jeudi 1 septembre 2011
PORTRAIT HOMMAGE: DANS L'OEIL DE CLAUDE LEVIS-STRAUSS-CHRONIQUE D'UNE ACCULTURATION.

Vidéo: Texte récité/ Claude Lévi-Strauss nous exhorte à l'ecouter sur le prétendu humanisme moderne...
« Tout progrès culturel est fonction d’une coalition entre les cultures(...) Nous ne concevons pas que des principes, qui furent féconds pour assurer notre propre épanouissement, ne soient pas vénérés par les autres, au point de les inciter à renoncer à leurs principes propres, tant devrait être grande, croyons-nous, leur reconnaissance envers nous de les avoir imaginés en premier." Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire (1952),Tristes Tropiques/Le Retour (1955)*/
L’Ecrivain préféré....
Le Lévi-Strauss de Tristes tropiques...
« De la musique encore et toujours ...! »Verlaine, Art poétique
par Adolphe Maillot http://www.fabula.org/lht/4/Maillot.html
L’écrivain préféré ? À cet intitulé, on s’attend à voir associer le nom d’un romancier ou d’un poète. Mais est-ce que celui d’un ethnologue pourrait figurer sur la liste ? Si cet ethnologue s’appelle Lévi-Strauss, et que dans ses écrits il nous fait entendre de la musique, j’ai envie de répondre : oui – ce qui implique nécessairement un questionnement des frontières de la littérature et de l’ethnologie. On peut aussi se demander pourquoi lui plutôt qu’un autre.
Qu’est-ce qui fait qu’il apparaît soudain comme un ami ? D’un destin à l’autre, le lecteur s’identifie naturellement à l’auteur. Le mot « vocation » vient aussitôt à l’esprit. Mais si, loin de toute nécessité, tout n’était que hasard…
Dream Time: Un clip sur l'exposition en diptyque "DreamTime - Temps du rêve, grottes, art contemporain & transhistoire", présentée simultanément dans la grotte du Mas-d'Azil en terre d'Ariège et aux Abattoirs à Toulouse/ 2010./ Musique de Michael Nyman, La Leçon de Piano
Un chant familier
L’ethnographie, support empirique de l’ethnologie, est au carrefour de l’art et de la science. Tout en rendant compte de vérités objectives, elle exige un véritable travail d’écriture par lequel un auteur peut éventuellement exprimer sa singularité.
Néanmoins ce souci du bien-écrire ne garantit en rien son rattachement à la littérature. Comme l’écrivit Vincent Debaene : « Les logiques de qualification d’un texte comme scientifique ou comme littéraire sont tout simplement hétérogènes puisque, dans un cas, on évalue une pertinence et, dans l’autre, on désigne une appartenance1. »
De ce point de vue, science et littérature ne sont pas à mettre sur le même plan. Néanmoins l’intrusion du « je » dans les textes de sciences sociales2, souvent présentée comme une « révolution épistémologique3 », est venue semer le trouble dans la division des genres. L’inflation du je « méthodologique » a rendu caduc le positivisme des pères fondateurs, pour qui le langage devait se cantonner à sa fonction instrumentale : transmettre des informations. Aujourd’hui le « divorce de nature entre l’objectivité du savant et la subjectivité de l’écrivain » n’est plus d’actualité : il est possible de « faire d’un sarcasme la condition de la vérité4 ».
Plus personne n’est dupe de « la ruse de l’ethnographie, ce faire semblant qu’il n’y a pas d’ego5 ». Faire passer des interprétations pour des descriptions, des jugements pour des théories, une neutralité de ton pour une garantie d’objectivité : ces astuces ne marchent plus.
Malgré tous les apparats d’objectivité, une étude ethnographique sera toujours « le tableau de quelque chose vu par quelqu’un6 ».
Vidéo Entretien: L'Héritage photographique de Lévi-Strauss
La présence de ce « quelqu’un », aussi doué soit-il pour peindre la réalité, suffit-elle à faire basculer un texte du côté de la littérature ? Assurément non. La singularité seule ne suffit pas. Elle doit s’étoffer d’une dimension esthétique. L’usage de la langue doit être suffisamment stylé pour que l’on puisse parler de « littérarité ». Autrement dit, de ce quelqu’un doit jaillir une voix, reconnaissable entre toutes. Plus précisément un chant.
C’est ce fameux « grain de la voix7 » dont parle Barthes, lorsque celle-ci est au croisement de la langue et de la musique. Ce chant, dans le cas de Lévi-Strauss, semble être à la fois un « phéno-chant » et un « géno-chant », pour reprendre l’opposition théorique de Barthes qui transpose celle de Kristeva entre phéno-texte et géno-texte. Le phéno-chant couvre « tout ce qui, dans l’exécution, est au service de la communication, de la représentation, de l’expression : ce dont on parle ordinairement, ce qui forme le tissu des valeurs culturelles » : c’est ici l’examen lucide d’un parcours intellectuel atypique, une confession critique.
À l’inverse, le géno-chant renvoie à « cette pointe (ou ce fond) de la production où la mélodie travaille vraiment la langue », autrement dit à la « diction » de Genette avant Genette8 : c’est le lyrisme auquel il succombe par endroits, lorsqu’il s’abandonne à la musique des mots indépendamment du discours initial. On retrouverait donc ces deux types de chants dans Tristes tropiques, et il serait intéressant d’en étudier les proportions. Mais, pour le moment, ne nous embarrassons ni du « phéno » ni du « géno », boulets terminologiques qui risquent de faire couler le propos présent. Retenons juste l’idée de chant tout court.
Vidéo Entretien: Le Lévi-Strauss du XXIe siècle
Le glissement métaphorique de la peinture à la musique se justifie tout d’abord par les aspects formels de Tristes tropiques, qui le rapprocheraient de la symphonie : « Le livre, écrit Pierre Campion, adopte visiblement une composition musicale : les deux premières parties, dans un désordre savant, constituent le prélude de cette nouvelle Symphonie du Nouveau Monde. Composant les thèmes du départ, des débuts dans la vie, de l’exclusion et des effets du pouvoir, ce prélude conduit au morceau du coucher de soleil-opéra9. »
Ce glissement s’appuie ensuite sur la distinction faite par Frédéric Keck entre deux modes opératoires de la fiction au sein de l’œuvre de Lévi-Strauss : une « fiction picturale » qui tend vers le « tableau taxinomique », et une « fiction musicale » où le cognitif se mêle au sensitif10. Une telle distinction est tout à fait pertinente, mais l’auteur fait rentrer, semble-t-il, plusieurs ouvrages dans sa catégorie « fiction musicale ».
Pour ma part, je n’y ferais figurer que son récit autobiographique. Car, en définitive, Lévi-Strauss n’aura vraiment fait entendre son « grain » – écrit avec son corps – que du 12 octobre 1954 au 5 mars 1955, la période d’écriture de Tristes tropiques.

C’est le seul ouvrage qui me vienne à l’esprit quand j’entends ou vois le nom de Lévi-Strauss. Comme Gracq l’a très bien remarqué, « il arrive couramment qu’on transfère à un nom, sans y réfléchir, l’attachement qu’on a en réalité pour un seul ouvrage11 ». Pour d’autres ethnologues, ce sera plutôt Les Structures élémentaires de la parenté ou Anthropologie structurale.
Mais peut-on, pour ces deux derniers livres, parler d’« écrivain » ? Il n’y a vraisemblablement que dans Tristes tropiques que Lévi-Strauss sort de la peau de l’« écrivant12 », que l’on sent la présence de quelqu’un, dont la voix résonne comme la musique d’un être familier.
À mes yeux, ce récit autobiographique prend toute la lumière. Et tout le reste n’est que littérature grise. Il peut arriver que mon œil, balayant furtivement une rangée de la bibliothèque, s’arrête un instant sur La Potière jalouse, titre qui laisse rêveur. Mais si un feu malencontreux venait à se déclarer, cet opus ne serait pas sur la liste des premiers à sauver.
Ni les autres, puisque c’est toute la production théorique en tant qu’œuvre qui fait peur. Trop magistrale. Alignés au garde-à-vous comme des soldats sur la rangée principale de la bibliothèque, les volumes semblent vouloir faire plier la réalité à leur « structure ». C’est pourquoi Tristes tropiques n’est pas rangé à côté d’eux. Il est classé plus haut, dans la lignée des grands romans.
Vidéo: Les débuts de Tristes Tropiques..."L'aventure n'a pas de place dans l'aventure d'Ethnogaphe..." Lévi-Strauss/ 1955/ Terre Humaine
Appartenir à la littérature
Dans quelle mesure Tristes tropiques relève-t-il de la « littérature » ? La question a été posée dès sa sortie en 1955 par le jury du prix Goncourt qui voulait l’honorer de ses lauriers. On peut mieux comprendre la réponse donnée au travers de la distinction faite par Gérard Genette entre deux régimes littéraires complémentaires : le régime « constitutif » et le régime « conditionnel »13. Le jury n’assuma pas sa préférence sous prétexte que l’œuvre n’était pas une « fiction ».
S’il avait opté pour le point de vue de la « diction » et le critère « rhématique »14 – s’il avait écouté la musique –, sa décision aurait été tout autre. Dans sa délimitation du littéraire, il se cantonnait au régime constitutif, conception fermée s’appuyant sur des conventions bien établies. Respectant à la lettre les dernières volontés d’Edmond de Goncourt, dont le prestige devait retomber uniquement sur « un ouvrage d’imagination en prose », il se rabattit sur un vrai roman : Les Racines du Ciel de Romain Gary15.
Le libre-arbitre du jury étant circonscrit par des clauses juridiques, c’est du côté des critiques littéraires, des journalistes, des écrivains et des universitaires, que le débat aura lieu. Se situant dans le régime conditionnel, où l’appartenance d’une œuvre à la littérature est plus aléatoire, c’est la puissance de leurs arguments et l’état du marché littéraire qui décideront du destin du livre16.
À sa sortie, la dimension hybride de Tristes tropiques fera couler beaucoup d’encre, de Raymond Aron à Claude Roy en passant par Madeleine Chapsal. Seul Barthes restera froid à cet engouement esthétique, davantage sensible à la production théorique de l’auteur. Dans la presse grand-public, nombreux furent les articles qui s’évertuèrent à faire rentrer Tristes tropiques dans la littérature.
Analysant « l’idée de littérature dans les années 1950 », Vincent Debaene et Jean-Louis Jeannelle17 ont fait ressortir les deux principaux arguments qui étaient à l’époque avancés par les admirateurs du livre.
Le premier portait sur le « style », et faisait de Lévi-Strauss un descendant de Chateaubriand.
Le second relevait de ce que les auteurs appellent « le dialogue des phares » : dans Tristes tropiques Lévi-Strauss converse d’égal à égal avec les plus grands noms de la littérature (Montesquieu, Montaigne, Rousseau). Autre référence lumineuse que l’on retrouve chez la plupart des commentateurs : Proust. En effet, si Tristes tropiques est bien un récit de voyage, c’est moins l’ethnologue en personne que sa mémoire que l’on voit crapahuter.
Ainsi, les filiations ne manquent-elles pas pour rattacher Lévi-Strauss à la littérature. Derrière cette démarche, il y a nécessairement une certaine idée de la littérature. Pour ne pas dire une idéologie, voire une mythologie. Celle-ci est encore plus accentuée dans les écrits des critiques d’avant-garde comme Bataille ou Blanchot. Pour Bataille, Tristes tropiques est l’exemple parfait montrant que le salut des sciences humaines est dans la littérature. Il ne retient que « l’ouverture poétique », et passe complètement à côté de son structuralisme latent. Blanchot, lui, l’ancre profondément dans la métaphysique : l’ethnologue, comme l’écrivain, est « l’homme au point zéro ». Alors que, comme le notent Vincent Debaene et Jean-Louis Jeannelle, Lévi-Strauss à la fin de son aventure littéraire dénie à l’art et à la métaphysique (ainsi qu’à la psychologie) leur pouvoir de consolation.
Cette neuvième et dernière partie intitulée « Le retour » pourrait être rebaptisée : « Triste ethnologue » ou « Le non-retour ». L’homme, le savant et sa discipline semblent être arrivés au bout de la nuit d’un voyage à la fois intime et historique, éreintés d’avoir fait le tour de la condition humaine – en un mot : entropologisés18.

