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mercredi 7 juillet 2010

FRANCE/AFRIQUE: D'UNE DIPLOMATIE "ARTIFICIEUSE"/Entretien avec Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de la France au Sénégal


Interview de Jean-Christophe Rufin ambassadeur sortant de France:Vidéo Entretien du 30 juin 2010/50minutes: Jean Christophe Rufin ambassadeur sortant de France au Sénégal dit tout sans langue de bois comme à son habitude. Ses relations avec la famille Wade (Karim et son père) la politique sénégalaise, le système électoral, l'opposition, la politique africaine de l'Élysée, etc... M. l'ambassadeur donne sa vision éclairée avec une franchise et une honnêteté qui lui ont valu d'être combattu par Karim Wade et son père qui ont finit par obtenir de Claude Guéant son remplacement

Préambule:

Il faut toujours se méfier des pièces rapportées et du type de cadeaux qu'on leurs offre(voir la photo ci-dessous). Très souvent, lorsqu’elles quittent la famille, elles perdent tout devoir de réserve. C’est ce qui vient de se passer avec Jean-Christophe Rufin, écrivain et ambassadeur sortant de la France au Sénégal, dont les fonctions ont pris fin le 30 juin 2010.

En publiant une tribune signée d'Hubert Védrine et Alain Juppé ainsi qu'une longue interview de l'écrivain et ancien ambassadeur du Sénégal, récemment débarqué, Jean-François Rufin (à lire des extraits ci-dessous), le journal Le Monde s'est fait le porte-voix de la crise que traverse le Ministère des affaires étrangères. Un contexte budgétaire difficile et un ministre écarté des processus de décision, le quai d'Orsay traverse une zone de turbulences.

Lire l'article du Monde:"Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay !":http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/06/cessez-d-affaiblir-le-quai-d-orsay_1383828_3232.html

Photo du mercredi 11 novembre 2009. Pierre Nora a remis l'épée d'académicien à Jean Christophe Rufin, membre du prix Méditerranée, lors d'une cérémonie au Quai d'Orsay offerte par Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Une photo qui appartient désormais au passé...

La charge de Rufin contre un Quai d'Orsay

«complètement marginalisé et sinistré»

Par LIBÉRATION.FR

On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L'écrivain Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Décrivant dans un entretien au «Monde» un Quai d'Orsay «complètement marginalisé et sinistré», des diplomates dans le «désarroi le plus total», Rufin regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, et des «réseaux de lobbying».

Le fond de l'affaire n'est pas nouveau. L'impuissance de l'ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par Libération. Kouchner lui-même a reconnu qu'il devait s'accommoder d'influences parfois contraires. Mais Jean-Christophe Rufin, nommé à Dakar en 2007 par Nicolas Sarkozy, et débarqué fin juin sur insistance du président Abdoulaye Wade, détaille par le menu cette diplomatie si paradoxale: «D'un côté, il y a un Quai d'Orsay qui sert de vitrine à la fois "people" et morale, et, de l'autre, une realpolitik faite par derrière et par d'autres.»

Photo:Jean-Christophe Rufin, Élu à l’Académie française, le 19 juin 2008, au fauteuil de Henri Troyat (28e fauteuil).

«Kouchner devrait «savoir partir»

Invité de RTL ce matin, l'auteur de «Katiba» a évoqué «une politique africaine indiscutablement en crise». Selon lui, «le Quai d'Orsay ne pèse plus rien dans les affaires africaines». Celles-ci sont gérées par Claude Guéant. «Très influent», l'ancien préfet «agit d'autant plus librement qu'il n'en répond ni devant l'Assemblée ni devant le gouvernement». «Il dépend du seul président de la République, dont j'ignore s'il est complètement informé des initiatives de son collaborateur», s'inquiète Rufin.

L'ancien président d'Action contre la faim s'en prend aussi aux «intermédiaires officieux qui ont été remis en selle depuis trois ans». «Les réseaux se sont reconstitués», explique-t-il à RTL, «on a quelque chose de très opaque». «Absolument pas représentatifs de l'intérêt général», ces lobbyistes «sont payés» pour faire valoir leur point de vue. Construits «à l'inverse des réseaux Foccart», ces «visiteurs du soir» font inévitablement penser à l'avocat Robert Bourgi, conseiller de plusieurs chefs d'Etat africains.

Et Rufin, qui craint que la France ne perde une «chance historique» de rompre avec la Françafrique - engagement de Nicolas Sarkozy en 2007 -, d'enfoncer le clou: «Obligé d'avaliser beaucoup de décisions (...) à contrecœur», Kouchner devrait «savoir partir».

(REUTERS/Johannes Eisele)

«On n'est jamais trahi que par les siens»

Le ministre a d'abord répondu par l'ironie aux critiques de l'ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier «boudait» et qu'il avait su «s'alimenter à la bonne source» pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l'Assemblée nationale ce mardi, il s'est fait plus offensif: «J'espère - on n'est jamais trahi que par les siens - que cet homme ne s'étouffera pas de haine.»

«Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques)», a rétorqué le ministre. «Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d'Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar», a-t-il ajouté.

Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard Kouchner, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert Védrine et Alain Juppé, viennent de publier dans «Le Monde» une tribune dénonçant «l'affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France».

A lire également:

Sarkozy et Kouchner sont-ils à la hauteur?

Sarkozy et Kouchner sont-ils à la hauteur?

Par Jean-Michel Demetz, Vincent Hugeux, Dominique Lagarde, Eric Mandonnet, Marcelo Wesfreid , publié le 09/07/2008

A quoi sert donc aujourd'hui Bernard Kouchner On peut se poser la question, répond l'ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, dont il fut naguère le secrétaire d'Etat.  [...] Le sherpa de Nicolas Sarkozy, Jean-Daniel Levitte, discutte avec le ministre des Affaires étrangères, le 7 juin dernier, à Beyrouth.  [...] A mon époque, j'avais plus d'autonomie. Je me souviens d'avoir eu des discussions avec Mitterrand où j'avais le dernier mot.  [...]

Lire la suite

Les touristes devenus otages devront payer leurs frais de libération |StreetGeneration 

streetgeneration.fr

Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères a proposé un projet de loi pour faire rembourser par les touristes qui seraient devenus des otages les frais engagés par la France pour leur libération. Cette article 13 prévoit que «l’Etat peut exiger le remboursement de tout ou partie des dépen...

Jean-Christophe Rufin : "Le Quai d'Orsay ne pèse plus rien dans les affaires africaines"

L'écrivain Jean-Christophe Rufin, que Nicolas Sarkozy avait nommé ambassadeur de France à Dakar (Sénégal) en août 2007, a quitté ses fonctions le 30 juin après que le président Abdoulaye Wade a demandé à la France son départ, et l'a obtenu. Quittant la diplomatie, il a retrouvé sa liberté de parole et s'exprime sur la politique africaine de la France.

ENTRETIEN (Extrait):

Qui dirige aujourd'hui la politique africaine de la France ?

Ces dernières années, un mode de gouvernance particulier s'est construit : les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude Guéant, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique. Dans ce domaine qu'il s'est réservé, le secrétaire général de la présidence agit d'autant plus librement qu'il n'en répond ni devant l'Assemblée ni devant le gouvernement. Il dépend du seul président de la République, dont j'ignore s'il est complètement informé des initiatives de son collaborateur.

Que s'est-il passé depuis trois ans ?

Il s'est passé que Bernard Kouchner n'a pas souhaité ou pas pu s'imposer dans ce domaine et, plus généralement, en politique étrangère. Etant donné son parcours que nous admirons tous, il est difficile de comprendre comment il peut avaliser des décisions prises par d'autres sur des bases qui ne sont pas les siennes.

D'un côté, il y a un Quai d'Orsay qui sert de vitrine à la fois "people" et morale, et, de l'autre, une realpolitik faite par-derrière et par d'autres. M. Kouchner a réorganisé le ministère des affaires étrangères à la manière d'une organisation non gouvernementale (ONG). Le Quai d'Orsay est aujourd'hui un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total, car ils ne se sentent pas défendus.

Vous mettez en cause l'influence auprès de l'Elysée de "réseaux occultes" sur la politique de la France en direction de l'Afrique. De quoi s'agit-il ?

Ces réseaux sont construits à l'inverse des réseaux Foccart qui existaient du temps du général de Gaulle et étaient censés servir les intérêts de la France. Aujourd'hui, il s'agit de réseaux de lobbying qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises. Le pire est qu'ils parviennent à faire croire en haut lieu que leurs analyses sont plus désintéressées que celles fournies par les ambassadeurs, alors qu'ils sont stipendiés et ne font qu'exprimer l'opinion de leurs clients.

Lire l'intégralité de l'entretien avec Jean-Christophe Rufin dans l'édition Abonnés du site et disponible dans les kiosques ce mardi à partir de 14 heures.

