce qui m’entraîne, me pousse, me fait vivre. Dieu, Père et Créateur, est la source absolue, qui nous appelle à revenir à Lui. Saint Augustin, dans une de ses lettres, déplorait que beaucoup étaient « davantage portés à admirer les faits qu’à en rechercher les causes » (Epistula 120, 5).

Il n’y a pas besoin d’être perdu pour revenir au point de départ : il suffit de vouloir retrouver l’élan de l’origine.

C’est ce à quoi nous invite « le troisième grand symbole de la Veillée pascale (dont le Pape disait qu’il) est de nature toute particulière ; il implique l'homme lui-même. C'est entonner le chant nouveau - l'alléluia ».

Le cantique nouveau, l’Alléluia de Pâques n’est pas un cri : il est un chant. Une harmonie, dont nous croyons qu’elle est l’harmonie de l’origine, l’ordre voulu par Dieu.

Je connais une image pour représenter cette harmonie – on en abuse parfois dans le domaine féerique, mais c’est une source lumineuse, la Parole de Dieu, qui me dit qui je suis et qui m’entraîne vers Lui. Une nouvelle naissance. La promesse de la Résurrection.

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Pape Benoît XVI

Le Pape expliquait alors que « quand un homme fait l'expérience d'une grande joie, il ne peut pas la garder pour lui. Il doit l'exprimer, la communiquer. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'une personne est touchée par la lumière de la Résurrection et entre ainsi en contact avec la Vie même, avec la Vérité et avec l'Amour ? Elle ne peut pas se contenter simplement d'en parler. Parler ne suffit plus. Elle doit chanter. L'acte de chanter est mentionné pour la première fois dans la Bible après le passage de la Mer Rouge. Israël s'est libéré de l'esclavage. Il est sorti des profondeurs menaçantes de la mer. Il est comme né de nouveau. Il vit et il est libre ».

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 1 - 9

Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il
fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. » Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.


Posté par PORTIER VINCENT à 17:00 - RELIGION - Commentaires [0] - Permalien [#]
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