« Plutôt qu’anthropologie, il faudrait écrire “entropologie” le nom d’une discipline vouée à étudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de désintégration. » (Lévi-Strauss, Tristes tropiques [1955], Paris, Presses Pocket, coll. « Terre Humaine/Poche », 1984, p. 496).
Ce néologisme est construit à partir du substantif « entropie », phénomène physique que Lévi-Strauss considère comme inhérente à la dynamique de toute civilisation.
Et l’on pourrait presque faire dire à l’ethnologue ces vers du poète :
Je ris de l’Art, je ris de l’Homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
Qu’étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même œil les bons et les méchants 19.
Verlaine, Poèmes Saturniens.
Ce cynisme ferait ainsi écho à son fameux « Je hais les voyages et les explorateurs », phrase d’accroche qui ouvre le bal du récit de manière insolite. Et si l’on va plus avant dans ce rapprochement, ne pourrions-nous pas comparer la mélancolie qui transpire dans les dernières pages de Tristes tropiques avec la « langueur verlainienne » en tant qu’elle incarne « le lieu d’un changement, d’une sorte de conversion intérieure, le passage du moi personnel à un moi impersonnel où ne subsiste plus rien de la sensibilité ancienne20 » ?
Que décrivent, en effet, les dernières phrases du livre si ce n’est le louvoiement du moi de l’ethnologue qui, non content de se haïr, cherche à faire son trou « entre un nous et un rien21 » ? Au final, il fait le choix du nous, mais sans grande conviction.
Lévi-Strauss affirme dans un premier temps qu’il « assume sans réserve [sa] condition d’homme22 ». Cela passera pour lui par une objectivation rigoureuse de l’expérience sensible, travail colossal que l’on retrouvera dans La Pensée sauvage ou Mythologiques.
Mais au moment même où il dit adieu à la littérature23, le voilà qui se laisse emporter par une insoutenable légèreté lyrique. Il se lance dans une phrase interminable qui semble vouloir essouffler le lecteur, comme pour lui faire ressentir le caractère éprouvant du voyage philosophique accompli. Phrase-fleuve rythmée de tirets et de points-virgules qui s’achève sur une note tragi-comique.
À « la contemplation d’un minéral plus beau que toutes nos œuvres » et au « parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d’un lis », succède curieusement « le clin d’œil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu’une entente involontaire permet parfois d’échanger avec un chat24 ». Faut-il rire ou pleurer ? Applaudir ou désespérer ? Serait-il exagéré de parler de « langueur lévistraussienne » ? De lui faire dire malgré lui – pastiche de la troisième « ariette oubliée25 » :
L’hypothèse pourrait se défendre. Mais les postures philosophiques du poète et de l’ethnologue sont bien éloignées : le premier veut se fondre dans la poésie des éléments, quand le second n’aspire qu’à saisir l’« essence » des choses (et des mots). Pour ce dernier, l’intelligible prime sur l’émotion.
Vidéo Campagne Survival International/ Message d'hier et d'aujourd'hui pour ne pas oublier demain ...
Si l’ethnologue n’est pas à l’abri du sublime, l’événement esthétique n’aura été qu’un accident. Il convient donc de ne pas trop extrapoler sur un éventuel « air de famille » entre Verlaine et Lévi-Strauss. Toutefois cette parenthèse aura permis de souligner l’idée suivante : entre le regret du je ancien et le pari du nous nouveau, le moi de Lévi-Strauss aura été bien ballotté. Il est vrai que l’ethnologue a tranché, et plus jamais après Tristes tropiques, l’anthropologue ne s’égarera dans la « littérature » ni ne jouera à l’« écrivain ».
Mais l’on se plaît à imaginer que quelque part au fond d’un de ses tiroirs, se cache un vieux manuscrit qui, épuré de tout « système » ou « structure », est pure littérature. Ce serait par exemple l’épisode raté du « coucher de soleil », qu’il aurait travaillé et retravaillé pour en faire quelque chose de « vaguement conradien26 » et serait l’« apothéose » de son talent littéraire. Ou bien une nouvelle « nouvelle version de Cinna27 ». Ou enfin, fin du fin, la partition d’un opéra aux accents wagnériens. Ce serait une belle ironie.
Ce détour par Verlaine est révélateur de l’inclination de cet article : le désir d’a/encrer Tristes tropiques toujours plus profondément dans la littérature (et consacrer un ethnologue comme « écrivain préféré »). Et pour ce faire, ce détour me conduit à examiner la langue, la littérarité du texte.
Je néglige ainsi un point essentiel souligné par Antoine Compagnon : « La littérarité, comme toute définition de la littérature, engage en fait une préférence extra-littéraire28. »
Ma vision du livre en tant qu’œuvre littéraire est forcément influencée par l’évolution du marché littéraire français, en particulier par la notoriété de la collection « Terre Humaine » des éditions Plon.
Chaque ouvrage publié dans cette collection est naturellement considéré par le public comme « littéraire », quelle que soit sa valeur esthétique. Cette dimension littéraire fait le bonheur du lecteur amateur. Mais elle est loin de faire l’unanimité chez les spécialistes, qui ne manquent pas d’égratigner tous les scientifiques dérivant vers des horizons artistiques29. Charles Dantzig a d’ailleurs noté non sans humour – citations à l’appui –, à quel point l’adjectif « littéraire » ou le substantif « littérature » sont malmenés par les universitaires et les artistes : « Je me demande s’il existe d’autre activité humaine aussi injuriée que la littérature30 ? » Est-ce une injure de dire que Lévi-Strauss c’est « Mallarmé en Amérique du Sud31 » ? Si tel est le cas, quel graphomane n’aimerait pas être injurié de la sorte ?
Toujours est-il que ce n’est pas sans mauvaise conscience que Lévi-Strauss écrivit son récit autobiographique. Commande de Jean Malaurie qui voulait lancer l’aventure de sa collection, Tristes tropiques fut rédigé en six mois, comme un péché qu’il fallait commettre le plus vite possible, pour revenir au plus tôt à la raison scientifique. Quel autre chef d’œuvre aurait-il pu écrire s’il avait prolongé son aventure littéraire ?
Qu’il n’y ait eu qu’un seul écart dans le parcours rectiligne de Lévi-Strauss donne à son récit autobiographique cette aura des œuvres miraculées. Le doit-on au « hasard », à la « chance » ou à la « destinée », pour reprendre les termes de Thibaudet32 ? Que représente Tristes tropiques dans la « ligne de vie » de Lévi-Strauss ? Un moment de faiblesse ? Ou, au contraire, l’œuvre qui paradoxalement fait le lien entre toutes ses séquences biographiques ?
« Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la jungle » ?

Photo: Livre Race et Histoire/ Lévi-Strauss/UNESCO/1952
L’espace de la chance
D’une ligne de vie à l’autre, le livre croise mon chemin d’étudiant incertain. Comment devient-on ethnologue ? Par hasard et/ou par nécessité. Le hasard d’une rencontre, d’une université, d’une procédure administrative ; la nécessité d’un environnement, d’une époque, d’un tempérament. À la jonction des deux logiques, un coup de cœur pour un livre. Or il arrive souvent qu’on lise un livre pour de mauvaises raisons. Et, forcément, on le lit mal.
Lu bien avant de commencer un cursus d’ethnologie – pour le plaisir –, Tristes tropiques m’apparaissait avant tout comme un récit de voyage et d’aventure (et non pas comme un « livre sur le voyage » comme le précise la quatrième de couverture). Relu pour la réalisation d’un exercice de recherche – pour le plaisir et l’instruction33 –, ce fut l’occasion de mettre des mots sur un texte adoré, plus précisément de montrer en quoi l’ethnologue peut parfois être aussi un écrivain, un artiste.
Re-relu au cours des années de « terrain » – pour l’autorité –, je pensais que c’était le modèle d’enquête ethnographique par excellence.
À cette période charnière de l’apprentissage intellectuel, le Lévi-Strauss de Tristes tropiques représentait pour moi ce qu’il y a de plus beau dans l’ethnologie. Leiris aurait pu lui voler la vedette avec L’Âge d’homme, mais cette « auto-ethnographie34 » était trop éloignée de l’ethnologie académique. Face à ces deux chefs d’œuvres, Les Argonautes du Pacifique occidental de Malinowski ne faisait pas tellement le poids35.
Pourtant, dans la pratique, je donnais raison à ce dernier, en cherchant à connaître le point de vue des « indigènes » et en optant pour l’« observation participante36 ». J’aimais le style du premier, mais l’épistémologie du second avait le dernier mot. La frontière entre esthétique et vérité n’était pas clairement délimitée. L’objectif premier était bel et bien scientifique. Cependant il était frustrant de se résigner à une fonction instrumentale du langage – de devenir un « bureaucrate de l’évasion37 ».
Même s’il est vrai que « l’ethnologue n’est pas en principe un auteur qu’on écoute pour lui-même38 », je n’arrivais pas à faire taire ma subjectivité, laquelle venait régulièrement parasiter l’inventaire des faits plus ou moins objectifs. Je voulais relever le défi d’« écrire un texte qui puisse être en même temps un sentiment intime et un compte rendu distancié39 ». Pour masquer la présence de l’ego et feindre une mise à distance de la littérarité, l’idéal aurait été sans doute une écriture « blanche ». Mais c’est une écriture chatoyante – à l’image des reflets de la réalité – qui s’est imposée.
Cette écriture me semblait pleinement ethnographique dans la mesure où « elle ne fix[ait] pas la vision dans un savoir » mais « introdui[sai]t le trouble dans ce qui [était] regardé40 ». En faisant le choix d’une certaine polyphonie contre un méta-langage quelque peu tyrannique, je pensais rendre service au réel. Je ne réalisais pas que la manière d’écrire n’allait en rien influer sur le caractère scientifique du travail final. « Les choix stylistiques, écrit Jean-Pierre Olivier de Sardan, sont en fait largement “neutres” du point de vue de la qualité scientifique : c’est une des grandes différences entre l’œuvre littéraire, où contenu et forme sont indissociables, et le texte sociologique, qui admet un tel découplage41. »
Vidéo: Texte pour une coalition des cultures / Race et Histoire / UNESCO/ 1952
Je mesure aujourd’hui toute la fragilité de ma posture stylistique, de ce refus de renoncer au plaisir des mots, d’avoir été trop complaisant vis-à-vis des fantasmes littéraires, alors que j’exécutais un travail relevant des sciences sociales. Si l’on en croit Vincent Debaene, malgré toute la force de conviction de Barthes la fusion entre littérature et science serait un vœu pieux : « Réconcilier un mode de discours qui se reconnaît d’abord à sa transitivité et à son dédain du style avec un autre, défini par son intransitivité et son exigence formelle, n’est pas seulement un non-sens historique, c’est une impossibilité logique42. »
Quelques années plus tôt, Jean-Claude Passeron avait déjà bien fustigé le sociologue qui, jaloux du romancier dont les écrits trouvaient plus facilement un lectorat, se laissait séduire par les muses de la littérature. Mais le combat est inégal, car selon lui, « on a souvent vu faire de la bonne littérature avec de la mauvaise sociologie, parfois même avec de la bonne, jamais de la bonne sociologie avec de la littérature, bonne ou mauvaise43 ».
Faut-il parler de Tristes tropiques en termes de bonne littérature ou de mauvaise sociologie ? En ce qui me concerne, j’avais associé indifféremment l’adjectif « bonne » aux deux substantifs. Dans mes trois lectures du livre, étalées sur une période de dix ans environ, la première était celle d’un amateur (comme pour un roman d’été), la seconde répondait à un objectif scolaire (rédiger un mémoire), et la troisième s’inscrivait dans une perspective « professionnelle » (s’inspirer d’un modèle).
En reprenant les réflexions de Thibaudet dans son article « Le liseur de romans », on pourrait reformuler ce constat de la manière suivante.
Ma première lecture était celle d’un « lecteur de romans » qui, sans aucune conscience littéraire, « lit n’importe quoi, au hasard, sans être guidé par aucun des éléments, intérieurs ou extérieurs, qui tiennent et circulent dans ce mot : le goût44 ». Je voulais du dépaysement, de l’aventure, des sensations ; je lui demandais – honte à moi – « une distraction, un rafraîchissement, un repos de la vie courante45 ».
La seconde lecture était celle d’un « liseur de romans », c’est-à-dire un lecteur qui croit à « un ordre où la littérature existe, non comme un divertissement accidentel, mais comme une fin essentielle46 ».
Enfin la troisième lecture se serait rapprochée de celle d’un « viveur de romans », fondée sur la suggestion vraie et dont l’archétype extrême – caricaturale – serait Don Quichotte vis-à-vis des romans de chevalerie. La vie vécue par Lévi-Strauss était une vie idéale, et il fallait essayer de suivre ses pas à mon propre niveau. Peu importait le résultat, seule comptait la démarche.
Ces trois attentes de lecture peuvent-elle être rassemblées autour d’une même « ligne de vie » ? Dans une perspective romanesque, cela serait tout à fait envisageable. Mais si l’on veut être réaliste, il faut reconnaître que c’est le « hasard » qui a tout fait. Ou presque. Si l’on m’avait dit, à l’occasion de la première lecture, que j’allais devenir ethnologue, j’aurais sûrement lâché une onomatopée amusée.
Au fil du temps, cependant, un certain nombre de coïncidences s’accumulant, il est tentant, comme le note Pierre Bourdieu, de « se faire l’idéologue de sa propre vie en sélectionnant, en fonction d’une intention globale, certains événements significatifs et en établissant entre eux des connexions propres à les justifier d’avoir existé et à leur donner cohérence47 ». C’est la métaphore de vie comme chemin, avec la fausse évidence d’une linéarité qui fait sens.
On oublie ainsi que la réalité penche plutôt du côté de la discontinuité.
Si l’on veut toutefois rendre au libre-arbitre ce qui lui revient de droit, il faudrait se tourner vers la notion intermédiaire de « chance ». Le « hasard », selon Thibaudet48, « procède par points discontinus ». Puis vient la « chance », laquelle « implique une suite de points ». Un semblant de cohérence voit le jour. L’unité atteint son apogée avec la « destinée », qui serait orchestrée d’en haut.
C’est « l’illusion biographique » dénoncée par Bourdieu. Entre le chaos du hasard et l’ordre trop parfait de la destinée, il semble que l’aléa encadré de la chance – mélange de volonté individuelle et de déterminismes sociaux – soit au plus près du réel. Entre hasard et nécessité, ce serait donc la chance qui crée le fil linéaire d’une vie. Et non pas une « ligne », sans doute trop épaisse et trop dense pour caractériser la singularité d’une existence.
Ce qui s’est développé de manière plus ou moins continue dans l’espace de la chance entre la première et la dernière lecture, c’est sans doute un certain sens critique, une ébauche de maturité – une métamorphose progressive de « lecteur » à « viveur » de littérature. L’enchantement originel a-t-il résisté à l’éthique scientifique ? Est-il encore possible de fermer les yeux sur les passages structuralistes, pour ne voir que les anecdotes humoristiques, les descriptions sublimes, l’ombre de Chateaubriand ou le fantôme de Proust ? Une fois devenu ethnologue, est-il toujours légitime de lire Tristes tropiques comme un livre d’écrivain ?
Quand je rouvre Tristes tropiques aujourd’hui, deux lecteurs se chamaillent pour tirer la page à soi : celui qui veut éprouver (le lecteur), et celui qui veut comprendre (le liseur ou le viveur) ; celui qui admire l’écrivain, et celui qui a du respect pour l’écrivant. Malgré leurs aspirations différentes, ces deux types de lecteur ne s’opposent pas de front. D’ailleurs Barthes a très bien expliqué que l’écrivain et l’écrivant ne font souvent qu’un, alternant les rôles selon l’humeur ou les circonstances. Quoi qu’il en soit, si l’on se place du côté de la réception, il semble difficile d’éprouver sans comprendre et vice-versa.
Si l’on me demande : « Qui est votre ethnologue préféré ? », faut-il pour y répondre prendre en compte la voix des deux lecteurs, ou n’écouter que celle du cœur ?