Propos recueillis par Philippe Bernard

Biographie de Jean-Christophe Rufin

Photo: Jean-Christophe Rufin

Chronique d'un homme libre:

Bio Académie française (2009):

Études aux lycées Janson-de-Sailly et Claude-Bernard à Paris, Faculté de médecine Pitié-Salpêtrière.
Docteur honoris causa de l’université Laval (Québec) et de l’Université catholique de Louvain (Belgique).
Docteur en médecine (spécialité en neurologie et psychiatrie), Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris.
Interne (1975-1981), chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983) puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris, chargé de mission auprès de Claude Malhuret (secrétaire d’État aux Droits de l’homme) (1986-1988), attaché culturel et de coopération près l’ambassade de France au Brésil (1989-1990), vice-président de Médecins sans frontières (MSF) (1991-1993), conseiller auprès de François Léotard (ministre d’État, ministre de la Défense) (1993-1995), praticien hospitalier à l’hôpital Saint Antoine à Paris (1995-1998) ; administrateur de la Croix-Rouge française (1994-1996), de l’Institut Pasteur, du groupe France Télévisions et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) (depuis 2005) ; directeur de recherche (1996-1999) à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) ; directeur médical puis président (2002-2007) d’Action internationale contre la faim (AICF) devenue (1999) Action contre la faim (A.C.F.) ; ambassadeur, haut représentant de la République au Sénégal depuis 2007.
Élu à l’Académie française, le 19 juin 2008, au fauteuil de Henri Troyat (28e fauteuil).

Dernière publication de l'écrivain...

kka

Aujourd'hui ex-ambassadeur du Sénégal et de la Gambie, Jean-Christophe Rufin continue d'écrire. Dans son "Katiba", il explore les motivations qui président à un attentat et "tisse la toile d'un thriller au goût de soufre".

La revue de presse: Le Monde & Libération

Un ambassadeur de France en exercice peut-il publier un roman sur un sujet aussi sensible que le terrorisme islamiste ? Oui, apparemment. Il faut dire que Jean-Christophe Rufin n'est pas du sérail : ce médecin, qui a exercé entre autres la psychiatrie à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, est devenu écrivain, a obtenu le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil (Gallimard), avant d'entrer à l'Académie française. Jean-Christophe Rufin nous fait pénétrer dans le cerveau de ces fondamentalistes qui sont toujours entre deux prières, le kalachnikov à portée de la main. Les dialogues sonnent juste. A Paris, nous assistons, entre autres, à "l'essayage" d'une ceinture d'explosifs sur un futur martyr. On découvre aussi le fonctionnement d'une agence de renseignement privée qui a son siège en Belgique et travaille pour le compte de mystérieux commanditaires aux Etats-Unis..

.Après la fin du roman, l’auteur s’adresse à ses lecteurs. Il rappelle que ce livre est un «ouvrage de pure fiction», ce qui effectivement ne tombe pas sous le sens, et parle des personnes et des rencontres qui ont inspiré son histoire. Et là, tout à coup, arrive une émotion qui n’est pas dans le roman, en particulier quand il parle de son ami Michel Noureddine K. «Cet homme entre deux mondes, c’est Jasmine».

Lire plus sur :

AFRIQUE/ROMAN:KATIBA de Jean-Christophe Rufin (..), avant d'entrer à l'Académie française. Jean-Christophe Rufin nous fait pénétrer dans le cerveau de ces fondamentalistes qui sont toujours ..., Jean-Christophe Rufin a dirigé plusieurs grandes organisations humanitaires.Rufin a 58 ans et il a eu 50 vies. ...

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vendredi 11 juin 2010

ENTRETIEN: Jacques Chirac plaide toujours pour une Turquie au sein de l'Europe.

Préambule:

Monsieur Jacques CHIRAC, ancien Président de la République Française, a effectué une visite en Turquie du 10 au 12 mai 2010, à l’occasion de la remise du titre de docteur honoris causa par l’Université Galatasaray. Cette visite l’a mené successivement à Ankara puis Istanbul.(Lire le discours de M.Chirac en bas de page)

A Ankara, M. CHIRAC a été reçu à déjeuner par le Président de la République de Turquie M. Abdullah GÜL.

A Istanbul, M. CHIRAC s’est vu remettre le titre de docteur honoris causa par l’Université Galatasaray.

Il a également rencontré quelques grandes personnalités du monde économique et des médias, au sujet notamment de la Fondation Chirac.

logo_fondationchirac

La Fondation CHIRAC a pour ambition d’agir au service de la paix. Elle veut favoriser l’échange des idées, des techniques et des valeurs, en soutenant des projets apportant des éléments de réponse à des problèmes globaux : accès aux médicaments, accès à l’eau, déforestation et désertification, préservation de la diversité culturelle et linguistique. http://www.fondationchirac.eu

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Abdullah Gül, Gerhard Schröder & Jacques Chirac à Copenhague en 2005.

Vidéo:Interview du Président Jacques Chirac concernant l'entrée de la turquie en Europe : passage de la partie concernant les arméniens.

Entretien de M. Chirac avec M. Birand, publié dans "Posta" du 10 mai 2010

Vous faisiez partie des chefs d’Etat et de gouvernement qui ont promis à Ankara l’adhésion à l’Union européenne lors du Conseil européen du 17 décembre 2004. Que s’est-il passé là-bas ? Pourquoi étiez-vous personnellement favorable à la perspective de l’adhésion pleine et entière de la Turquie à l’UE ?

Laissez-moi d’abord adresser un message d’estime et d’amitié à la Turquie et à son grand peuple ami de la France, à l’occasion de ma première visite chez vous depuis 2004.

En décembre 2004, les Etats-membres de l’UE ont décidé d’ouvrir les négociations d’adhésion avec la Turquie. Cette décision unanime des 25 chefs d’Etat et de gouvernements témoignait de l’importance du chemin parcouru par la Turquie pour se réformer et se rapprocher des valeurs et principes partagés par l’ensemble des Européens. J’avais la conviction, comme nos partenaires, qu’il était dans l’intérêt de l’Europe d’engager ces négociations pour qu’un ensemble plus large encore puisse s’affirmer sur le plan économique et politique.

C’est, à mon sens, une des conditions de la paix et de la stabilité du continent que les liens entre l’UE et ce grand pays soient les plus étroits possibles.

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Jacques Chirac à l'Université de Galatasaray/Agence de Presse GSU

Six années plus tard, les poids lourds de l’Europe plaident pour un partenariat privilégié. L’état d’esprit général vis-à-vis de l’adhésion pleine et entière de la Turquie à l’UE est très sombre. Comment en est-on arrivé là ?

Le processus de négociation est inévitablement long. Lorsqu’il a débuté, j’ai indiqué, et tout le monde l’admettait en 2004, qu’il durerait probablement dix ou quinze ans, et qu’on ne pouvait pas dire à l’avance quel en serait le résultat.

Aujourd’hui la négociation se poursuit malgré les obstacles et, notamment, la non application du protocole d’Ankara.

Il revient à la Turquie de répondre à toutes les demandes de l’UE qui sont, je le sais, exigeantes.

Je voudrais rappeler que la Turquie est soumise exactement aux mêmes conditions que tous les autres candidats. Il n’y a pas de conditions particulières ou spécifiques à la Turquie.

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Jacques Chirac avec les étudiants Erasmus/Agence de Presse GSU

Certains pays européens envisagent de soumettre à référendum la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Pourquoi avoir mis sur la table cette mesure d’exception ? S’agissait-il d’un message à l’attention des opinions publiques nationales des pays européens ?

S’agissant de la France, j’avais fait inscrire dans la Constitution que toute nouvelle entrée dans l’Union européenne d’un Etat-candidat soit décidée par la voix du référendum. Ma conviction est qu’il faut susciter un grand débat avant toute grande décision. Elargir l’Europe à la Turquie, ou à tout autre Etat, en est une. Elle doit évidemment susciter ce débat, si nous ne voulons pas continuer à creuser le fossé entre nos gouvernements et les Européens.

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Cérémonie de remise du titre de docteur honoris causa à l’Université Galatasaray/Agence de Presse GSU

L’identité musulmane des Turcs compte-t-elle pour beaucoup selon vous dans les préventions du grand public européen et/ou les comportements des politiciens européens à l’égard de la Turquie ? Comment la Turquie peut-elle surmonter ce problème « d’image » ?

Le fait que les Turcs soient, dans leur immense majorité, de confession musulmane a-t-il à voir avec les supposées préventions que vous évoquez ? Je ne le crois pas. La vraie question tient plutôt à la taille de la Turquie, à l’importance de sa population, en un mot, à ses dimensions, et à tout ce que signifierait son entrée dans l’Union européenne.

S’agissant de son image, il me semble que la Turquie a déjà commencé à réfléchir très sérieusement aux moyens de faire évoluer la perception qui est la nôtre de ce grand pays. La Saison de la Turquie en France, que j’ai personnellement décidée en 2006, aura offert une formidable opportunité à la Turquie de se présenter sous son meilleur jour. Je me réjouis donc que cet ambitieux projet ait permis les visites officielles en France de votre Président et de votre Premier Ministre, que j’ai été très heureux de retrouver hier. Aujourd’hui, je reçois le doctorat honoris causa de la prestigieuse université francophone de Galatasaray. J’en suis très fier, car c’est un témoignage de la richesse de nos liens.

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Jacques Chirac lie l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE) à sa reconnaissance du génocide arménien de 1915, chose à laquelle Ankara se refuse. Il l'a dit avec force, samedi 30 septembre 2006, à Erevan, alors qu'il effectuait la première visite d'un président français en Arménie.

La question de l’identité des communautés d’origine musulmanes en Europe est à l’ordre du jour des pays européens. Pensez-vous que les débats internes actuellement à l’œuvre pourraient avoir un impact négatif sur la perception de la Turquie en Europe ?

Nous avons toujours à cœur d’intégrer au mieux les communautés musulmanes dans notre pays. La société française est riche de l’identité de toutes les communautés qu’elle a accueillies tout au long de son histoire. Le communautarisme n’a jamais été le choix de la France. Il est contraire à son histoire, à ses traditions, à sa culture. Vous le savez, la France est un pays laïc. Cette laïcité est au cœur de notre identité républicaine, fondée sur les valeurs communes de respect, de tolérance, de dialogue.

L’Islam, religion récente sur notre territoire, a toute sa place parmi les grandes religions présentes sur notre sol. J’ai d’ailleurs été le premier à mettre en place un Conseil français du culte musulman (CFCM), créé à l’initiative de mon ministre de l’Intérieur de l’époque, M. Nicolas Sarkozy. Cette institution permet désormais d’organiser les relations entre l’Etat et l’Islam de France, dans le respect du principe de laïcité. Les musulmans de France disposent de lieux de culte leur permettant de pratiquer leur religion dans la dignité et dans la tranquillité.

Discourt du Générale De Gaulle à Galatasaray il y a 42 ans:


Allocution prononcée par
le Général Charles de Gaulle
au Lycée de Galatasaray
(27 octobre 1968).

"Monsieur le Ministre,
Excellences,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs les Professeurs,
Mesdames, Messieurs,

Quelle secrète harmonie des événements fait que la visite que j'ai l'honneur de rendre à la Turquie coïncide avec le centenaire de Galatasaray ? J'en suis d'autant plus frappé que l'année 1868, date de la fondation de cet illustre lycée, a marqué pour votre pays le début de sa préparation à ce qui, un demi-siècle plus tard, allait être la marche vers la modernisation.

Il est vrai, qu'auparavant et pendant longtemps, la civilisation turque avait brillé d'un très vif éclat. Jusqu'au XVIIIe siècle, s'était développé chez vous un grand Etat, maître d'un grand Empire, disposant d'une grande armée et accomplissant une œuvre législative et administrative considérable. En même temps, la Turquie déployait dans tous les domaines de l'esprit un essor exceptionnel. Ses érudits, tel Evliya Çelebi, ses poètes, comme Baki, ses architectes par exemple Sinan, mais aussi ses mathématiciens, ses astronomes, ses navigateurs, ses artisans, étaient au premier rang. Sans doute au XIXe et XXe siècles, vit-on l'Occident, à son tour, jouer un rôle capital dans une civilisation que dominait l'industrie. Mais, chez vous les esprits éclairés n'en jugèrent pas moins que votre pays, sans aucunement renoncer à lui-même, devait ment renoncer à lui-même, devait mettre à profit les acquisitions nouvelles. Or, c'est surtout vers la France que, dans ce but, se tourna la Turquie. Prédilection qui confirmait les liens intellectuels joignant les deux nations, grâce, notamment, à leurs affinités profondes à l'Ecole des langues orientales fondée à Paris par Colbert, à l'échange constant d'étudiants et de professeurs, à l'œuvre des missions enseignantes et hospitalières françaises que vous acceptiez sur votre territoire.

Telle fut également l'origine de la décision prise, voici cent ans, par le Sultan Abdulaziz, à son retour d'un solennel voyage en France, quand il créa Galatasaray. On ne saura non plus oublier que cette fondation était l'aboutissement des efforts du grand Vizir Emin Ali Pacha et du Ministre Fuat Pacha et que le concours de notre Victor Duruy fut requis à cette occasion. Des hommes d'Etat éminents avaient compris, de part et d'autre que l'adaptation d'une partie à l'évolution de l'Histoire exigeait qu'au préalable y fût formée une élite apte à mettre en œuvre les idées et les disciplines nouvelles.

Comment méconnaître, en effet, le rôle qu'a joué, dans l'immense mutation accomplie de nos jours par votre pays, l'évolution intellectuelle et morale à laquelle a contribué la grande maison où nous nous trouvons ? Pour que la Turquie, entraînée par le génie et la passion d'Atatürk, ait su, au moment voulu, émerger vivante et ardente de ses terribles épreuves, devenir un Etat fortement national à partir de l'Empire cosmopolite qu'elle était, s'ouvrir d'un seul coup à toutes les sources du renouveau, on peut croire que les ferments reçus et cultivés ici par tant de jeunes gens qui devenaient, à mesure, hommes politiques, administrateurs, diplomates, soldats, professeurs, écrivains, ingénieurs, l'ont aidée à revêtir la forme qu'exigeait notre époque. Mais aussi, lorsque la France, la première de tous les Etats d'Occident, reconnut le gouvernement d'Ankara, il est certain que la valeur d'une élite bien connue chez nous était pour beaucoup dans la confiance nous portions d'emblée à la Turquie moderne.

Voici qu'aujourd'hui la coopération intellectuelle franco-turque voit s'ouvrir les domaines sans limites de la recherche et de la connaissance scientifiques et techniques, inspiratrices de l'économie. Il n'est que de voir sarraus noirs et les cols blancs de votre innombrable jeunesse et de lire au fronton d'un de vos bâtiments universitaires que: "Dans la vie, le guide le plus sûr est la science", pour discerner à quelles sources la Turquie, désormais, puise son avenir. Or, vous le savez sur le plan de la science fondamentale et de ses applications, la France d'à présent peut vous offrir beaucoup.

Car, malgré les retards qu'elle a subis du fait de la dernière guerre, elle a repris parmi les nations une place de choix à cet égard. Nos deux pays, que rien n'oppose, bien au contraire, dans aucune de leurs activités, savent, qu'ayant longuement coopéré dans le Droit les Lettres, les Sciences politiques et administratives, lis ont toutes les raisons d'en faire autant aujourd'hui dans les domaines scientifiques et techniques. A vrai dire, lis se rencontrent déjà sur bien des sommets des connaissances humaines, notamment en physique nucléaire ou en médecine, pour ceux qui est de l'hématologie, de l'immunologie, de la cardiologie etc... Mais quels fruits pourrait porter le travail en commun de leurs chercheurs et de leurs ingénieurs, par exemple, en matière d'agriculture, ou d'hydrologie, ou de télévision. Un accord qui serait conclu entre les deux gouvernements pour la coopération technique, surtout si vous vouliez l'accompagner du développement de l'enseignement du français, imprimerait aux relations de la Turquie et de la France un caractère vraiment exemplaire.

L'amitié des deux nations facilite en ce moment le rapprochement de leurs politiques, Cette amitié doit les aider à unir leurs efforts pour le progrès. C'est à dire qu'elle est l'objet de ma visite en Turquie. C'est à dire aussi de quel cœur j'exprime les souhaits de la France à Galatasaray tandis que ce célèbre établissement commence le deuxième siècle de sa vie et de ses succès.
".

Général Charles de Gaulle.

Pls d'informations sur: http://turquieeurope.blogspot.com/

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Cérémonie de remise du titre de docteur honoris causa à l’Université Galatasaray/Agence de Presse GSU

Discours de Monsieur Jacques CHIRAC, ancien Président de la République Française à l’Université Galatasaray à l’occasion de la remise du doctorat honoris causa – Istanbul – Mardi 11 mai 2010

Téléchargez le discours du Président Jacques Chirac (pdf)

Monsieur le Président de la République, cher Süleyman Demirel,

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Président de la Fondation d’Education Galatasaray,

Messieurs les Ambassadeurs,

Madame la Directrice du lycée Galatasaray,

Mesdames et Messieurs,

C’est un immense honneur que de recevoir aujourd’hui, à Istanbul, le doctorat honoris causa de l’Université Galatasaray.

Honneur, car chacun connait le prestige de votre université, l’action irremplaçable qui est la vôtre pour la francophonie, et la place de votre établissement dans l’histoire de la Turquie.

Avec vous, je suis fier de cette université de Galatasaray, dont je suis maintenant diplômé.