Photo: La Pensée Sauvage/ La pensée occidentale, dit Lévi-Strauss, est déterminée par l'intelligible .../ Lévi-Strauss/ 1962
Narcissisme distancié
Loin d’aborder cette dimension schizophrénique, mon propos consiste juste à voir dans quelle mesure un livre peut influer sur le cours d’une vie, en l’occurrence la mienne. Comment une biographie couchée sur papier peut-elle agir sur l’orientation d’un jeune individu en quête de destin ?
Un tel narcissisme peut bien entendu être considéré comme déplacé dans un cadre universitaire. Malgré tout, je tiens à faire le pari de l’auto-analyse, en référence à Bourdieu. Dans son Esquisse pour une auto-analyse (2004), ce dernier commence par une phrase d’avertissement : « Ceci n’est pas une autobiographie », clin d’œil au « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte. Malgré les apparences, l’auteur ne va pas se raconter, mais exploiter une expérience personnelle à des fins sociologiques. « À chaque fois, commente Bernard Lahire, la personne de Pierre Bourdieu s’efforce de ne pas être le centre psychologique, sensible et émotif du “problème” et de l’“attention”, mais un point particulier situé (et se situant) dans des espaces structurés (et structurants)49. »
Dans le même esprit, par un travail auto-réflexif, j’essaie ici de me servir de mon expérience de lecteur pour mettre au jour quelques éléments de compréhension relatifs au goût littéraire. Par une mystérieuse alchimie, l’objectif est de transformer une tare épistémologique en vertu heuristique. De faire d’un vécu des plus banals un matériau exploitable par l’analyse scientifique.
Avec un peu de recul, il semble que ce qui m’a plu dans le Lévi-Strauss de Tristes tropiques, c’est son ironie – immédiatement perceptible puisque « les artifices sont placés au premier plan, désignés, exhibés même50 ». Au départ il y a un fond de méchanceté, dont la fonction première serait de décaper le sens commun – une logique caustique ou sarcastique qui s’inscrit dans un projet de démystification.
Commencer son livre en proclamant tout de go sa haine pour les voyages et les explorateurs, alors qu’il s’apprête à raconter ses propres aventures, ne manque pas de panache. On est a priori aux antipodes de l’empathie que le lecteur occidental est en droit d’attendre d’un anthropologue respectable. À moins de lire ce récit comme une parodie du genre et de lui-même.
Ce brin de scepticisme paraît faire corps avec le destin des sciences humaines depuis que « la perte de confiance dans l’univers a fait prendre conscience de l’ironie de la condition humaine51 », vers la fin du xviiie et le début du xixe siècle, époque où l’ironie de situation, l’ironie dramatique et la parabase, procédés traditionnellement rattachés à la peripeteia des Anciens, entrent dans la catégorie de l’ironie. Cette nouvelle acception n’a pu s’imposer que parce qu’elle fait désormais partie de la réalité existentielle des individus. Tout au bout de l’ironie il y aurait l’absurde, mélange d’existentialisme et de désillusion historique.
Cependant l’ironie de Lévi-Strauss aurait sonné comme une grinçante condescendance si elle n’avait recouvert que l’objet d’étude proprement dit. Or les illusions du moi n’ont pas été épargnées. L’ironie vaut aussi pour lui. Au plus fort des envolées sarcastiques, l’empathie ne fait jamais faux bond. Tant qu’elle ne sombre pas dans l’autodérision systématique ou la pose mondaine, l’ironie purifie autant qu’elle salit.
On pourrait ainsi parler d’une empathie au second degré. Celle-ci renvoie à un bon usage des émotions dans la description ethnographique, l’objectif étant de passer de la « contemplation éblouie » à la « contemplation inquiète52 », pour faire émerger un texte vivant qui rende compte d’une certaine angoisse relative aux enjeux de la modernité. Ainsi, les variations de ton renvoient moins à un défi esthétique, qu’à une éthique propre à tout récit, qu’il soit scientifique ou littéraire.
Entre sarcasme, lyrisme et neutralité, le texte ethnographique tente de cerner au mieux le réel. Et c’est dans une empathie contrôlée – savant dosage de sens critique, d’humanisme et d’auto-réflexivité – que ses vertus heuristiques sont les plus manifestes.
Tristes tropiques incarnait pour moi ce juste ton, soutenu par une forme incroyablement originale qui défie la loi des genres (récit de voyage, ethnographie classique, essai philosophique, pamphlet, texte symboliste). Le texte ethnographique se parait avec Lévi-Strauss de la grâce du Livre.

D’un quiproquo à l’autre
Le titre d’« ethnologue préféré » paraît se justifier par la dimension éthico-esthétique de Tristes tropiques. Il faut toutefois essayer de savoir si derrière cette explication intellectuellement correct il n’y a pas d’autres motifs, moins respectables, autrement dit s’attaquer au mythe de la vocation (moderne), dont l’histoire date de la fin du xviiie siècle et qui est devenue aujourd’hui une « conviction culturelle générale53 ».
Au commencement de ma carrière d’ethnologue, il pourrait bien y avoir une série de quiproquos. Tout d’abord, c’est un coup de cœur littéraire qui m’a fait entrer dans le monde de la science54. Je pense alors à une nouvelle de Tabucchi55. Un groupe de jeunes amis se retrouve à un café pour se projeter dans leur imminente vie d’étudiants, quand l’un d’eux arrive bouleversé.
Il a été victime d’une erreur administrative. Lui qui ne jurait que par les Lettres classiques, on l’a inscrit en Droit.
Sacrilège. Il se rend aussitôt au secrétariat pour tirer au clair cette affaire. L’employé lui répond qu’il s’agit d’une « petite équivoque sans solution ».
L’amoureux des Lettres s’affole. L’employé le rassure : sa langue a fourché. Il voulait dire une « petite équivoque sans importance ». Il arrive qu’un destin bascule sur un lapsus.
Dans mon cas, il n’y a pas eu d’erreur administrative ou de lapsus. Mais il y a bel et bien eu une petite équivoque, ne serait-ce que sur le terme même d’« ethnologue ». Je ne savais pas très bien à quoi cela renvoyait exactement, mais le mot en soi sonnait bien. Et puis derrière lui on entendait des échos d’humanisme, des murmures d’aventure, sur fond d’érudites litanies. Il contenait tout l’imaginaire d’un gai savoir où l’heure et la sueur n’ont pas de prix. C’était bien plus chic que journaliste, avocat, médecin, chef d’entreprise ou directeur de cabinet… Il fallait se jeter à l’eau, et se laisser porter par le courant sémantique du mot.
C’est ce qu’explique parfaitement Judith Schlanger lorsqu’elle écrit que « d’une certaine façon, le terme en sait plus que moi et c’est pourquoi je m’en réclame56 ».
Pour elle, il existe plusieurs catégories de vocations, lesquelles se caractérisent par leur approximation, et qui renvoient à des positions plus ou moins valorisées dans la société. C’est donc par rapport à un stéréotype assez flou que l’individu incertain s’oriente, et c’est à lui qu’il incombe ensuite de préciser le sens de sa vocation.
La catégorie ne vaut rien en soi, c’est l’individu qui l’habite qui fait tout. Peintre, écrivain, architecte, professeur, policier, boulanger : derrière ces métiers se cachent autant de réalités à inventer selon qui l’on est ou ce que l’on veut être. Pour ce qui est de l’ethnologue, le flou est d’autant plus grand que les querelles internes entre les « anciens » et les « modernes » (et maintenant les « post-modernes »), sont assez virulentes, et que désormais le sociologue lui emprunte sa méthode fétiche : l’enquête ethnographique.
Vidéo Entretien: De Tristes Tropiques, avec Patrick Menget, Anthropologue, Président de Survival International France, Ancien élève de Claude Lévi-Strauss.
Qu’est-ce que l’ethnologie aujourd’hui ? Bienheureux celui qui pourrait donner une définition qui fasse l’unanimité.
Dans cet imbroglio idéologico-politique, l’étudiant un tantinet éclectique, à moins de suivre d’emblée les grandes lignes tracées par un mandarin, ne peut que tâtonner. Pour asseoir une argumentation, au petit bonheur la chance il avance un auteur qui lui paraît pertinent, priant pour que l’interlocuteur – proche ou lointain – qui évalue sa compétence soit du même camp que le courant convoqué. Sinon il n’a plus qu’à changer de vocation. Voilà donc une première source d’équivoques. Quant à savoir si elle est sans importance ou sans solution, seul l’avenir peut le dire.
La deuxième hypothèse renvoie aux illusions de « l’âge lyrique » (Kundera). La première fois où la couverture de Tristes tropiques m’apparut en format poche, c’était dans les mains d’une jeune et jolie étudiante recroquevillée dans un coin d’escalier menant à l’amphithéâtre principal. Nous étions en première année de sciences politiques, l’ouvrage n’était recommandé par aucun professeur.
Que faisait-elle avec ce livre cinq minutes avant un cours de droit constitutionnel ? Malgré la foule d’étudiants qui montaient et descendaient les marches dans un grouillement bruyant, elle ne démordait pas de sa lecture. Ses doigts s’accrochaient à la couverture, coupant en deux le visage du jeune Indien qui servait d’illustration. De ce dernier on ne voyait plus que le regard mélancolique.
Cette photographie mentale, toujours vivace, participe-t-elle de mon amour de Lévi-Strauss ?
Et si, à la place de Tristes tropiques, elle avait eu entre les mains L’Alchimiste de Paulo Coehlo, serais-je allé sur-le-champ à la recherche de ma « légende personnelle » ? Fort heureusement le hasard m’a épargné cette lubie.
Ce fut Lévi-Strauss, et ce fut bien ainsi. Enfin on en revient toujours à cette idée du quiproquo. Au fait qu’une vocation ne tienne parfois qu’à une photo.