Elle est le fruit d’une volonté commune de nos deux pays, exprimée au plus haut niveau. L’accord de coopération l’instituant a, en effet, été signé en présence des deux Présidents de la République, MM. Turgut Özal et François Mitterrand, il y a 18 ans, le 14 avril 1992. Il a été ratifié par un vote unanime de la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

En créant cette Université francophone au bord du Bosphore, le gouvernement turc s’est à nouveau tourné vers la France.

Comme en 1868, au moment de la création du lycée Galatasaray, lorsque cette grande idée était née d’une rencontre entre le sultan Abdülaziz et Victor Duruy, le ministre de l’Education de Napoléon III.

L’Université Galatasaray affiche déjà un bilan exceptionnel.

Elle est dotée du statut « d’université d’excellence ».

Elle attire les meilleurs étudiants de Turquie, grâce à une procédure de recrutement extrêmement sélective.

Elle est ainsi parvenue, en quelques années, à se hisser au niveau de qualité de ce lycée centenaire et prestigieux, qui a donné à la Turquie tant de ministres, d’Ambassadeurs, de parlementaires, d’intellectuels illustres, professeurs d’université, écrivains, journalistes et artistes, dont beaucoup sont parmi nous aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Que d’audace, de clairvoyance et de ténacité il a fallu, pour parvenir à cet impressionnant résultat dont vous êtes à la fois les acteurs et les témoins !

Je souhaite profiter de l’honneur que vous me faites pour rendre un hommage particulier à mon prédécesseur, le Président François Mitterrand, à qui ce projet tenait tant à cœur. Il s’exprima ici même en ces termes : « La Turquie fait honneur à notre culture et à notre langue française que vous allez choisir comme instrument de modernisation et d’ouverture au monde ».

L’Université Galatasaray s’inscrit ainsi parfaitement dans l’œuvre de modernisation voulue par Atatürk.

Pour faire sortir de terre cet ambitieux projet, que tant de pays européens imitent aujourd’hui, il fallait des visionnaires, des pionniers, dont plusieurs d’entre eux nous honorent de leur présence. Mais, pour le faire vivre, et lui donner l’ampleur qu’il connaît aujourd’hui, votre Université devait remplir trois conditions dont elle a su parfaitement s’acquitter.

Tout d’abord, des bases solides avec une architecture institutionnelle innovante.

Je veux tout particulièrement saluer le Haut Comité de Parrainage franco-turc, qui réunit de hautes personnalités du monde de la politique, de la culture et de l’Université en France. Il est actuellement présidé par mon ami, l’ancien Premier ministre Alain Juppé, Maire de Bordeaux, qui a bien voulu occuper cette charge après le décès de Raymond Barre, son prédécesseur à la tête du comité.

Pour former les responsables de la Turquie de demain, il fallait également que le corps enseignant fût exceptionnel. Le ministère français de l’Education nationale l’a bien compris, en vous envoyant, chaque année, ses meilleurs éléments.

Je sais que le gouvernement turc a le même souci, en détachant, dans votre Université, ses plus brillants enseignants.

Mesdames et Messieurs les professeurs, vous êtes des maillons essentiels de cette chaîne intellectuelle qui produit tous les ans les jeunes diplômés qui font honneur à la « tradition Galatasaray ».

Pour faire de votre Université ce qu’elle est devenue, il fallait enfin une volonté politique forte.

J’ai eu à cœur, lorsque j’ai assumé la fonction de Président de la République, de toujours veiller à la bonne marche de votre institution qui est l’un des plus précieux joyaux de la relation entre nos deux pays.

Monsieur le Recteur, Monsieur le Président de la Fondation d’Education Galatasaray, Mesdames et Messieurs les anciens élèves du lycée et de l’Université, membres de l’Association des Anciens, mais aussi de l’Amicale, vous êtes, toutes et tous, les éminents représentants d’une société intellectuelle qui érige le savoir en vertu cardinale.

Cela crée, entre vous, un lien indéfectible et quasi-fraternel.

C’est ce lien qui me permet d’intégrer le cercle très fermé des docteurs honoris causa de votre grande université.

Je salue notamment le président de la Fondation d’Education Galatasaray, M. Inan Kiraç, docteur en 2007.

Cher Inan Kiraç, vous êtes le symbole de ce que Galatasaray a su produire de meilleur.

Vous êtes aussi un défenseur ardent, militant et exigeant, de l’amitié entre la Turquie et la France, et ceci, en toutes circonstances.

En propageant l’usage du français, Galatasaray représente l’un des piliers de cette identité francophone qui transcende les frontières, les clivages politiques, culturels ou religieux.

Chaque langue a son génie.

Celle que nous avons en partage conduit à une certaine vision des rapports entre les hommes et entre les communautés.

Une vision qu’inspirent les valeurs de solidarité et de fraternité, c’est-à-dire, celle des droits de l’Homme.

Votre Université, membre titulaire de l’Agence Universitaire de la Francophonie, le Lycée Galatasaray, ainsi que tous les lycées francophones de Turquie, constituent un maillon important au sein de cet ensemble qui réunit, sur les cinq continents, plus de 750 millions de personnes.

Fervent militant de la francophonie, je suis particulièrement heureux et fier de trouver, en Turquie, des avocats aussi éminents en faveur de la diversité culturelle et de l’égale dignité de toutes les cultures.

Mesdames et Messieurs,

L’exceptionnelle relation d’amitié que la France entretient, depuis des siècles, avec la Turquie, nous permet, aujourd’hui, de parler, entre nous, de communauté de destin.

Cette communauté de destin, il nous appartient de la faire vivre.

Elle s’enrichit d’un dialogue politique dense, de fructueux échanges entre nos sociétés, et d’une contribution partagée à la promotion de la paix dans le monde.

Le dialogue politique franco-turc s’est considérablement densifié au cours de ces dernières années. Sans doute est-il amené à se renforcer encore, à la faveur de l’essor de la Turquie sur la scène régionale et internationale.

Je me réjouis que la Turquie ait été élue, en tant que membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, avec le soutien de la France. Par ailleurs, la présence de la Turquie au sein du G20, qui confirme votre pays dans le concert des nations, permet d’entretenir une étroite collaboration, notamment dans la perspective de la présidence française du G20 en 2011.

Enfin, quel que soit le lien qui unira la Turquie à l’Union Européenne dans les années à venir, et vous connaissez ma position sur ce sujet, ma ferme conviction est qu’il doit être le plus fort possible. La Turquie et l’Union Européenne ont à l’évidence un destin partagé.

Les relations franco-turques s’expriment aussi au travers des liens tissés entre nos deux sociétés.

Celles-ci ont appris, avec le temps, à mieux se connaître et s’apprécier.

De nombreux acteurs participent à cet élan : Français de Turquie, Turcs de France, acteurs institutionnels, milieux d’affaires et membres de la société civile.

Le rôle des passeurs de savoir que vous êtes, vous les anciens ou les amis de Galatasaray, intellectuels, fins connaisseurs de nos deux cultures, n’en est que plus grand.

Afin que nos deux pays soient toujours, comme l’histoire et leur destin le commandent, plus proches l’un de l’autre, à l’image de cette démocratie et de cette laïcité qu’ils ont en partage.

La Saison de la Turquie en France, qui vient de s’achever, a fait la démonstration éclatante de la pertinence de cette ambition, de la richesse de nos relations bilatérales, et de la marge de progression dont elles disposent encore.

J’ai personnellement décidé de l’organisation de cette Saison de la Turquie en France lorsque le projet m’a été présenté à la fin de l’année 2006. Je me réjouis que cet ambitieux projet ait été confirmé par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, et porté par le Président de la République de Turquie, M. Abdullah Gül, comme par le Premier Ministre, M. Erdogan. Cette multiplication d’événements, sur tout notre territoire, a permis au Président Gül d’effectuer, à l’occasion du lancement de cette Saison, en octobre 2009, la première visite officielle d’un Chef d’Etat de la Turquie en France depuis celle du Président Süleyman Demirel en 1998. Elle a donné lieu aussi, au début du mois d’avril, à la première visite officielle en France, depuis six ans, du Premier Ministre, M. Erdogan, pour la clôture de cet événement.

Je remercie et je félicite tous les acteurs turcs et français de ce projet, qui ont permis son grand succès.

Cette Saison a parfaitement rempli son rôle, en contribuant à mieux faire connaître la Turquie contemporaine en France, et en donnant de votre pays une image moderne, vivante, dynamique, ambitieuse, en un mot une image plus exacte de la Turquie en France.

Notre communauté de destin s’exprime, enfin, par une préoccupation partagée afin de promouvoir la paix dans le monde.

Sur les théâtres d’opérations extérieures, soldats turcs et français sont présents, en Afghanistan et au Liban. Ils oeuvrent, côte à côte, pour le maintien de la paix.

Tout ce qui peut militer en faveur de la paix m’est cher, car la guerre n’est jamais une solution. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la Fondation que j’ai inaugurée il y a bientôt deux ans, j’ai créé un Prix pour la prévention des conflits. En effet, la paix, elle aussi, peut être bâtie, ou maintenue, grâce à l’engagement individuel.

Le Prix que j’ai instauré vise à récompenser toutes celles et tous ceux qui, souvent dans l’ombre, s’engagent dans la médiation et dans la prévention des conflits.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, pour conclure, citer la belle formule que le Général de Gaulle a prononcée ici même : « Lorsque la France, la première de tous les Etats d’Occident, reconnut le gouvernement d’Ankara, il est certain que la valeur d’une élite, bien connue chez nous, était pour beaucoup dans la confiance que nous portions d’emblée à la Turquie moderne ».

Il nous revient, ensemble, de faire vivre ces paroles. Cette confiance dans l’avenir de la Turquie et de ses relations avec la France, comme avec l’Union européenne, est plus que jamais nécessaire.

Fort de l’honneur que vous m’avez fait aujourd’hui, je vous assure de la fidélité de mon engagement à vos côtés.

Je vous remercie de votre attention.

Jacques Chirac

Discours à l’Université Galatasaray

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jeudi 29 avril 2010

ENTRETIEN: "Une pratique législative détestable" par Robert Badinter

envoyé par Europe1fr. - L'info video en direct.

Par Karine Lambin

Publié le 27 Avril 2010 à 13h20 Mis à jour le 27 Avril 2010 à 15h45

Robert Badinter fustige "l’exploitation des faits divers" pour faire "des lois de circonstances".

"Il est certain qu’il doit y avoir une loi", juge l’ancien garde des Sceaux Robert Badinter, mardi matin sur Europe 1, au sujet du port du voile intégral, mais ce n’est "pas une question d’urgence". Le sénateur socialiste ne mâche pas ses mots : "l’exploitation des faits divers et leur utilisation pour faire des lois de circonstance est une pratique législative détestable. C’est le contraire même de ce que doit être une bonne législation".

"Vivant, je continuerai"

A 82 ans, Robert Badinter poursuit son combat pour que les prisons cessent d’être "un lieu de corruption, de misère et de souffrance". "Que l’indignation demeure, ça prouve que je suis encore vivant, et tant que je suis vivant, je continuerai". Il est de retour d’un voyage en Moldavie et en Ukraine où il a visité des prisons qui dataient de l’époque tsariste avec l’Unicef. Il y a vu des cellules collectives de 2 mètres carré dans lesquels étaient superposés 8 à 10 lits. A Kiev en Ukraine, des mineurs et des adultes partageaient la même cellule ce qui favorise la corruption et le risque d’agression sexuelle. Il y avait une seule toilette pour tout le monde et une "insuffisance totale de prise en compte par des psychiatres". "En France c’est indiscutablement mieux", conclue Robert Badinter. "Beaucoup d’efforts sont faits."

Soixante après avoir visité pour la première fois une prison, Robert Badinter ne perd pas espoir et cite son autre combat la peine de mort. "L’abolition de la peine de mort a progressé d’une façon que je n’aurais même pas osé espérer", confie son instigateur. La France était le 35ème pays à l’abolir, il y en a aujourd’hui 138. "En ce qui concerne les prisons c’est beaucoup plus complexe. Dans tous les Etats démocratiques, vous ne pouvez pas améliorer la condition de vie des détenus, au dessus de la condition de vie du travailleur le plus défavorisé parce qu’on le supporte pas". "Dans les pays à grande misère", cela donne des "prisons désolantes".

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lundi 29 mars 2010

ENTRETIEN:AFGHANISTAN " ENTRE ESPOIR ET REALITE" PAR ARIANE QUENTIER

“En Afghanistan, la solution est militaire et politique.Démocratie et tribalisme ne font pas bon ménage”

La stratégie américaine en Afghanistan, l'envoi et le retrait des troupes, l'armée et la police afghane... Les réponses d'Ariane Quentier, journaliste puis porte-parole de l'OTAN et de l'ONU à Kaboul, auteur de “Afghanistan : au coeur du chaos”

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Ancienne journaliste, Ariane Quentier (à droite) a travaillé à l'Otan puis à l'ONU, en Afghanistan, où elle a partagé le quotidien des soldats

ENTRETIEN:

Revenons sur la présidentielle afghane, entachée de fraudes, des fraudes majoritairement orchestrées par Hamid Karzaï, le président sortant... Pourquoi ?

Il a été élu en 2004 avec seulement 54% des voix, il a un bilan plutôt négatif: l’Afghanistan est un des cinq pays les plus corrompus de la planète, l’insurrection talibane s’étend aux portes de la capitale, il y a du trafic d’opium, les chefs de guerre usent et abusent de la population…
Bref Karzai s’est dit “Je vais donner un coup de pouce à l’élection” !
Alors pourquoi a-t-il tellement fraudé ? Sans doute parce qu’il n’en a tellement fait qu’à sa tête ces cinq dernières années qu’il a pêché par excès de confiance vis-à-vis de la communauté internationale, en pensant qu’elle allait fermer les yeux encore une fois sur ses manigances pour conserver la stabilité. Mais cette fois-ci, elle n’a pas fermé les yeux, car il y a une nouvelle dynamique depuis l’arrivée d’Obama à la Maison blanche.



Quelques jours avant le second tour, son rival Abdullah Abdullah, qui avait réclamé ce second tour avec force, se retire car le président de la commission électorale indépendante, dont il avait demandé le limogeage, est toujours en place. Vous y croyez ?

Oui, j’y crois. La façon dont la commission électorale dite indépendante a géré les élections a eu un énorme impact sur les fraudes. Abdullah ne voyait donc pas la même équipe changer d’attitude après les élections. Idem pour des ministres qu’il voulait remplacer.
Il y a eu beaucoup de tractations avec le clan Karzaï, les Américains et leurs alliés pour arriver à un compromis. Mais Abdullah avait toujours dit qu’il ne ferait pas de gouvernement d’union nationale. Il a été très intransigeant sur ce point. Il préfère se voir comme un leader d’une opposition afghane naissante plutôt que dans des négociations et des tractations de pouvoir. Il n’a jamais cédé, il a toujours dénoncé - et ce dès le lendemain du scrutin - des fraudes qui ont été par la suite avérées par les observateurs internationaux et afghans.
On peut lui reconnaître une certaine intégrité intellectuelle. Maintenant il n’a jamais été au pouvoir (NDLR : il a été ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de transition en 2002), il n’a pas de casseroles. Mais vu le bilan de Karzaï, ce qui est sûr, c’est qu’Abdullah ne pouvait pas être pire.

U.S. President Barack Obama meets with troops at Bagram Air Base in Kabul on Sunday.

Barack Obama avec les troupes Américaines à Bagram Air Base /Kaboul le 28 mars 2010 (Jim Young/Reuters)

Quand Barack Obama est entré à la Maison-Blanche, 32 000 soldats américains se trouvaient en Afghanistan. Ils pourraient être 100 000 au printemps prochain. Est-ce, comme l'affirment de nombreux Américains, "la guerre d'Obama"?

Il s'agit surtout d'un héritage de Bush. Obama se retrouve avec une situation inextricable sur les bras, qui n'est pas de son fait mais qu'il a un devoir de régler en tant que président des Etats-Unis. Et la communauté internationale ne l'aide pas beaucoup. Les Nations Unies, en particulier, n'ont pas de vision ou de stratégie communes.

La Maison-Blanche a annoncé l'envoi de quelque 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Leur retrait pourrait être amorcé dès l'été 2011. Que penser de ce projet?

Le malheureux Obama est contraint de faire un compromis. Militaire, d'abord, entre son commandant en chef sur le terrain, qui demande 40000 soldats sur place, et d'autres, qui attendaient un progrès de la part du gouvernement afghan avant d'envoyer des troupes.

C'est aussi un compromis politique. Entre les Démocrates, qui traînent les pieds et se demandent comment sortir de ce bourbier, et les Républicains, qui considèrent que Washington envoie un mauvais signal aux intégristes en dépêchant un nombre de troupes trop limité à leurs yeux. Le président gère l'héritage de la politique impétueuse de l'administration Bush. Il fait des compromis, par la force des choses, et celui annoncé le 1er décembre est sans doute le meilleur possible. Il y aura bientôt 130 000 soldats étrangers sur le terrain, dont 100 000 Américains. Ce n'est pas rien.

Sur le terrain, quels seront les effets concrets de cet apport de renforts?

Aujourd'hui, les taliban s'étendent au nord et l'attentat contre une des maisons d'hôtes des Nations Unies, le 28 octobre, montre qu'ils sont au coeur de Kaboul. L'objectif est de contenir, au minimum, cette insurrection. Par conséquent, la stratégie américaine va changer, pour se concentrer davantage sur les villes et les centres urbains. Les Soviétiques ont fait pareil, il y a trente ans.

"Il y aura bientôt 130 000 soldats étrangers sur le terrain, dont 100000 Américains. Ce n'est pas rien."