Pour Lévi-Strauss, tout s’est joué sur un coup de téléphone. C’est moins l’appel de l’ethnologie57 que celui de Célestin Bouglé qui fut déterminant. Automne 1934. Neuf heures du matin. Un dimanche comme les autres. Le téléphone sonne. Le directeur de l’École normale supérieure est à l’autre bout du fil.
Cet appel est d’autant plus curieux que l’ancien élève n’a jamais vraiment fait partie de « l’écurie » du directeur. Peu importe, la proposition tombe : « Avez-vous toujours le désir de faire de l’ethnographie ? » Un poste de professeur en sociologie à l’Université de Sao Paulo n’attend plus que sa science. Les faubourgs de la mégalopole regorgent d’Indiens, paraît-il. Pourquoi ne pas leur rendre visite le week-end ? Lévi-Strauss doit donner sa réponse avant midi. Trois heures de réflexion, c’est beaucoup trop quand il s’agit d’une vocation.
Soudain la carte postale du Brésil occupe tout l’écran de son imaginaire : les gerbes de palmiers sont bercées par une brise aux senteurs de cassolette58.
Le « parfum brûlé » du Brésil nourrit ses rêves d’ailleurs ; cette « distillation patiente et fractionnée » lui donne un avant-goût du caractère équivoque de toute situation humaine. Il n’a pas dit oui qu’il est déjà là-bas. Le voici dans la peau d’un explorateur, à l’affût d’un bout de paysage, d’un mot insolite, d’une vision poétique, qui l’air de rien éclairent un aspect particulier de la condition humaine.
Mais il a un doute. Aussitôt la divine odeur envolée, la proposition du directeur lui semble avoir été faite à la légère. Bouglé ne confond-il pas Sao Paulo et Mexico ? Y a-t-il vraiment des Indiens là-bas ? Leur absence condamnerait les week-ends de l’ethnographe à se transformer en longues séances de bronzage sur les plages brésiliennes.
Le futur professeur de sociologie a de bonnes raisons de remettre en cause les propos du directeur. Philosophe ayant écrit un ouvrage sur le régime des castes en Inde, Bouglé n’y a curieusement jamais mis les pieds, pensant avec une condescendante naïveté que « dans le flux des événements ce sont les institutions qui surnagent59 ».
Mais Lévi-Strauss est trop enthousiaste pour compromettre son voyage. Il dit oui. Quelques jours plus tard, invité à la table de l’ambassadeur du Brésil à Paris, il apprend de la bouche de ce dernier que tous les Indiens ont disparu depuis longtemps, massacrés par les colons portugais au xvie siècle. Il reçoit toutefois la garantie que, malgré l’absence des Indiens, le pays reste un merveilleux objet d’étude :
« Vous allez, comme sociologue, découvrir au Brésil des choses passionnantes, mais les Indiens, n’y songez plus, vous n’en trouverez plus un seul60… »
En réalité, les Indiens dont il rêve sont à trois mille kilomètres plus avant dans les terres.
Finalement, Tristes tropiques est un récit de quiproquos : sur le métier d’ethnographe, sur les bons sauvages, sur le temps qui passe, sur les mirages du destin. Et sa contribution à la promotion de Lévi-Strauss comme « ethnologue préféré » (au mépris de sa production théorique) s’inscrit dans le même esprit d’équivoque, renforcé par les contingences affectives.
Mais ce titre est remis en jeu à chaque relecture. Ce qui m’enchantait hier peut demain m’agacer.
![[100ans+lévi-Strauss.jpg]](http://4.bp.blogspot.com/_kpqo176zzYM/SRRUe16qhbI/AAAAAAAAAE8/JuKbSky3gpY/s1600/100ans%2Bl%C3%A9vi-Strauss.jpg)
Par ailleurs, dans un coin de la bibliothèque, il y a Les Argonautes du Pacifique qui me fait de l’œil, et je me surprends à rougir de lui avoir refusé la tendresse qu’il mérite. Juste à côté, il y a aussi la Chronique des Indiens Guayaki qui réclame toute mon empathie. Je ne sais plus où donner de la tête tellement il y a de livres et d’auteurs à aimer. En cas d’incendie, pour ne pas faire de jaloux, je pourrais être tenté de laisser les flammes préférer à ma place. Ne plus faire confiance même à la chance. S’en remettre au pur hasard, loin de toute idée de destinée.
Et écouter tout simplement la musique des flammes.
CRLHOI, Université de La Réunion
Publié sur Fabula L.H.T. le 1 mars 2008.
Notes :
1 V. Debaene, « Ethnographie/Fiction. À propos de quelques confusions et faux paradoxes », L’Homme, n° 175-176, 2005, p. 228.
2 Dans l’ethnologie classique, le « je » était cantonné au carnet d’enquête. Que ce hors-texte soit ensuite érigé en texte, comme ce fut le cas pour le Journal de Malinowski, relève ensuite de stratégies éditoriales.
3 J.-P. Olivier de Sardan, « Le “je” méthodologique – Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », Revue Française de Sociologie, vol. 41, n° 3, 2000, p. 417.
4 R. Barthes, Mythologies [1957], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 1970, p. 10.
5 R. Guidieri, « Introduction », dans B. Malinowski, Journal d’ethnographe [1967], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Recherches anthropologiques », 1985, p. 13.
6 L. Dumont, Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne [1983], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 1991, p. 13.
7 R. Barthes, « Le grain de la voix », Œuvres complètes IV. 1972-1976, Paris, Éditions du Seuil, 2002, p. 149.
8 Ibid., p. 150-151.
9 P. Campion, « De l’anthropologie à la littérature : Tristes tropiques de Lévi-Strauss », La littérature à la recherche de la vérité, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1996, p. 338.
10 F. Keck, « Fiction, folie, fétichisme. Claude Lévi-Strauss entre Comte et La Comédie humaine », L’Homme, n° 175-176, 2005, p. 216.
11 J. Gracq, En lisant, en écrivant, dans Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 1995, p. 674.
12 R. Barthes, « Ecrivains et écrivants », Essais critiques, Paris, Éditions du Seuil, 1964.
13 G. Genette, Fiction et diction [1991], Paris, Éditions du Seuil, « points essais », 2004, p. 87.
14 Ibid., p. 111.
15 On peut supposer que cette gloire par défaut a eu son importance dans le fait qu’il se soit présenté une deuxième fois – illégalement – avec La vie devant soi (sous le pseudonyme d’Emile Ajar), pour l’obtention du prix en 1975. Prix qui lui sera retiré après la découverte de la supercherie.
16 Il s’agit d’un destin provisoire. À tout moment, en effet, il peut perdre sa littérarité. Toutefois, on peut penser que le récit de Lévi-Strauss gardera sa parure littéraire jusqu’à la fin des temps. Comme le note Gérard Genette, « il est plus facile à un texte d’entrer dans le champ littéraire que d’en sortir » (op. cit., p. 108), surtout lorsque ce texte a tout d’un classique.
17 V. Debaene et J.-L. Jeannelle, « Où est la littérature ? », L’idée de littérature dans les années 1950, URL : http://www.fabula.org/colloques/document66.php.
18 « Plutôt qu’anthropologie, il faudrait écrire “entropologie” le nom d’une discipline vouée à étudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de désintégration. » (Lévi-Strauss, Tristes tropiques [1955], Paris, Presses Pocket, coll. « Terre Humaine/Poche », 1984, p. 496). Ce néologisme est construit à partir du substantif « entropie », phénomène physique que Lévi-Strauss considère comme inhérente à la dynamique de toute civilisation.
19 Verlaine, « L’angoisse », Poèmes saturniens, dans Œuvres poétiques complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2002, p. 65.
20 J.-P. Richard, « Fadeur de Verlaine », Poésie et profondeur, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 1976, p. 175.
21 C. Lévi-Strauss, Tristes tropiques, op. cit., p. 496.
22 Ibid., p. 497.
23 Cet adieu avait déjà eu lieu dans le chapitre VII intitulé « Le coucher de soleil », plus précisément lors du passage « écrit en bateau », détaché du texte principal et retranscrit en italique. Néanmoins l’interprétation de ce passage est ambiguë. Il pourrait tout aussi bien être une « sorte d’adieu à la littérature : comme on quitte ici l’Ancien Monde pour aller vers le Nouveau, on quitterait donc aussi les vieilles formes de l’écriture », que « revêtir la signification exactement opposée » (P. Campion« De l’anthropologie à la littérature : Tristes tropiques de Lévi-Strauss », art. cit., p. 325).
24 C. Lévi-Strauss, Tristes tropiques, op. cit., p. 496.
25 Verlaine, « Ariettes oubliées », Romances sans paroles, op. cit., p. 192.
26 De près et de loin, entretiens avec D. Éribon, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 1988, p. 130.
27 C. Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, op. cit., p. 453.
28 A. Compagnon, Le Démon de la théorie. Littérature et sens commun [1998], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 2001, p. 47.
29 « Ces récits mêlent, avec plus ou moins d’art, la description monographique, le témoignage social et l’autobiographie ethnologique. Le genre s’en est institutionnalisé avec le temps, mais il reste terriblement personnalisé et littéraire. » (J. Copans, L’Enquête ethnologique de terrain, Paris, A. Colin, coll. « 128 sciences sociales », 2005, p. 34).
30 C. Dantzig, Dictionnaire égoïste de la littérature française, Paris, Grasset, 2005, p. 477.
31 C. Geertz, Ici et là-bas. L’anthropologue comme auteur, Paris, Métailié, 1996, p. 47.
32 A. Thibaudet, « La ligne de vie », Réflexions sur la littérature, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2007.
33 DEA de Littérature Comparée : « Lévi-Strauss : de l’ethnologue à l’écrivain », s/d de G. Ponnau, Université de la Réunion, 2003. Ce mémoire a été réalisé en même temps que la première année de doctorat d’ethnologie (double cursus).
34 P. Lejeune, « Michel Leiris : Autobiographie et poésie », Le Pacte autobiographique [1975], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 1996, p. 265.
35 Pour captivante qu’elle fût, la description de la fabrication d’un « masawa » (canot de haute mer) ne pouvait pas rivaliser avec l’émotion générale qui parcourt l’ouvrage de Lévi-Strauss. Et pour cause, ce n’était pas son but. Pour le pathos, il fallait se tourner vers son Journal (qui n’était pas destiné à la publication).
36 Ce choix pose un problème éthique propre à la discipline, dans la mesure où cela suppose que l’ethnographe agisse comme un rapace : « Il doit se montrer chasseur dynamique, talonner sa proie, la diriger vers les rets et la poursuivre jusqu’en ses derniers retranchements. » (B. Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental [1929], Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2002, p. 65).
37 C. Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, op. cit., p. 382.
38 M. Augé, « Voyage et ethnographie – La vie comme récit », L’Homme, n° 151, 1999, p. 16.
39 C. Geertz, Ici et là-bas, op. cit., p. 18.
40 F. Laplantine, Je, nous et les autres, Paris, Le Pommier-Fayard, 1999, p. 117.
41 J.-P. Olivier de Sardan, « Le “je” méthodologique – Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », art. cit., p. 421.
42 V. Debaene, « Ethnographie/Fiction. À propos de quelques confusions et faux paradoxes », art. cit., p. 229.
43 J.-C. Passeron, Le Raisonnement sociologique [1991], Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l’Evolution de l’Humanité », 2006, p. 357.
44 A. Thibaudet, « Le liseur de romans », Réflexions sur la littérature, op. cit., p. 1667.
45 Ibid., p. 1669.
46 Ibidem.
47 P. Bourdieu, « L’illusion biographique », Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action [1994], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 2002, p. 81.
48 A. Thibaudet, « La ligne de vie », art. cit., p. 823.
49 B. Lahire, « Sociologie et autobiographie », L’Esprit sociologique, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire des sciences sociales », 2005, p. 162.
50 C. Geertz, Ici et là-bas, op. cit., p. 36.
51 P. Schoentjes, Poétique de l’ironie, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points essais », 2001, p. 61.
52 C. Pavese, Le Métier de vivre [1958], Paris, Gallimard, « folio », 2002, p. 25-26.
53 J. Schlanger, La Vocation, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La couleur de la vie », 1997, p. 7
54 Tristes tropiques a poussé beaucoup de jeunes chercheurs vers l’ethnologie (F. Dosse, Histoire du structuralisme : le champ du signe, 1945-1966, Paris, La Découverte, 1991). Ce qui est singulier à chaque trajectoire individuelle, c’est la combinaison entre plusieurs facteurs, ainsi que leur hiérarchie dans la décision finale de devenir ethnologue.
55 A. Tabucchi, Petites Équivoques sans importance [1985], Paris, Gallimard, coll. « NRF », 2006.
56 J. Schlanger, La Vocation, op. cit., p. 80.
57 « Aujourd’hui, je me demande parfois si l’ethnographie ne m’a pas appelé, sans que je m’en doute, en raison d'une affinité de structure entre les civilisations qu’elle étudie et celle de ma propre pensée. » (C. Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, op. cit., p. 55).
58 Ibid., pp. 47-48
59 Ibid., p. 48
60 Ibid., p. 49
Pour citer cet article :
Adolphe Maillot, « L’ethnologue préféré : Le Lévi-Strauss de Tristes tropiques », dans « L’écrivain préféré » , Fabula LHT (Littérature, histoire, théorie), n°4, 1 mars 2008, URL :
Biographie et bibliographie
Claude Lévi-Strauss: Anthropologue, Ethnologue et écrivain français.
Né à Bruxelles de parents français, le 28 novembre 1908, Claude Lévi-Strauss étudie à Paris le droit jusqu'à la licence, et la philosophie; il est reçu à l'agrégation de philosophie en 1931. Tout en enseignant cette discipline, il milite activement à la SFIO. Sa carrière d'ethnologue débute en 1934, lorsqu'il est invité à venir enseigner la sociologie à São Paulo, où il restera jusqu'en 1939. C'est à cette occasion qu'il séjourne parmi les populations indiennes nambikwaras, caduvéos et bororos, et mène ses seules enquêtes de terrain.
Rentré en France, mobilisé au service des PTT, puis affecté au lycée de Montpellier, il réussit, après sa révocation en raison des lois raciales, à se rendre aux Etats-Unis en 1941, sur un paquebot où il voyage avec André Breton. Il enseigne à l'Ecole libre des hautes études, et à la New School for Social Research de New York; c'est alors qu'il découvre les travaux fondamentaux de la linguistique et de l'anthropologie, et notamment ceux de Roman Jakobson (1896-1982) et de Franz Boas (1858-1942).
De 1945 jusqu'à la fin de 1947, il est conseiller culturel auprès de l'ambassade de France à Washington. En 1948, il publie la Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara et soutient sa thèse les Structures élémentaires de la parenté. Ces deux premières œuvres, significatives, le font docteur d'Etat.
D'abord maître de recherches au CNRS puis sous-directeur du musée de l'Homme, il est ensuite nommé directeur d'études à la 5e section (dite des sciences religieuses) de l'Ecole pratique des hautes études, à l'ancienne chaire de Marcel Mauss, rebaptisée «chaire des religions comparées des peuples sans écriture». C'est l'époque de maturation, avec le très célèbre Tristes Tropiques (1955; Race et Histoire était paru en 1952) et le recueil d'articles qui va définir son projet scientifique, Anthropologie structurale (1958).
La troisième étape de sa carrière est celle de la célébrité internationale. En 1959, il est élu à la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France; il y fonde l'année suivante le laboratoire d'anthropologie sociale et la revue l'Homme. Ses travaux sont alors marqués par une double réflexion: d'une part, l'élaboration théorique de l'objet même de l'anthropologie, dans le Totémisme aujourd'hui et surtout dans son œuvre majeure, la Pensée sauvage; d'autre part, l'application de ces principes dans l'imposante tétralogie de plus de 2 000 pages, les Mythologiques (le Cru et le Cuit, Du miel aux cendres, l'Origine des manières de table, et l'Homme nu). La consécration vient en 1973 avec son élection à l' Académie française.
L'œuvre n'est pas terminée pour autant. Les recueils d'articles, de comptes rendus de séminaires et d'entretiens se multiplient, même après la retraite, prise en 1982 (le Regard éloigné, 1983; Paroles données, 1984; De près et de loin, 1988; Des symboles et leurs doubles, 1989). Par ailleurs se poursuit la quête des mythologies par une approche esthétique dans la Voie des masques, et la reprise de certains mythes dans la Potière jalouse et Histoire de lynx. Il éclaire les arcanes de sa pensée à travers les essais esthétiques de Regarder Ecouter Lire.
L'œuvre de Claude Lévi-Strauss symbolise l'avènement de l'anthropologie dans le champ des sciences sociales françaises au cours des années 1960, et elle a participé du courant d'idées qualifié de structuraliste. Fondée sur l'élucidation du fonctionnement de l'esprit humain, l'interprétation théorique manifeste une recherche des liens entre nature et culture, notamment dans les systèmes de parenté et la production des mythes. Sa vision pessimiste de l'évolution actuelle de l'humanité fait aussi apparaître Lévi-Strauss comme un anthropologue philosophe, héritier de Jean-Jacques Rousseau. En outre, il ne cesse de manifester un vif intérêt pour les créations et les conceptions esthétiques des sociétés qu'il étudie et pour celles de la sienne.
Plus sur: http://www.memo.fr/dossier.asp?ID=304
Œuvres (premières éditions)
Photo/Collection DVD:Claude Lévi-Strauss, un film d'entretiens réalisé dans la propriété bourguignonne de Claude Lévi-Strauss en 1972 par Jean José Marchand et Pierre Beuchot.
Liste non exhaustive ; la plupart des titres sont aujourd'hui disponibles en collection poche.
- Gracchus Babeuf et le communisme, publié par la maison d'édition du Parti ouvrier belge L'églantine en 1926.
- La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara, Paris, Société des américanistes, 1948.
- Les Structures élémentaires de la parenté, Paris, PUF, 1949 ; nouv. éd. revue, La Haye-Paris, Mouton, 1968.
- « Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss », dans Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1950.
- Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952.
- Tristes Tropiques, Plon, Paris, 1955.
- Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958 ; nombreuses rééd. Pocket, 1997. (ISBN 2-266-07754-6)
- Le Totémisme aujourd'hui, Paris, PUF, 1962.
- La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1962.
- Mythologiques, t. I : Le Cru et le cuit, Paris, Plon, 1964.
- Mythologiques, t. II : Du miel aux cendres, Paris, Plon, 1967.
- Mythologiques, t. III : L'Origine des manières de table, Paris, Plon, 1968.
- Mythologiques, t. IV : L'Homme nu, Paris, Plon, 1971.
- Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973.
- La Voie des masques, 2 vol., Genève, Skira, 1975 ; nouv. éd. augmentée et rallongée de « Trois Excursions », Plon, 1979.
- (en) Myth and Meaning, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978.
- Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983.
- Paroles données, Paris, Plon, 1984.
- Histoire de Lynx, Paris, Pocket, 1991. (ISBN 2-266-00694-0)
- Regarder écouter lire, Paris, Plon, 1993. (ISBN 2-259-02715-6)
- Saudades do Brasil, Paris, Plon, 1994. (ISBN 2-259-18088-4)
- Le Père Noël supplicié aux éditions des Sables, sur la route de l'Eglise à Pin-Balma, 1996 (pour cette édition) (ISBN 2-907530-22-4)
- Œuvres, préface par Vincent Debaene ; édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé, et al., Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2008. (ISBN 978-2-07-0118021) (Ce volume réunit Tristes tropiques ; Le totémisme aujourd'hui ; La pensée sauvage ; La voie des masques ; La potière jalouse ; Histoire de lynx ; Regarder écouter lire avec une bibliographie des oeuvres de et sur Claude Lévi-Strauss).
CULTUREINTERNET/S.I.D.H
http://www.dailymotion.com/CULTUREINTERNET
Page dédiée à Survival International pour son action dans le Monde à défendre et faire respecter les droits des peuples indigènes, continuant ainsi le travail de Claude Lévi-Strauss et la transmission de son message aux générations futures..Remerciement à Patrick Menget, Anthropologue, Président de Survival International France, élève de Claude Lévi-Strauss.
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samedi 19 juin 2010
AUNG SAN SUU KYI... 65 ANS ET DEPUIS 20 ANS EN RESIDENCE SURVEILLEE A RANGOON, BIRMANIE...
« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… »
Aung San Suu Kyi en résidence surveillée à Rangoon (Birmanie)depuis plus de 20 ans...
Vincent Portier
"20 ANS D'APPEL A LA RESISTANCE..."
"Aung Sann Suu Kyi, nous ne vous oublions pas...ni pour aujourd'hui, ni pour demain..."
Merci à l'engagement de Madame Jane Birkin (voir ci-dessous) pour sa lutte en faveur des Droits des Femmes et contre le régime autocratique de la junte Birmane et plus généralement de toutes les formes d'atteinte à la Liberté des peuples à disposer d'eux mêmes...
Aujourd'hui âgée de 65 ans, Aung San Suu Kyi bénéficie de nombreux soutiens dans le monde entier, notamment de l'ONU et de l'organisation Campagne pour une Birmanie libre (Free Burma Campaign). Le groupe rock irlandais U2 lui dédie la chanson Walk On, un film sur sa vie est réalisé par le cinéaste John Boorman (Au-delà de Rangoon, 1995), l'Université Libre de Bruxelles et l'Université catholique de Louvain lui octroient le titre de docteur honoris causa. Retrouvez sa biographie après le programme des manifestations en l'honneur de ce 19 juin 2010 ,date de son 65e anniversaire...
Aung San Su Kyi par Jane Birkin
En ce jour d’anniversaire d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix 1991, Amnesty International a l’honneur de s’associer à Jane Birkin pour présenter la chanson qu’elle a écrite pour elle. Depuis sa rencontre avec Aung San Suu Kyi il y a une dizaine d’années, Jane Birkin soutient inlassablement le peuple birman. Cette chanson émouvante et militante est une plaidoirie pour le combat que mène Aung San Suu Kyi pour la démocratie au Myanmar (ex-Birmanie).
Indignée par la répression des moines et de la population birmane à l’automne 2007, Jane Birkin a écrit cette chanson et l’a interprétée depuis sur les scènes du monde entier. La chanteuse militante vient de terminer à Paris l’enregistrement en studio de cette plaidoirie en faveur d’Aung San Suu Kyi, dont le texte reprend des informations diffusées par Amnesty International.
http://www.amnesty.fr/aungsansuukyi http://dassk.org/ http://www.info-birmanie.org/
Aung San Suu Kyi fêtée dans le monde entier
Vidéo Report: Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix birmane, a déjà passé 14 années de sa vie en prison ou en résidence surveillée, en raison de ses opinions démocratiques. Diffusé sur www.claptv.fr /Réalisation vidéo : Cédric Belliard
Aung San Suu Kyi, la figure de l’opposition à la junte birmane, fête aujourd’hui ses 65 ans, sous haute protection. Voilà en effet 21 ans que la résistante passe ses journées tantôt en prison tantôt en résidence surveillée.
Des flashmobs et des rassemblements sont prévus dans le monde entier afin de célébrer l’anniversaire du prix Nobel de la paix 1991, tout en rappelant que cette dernière est encore tenue en captivité.
L’ancien président américain Jimmy Carter a affirmé qu’elle était “un symbole mondial du courage face à la répression”. Selon un porte parole de Human Rights Watch, Aung San Suu Kyi représentera toujours une menace pour le régime birman tant qu’elle est en vie.
En Grande-Bretagne, le ministre des affaires étrangères a demandé à ce que la “Dame de Rangun” soit libérée dans l’immédiat et sans conditions. Aung San Suu Kyi devait être libérée en mai 2009 avant qu’un américain ne s’introduise chez elle à la nage. Cette visite lui a valu 18 mois de plus d’assignation à résidence.
La mobilisation internationale précipitera-t-elle sa libération ?
Jessica N. pour Starwizz
Célébrations pour l'anniversaire d'Aung San Suu Kyi le 19 juin
AFP 01:28
Birmanie: des arbres pour le 65e...
L'opposante birmane Aung San Suu Kyi, unique prix Nobel de la paix à être privée de liberté, fêtera son 65e anniversaire samedi 19 juin, toujours en résidence surveillée. Vingt mille arbres devaient être plantés dans le pays pour honorer le combat de cette femme, épouvantail d'un des régimes militaires les plus fermés du monde. Le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), vainqueur des élections législatives de 1990 mais écartée du pouvoir, est à l'origine de cet hommage. Durée: 1min29.
Le 19 juin, la communauté birmane de France et les associations Info-Birmanie, Reporters Sans Frontières, la FIDH, l’Alliance des Femmes pour la Démocratie et Femmes Solidaires célèbreront les 65 ans d’Aung San Suu Kyi.
Une célébration douce-amère puisqu’Aung San Suu Kyi demeure privée de liberté depuis plus de 14 années, et que la junte a récemment confirmé son maintien en détention. En cette année 2010, l’anniversaire du Prix Nobel de la Paix coïncide tristement avec le 20ème anniversaire des dernières élections démocratiques qui se sont tenues en Birmanie le 27 mai 1990 et durant lesquelles le peuple birman exprimait de façon irrévocable son désir de changement.
Alors que les généraux ont annoncé pour la fin de l’année 2010 la tenue de nouvelles élections législatives, le processus de démocratisation est au point mort et ce scrutin, qui s’annonce comme une farce électorale, garantira la pérennité de ce régime militaire, l’un des plus répressifs au monde. Face à ce risque d'institutionnalisation de la dictature en Birmanie, une grande coalition d’organisations birmanes et internationales a lancé une campagne pour clamer publiquement son opposition à la situation politique en Birmanie et dénoncer le processus électoral. A cet effet, une pétition a été lancée et les votes seront remis au gouvernement français après les célébrations des 65 ans d’Aung San Suu Kyi.
A Paris, retrouvez-nous samedi 19 juin à partir de 18 heures avec au programme :
18 h : danses traditionnelles birmanes
18h45 : buffet birman
20h : projection du documentaire Burma VJ
21h30 : débat
Lieu : 12, rue Guy de la Brosse – 75005 PARIS
Métro Jussieu
Pour plus d’infos sur l’évènement à Paris : infobirmanie@gmail.com Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Action pour Aung San Suu Kyi samedi 19 juin à Strasbourg
18h : projection du documentaire Burma VJ
19h30 : débat
Lieu : Cinéma Odyssée
3 Rue des Francs Bourgeois - 67000 Strasbourg
Organisé par Info-Birmanie Strasbourg.
Pour plus d’infos sur l’évènement à Strasbourg : infobirmanie.strasbourg@gmail.com Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Vous ne pouvez pas être présents ?
> Soutenez Aung San Suu Kyi et le mouvement démocrate birman en signant la pétition pour des élections libres en Birmanie ! http://infobirmanie.wufoo.com/forms/r7x3p9/
> Postez un message de solidarité sur votre compte Facebook ou Twitter, en mettant en ligne un portrait d'Aung San Suu Kyi ou le logo appelant à des élections libres en Birmanie !
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Biographie : Qui est Aung San Suu Kyi ?
- 1990 : prix Rafto décerné par la Fondation Rafto pour les droits humains.
- 1990 : prix Sakharov pour la liberté de pensée
- 1991 : prix Nobel de la paix
- 2005 : prix Olof Palme
- 2008 : Prix de la Fondation décerné in abstentia par le Forum de Crans Montana et remis par M. Jacques Barrot Vice-Président de la Commission Européenne et M. Federico Mayor Co-Président du Panel des Nations Unies pour l'Alliance des Civilisations
Elle est membre de la fondation PeaceJam
Lire également l'article: http://portier.canalblog.com/archives/2010/03/08/17128691.html
Par Noël Blandin / La République des Lettres