Est-il réaliste, alors, d'annoncer une évacuation dès l'été 2011?

Je pense qu'on jugera sur pièces, en 2011... Obama devait présenter une "stratégie de sortie" pour des raisons de politique intérieure américaine. On verra en fonction des résultats sur le terrain et, en particulier, où en sera alors la soi-disant armée afghane que l'on est en train de former.

La stratégie américaine va changer, pour se concentrer davantage sur les villes et les centres urbains

Dans quel état est l'armée?

Comme la police, elle n'existait plus en 2001, lors de la chute du régime des talibans. Elle a été refaite de toutes pièces à partir des milices des chefs de guerre et, après huit ans d'existence, elle fait ce qu'elle peut. Officiers, sous-officiers et soldats sont formés dans des laps de temps très courts. Le taux de désertion reste relativement élevé. Elle coûte cher et qui ne correspond ni à la mentalité afghane, ni aux ressources du pays. Les Soviétiques avaient formé une armée qui a tenu trois ans avant que ne tombent les villes afghanes.

Quelque 70% des hommes qui composent l'armée seraient illettrés et l'institution n'a pas mise en place une structure de commandement digne de ce nom. Est-elle opérationnelle?

Oui, à condition qu'elle bénéficie d'un sérieux encadrement international et dans les limites de la pratique et de la formation militaire de ses troupes. Les Afghans savent se battre; c'est la raison pour laquelle leur pays a longtemps été appelé le "cimetière des empires". Mais il leur manque une formation militaire à l'occidentale. Et cela ne s'improvise pas. A terme, aussi, il faut craindre des défections vers les talibans.

Il manque une véritable formation militaire à l'armée afghane . Elle doit prendre la suite des soldats étrangers qui amorceront leur retrait en 2011.

Un compromis avec une partie des taliban n'est-elle pas inévitable?

En Afghanistan, en effet, la solution est militaire et politique. Dans le cadre politique, je considère que le mouvement des talibans repose pour beaucoup sur une jacquerie paysanne: ces pachtounes, pour la plupart, sont mécontents à l'encontre du gouvernement. De fait, la corruption et le trafic de drogue dominent. Et il faudra une génération pour les faire disparaître.

Les taliban sont-ils un simple symptôme?

Il y en a de divers types. La mouvance d'Al Qaeda est pour l'internationalisation du djihad. D'autres, historiquement proches du mollah Omar, sont des nationalistes pachtounes.

Et puis un troisième groupe en a, tout simplement, par dessus la tête. Leur adhésion au mouvement taliban correspond à une forme de poujadisme d'Asie centrale: c'est le seul moyen que ces hommes ont trouvé de contester un gouvernement qui, les chiffres sont là, n'a pas fait ses preuves. Ce courant de pensée se sent très fortement dans les campagnes: de nombreux paysans n'aiment pas les talibans, mais ils regrettent de ne plus bénéficier de la sécurité et la justice qui régnaient au temps des talibans étaient au pouvoir. De nombreux taliban le sont devenus par mécontentement, voire par désoeuvrement. C'est, pour nous, une raison d'espérer.

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Quels vont être les principaux chantiers  de Karzaï ?

La corruption – il a laissé faire jusque là, et elle a atteint toute la société, ministres, gouverneurs, police, chefs de guerre, trafiquants d’armes.. et l’insurrection talibane – elle a été contenue par les troupes occidentales mais s’est étendue et a avancé jusqu’aux portes de Kaboul.

Votre livre est sous-titré “au cœur du chaos” : vous parlez de l’Afghanistan post-taliban de 2001 ou de l’Afghanistan d’aujourd’hui ?

Le chaos c’est la situation actuelle. Il ne faut pas oublier que l’Afghanistan est l’un des cinq pays les plus pauvres de la planète, et le plus pauvre en dehors de l’Afrique ! 
En 2001 beaucoup de fées s’étaient penchées sur le berceau de ce pays qui n’avait plus rien. Cela avait soulevé beaucoup d’espoir. Huit ans plus tard, la corruption est endémique, le trafic de drogue pourrit les institutions…Il n’y a plus d’espoir ! Ces problèmes ne se résolvent pas en 3 mois ! Si l’on s’y attaque vraiment, il faut au moins une génération pour les voir disparaître.

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Le colonel français Francis Chanson entouré d'Afghans le 27 juillet 2009 dans la région de Tagab

Peut-on considérer que l’Afghanistan aujourd’hui est un échec pour les occidentaux qui ont investi militairement et financièrement dans cette croisade démocratique ?

Ce qui est sûr c’est qu’il y a des questions à se poser sur la façon dont on assiste les pays. Pour l’Afghanistan, il y avait beaucoup d’acteurs, mais pas de modèle, pas de stratégie commune, pas de vision. Il y avait – et il a toujours- une énorme prééminence des États-Unis. Les Nations unies veulent intervenir mais sans l’assumer vraiment. C’est sûr qu’avec l’administration Bush, qui méprisait le multilatéralisme, l’ONU comme l’OTAN n’étaient pas face au meilleur interlocuteur ! Le rôle de l’ONU a été donc amoindri par Bush, mais les Nations unies ont aussi brillé par leur absence de vision et ce, dès 2004.

Est-ce que la situation va s’améliorer avec l’administration Obama ?

C’est clairement le bourbier afghan mais il ne faut pas oublier que deux tiers du pays ne sont pas en guerre et que l’insurrection pachtoune est aussi une insurrection nationale contre le gouvernement, et pas uniquement une nébuleuse obscure pilotée depuis l’étranger par Al Qaïda. Cette insurrection c’est une forme de poujadisme pour beaucoup de paysans qui la rejoignent. IIs ne sont pas des intégristes manipulés par une idéologie islamiste et terroriste. Bref, il ne faut pas baisser les bras, meme si l’espoir est ténu, ça peut bouger.

Pensez-vous que les Américains pourraient décider de partir d’Afghanistan rapidement ?

Les Canadiens ont fait clairement savoir qu’ils partiraient en 2011, l’opinion publique en Grande-Bretagne comme en Allemagne ou encore aux Pays-bas est négative face au maintien de troupes sur place…
Aux États-unis, l’opinion soutient de moins en moins cette guerre pour deux raisons : elle coûte très cher et les Américains sont dans une grave crise économique, et tous les mois s’ajoutent de nouveaux soldats morts au front. Mais je pense qu’il est hors de question qu’ils se retirent d’Afghanistan avant trois ans. La question se posera dans dix ou cinquante ans…


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Vouloir amener la démocratie en Afghanistan était-elle une mauvaise idée ?

C’est clair que le scrutin uninominal à deux tours, le même que chez nous, n’est pas adapté à un pays comme l’Afghanistan, qui fonctionne par consensus (NDLR : les Afghans se réunissent en jirgas, des conseils traditionnels où l’on discute et prend des décisions à l’échelle de la communauté après unanimité). Outre le fait que ce type de scrutin est très difficile à organiser en raison de la géographie du pays, 51% des votes ça ne dit rien à un Afghan.
Maintenant est-ce que la démocratie peut être créée dans ce pays ? On a vu ce que donnait ces élections organisées uniquement par les Afghans et le moins qu’on puisse dire c’est que démocratie et tribalisme ne font pas bon ménage ! En même temps, n’oublions pas que la démocratie a mis deux siècles à s’imposer en Europe…


Il y a dans votre livre un chapitre consacré aux femmes afghanes. Vous racontez que leur situation n’a guère changé depuis la chute du régime taliban en 2001, situation qui a l’époque choquait le monde entier.

Avec les Talibans, on part de zéro. Donc forcément leur situation a progressé: les femmes peuvent sortir de chez elles, avec burqa ou sans selon les régions. Mais le statut de femme en Afghanistan n’est pas enviable. C’est quand même un des rares pays où l’espérance de vie des femmes est en-dessous de celle des hommes ! Elles ne sont pas considérées comme des individus à part entière.
En revanche il n’y a pas de législation en Afghanistan, ce qui veut dire que vous pouvez vous balader en minijupe si vous le voulez… Mais il y a ce qu’on peut appeler une pesanteur culturelle. Les Afghanes disent qu’elles ont quatre visages: la fille de, la sœur de, la femme de, et la mère de. Et c’est vrai que toutes les femmes qui étudient ou travaillent, c’est parce que leur père ou leur mari les a autorisé à le faire…


Et comment voyez-vous leur avenir ?

Le statut des femmes n’est pas une priorité du gouvernement et de toute façon on ne change pas les mentalités par décret. Cela reste un sujet sensible car culturellement très fermé pour les Afghans. Pour eux, c’est comme ça et pas autrement.

Propos recueillis par Laure Constantinesco /
13 novembre 2009 et Par Marc Epstein / 04/12/2009 .

Pour lire l'ensemble de l'article sur Afghanistan "au coeur du chaos" cliquez sur:

http://portier.canalblog.com/archives/2010/03/30/17412056.html

 

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jeudi 4 mars 2010

ENTRETIEN:RAIMUNDO MALAGON "OU ETAIT DIEU DANS CET ENFER..."