Fille du général Aung San (leader de la libération birmane et dirigeant national assassiné en 1947) et de la diplomate Daw Khin Kyi, Aung San Suu Kyi est née le 19 juin 1945 à Rangoon (Myanmar, anciennement Birmanie), peu avant que la Birmanie ne se libère de la tutelle colonisatrice de la Grande-Bretagne.
C’est le général Aung San qui a négocié l’indépendance de la Birmanie en 1947. Il est assassiné par des rivaux la même année. Sa fille Aung San Suu Kyi a seulement deux ans lors de la mort de son père. Elle vit avec sa mère et ses deux frères à Rangoun (appelée parfois Rangoon ou Yangon), à l'époque capitale du pays. Aung San Lin, l’un des frères de Suu Kyi, est mort accidentellement alors qu’elle avait huit ans.
Sa mère, Daw Khin Kyi, commence à s'engager dans les milieux sociaux et publics, gagne peu à peu une certaine importance dans le paysage politique du gouvernement des années 1950 et 1960 puis est nommée ambassadrice de la Birmanie en 1960 à Delhi, en Inde. Suu Kyi étudie à l’École anglaise catholique de Birmanie puis rejoint sa mère en Inde afin de terminer ses études secondaires au College Lady Shri Ram à New Delhi en 1964.
Suu Kyi déménage ensuite en Grande-Bretagne, où elle suit un cursus de philosophie, politique et économie au St. Hugh’s College d'Oxford de 1964 à 1967 elle clôturera ses études par un doctorat (phd) à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres. Elle travaille ensuite à l'étranger, notamment comme secrétaire aux Nations Unies à New York, et épouse en 1972 le Dr. Michael Aris, un anglais spécialiste des civilisations tibétaines.
Aung San Suu Kyi partage dès lors sa vie entre le Royaume-Uni et le Bhoutan, pays où habite son mari, et donne naissance à deux enfants, Alexander en 1973, et Kim en 1977. En 1988, Aung San Suu Kyi retourne vivre en Birmanie pour s'occuper de sa mère malade. Cette même année, le général Ne Win, à la tête d'une junte militaire au pouvoir depuis 1962, doit démissionner. Des troubles éclatent dans le pays mais sont brutalement réprimés par l'armée avant qu'une nouvelle junte reprenne le pouvoir.
Engagée dans la lutte pour la démocratie, Aung San Suu Kyi et ses amis politiques fondent alors, en septembre 1988, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND). Influencée par la philosophie et les idées du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, plébiscitée par la population, la secrétaire générale de la LND prône la non-violence pour renverser le régime en place et propose des réformes pour installer durablement la démocratie en Birmanie.
Le 20 juillet 1989, Aung San Suu Kyi est arrêtée. Les militaires lui offrent le choix entre quitter la Birmanie ou être emprisonnée. Elle décide de rester dans son pays et sera assignée à résidence dans sa villa du 54 rue de l'Université à Rangoun. La mesure n'empêche pas la LND de remporter près de 80% des sièges lors des élections de 1990 mais le régime au pouvoir refuse le résultat du scrutin et accentue la répression contre les opposants. De sa résidence surveillée, Aung San Suu Kyi continue de lutter pour la paix et l'indépendance du pays, écrivant plusieurs discours et livres politiques.
Elle devient aux yeux du monde la figure emblématique de l'opposition birmane à la dictature militaire. En 1990, elle reçoit le Prix Rafto pour les droits humains, puis en 1991 successivement le Prix Sakharov pour la liberté de pensée et le Prix Nobel de la paix.
Avec l'argent du Prix Nobel (1,3 millions de dollars), elle crée un fonds pour un système de santé et d'éducation populaire. En juillet 1995, Aung San Suu Kyi est libérée de sa détention surveillée mais elle sait que si elle quitte la Birmanie, pour rendre par exemple visite à ses enfants qui vivent avec leur père en Grande-Bretagne, elle ne pourra plus revenir.
Le gouvernement multiplie les tracasseries administratives à son encontre, cherchant à lui faire quitter le pays, notamment lorsque son mari décède en 1999 à Londres. Interdite d'activité politique, elle est arrêtée à plusieurs reprises, emprisonnée de septembre 2000 à mai 2002, relâché sous pression des Nations Unies, puis réemprisonnée en 2003. Le prix Olof Palme pour les Droits de l'homme lui est décerné en 2005.
La junte militaire birmane prolonge tous les semestres son assignation à résidence malgré ses graves problèmes de santé. Tous ses moyens de communication (téléphone, courrier, internet, etc) sont filtrés ainsi que ses éventuels visiteurs. Aucun étranger ne peut la rencontrer.
En mai 2007, 57 dirigeants ou ex-dirigeants politiques -- entre autres Bill Clinton, Benazir Bhutto, Jimmy Carter, Vaclav Havel, Jacques Delors,.. -- adressent une lettre au chef de la junte birmane, le général Than Shwe, pour exiger la libération immédiate du "seul lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné au monde". En septembre de la même année, elle sort brièvement pour saluer devant sa maison des moines bouddhistes qui manifestent contre le pouvoir en place, puis elle est de nouveau mise en prison et de nouveau réassignée à résidence. Deux ans plus tard, la junte birmane l'accuse d'avoir enfreint les règles de son assignation à la suite de l'intrusion d'un Américain, John Yettaw (1), dans sa maison de Rangoon.
Inculpée, elle écope en août 2009 d'une nouvelle condamnation à 18 mois de résidence surveillée qui l'empêchera de se présenter aux élections nationales prévues l'année prochaine. Au total, Aung San Suu Kyi a déjà été privée de liberté pendant plus de 13 ans depuis 1989.
Se libérer de la peur (Éditions des Femmes, 1991), Nationalisme et littérature en Birmanie (Éditions Olizane, 1996) et Ma Birmanie (Conversation avec Alan Clements, Éditions Hachette, 2008) sont les trois principaux livres d'Aung San Suu Kyi traduits en français. Parmi les essais et biographies qui lui sont consacrés (la plupart sont en anglais), citons entre autres Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie de Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, et Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune de Thierry Falise.
« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… »Aung San Suu Kyi en résidence surveillée à Rangoon (Birmanie)depuis plus de 20 ans...
Le Collectif Aung San Suu Kyi est à l’initiative du Bus pour la Liberté, qui sillonne pour la première fois la capitale. Il multipliera les actions jusqu’à la libération d’Aung San Suu Kyi, aux côtés des autres ONG pour les droits de l’homme en Birmanie.
Interview de Natalie Dessay et de Patrick Poivre d'Arvor.
Pour sauver Aung San Suu Kyi, nous avons besoin de vous ! Vite !
Ecrivez-nous dès maintenant à : collectifassk@gmail.com
D’avance, merci du fond du cœur. ------------
Notes
1) Condamné à 7 ans de prison ferme pour ce délit, John Yettaw a été libéré quelques jours après le procès, à la suite d'une rencontre entre le sénateur démocrate Jim Webb, proche de Barack Obama, et le général Than Shwe.
Sites officiels:http://www.amnesty.fr/aungsansuukyi http://dassk.org/ http://www.info-birmanie.org/
mercredi 12 mai 2010
PORTRAIT:JOËLLE GELLERT, Ecrivaine et Peintre...
Aucun être humain n’est illégal, carte mail, 2010
Joëlle Gellert
Une femme engagée...
« Pour décider, laisser des traces dans le monde, il faut en être solidaire. »
Simone de Beauvoir
http://joellegellert.com
Joëlle Gellert nous transmet son regard au travers sa plume et ses pinceaux. Ecrivaine et Peintre, ce qui compte pour elle, c'est la qualité de ce que chacun tente. Elle anime des ateliers d'écriture et elle est Présidente de LA MAISON D'EDITIONS " Respire".
La création de cette maison d’éditions est la volonté de communiquer sur des cultures différentes, de soulever des préoccupations et de révéler des expériences singulières.
C’est aussi, de rapprocher deux pays le Congo et la France, notamment Orléans et Diosso afin que chacun, à parité, puisse collecter et produire des écrits et des images révélant sa propre culture ou la culture de « l’autre ».
Avec rigueur, sérieux et détermination les membres de l’association conduiront des projets en prenant part à une mission d’aide au développement, en lien avec des engagements de la population.
Dans une démarche humanitaire, citoyenne et de lutte pour le respect de l’être humain, nous produirons des livres, une revue, des affiches… uniquement avec les équipes et les entreprises locales du Congo afin d’échanger nos savoirs faire.
Les collections :
Petits carrés : une collection de petits albums, rassemblant quelques thèmes de la vie quotidienne des enfants du Congo et de France. L’une des priorités est donc l ‘éducation par le jeu, et plus particulièrement celle des filles. Directeurs de collection : Maryse Caton et Gilles Guillaumat
Grands carrés : une collection destinée aux femmes. Elle se veut avant tout porteuse d’une voix féminine. Sous forme de récits, de romans, les propos tenus ne sont que l’expression de l’énergie féminine, venant du cœur. Car en Europe, nous savons comment meurent les Africain(e)s, mais rarement comment ils vivent.
Directrices de collection : Joëlle Gellert et Evelyne Conchon
La maison d’ailleurs : une collection d’essais qui met en discussion la vie culturelle, intellectuelle, linguistique, artistique et sociale de la vie au Congo et en France.
Directeurs de collection : Jean-Yves Pennamen et Christian Bertin
Chemin du musée :
1) production d’affiches, cartes postales etc, permettant au musée Mâ Loango à Diosso de montrer le patrimoine de ses collections et de travailler sur la mise en valeur du site.
2) expositions « A hauteur du regard »car les frontières sont des fils tendus entre ici et là-bas.
Une revue pour les scolaires :
Par l’intermédiaire du réseau scolaire d’ici et de là-bas, une publication par an permettra, de façon ludique, d’appréhender la lecture et l’écriture. Cette publication s’adresse en priorité à des jeunes qui n’ont pas pu être scolarisé dû aux guerres là-bas ou à des jeunes qui ne sont plus scolarisés ici et n’en doutons pas, l’éducation est source d’autonomie, d’ouverture et de liberté pour les jeunes.
responsables : Joëlle Gellert d’ici et Alain Bayonne de là-bas.
En support à la maison d’édition, nous organiserons des ateliers d’écriture, de contes, de peinture, d’encadrement, d’imprimerie et d’informatique.
L’organisation de la maison d’édition se fera sur Orléans ainsi que la coordination du travail et le regard financier.
La production se fera, avec une coordination de formation, au Congo. L’excédant dégagé permettra de soutenir des projets humanitaires discutés et proposés par les membres de l’association résidents au Congo. L’aide humanitaire et le contrôle financier seront gérés d’Orléans. J.Gellert
Joëlle Gellert
mes petits carnets
2009
La clé du dehors
2008
A hauteur du regard
2007
Mémoire d’arbres
Tags: Arbres, Joelle Gellert, Mémoire, Orléans
2007
la Symphonie de Gaïa
Résumé de "La Symphonie De Gaia"
Nous sommes au XXIIe siècle. Simon fait partie de la première génération à vivre sous l'eau. Depuis la montée des eaux, les cités marines se sont développées. Dans cette société-là, le comité des sages est l'instance suprême. Tout doit passer par leur approbation. De plus, la vie de chacun dépend des scientifiques qui ont créé des robots comprenant le langage humain et apprenant à partir de leurs erreurs. Tout est possible dans ce monde aquatique. Tout, sauf deux arts : la musique et la sculpture. ...
Aucun humain sensé ne vit à l'air libre. Pourtant, quelques personnes ont refusé de descendre dans ces bulles marines. Ils organisent leur vie de façon singulière et n'ont qu'un but : lutter pour les valeurs du monde.
Simon, scientifique et musicien, s'interroge sur le destin de l'humanité et veut avoir l'honneur d'être lui-même.
" Il avait l'impression que ce corps si plein, si sauvage se moquait de ce qu'était devenue l'humanité. "
Baigneuse Belmondo
Ce livre est disponible notamment sur le site d’
Illustration, Thierry Cardinet
lundi 10 mai 2010
AFRIQUE/TCHAD:IL SAUVE DES ENFANTS
© ; UNICEF Tchad 2010 / Gangale
Portrait de Maïna, infirmier qui se bat avec son équipe contre la malnutrition dans le désert, au Tchad.
Témoignage
Il sauve des enfants...
Publié le vendredi 07 mai 2010 depuis: http://www.unicef.fr/
Pas du genre à se plaindre…
Maïna a 42 ans. Il a étudié dans la capitale N’Djamena pour devenir infirmier. Il voulait se mettre au service des plus vulnérables, les enfants de son pays. Après ses études, il est donc revenu dans la capitale du Kanem. Il y dirige aujourd’hui le centre thérapeutique. Ici, l’équipement et le personnel manquent souvent. Pas d’oxygénateur, ni de couveuse pour réchauffer les nouveau-nés malnutris. Pas d’ambulance. Mais, au moins, des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi et fournis par l’Unicef permettent de soigner les enfants malnutris.
Maïna n’est pas du genre à se plaindre de ses conditions de travail ou de vie. Avec peu de moyens, il fait ce qu’il peut, avec son équipe, pour soigner la trentaine d’enfants que le centre admet tous les mois pour des traitements vitaux. Maïna montre une photo d’un enfant arrivé au centre à l’article de la mort, et compare fièrement le cliché avec un enfant toujours faible mais méconnaissable, qui occupe l’un des lits.
Qui sont ces enfants ?
Maïna et ses collègues s’occupent des enfants sévèrement malnutris qui souffrent d’une maladie associée à leur malnutrition, ou qui ont perdu l’appétit. Les enfants sévèrement malnutris sont ceux dont le rapport poids-taille est inférieur à 70% de la normale. Des œdèmes font enfler leurs pieds, leurs mains et leur visage. Ces enfants ont besoin de soins et d’une surveillance de chaque instant.
Depuis son petit centre nutritionnel au milieu du désert, et bien que sa signature ne figure pas en bas des publications, Maïna a contribué aux recherches qui ont révolutionné la nutrition. Il a travaillé avec les plus éminents spécialistes de la planète.
« Son » centre a été l’un des lieux où les aliments thérapeutiques ont été testés dans les années 1990. En effet, à Mao il est malheureusement facile de trouver des enfants malnutris. Le taux de malnutrition ici est supérieur aux seuils d’alerte depuis une décennie.
« Nous sommes tous vulnérables »
Maïna aimerait faire encore plus dans son modeste centre de soins, bien sûr. Mais il se satisfait déjà de voir les choses évoluer. Avec le soutien de l’Unicef qui fournit les aliments thérapeutiques et les médicaments essentiels, plus de 40 centres nutritionnels sont opérationnels aujourd’hui et, avec les 3 centres intensifs, dont celui de Mao, le système en place sauve de nombreux enfants.
Dans une situation de crise telle que celle attendue en 2010, ce programme d’assistance donne un peu d’espoir de voir la malnutrition enfin sous contrôle dans cette région vulnérable du Tchad.
Quelques 2 millions de Tchadiens pâtissent de la crise alimentaire. Soit plus d’un habitant sur 5. 50 000 enfants sévèrement malnutris ont besoin de soins vitaux dans la ceinture sahélienne et 102 000 dans l’ensemble du pays. Pour Maïna, la lutte continue. « La vulnérabilité affecte tout le monde, ici, même les fonctionnaires. Nous sommes tous vulnérables, au Tchad.»Le centre dans lequel travaille Maïna manque cruellement d'équipements.
Les 266 000 habitants du Kanem, pour la plupart nomades, vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. En août 2008, une enquête du Programme Alimentaire Mondial (PAM) révélait que le taux d’insécurité alimentaire s’élève à 53% dans la région.
Cliquez ici pour découvrir notre dossier sur la malnutrition.
Aujourd’hui, la température avoisine les 50 degrés à Mao, région du Kanem, dans la ceinture sahélienne du Tchad. Une zone enclavée où les conditions de vie sont rudes. Une tempête de sable secoue les toiles de tentes du centre de nutrition thérapeutique installé dans l’hôpital régional. Mahamat Abakar Sedik, que ses collègues appellent Maïna, est l’infirmier responsable de ce centre.
26/08/2009
Mettez vos talents au service des enfants
Vous souhaitez devenir bénévole? Pourquoi pas...
jeudi 1 avril 2010
PORTRAIT:SAUL FRIEDLÄNDER,HISTORIEN ET ECRIVAIN

Saul Friedländer
Né sous le prénom de Pavel d'une famille juive parlant allemand, il a grandi en France. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents l'ont caché dans un orphelinat catholique, non loin de la frontière suisse, espérant eux-mêmes trouver refuge dans ce pays neutre ; mais les douaniers suisses les ont refoulés, car à ce moment-là (en 1942) la Suisse n'acceptait les réfugiés juifs que s'il s'agissait de familles avec des enfants en bas âge ou de femmes enceintes ; ayant laissé Pavel derrière eux, les parents Friedländer ne correspondaient pas aux critères d'admission et ils ont été renvoyés en France, puis déportés.

Saul Friedländer découvre bien plus tard que les couples avec des enfants de moins de 10 ans pouvaient passer, et que les autres étaient refoulés.
Ses parents ne l'avaient pas emmené, pensant que c'était trop dangereux. S'il avait été là, tous aurauent été sauvés. Dans l'institution catholique qui le cache, il devient Paul. Sans nouvelles de ses parents durant plusieurs années, Saul Friedländer a finalement appris en 1946 que ses parents disparus pendant la guerre étaient morts en déportation. Quand il arrive en Israël, en 1948, on lui demande s'il a un prénom hébreu. Comme il sait, grâce à son éducation catholique, que Saul, sur le chemin de Damas, était devenu Paul. il choisit Saul comme prénom. Après avoir obtenu un doctorat en Histoire à l'université de Genève, il s'est engagé activement dans les combats du mouvement sioniste en Israël en rejoignant les rangs de l'Irgoun.

1948-L’attentat anti-juif de la rue Ben Yehouda, cause des représailles de l’Irgoun.
Saul Friedländer refoule son histoire jusque dans les années soixante. A cette époque, il découvre un document attestant que le pape, en décembre 1941, avait demandé à l'Opéra de Berlin de venir jouer des extraits de « Parsifal » dans ses appartements du Vatican. Le choc de cette découverte lui fait revoir son passé.

Dès les années 1980, il est devenu un militant de la cause pacifiste et soutient depuis lors le mouvement La paix maintenant. Il est professeur d'histoire à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) et à l'université de Tel-Aviv.

Il est aussi connu comme l'un des premiers historiens (avec Léon Poliakov puis Guenter Lewy) à avoir critiqué le pape Pie XII pour son attitude face au nazisme et au sort des Juifs ; ses travaux ont suscité l'intérêt du Vatican qui a, dès lors, cherché à réfuter les travaux des deux historiens, notamment en mettant à la disposition de la recherche historique, certains documents conservés dans ses archives secrètes afin que soit présentée une vision plus complète de la figure du pape.

Bien qu'intentionnaliste à la base, Friedländer a conclu de ses recherches qu'Hitler n'avait pas de plan prédéterminé pour exterminer les Juifs avant 1941. Son seul ouvrage biographique suit les efforts d'un Allemand, Kurt Gerstein, qui avait décidé de rejoindre les rangs SS dans le but d'empêcher ou au moins d'avertir le monde de ce qui se tramait sous le nom de code « Solution finale » (Endlösung der Judenfrage) ; les appels de Gerstein ne furent pas entendus et ses actions étaient parfois ambiguës. A la fin de la guerre, Gerstein fut emprisonné par les Français et se suicida. Friedländer a disséqué la position de Gerstein qui fut condamné pour avoir tenté d'agir en opposition à la majorité des « bons Allemands » qui sont restés passifs en attendant la fin de la guerre et de la Shoah. Plus récemment, Friedländer s'est intéressé à la perception de la Shoah et du nazisme que les générations suivantes se construisent en Occident, à travers les travaux des historiens et la mémoire collective.

Le 14 octobre 2007, Saul Friedländer a reçu à Francfort le Prix de la paix des libraires allemands 2007, en présence du président allemand Horst Köhler. « Il est clair pour moi que ce prix m'est accordé en grande partie en raison de la thématique de mon travail. C'est pourquoi j'accepte avec une grande humilité cet honneur, dont la signification va bien au-delà de toute prestation individuelle », a-t-il déclaré. Le jury de ce prix a voulu saluer « le conteur épique de l'histoire de la Shoah, de la persécution et de la destruction des Juifs à l'époque de la terreur nazie en Europe ».
Dans son dernier ouvrage, L'Allemagne nazie et les Juifs qui lui a demandé 16 ans de travail, Saul Friedländer s'efforce d'écrire une histoire globale, où s'entremèlent le mécanisme des bourreaux et la vision des vaincus. Ceci permet, à l'historien, de se rendre compte que, si les élites savaient ce qui se tramait, les victimes refusaient de comprendre: Il y a un déni psychologique évident, une incrédulité. L'horreur est là, mais elles continuent de faire des projets, ce qui permet d'expliquer la fameuse « passivité ».
INTERVIEW:

Les Années 1933/1945
Après un premier volet consacré aux « Années de persécution » (1933-1939), l'historien franco-israélien Saul Friedländer publie, au Seuil, « Les années d'extermination » (1939-1945). Un travail monumental d'une puissance et d'une précision terrifiantes. Rencontre avec ce spécialiste du nazisme, extraits de son livre et éléments de réponse à question décisive : comment cela a-t-il été possible ?
Laurent Theis/Le point
Né en 1932 à Prague. Enseignant l'histoire contemporaine à l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, puis aux universités de Californie (Los Angeles) et de Tel-Aviv, il est l'auteur d'ouvrages sur le nazisme et sur Israël, parmi lesquels « Hitler et les Etats-Unis » (1963), « Pie XII et le IIIe Reich » (1964), « Réflexions sur l'avenir d'Israël » (1969), « Reflets du nazisme » (1982), « Quand vient le souvenir » (1998). Saul Friedländer a codirigé, avec Elie Barnavi, « Les juifs et le XXe siècle. Dictionnaire critique », Calmann-Lévy, 2000. En 2007, il a reçu le prix de la Paix décerné par les libraires allemands. Il soutient, en Israël, le mouvement La Paix maintenant L. T.
Le Point : M. Friedländer, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez changé de prénom ?
Saul Friedländer : Je suis né Pavel à Prague, en 1932, dans une famille juive qui parlait allemand. En 1939, ma famille s'est enfuie à Paris. Là, je suis devenu Paul, puis en 1942, quand on m'a caché dans une institution catholique, je me suis appelé Paul-Henri-Marie. Quand je suis arrivé en Israël, en 1948, on m'a demandé si j'avais un prénom hébreu. Elevé chez les catholiques, je savais que Saul, sur le chemin de Damas, était devenu Paul. J'ai pris le chemin inverse. Derrière mon prénom, il y a mon histoire.
Le nazisme a été un traumatisme pour votre famille et pourtant, vous avez consacré votre vie à son étude...
J'ai refoulé cette période jusqu'en 1963. Mais j'ai découvert un document attestant que le pape, en décembre 1941, avait demandé à l'Opéra de Berlin de venir jouer des extraits de « Parsifal » dans ses appartements du Vatican. Cela m'a choqué. C'est alors que mon histoire personnelle a resurgi.
Lorsque vous avez reçu le prestigieux prix de la Paix des libraires allemands, vous avez lu des lettres de vos parents arrêtés à la frontière suisse...
Si j'ai reçu ce prix, c'est aussi à cause de ma vie. Ces textes traduisaient bien l'angoisse, l'incompréhension des victimes. J'avais retrouvé une lettre de ma tante, à Prague, qui se réjouissait d'être déportée, car elle pensait retrouver mes parents à l'Est. J'avais aussi récupéré des documents des douanes suisses à Saint-Gingolph. Il y avait ce détail : les couples avec des enfants de moins de 10 ans pouvaient passer, les autres étaient refoulés. Mes parents ne m'avaient pas emmené, ils pensaient que c'était trop dangereux. Si j'avais été là, nous aurions tous été sauvés.
Les voix des victimes, c'est du reste un fil rouge de ces « Années d'extermination »...
L'historien Broszat m'a affirmé que les juifs ne pouvaient pas écrire l'histoire de l'époque, car ce serait une « histoire mythique », peu rationnelle. Cela m'a semblé offensant et faux. D'autres, comme Raul Hilberg, se focalisaient sur l'histoire de la destruction, en ne s'appuyant que sur des documents allemands. Or une histoire globale, intégrée, doit entremêler le mécanisme des bourreaux et la vision des vaincus. Ces voix n'ajoutent pas seulement de l'émotion. On se rend compte que, si les élites savaient ce qui se tramait, les victimes refusaient de comprendre. Il y a un déni psychologique évident, une incrédulité. L'horreur est là, mais elles continuent de faire des projets, ce qui permet d'expliquer la fameuse « passivité ».
Qu'avez-vous découvert au cours de vos recherches ?
J'ai eu la confirmation du rôle central de Hitler et de son obsession pour la question juive. Il intervenait dans le moindre détail. Quand l'Allemagne envahit l'URSS, Goebbels et Heydrich se demandent si les juifs russes doivent porter l'étoile jaune. Ils vont voir Göring : « Trop important, allons en parler à Hitler. » Il reçoit tous les chiffres sur le nombre de juifs assassinés. Après Stalingrad, il insiste auprès de Goebbels pour revenir à la centralité de la question juive. Cette fonction mobilisatrice explique en partie le silence des élites.
Qu'est-ce qui explique l'efficacité de cette usine de mort ?
L'alliance du fanatisme à une compétence extrême. Ces ingénieurs, ces médecins avaient la foi, ils croyaient à la nécessité de leur action.
A-t-il été plus difficile de travailler sur l'extermination que sur la persécution des années 30 ?
Les deux volumes m'ont demandé seize ans. J'ai divisé le travail, car je n'étais pas certain d'arriver au bout. Cette fois, j'étais confronté à l'éparpillement des événements et des sources non exploitées. J'ai mis du temps avant de comprendre qu'il fallait une narration simultanée. Je suis presque habitué à l'horreur, ce sont les détails qui bouleversent, comme cette lettre de Ruth Klüger, à Auschwitz, sur son arrivée : « J'avais envie de pleurer. On aurait dû éprouver un soulagement de respirer l'air pur. Sauf que l'air n'était pas pur, il sentait quelque chose d'incomparable. Et je sus instinctivement qu'ici il n'était pas question de pleurer. »
Que reste-t-il encore à écrire sur la Shoah ?
Il faudrait prendre des localités, en Galicie par exemple, et étudier l'interaction entre les Polonais, les Ukrainiens, les juifs et les Allemands. En somme, partir d'un petit lieu précis pour rendre compte de la globalité de la tragédie
Propos recueillis par François-Guillaume Lorrain /Le point