"La liberté demeure le plus précieux des biens. La perte de dignité et d’humanité reste le plus fort traumatisme de la captivité."Capitan Raimundo Malagon

http://profile.ak.fbcdn.net/v222/361/66/q100000161516781_1938.jpgpar Vincent Portier

Après l'entretien journalistique d'Ingrid Betancourt sur ses plus de six ans de détention dans la jungle Colombienne voici une autre parole d'ex-otage celle du Capitan Raimundo Malagon, qui s'exprime sur ses 10 années de captivité(dont 3 avec I.B) dans les mêmes conditions.Pour Raimundo Malagon ,malgrès un vécu  de cette détention qui diffère de celui d'Ingrid Betancourt,le travail de deuil puis de transfert de cette expérience est passé également par l'écriture."un premier pas vers la résurrection..."

L'ENTRETIEN:

par Corine Chabaud -La Vie-

PARIS 2010:

Il essaie de retrouver le goût perdu de la liberté et le chemin de la normalité. Se promener à vélo dans Paris, lire, aller au musée. S’accoutumer à la « révolution techno­logique ». Mais, même en France, à 10 000 km de la Colombie, où il a tant souffert, Raimundo Malagón, 37 ans, n’est pas encore tout à fait tranquille. Dans le café où il nous a donné rendez-vous, au cœur de la capitale, il demande rapidement à changer de place : « Je préfère ne pas tourner le dos à la porte », avoue-t-il, comme aux abois.

Difficile pour ce militaire colombien d’effacer les séquelles laissées par 10 années de captivité aux mains des guérilleros des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), dont les trois dernières aux côtés d’Ingrid Betancourt. Difficile d’oublier l’enfer : les marches forcées dans la jungle, les mains attachées, les campements de fortune, les bêtes féroces, les maladies, la faim. Jusqu’à la cohabitation avec les autres détenus : « Il n’y a pas de solidarité, tout est sujet de discorde. On se dispute même au sujet du soleil ou des arbres entre lesquels tendre son hamac. » Il a jugé Ingrid Betancourt « très humaine à son arrivée, puis guidée par son seul intérêt, comme chacun ». Le 2 juillet 2008, ce lieutenant aujourd’hui promu capitaine a été libéré dans la province du Guaviare, avec les 15 otages réunis autour de la Franco-Colombienne, grâce à l’opération Jaque : « Une prouesse militaire. » Une fausse mission huma­nitaire réussie au nez et à la barbe du terrible Cesar, une pointure des Farc.

Raimundo Malagón ne supportait plus de vivre dans le pays où il a connu l’enfer. Il a saisi l’offre de la France, appuyée par la Fondation Ingrid-Betancourt : un séjour d’études dans l’Hexagone. Il est arrivé à Paris, en août 2009, avec trois autres compagnons d’infortune, dont le policier John Pinchao, à présent hébergé dans le nord de la France, qui avait réussi à s’enfuir en 2007. Raimundo n’a pas eu cette chance : ses deux ­tentatives d’évasion ont tourné court. Il en garde le souvenir effrayé d’une jungle touffue, un fauve à ses trousses. À Paris, il étudie les sciences politiques à l’université – « S’il vous plaît, ne précisez pas où » –, aidé à la fois par l’État français et par le ministère de la Défense colombien.

Pour couper avec le passé, il garde peu de contacts avec ses compatriotes. À cette fin, il a même fait le sacrifice de vivre loin de son père et de ses 10 frères et sœurs – il est le neuvième –, qui l’ont tant soutenu pendant sa détention. Sa mère est décédée d’une maladie pulmonaire un mois avant qu’il soit fait prisonnier. Raimundo se souvient avec émotion des Noël que les siens passaient sur une place de Bogotá, avec le journaliste Herbin Hoyos, ou des messages radio qu’ils faisaient passer dans son émission las Voces del secuestro. Des messages auxquels il enrageait de ne pouvoir répondre. « Quand j’ai décidé de vivre en France, ma famille m’a dit : “C’est terrible, nous allons te perdre une seconde fois.” Mais cela n’a rien à voir. Grâce à Internet et au téléphone, je reste en contact avec eux. Quand j’étais un otage des Farc, j’étais mort. »

S’il vit encore dans la terreur, c’est qu’il a senti la camarde le frôler tant de fois. Au contraire d’Ingrid Betancourt, il n’a pas découvert la foi en détention. « Je me suis plutôt demandé où était Dieu dans cet enfer. » Raimundo, toujours militaire, se félicite que les Farc, peu à peu, perdent du pouvoir. À terme, il croit à un accord de paix avec le gouvernement. Il pense rentrer en Colombie dans deux ou trois ans. Peut-être, d’ici là, son livre sera-t-il traduit et publié en France. Là-bas, las Cadenas de la infamia (les Chaînes de l’infamie) a eu un fort retentissement. Pour Raimundo, l’écrire a été un premier pas vers la résurrection. Le séjour en France en est un autre, parfois entrecoupé de voyages à l’étranger pour témoigner, comme récemment aux Pays-Bas. La troisième étape pourrait être l’amour et la paternité. Car l’ancien otage n’a pas renoncé à vivre.

Son récit en vidéo sur:

http://www.youtube.com/v/WOdKZrgVn4M&hl=fr_FR&fs=1

Livre:

Edition NORMA:

http://www.librerianorma.com/producto/producto.aspx?p=5iM3c8g0G3tbXYwoWaAu7g==

Passé

1972 Naissance dans une famille paysanne.
1994 Devient militaire.
1998 Capturé par les Farc.
2008 Libéré avec Ingrid Betancourt.

Présent

2009 Arrive en août à Paris, où il étudie le français et les sciences politiques à l’université.

Futur

Il espère rentrer dans son pays, une fois refermée sa blessure.

Article de Corine Chabaud - La Vie/publié le 18/02/2010

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mardi 2 mars 2010

ENTRETIEN:INGRID BETANCOURT "PARLER D'AMOUR AU BORD DU GOUFFRE"

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Íngrid Betancourt à Pise (Italie), en 2008.

"Adulée par les uns, mais aussi plus récemment, sévèrement rejetée par les autres, le parcours d'Ingrid Bétancourt n’en reste pas moins exceptionnel; car vivre plus de six ans en captivité dans la jungle laisse des traces." 

http://profile.ak.fbcdn.net/v222/361/66/q100000161516781_1938.jpgpar Vincent Portier

Ingrid Betancourt  de passage au Québec le 23 Septembre 2009 soit, un peu plus d'un an après sa libération le 02 Juillet 2008 a répondu aux questions de la journaliste de Radio Canada, Céline Galipeau  pour tenter de faire le point avec elle sur son passé, son présent et son futur. Cette entrevue journalistique servira de base à une analyse à paraître sur la résilience  pour tenter de comprendre comment peut s'opérer  un transfert positif et la reprise d'une vie "active" face à un questionnement lié à une déroute intime. Ou comment passé de la jungle Colombienne à la jungle médiatique et réussir à défendre sa vérité et ses choix qui semblent souvent en contradiction avec la perception et les attentes des uns et des autres.

Préambule:

Céline Galipeau:

Céline Galipeau est une journaliste québécoise qui est devenue, en janvier 2009, la première femme chef d'antenne de la Télévision de Radio-Canada.Sa carrière journalistique commence en 1985 dans la presse privée. Elle anime des bulletins et écrit des articles, mais choisit ensuite de couvrir directement l'information sur le terrain.Après avoir couvert l'actualité canadienne à Toronto, elle devient correspondante à Londres pendant la Guerre du Golfe. Elle fait des reportages sur la guerre civile algérienne, la guerre de Tchétchénie et la guerre du Kosovo pendant les années 1990.Elle a réalisé de nombreux reportages sur la condition féminine, en particulier ceux portant sur la Conférence des femmes de Pékin en 1995 qui lui ont mérité le prix Amnesty International.Envoyée spéciale en Afghanistan, elle a dû porter le voile pour se renseigner sur la condition féminine dans le pays.De retour au Canada, Céline Galipeau anime l'émission Le Téléjournal en alternance avec Bernard Derome. En janvier 2009, elle a succédé à Bernard Derome comme présentatrice à plein temps du Téléjournal 

L'ENTRETIEN:

Céline Galipeau-Ingrid Bétancourt

Bref rappel des faits:

Adulée par les uns, mais aussi plus récemment, sévèrement rejetée par les autres, le parcours d'Ingrid Bétancourt n’en reste pas moins exceptionnel; car vivre plus de six ans en captivité dans la jungle laisse des traces.

I.B- Le trafic de la drogue, c’est par la guérilla; le trafic de la drogue, c’est fait par les militaires.