La parole lumineuse d’un témoin légitime: Saul Friedländer dans “L’Allemagne nazie et les Juifs”
par Chantal Serrière.
Librairie Kléber. Strasbourg. 20 mars.2008 19h.
Un autre soir dans cette librairie d’exception.
Les cloches de la cathédrale et des églises avoisinantes sonnent à toute volée. Leur musique précède leur silence. Ce silence, qui, on le sait, dure chaque année le temps d’un voyage, jusqu’au dimanche suivant, jour de Pâques. Et le carillon d’avant le silence envahit peu à peu tout l’espace. Jusqu’à l’intérieur de la salle blanche de la librairie Kléber , bourdonnante, pleine à ras bord et dont les vitres vibrent au rythme de cette envolée sonore.
Durant ce concert et pendant tout ce temps, Daniel Lemler , psychanalyste, présente longuement (un peu trop longuement, le temps manquera à l’invité plus tard) Saul Friedländer , sans nul doute le plus grand spécialiste du nazisme et du génocide des Juifs. Né en 1932 à Prague il enseigne l’histoire contemporaine à l’Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, puis aux universités de Californie (Los Angeles) et de Tel-Aviv. Parmi ses ouvrages, citons « Hitler et les Etats-Unis » (1963), « Pie XII et le IIIe Reich » (1964), « Réflexions sur l’avenir d’Israël » (1969), « Reflets du nazisme » (1982), « Quand vient le souvenir » (1998). Saul Friedländer a également codirigé, avec Elie Barnavi , « Les juifs et le XXe siècle. Dictionnaire critique», Calmann-Lévy, 2000. En 2007, il a reçu le prix de la Paix décerné par les libraires allemands. Il soutient, en Israël, le mouvement pour la paix.
S’il est là ce soir, à 19h, juste après la rencontre qui a eu lieu à 17h 30 entre la communauté israélite de Strasbourg, (co-organisatrice avec la librairie) et deux jeunes écrivains venus d’Israël via le dernier salon du livre de Paris, c’est pour présenter son livre paru récemment au Seuil : “Les années d’extermination-l’Allemagne nazie et les Juifs”.
La rencontre justement entre Eshkol Nevo , “Quatre maisons et un exil” , Boris Zaïdman “Hemingway et la pluie des oiseaux morts” , tous deux publiant leurs premiers romans chez Gallimard , et un public acquis, était décevante. Comme si les écrivains ne pouvaient assumer la fonction symbolique que leur confére une notoriété mondiale acquise dans l’immédiateté. Salon du livre oblige! Un peu comme s’ils flottaient dans des habits trop grands. Certes cela ne remet nullement en cause la qualité de leurs écrits. Pourquoi en douterions-nous? Mais à parler de-ci, de-là, du titre, de l’attention apportée par Gallimard à la traduction de tel ou tel mot, de la difficulté à s’intégrer en Israël quand on est d’origine russe, des couples, de la communication, on éprouve une curieuse impression: celle qui résulte de la non-réponse à la question du présentateur, “comment est accueillie cette littérature en mileu arabe?” On n’en saura rien. Peut-être n’est-ce pas là le sujet, d’ailleurs. Mais un malaise passe. Comme un ange. Déçu.
Saul Friedländer, en introduction à sa quête concernant l’installation du nazisme dans l’Allemagne des années 30, se servira de la métaphore de l’incendie de forêt. Pour que le feu se répande et ravage tout sur son passage, il faut que les lieux soient propices à l’embrasement général. Il faut des broussailles, de la sécheresse, de l’inattention… Bref, c’est tout l’environnement qui participe du désastre. On se demande alors, si ces jeunes écrivains sont conscients des broussailles de leurs propres forêts. Mais restons-en là.
Saul Friedländer, devant le public, est d’emblée un immense conteur à la voix calme, assurée et claire, sans aucune recherche d’effets en direction de l’auditoire. Sa parole simple éclaire l’histoire qu’il connaît bien. Car Saul Friedländer est d’abord un chercheur, infatigable et unanimement respecté. Chaque phrase de son discours est étayée par sa recherche. Recours aux nombreux documents écrits laissés par les bourreaux, lettre de Pie XII, invitant l’orchestre de Berlin à venir jouer Parsifal dans ses appartements, journaux intimes des victimes, faits attestés… Saul Friedländer, enfin, est un témoin. Un des derniers témoins, puisque cette génération avance en âge.
La légitimité du témoignage tient ainsi un grand rôle dans la réflexion de l’historien. “Je sais que je suis partie prenante, dans ce travail, affirme-t-il, mais parce que je le sais, je peux prendre de la distance, en tenir compte. Il est possible de faire cela”.
Alors les partis-pris s’effacent.
Et Saul Friedländer de parler avec précaution. Il connaît trop le déclenchement des incendies pour ne pas mesurer ses mots. Il parle du silence. Et curieusement, autour de nous, à ce moment, la résonance des cloches de la chrétienté s’est éteinte. Il évoque le silence de l’Eglise. Pas d’évêques pendant la guerre, pour dénoncer la déportation des Juifs. Il relève le silence des administrations. Pas de voix politiques officielles pour condamner la chasse aux populations juives. Il parle enfin du silence des associations juives elle-mêmes, promptes à l’époque à chercher à protéger naturellement ses membres intégrés dans la société, en ciblant l’autre, le Juif d’ailleurs, l’étranger, l’errant de toute éternité…
Les tabous tombent…
S’il est un ouvrage à posséder dans toute bibilothèque de l’honnête homme contemporain, un livre à ouvrir avec nos enfants et petits-enfants pour transmettre la mémoire d’une “période inassimilée et inassimilable”, afin de préserver l’avenir, s’il est possible, d’un retour à la barbarie, c’est bien cet ouvrage-là, le livre de Saul Friedländer: “Les années d’extermination- L’Allemagne nazie et les Juifs.”
Commentaire depuis:http://www.chantalserriere.fr/
VIDEOS:
2008/Dailymotion-Entretien avec Saul Friedländer extrait 1 sur 7
LIVRES:

Publications de Saul Friedländer à la catégorie LIVRES ou cliquez sur:
http://portier.canalblog.com/archives/2010/04/01/17434923.html
mercredi 24 février 2010
PORTRAIT:OLIVIER JOBARD " UN OEIL ENGAGE"

"Les sans-papiers sont une population qu'il faut intégrer intelligemment parce qu'ils ont beaucoup à nous offrir. Il est important de leur donner des moyens au lieu de les stigmatiser."O.J
Olivier Jobard est photographe à l'agence Sipa Press depuis 1992. Il travaille sur les problématiques d'immigration.
Portrait d'un photographe "citoyen du Monde":
"Je ne crois pas être meilleur qu'un autre », répète Olivier Jobard. Pourtant, à seulement 37 ans, le photographe de l'agence Sipa a su imposer sa marque dans le monde du photojournalisme.
Prix Paris Match du reportage photographique, World Press Photo 2005 ou Visa d'Or News.
Les prix s'accumulent, mais ce faux jeunot à l'œil acéré n'aime pas parler de lui.
« Je ne connais pas ma réputation. Et à vrai dire, je m'en fous. Seuls les sujets de mes photos comptent ».
Frôler l'Histoire:

En 1992, Olivier Jobard quitte prématurément l'École Nationale Supérieure Louis-Lumière où il étudiait depuis un an, pour entrer à l'agence de presse Sipa. «Une seule chose m'attirait depuis toujours : le photojournalisme ». Les débuts ne se révèlent pourtant pas grisants. « J'avais une mobylette et j'étais toujours disponible. Malheureusement mes missions se limitaient aux chats écrasés », raconte le journaliste, un sourire en coin. La banlieue sera le déclic. « Personne ne voulait le faire, mais ça me plaisait. » Déjà, la couverture de l'actualité n'est pas sa priorité. «C'est un travail stimulant, car on a l'impression de frôler l'Histoire. Mais après avoir couvert de nombreux événements éphémères, et au final sans grand intérêt, je me suis lassé », se rappelle-t-il. Sa volonté d'aller au fond des sujets le pousse irrémédiablement vers le documentaire.
La meute des journalistes. Son ambition : « Montrer ce que l'on n'a pas l'habitude de voir. Quitter lameute des journalistes. » Ainsi, il couvre le conflit du Darfour dès 2004. La même année, il est l'un des premiers photographes à entrer dans Falloujah, ville irakienne assiégée par l'armée américaine. Malgré tout, son thème de prédilection reste l'immigration, sujet approché en 2000, lors d'un reportage au centre de Sangatte (Pas-de-Calais). « J'y ai retrouvé les réfugiés de tous les conflits que j'avais couverts. Et c'était en France. Ça a déclenché tout le travail qui continue à m'occuper jour et nuit aujourd'hui », explique Olivier.
Kingsley, son oeuvre phare:

En 2004, il part en reportage au Cameroun avec une idée en tête : mettre un visage sur le mot immigré. Un sujet qui deviendra l'œuvre phare de son parcours. Pour cela, il rencontre Kingsley, un maître-nageur de 23 ans, candidat à l'exil vers l'Europe. « Ce n'était pas sa première tentative, il avait de l'argent et préparait déjà son voyage. Le projet était crédible ». Olivier met un point d'honneur à ne pas être le déclencheur du départ. Il tente de garder sa position d'observateur. Avec plus ou moins de succès. « Le simple fait d'être là modifie les comportements et les événements », déplore le photographe. Il finit même par accepter de garder l'argent de Kingsley. « C'était donnant-donnant. Il ne prenait pas le risque d'être volé. Moi, j'étais sûr qu'il me rappellerait si nous nous perdions de vue », détaille-t-il sans regret. Si la relation était basée sur un intérêt réciproque, elle a rapidement évolué. « Aujourd'hui, c'est un petit frère, à la mode africaine. Nous sommes liés à jamais par ce que nous avons vécu »,précise le journaliste, sans rentrer dans les détails.
Naufrage du bateau. Olivier Jobard a suivi Kingsley pendant son périple de six mois pour atteindre l'Europe. Six mois d'incertitude, d'épreuves et de risques. Les deux hommes traversent ensemble le Cameroun, le Nigeria, puis le Niger. Après avoir franchi le désert du Sahara, ils atteignent l'Algérie. Et enfin, le Maroc. Là, au bout d'une interminable attente, Kingsley embarque sur une frêle barque de passeurs de clandestins, pour atteindre les Canaries. Olivier l'accompagne. Sans aucune hésitation. « Le risque n'avait aucune importance. Ce genre d'occasion ne se refuse pas »,répète-t-il, toujours aussi impliqué, trois ans après le documentaire. C'est un échec. Le bateau chavire à moins de 300 mètres de la côte. Sur la plage, le journaliste prend trois clichés. « J'étais tremblant. Il faisait nuit noire. Mon appareil était couvert de sable. Mais je devais faire ces photos », explique-t-il en mimant la scène, marqué par less ouvenirs du naufrage. Et pour cause. Deux personnes sur les trente-cinq clandestins se noient ce jour-là. « On ne s'en est pas rendu compte tout de suite. Mais de toute façon, la question n'est pas: je fais une photo ou je sauve quelqu'un. Tout se passe trop vite. On ne réalise pas. »
Mourir dans les cinq minutes. Nouvelle tentative dix jours plus tard. Concluante, cette fois. Après dix-huit heures de mer, ils sont arrêtés par la Guardia Civil, à 10 miles des Canaries. « Dans le bateau, je n'ai pas vu le temps passer. On ne pense pas à ça lorsqu'on a de l'eau jusqu'aux genoux et qu'on pense mourir dans les cinq minutes », plaisante Olivier, avec ce détachement de façade qui le caractérise.
Kingsley dans un Klapisch. Kingsley, après être arrivé en Espagne puis en France, obtient un titre de séjour en 2005. Il tiendra même son propre rôle dans « Paris », un film de Cédric Klapisch, dans les salles le 20 février 2008. Olivier, lui, tient son nouveau sujet. Repartir avec un immigré clandestin. « Cette fois, entre l'Equateur et les Etats-Unis. »
Article tiré du blog dédié au photojournalisme:http://blog.cfpj.com/cfj/photopresse
Son travail est actuellement visible à Paris pour l'Exposition Exil-Exit?Vivre sans papiers en Europe, en collaboration avec Sipa Press et Médecins du Monde, du 4 au 21 Février 2010 à Bastille côté Arsenal, Paris (11ème).
http://www.exil-exit.fr/Vivre-sans-papiers-en-Europe
samedi 17 octobre 2009
PORTRAIT:LE GENERAL PHILIPPE MORILLON/CHEVALIER AU SERVICE DE L'HOMME
Le Général Philippe Morillon ,Grand Officier de la Légion d’honneur
L'Homme Philippe Morillon:
Philippe Morillon, né le 24 octobre 1935 à Casablanca au Maroc, a été un militaire d'active, avec le grade de général d'armée, avant de devenir un homme politique français.
Biographie
Le Général Philippe MORILLON
Portrait du Général Morillon dans le journal La Croix - 021106 ( PDF )
- Philippe Morillon est diplômé de Supélec (promotion 1964). En 1956, il entre à l'école militaire de Saint-Cyr et en 1974 à l'école de l'État major. Entre 1984 et 1986, il fut conseiller militaire de l'Assemblée nationale.
- Lors des conflits en ex-Yougoslavie, il a succédé à Lewis Mackenzie en qualité de commandant des forces armées de l'ONU (FORPRONU) en Bosnie-Herzégovine de septembre 1992 au 1er juillet 1993. En mars 1993, il entre à Srebrenica (massacre de Srebrenica) et prononce la phrase qui le rendit célèbre « Je ne vous quitterai jamais ».
L'enterrement de 465 victimes du massacre de Srebrenica
- Il a eu pour successeur à ce poste le général belge Francis Briquemont, du 1er juillet 1993 au 24 janvier 1994.
- De 1994 à 1996, il devient le commandant de la Force d'action rapide. Philippe Morillon quitte l'armée en 1997 avec le grade de général d'armée (5 étoiles).

- Catholique, il est chargé de la logistique pour la préparation des Journées Mondiales de la JeunesseJMJ) à Paris en août 1997. (
- Philippe Morillon est élu sur la liste UDF au Parlement européen pour la législature 1999-2004.

- Le 13 juin 2004, il conduit la liste UDF dans la circonscription Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes) et, à ce titre, a été reélu député au Parlement européen. En 2007, il participe à la création du MoDem aux côtés de François Bayrou.
- Le Général Morillon est membre de la commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense et membre suppléant de la commission de la coopération et du développement. Il siège à l'Assemblée interparlementaire paritaire entre la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique et l'Union européenne et au forum Euro-Méditerranéen. Il préside la délégation du Parlement européen à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN.
- Symbole standard de l'OTAN désignant un corps d'armée allié.
- Le général Philippe Morillon cessera ses activités parlementaires à la fin de son mandat, le 20 juillet 2009: c'est Sylvie Goulard qui le remplace à la tête de la liste du Mouvement démocrate pour la région ouest. Mais le général Morillon est "maintenu en activité" puisqu'il est le responsable de la mission d'observation de l'Union Européenne pour les élections en Afghanistan qui ont eu lieu en août 2009.
POUR PLUS D'INFORMATIONS VEUILLEZ CLIQUER SUR:
http://portier.canalblog.com/archives/2009/09/29/index.html
Bibliographie
- Croire et oser : chronique de Sarajevo (1993), Philippe Morillon, Grasset, ISBN 2-24648-801-X.
- Parole de Soldat (1996)
- Mon Credo (1999)
- Le Testament de Massoud (2004)
vendredi 9 octobre 2009
PORTRAIT:CLAUDE GUEANT "L'HOMME QUI MURMURE A L'OREILLE DU PRESIDENT"

Claude Guéant de face
Chevalier de la Légion d'Honneur
Sa position politique:
"Il n'a sans doute pas arrêté sa décision, mais je souhaite très vivement qu'il se représente", déclare Claude Guéant. Une semaine plus tôt, le chef de l'Etat lançait "vous en avez encore pour 7 ans et demi avec moi!"
Le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant a souhaité, mardi 14 juillet, que Nicolas Sarkozy se représente en 2012 pour un deuxième quinquennat.
"Il n'a sans doute pas arrêté sa décision, mais si vous voulez mon sentiment, personnellement je souhaite très vivement qu'il se représente", a-t-il déclaré sur TF1.
Une semaine plus tôt, Nicolas Sarkozy ne cachait pas sa volonté de briguer un nouveau mandat en 2012 devant les députés UMP : "au pire, au mieux, vous vous dites que vous en avez encore pour sept ans et demi maximum avec moi !"(Nouvelobs.com avec AP)
Claude Guéant : "Un bilan c'est au terme du mandat"
NOUVELOBS.COM | 04.05.2009 | 09:50
Le secrétaire général de l'Elysée a ainsi résumé les deux premières années du mandat de Nicolas Sarkozy assurant que 90 réformes majeures ont été réalisées. "L'action continue, ça va encore durer trois ans", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et Nicolas Sarkozy (Reuters)
Alors que le président de la République fête mercredi les deux ans de son élection, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a déclaré dimanche 3 mai qu'"un bilan c'est au terme du mandat (...) l'action continue, il reste encore trois ans" à Nicolas Sarkozy. "Un bilan c'est au terme du mandat. Nous avons deux ans d'action que l'on peut évaluer, mais l'action continue, on n'est pas au bout, ça va encore durer trois ans", a déclaré Claude Guéant au "Forum" radio J. "Nous ne sommes pas au bout des cinq ans et ce n'est pas une excuse que je cherche, mais chacun est bien conscient qu'il y a eu la crise, et c'est clair que la crise ne peut pas satisfaire les Français. Chacun sait bien aussi que la crise n'est pas du fait de Nicolas Sarkozy et qu'il ne peut pas à lui seul l'endiguer, c'est un phénomène qui est mondial", a-t-il poursuivi.
"Avant la crise les choses allaient dans le bons sens dans tous les domaines et notamment dans le domaine tellement important pour les Français de l'emploi. La crise est là, après la crise la marche en avant va reprendre", a-t-il ajouté
L'HOMME QUI RASSURE:
Claude Guéant, né le 17 janvier 1945 à Vimy (Pas-de-Calais), est un haut fonctionnaire français, secrétaire général de l'Élysée depuis le 16 mai 2007.C'est un Haut Fonctionnaire de l'Etat
Définition et identification des corps de hauts-fonctionnaires :
Il existe deux définitions de la notion de haut-fonctionnaire. La principale est statutaire. Un haut fonctionnaire est une personne qui appartient à un corps de haut fonctionnaire administratif ou technique. La seconde se fonde sur l'emploi occupé, un haut fonctionnaire est un fonctionnaire de l'administration publique, en charge d'importantes responsabilités (directeur d'administration, chef de grand service déconcentré de l'État...). En général, les deux définitions se recoupent car les personnes qui occupent d'importantes responsabilités sont également membres des corps de hauts fonctionnaires.
On parle parfois de grands commis de l’État ou grands corps de l'État.
Les hauts fonctionnaires français sont des membres de la fonction publique française appartenant à certains corps de catégorie dite A+.
Le rapport Silicani sur la fonction publique rassemblerait les hauts fonctionnaires qu'ils soient techniques ou administratifs dans un grade, celui d'administrateur, en fonction de filières (sécurité pour les commissaires ou les directeurs des services pénitentiaires, administratif pour les administrateurs civils, technique pour les ingénieurs recrutés à l'issue de l'école Polytechnique...).
Biographie de Claude Guéant
Claude Guéant aura eu le parcours typique d'un haut fonctionnaire. Et pour cause, une fois son diplôme de droit en poche et celui de l'Institut des études politiques de Paris, il entre à l'ENA en 1971 et devient, dans la foulée, directeur de cabinet du préfet du Finistère. Il officie ensuite comme secrétaire général pour les affaires économiques de la Guadeloupe, avant de rejoindre le cabinet de Christian Bonnet, alors ministre de l'Intérieur, comme conseiller technique. Tour à tour secrétaire général de l'Hérault, des Hauts-de-Seine, puis des Hautes-Alpes en 1991, Claude Guéant est sur tous les fronts, à tel point qu'il se fait remarquer par Charles Pasqua, et travaille très vite à ses côtés au ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement. Quelques années suffisent pour qu'il y soit nommé directeur général de la police nationale en 1994. C'est à partir des années 2000 que Claude Guéant commence véritablement à acquérir une aura médiatique. Nouveau directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2004, puis ministre de l'Intérieur de juin 2005 à mars 2007, Claude Guéant se fait une place en prêtant vivement attention à la carrière politique du futur chef de l'Etat. Aussi dirige-t-il sa campagne présidentielle de 2007. Les rapports de bienveillance ne s'arrêtent pas là, puisqu'une fois élu, Nicolas Sarkozy l'engage le 16 mai 2007 en tant que secrétaire général de l'Elysée.
Parcours:
Après des études à la faculté de droit à Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris, il entre à l'École nationale d'administration (promotion Thomas More 1971). À sa sortie, il devient directeur de cabinet du préfet du Finistère, puis secrétaire général pour les affaires économiques de la Guadeloupe (1974), avant d'être nommé conseiller technique au cabinet de Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur (1977-1981).
Nommé sous-préfet hors classe, il travaille auprès du préfet de la région Centre, puis est secrétaire général de la préfecture de l´Hérault, puis des Hauts-de-Seine, avant d'être nommé préfet des Hautes-Alpes en 1991.
Charles Pasqua l'appelle à ses côtés au ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, comme directeur-adjoint de cabinet, puis le nomme directeur général de la police nationale en 1994.
Il est ensuite nommé préfet de la région Franche-Comté et du Doubs en 1998, et préfet de la région Bretagne, de la zone de défense Ouest, et d'Ille-et-Vilaine en 2000.
Il devient le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, de 2002 à 2004 puis de juin 2005 à mars 2007 au ministère de l'Intérieur et en 2004 au ministère des Finances. Il est, lors de la présidentielle en 2007, directeur de campagne de Nicolas Sarkozy.
Une fois élu, ce dernier le nomme, le 16 mai 2007, secrétaire général de l'Élysée. Le pouvoir important qu'il a auprès du président de la République, lui vaut les surnoms de « cardinal, Premier ministre bis, vice-président » ou « vice-roi ».
"S'il se représente, je voterai à nouveau Sarkozy en 2012"
De son côté Eric Besson, ministre de l'Immigration et ancien membre du PS, a déjà fait savoir ses intentions : "s'il se représente, je voterai à nouveau Sarkozy en 2012", confie-t-il dans un entretien au Figaro.
Pour sa part, Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la ville, ne votera pas Sarkozy en 2012 "et il le sait", a-t-elle déclaré dans un entretien au Point.
Enfin, selon un sondage CSA pour Marianne, 55% des Français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se présente à l'élection présidentielle de 2012, tandis que 29% le souhaitent.
Claude Guéant
de Christian Duplan et Bernard Pellegrin
A priori, tout oppose les deux hommes. Guéant porte l'austérité comme Sarkozy ses montres de luxe. Guéant, catholique provincial, a l'onctuosité mâtinée de froideur, de recul, de calme, que n'a pas son mentor. C'est pour cela qu'il rassure [...]
jeudi 8 octobre 2009
PORTRAIT: JACQUES CHEMINADE SOLIDARITES ET PROGRES
"Tout individu humain a le droit à l'entière croissance" Jean Jaures
Jacques Cheminade
Action et Parole de Monsieur Jacques Cheminade:
http://www.solidariteetprogres.org/sp_Quisommesnous.php3
SITE SOLIDARITE ET PROGRES :
http://www.solidariteetprogres.org/
Biographie
Monsieur Jacques Cheminade est diplômé de L'École des Hautes études commerciales (HEC Paris) et de l'École nationale d'administration (ENA) promotion Jean Jaurès 1967-1969 ; il est également licencié en droit.
De 1969 à 1981, il est fonctionnaire à la Direction des relations économiques extérieures (DREE) du Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, en poste à Paris et à New York. En 1977, il y rencontre Lyndon LaRouche qui était à l'époque le président du United States Labor Party (USLP). De 1982, à 1989 il est le Secrétaire général de son « parti-frère » en France, le Parti ouvrier européen (POE), qui devient suite à des difficultés financières la Fédération pour une nouvelle solidarité (FNS) en 1991. Ayant renoncé à sa carrière de haut fonctionnaire pour devenir « simple » consultant, il consacre l'essentiel de son activité au militantisme. Il préside depuis 1996 le parti Solidarité et Progrès et s'exprime dans les colonnes de son journal Nouvelle Solidarité.
Convictions et engagements
Influencé par Lyndon LaRouche, Jacques Cheminade défend un « nouveau Bretton Woods » vecteur d'une politique de « crédit productif public » remettant l’argent au service des infrastructures, du travail humain et des productions agricoles et industrielles. Avec LaRouche, et au nom d'un dialogue de cultures et de civilisations - à l'opposé du « choc des civilisations » de Samuel Huntington - il dénonce la « dérive néoconservatrice » de l'administration Bush-Dick Cheney et s'oppose à la guerre contre l'Irak. Il dénonce par ailleurs Al Gore, l'accusant d'utiliser le réchauffement climatique pour des buts détournés.[1] Par ailleurs, il considère la participation des activités industrielles humaines dans le phénomène naturel du réchauffement climatique comme un mensonge. [2]
Il n'aime pas trop les jeux vidéo, qu'il accuse de faire perdre les repères aux joueurs.[3] Il compare les réseaux sociaux en ligne à des camps de concentration.[4]
Selon ses partisans, son engagement pour un changement économique s'alimente d'un amour pour l'humanisme. Passionné de politique, d'histoire, de culture, de poésie et de philosophie, il fait revivre par ses écrits l'engagement de personnalités connues: Lazare Carnot, l'abbé Grégoire, Jean Jaurès, Louis Pasteur, Charles de Gaulle, Friedrich Schiller, Heinrich Heine, etc. Pour Cheminade, « trois courants doivent converger en France pour former une majorité d’idées : le socialisme jaurésien, le christianisme social de Marc Sangnier ou de l’abbé Bridel, et le gaullisme de sursaut et de rupture ».
Pour symboliser cette convergence et « pour signifier que nous devons mettre un terme aux errements du XXe siècle », Cheminade demande au Président de la République de faire transférer au Panthéon le capitaine Alfred Dreyfus ainsi que sa femme, Lucie Hademard.
Voulant se présenter à l’élection présidentielle française de 2007, il n'a pas obtenu les 500 parrainages nécessaires à sa candidature. Son programme est basé sur la politique internationale et sur la politique sociale. Il considère qu'un nouveau Bretton Woods est nécessaire pour une relance. Celui-ci consisterait à rétablir la loi des « États-nations » sur les monnaies. Son projet européen serait selon lui créateur de 5 à 6 millions d’emplois en France, dans un délai de 1 à 2 ans. Il est favorable à la création d’un grand service public de l’emploi. Concernant le droit au logement, il est pour une grande politique des logements et considère qu'« il est temps que tous ceux qui, comme Sarkozy, préfèrent payer l’amende pour défaut de logement social, soient mis au pied du mur. »Publications [modifier]
- L'exemplarité de l'œuvre de Henri Grégoire et de (Lazare Carnot) pour la France et l'Europe d'aujourd'hui (2006)
- Enjeu d'un Franc polytechnique (2006)
- Roosevelt, de Gaulle, Monnet: reprendre leur combat (2001)
- La bise à la cantinière: Heine pour la France (1996)
- Jean Jaurès, organisateur du travail humain ; introduction à « De la réalité du monde sensible » (thèse de doctorat de Jean Jaurès) (1994)
- Regard sur la France Républicaine (1991)
- Schiller pour la France (1985)
- La France après de Gaulle; en collaboration avec Lyndon LaRouche (1981)
Liens externes
- Site institutionnel du parti Solidarité et Progrès
- Cheminade accusé par l'ADFI d'être à la tête d'une secte
- Critique de Pro-choix : « Arcat-Sida, Cheminade et les islamistes : liaisons dangereuses »
mardi 6 octobre 2009
PORTRAIT:MARTIN LUTHER KING "I HAVE A DREAM"
Martin Luther King prononçant son discours à la Marche vers Washington pour les droits civiques en 1963
Barack Obama est le premier Afro-Américain à être président des États-Unis, événement historique qui concrétise en partie le rêve de Martin Luther King :
I HAVE A DREAM: http://fr.wikipedia.org/wiki/I_have_a_dream






















































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