C.G. En mai 2001, la jeune sénatrice Ingrid Bétancourt se lance dans la course à la présidence de son pays, la Colombie. Elle a un programme ambitieux : faire la guerre aux trafiquants de drogue. Elle se bat pour bannir la culture de la coca, dont les groupes armés comme les Farc, les forces armées révolutionnaires de la Colombie. Au début des années 90, les rebelles exercent un contrôle total sur d’importantes régions du pays.

I.B- Ici, en Colombie, mais n’importe où, quand quelqu’un veut tuer quelqu’un d’autre, je veux dire, il y a 10,000 occasions de tuer quelqu’un.

C.G. En février 2002, alors qu’elle est dans une zone contrôlée par la guérilla, Ingrid Bétancourt est enlevée à un barrage routier des Farc. Ce n'est qu'après plus de six ans de détention dans la jungle Colombienne, le 2 juillet 2008, qu’Ingrid Bétancourt est libérée avec 15 autres otages, lors d’une opération spectaculaire organisée par le Gouvernement Colombien.

C.G.- Vous étiez peut-être une otage à part des autres.

I.B.- Je pense qu’il y avait de ça. Mais on souffrait parce que j’avais une expédition qui

sentait mauvais peut-être. Je crois que ça rentrait en ligne de compte. Mais oui, ce qui est

vrai, c’est que la cohabitation était terriblement dure.

C.G.- Madame Bétancourt, merci de passer un moment avec nous ce soir.

I.B.- Je vous remercie, c’est un grand plaisir, c’est un grand honneur.

C.G. Madame Bétancourt, ça fait six ans que vous avez retrouvé votre liberté, comment

se passe votre retour à la vie normale?

I.B.- On s’adapte très facilement au bonheur. J’ai l’immense change d’avoir mes enfants

autour de moi, d’avoir maman, d’avoir ma soeur. Évidemment, il y a des choses qui sont

là.

C.G.- Qui restent; par exemple…

I.B.- Le vol de l’hélicoptère, pour moi c’est traumatisant; chaque fois que j’écoute un

hélicoptère, chaque fois j’ai la chair de poule. Il faut comprendre que pour nous dans la

jungle, les hélicoptères c’est l’armée, qu’il fallait faire tout très vite, les sacs à dos, partir

en courant. Et puis c’était le risque de mourir, car chaque fois qu’il y avait confrontation;

alors savait qu’on y paissait. Donc c’était des moments de grande angoisse.

C.G.- Si on se replonge un peu plus d’une année en arrière, je comprends que ça peut être difficile à revivre, quel est le souvenir qui vous marque le plus?

I.B.- Quel est le souvenir qui me marque le plus de mes années de captivité, il y en a

tellement, il y en a tellement. Pour vous dire, je suis en train d’écrire un livre que je

pensais pouvoir écrire en six mois… ça fait presqu’un an et je continue à écrire. Des

souvenirs il y en a tellement, il y en a de très beaux, de très tendres, et il y en a de très

mauvais et il y en a d’autres qu’on ne veut même pas se rappeler.

C.G.- Est-ce que vous aviez constamment la peur de souffrir, de mourir?

I.B.- La peur de souffrir, non; car la peur de souffrir était inhérente à mon état. Il n’y

avait pas un jour sans souffrance. Peur de mourir, non, car à un certain degré, je trouvais

que la mort pouvait être un soulagement. J’ai beaucoup désiré la mort comme un

soulagement. Ce n’était pas une fuite, c’était seulement l’envie d’avoir un répit dans cette

souffrance quotidienne. Mais j’ai eu peur d’autre chose, j’ai eu peur pour mes

compagnons très très fort.

C.G.- Il y a très peu de gens qui savent ce qu’est la jungle; et qui savent ce qu’être otage.

C.G.- Si vous aviez à expliquer un peu au quotidien; qu’est-ce que ce serait?

I.B.- C’est impossible à expliquer. Il faudrait pouvoir se transporter dans un autre

univers, sur une autre planète. C’est une planète dans laquelle on n’a rien, rien. On

dépend de quelqu’un d’autre pour tout; il faut demander la permission pour tout. On est

humiliée, on est maltraitée, on a faim, on est attaqué par toutes les bestioles; c’est un

enfer vivant. Le pire, la pire des souffrances est infligée par la méchanceté humaine. Il

n’y a rien de pire que la méchanceté humaine.

L.G.- Vos gardiens?

I.B.- Oui, les gardiens.

C.G.- Dans toutes les zones de conflits, on utilise souvent le viol comme arme de guerre;

qu’est-ce que ça représentait, le fait d’être femme dans un milieu aussi hostile que celui

de la guérilla des FARC?

I.B.- C’était très, très, très dur. La détention, c’est très dur pour les hommes, mais je

pense que pour les femmes c’est encore plus dur. Parce qu’être seule, femme au milieu

d’hommes, c’est dur. Pour beaucoup de raisons, parce qu’être femme, parce qu’être

femme au milieu des hommes c’est…dur. Parce qu’en plus, c’est une société très

machiste, qui véritablement, méprise la femme. Peut-être qu’ils en ont peur; peut-être

qu’ils ont peur d’être contrôlés par les femmes. La femme qui veut les contrôler, qui veut

les épier, la femme sorcière qui dit des choses (geste – folle).

C.G.- Est-ce qu’on s’en est pris à votre intégrité physique?

I.B.- Il y a des choses, il y a des choses secrètes qui n’ont plus d’intérêt.

C.G.- Des choses qui restent dans la jungle?

I.B.- Des choses qui restent dans la jungle, oui.

C.G.- Et comment on gère le quotidien avec les autres otages quand on se retrouve dans

un contexte comme celui-là?

I.B.- C’était très dur. Un autre de mes compagnon avait été maintenu otage pendant deux

ans tout seul. Le commandant qui avait sa charge, avaient interdit que les gardes lui parle.

Quand je l’ai rencontré, il avait vécu deux ans devant les arbres à parler avec les arbres.

Quand on s’est rencontré tous les deux (…) pendant deux jours il a parlé avec un arbre;

et j’écoutais, j’écoutais, j’écoutais. Il était tellement heureux d’avoir rencontré quelqu’un.

Puis après on nous a mis dans un groupe avec d’autres otages dans une prison, … des fils

barbelés, des conditions d’insalubrité, enfin des conditions très très dures. Et il me disait,

tu sais, j’aurais préféré la solitude que ça. C’est qu’entre otages, il y a beaucoup de

cruauté aussi. Justement, il y a certains de vos compagnons de détention qui vous

reprochent un certain manque de solidarité, comme on n’en a pas beaucoup entendu parlé

ici, on vous reprochait par exemple de ne pas partager des nouvelles que vous entendiez à

la radio, certains livres, de ne pas organiser le système de douches, de ne pas partager les

horaires de douches… Comment vous expliquez… par les difficultés de vivre dans ces

conditions là?

I.B.- Je crois qu’il y a d’abord une question de caractère; il y a des gens qui vous aiment,

il y a des gens qui ne vous aiment pas. On ne peut pas faire autrement. Souvent, ce n’est

pas directement contre vous; c’est ce que vous représentez; et que j’ai eu des relations

difficiles avec certains et j’ai eu des relations extraordinaires avec d’autres.

C.G.- Vous ne niez pas que ces choses aient pu se passer?

I.B.- Je crois que sont sorties, dans le moment et sous la pression de beaucoup de choses,

et je suis si contente d’avoir assez de silence et de respect. Je crois que sont sorties dans

le moment et sous la pression de beaucoup de choses. Je crois que s’il y a quelque chose

pour moi qui est essentiel, c’est l’amour que j’ai pour tous. C’est la seule chose que je

veux récupérer de tout ça. Et puis je suis très (..) aussi. Il est certain qu’il y en a certain

qui ont fait des critiques qui étaient dures; mais il y en a beaucoup d’autres avec qui je

suis en contact tous les jours et qui me soutiennent beaucoup.

C.G.- Qu’est-ce qui vous a tenue pendant toutes ces années là, s’il n’y avait qu’une

chose, qu’est-ce que ce serait?

I.B.- Fondamentalement, je crois que ce serait la présence de Dieu. Dieu comme une

sécurité. De me dire, bon, si Dieu est là, et je crois qu’il est là, ce que je vis n’est pas le

fruit de la mauvaise chance, où du chaos universel, non, il y a une raison. Si je suis là,

c’est parce que j’ai besoin d’être là. Pourquoi? Je ne sais pas. Mais il faut que je

découvre, il faut que j’apprenne. Toutes ces années de captivités ont été pour moi une

réflexion sur la raison de mon partage de ce vécu. Et ça a donné un sens à ce que je

vivais. J’ai pu accepter de vivre en me disant : « un jour, je sortirai » meilleur être

humain, je serai meilleure mère, meilleure amie, meilleure… mieux.

C.G.- « Je reviendrai ici »?

I.B.- Bien sûr que non. Parce que c’est une quête (signe vers le haut) constance. On est…

C.G.- Et ce chapelet? Est-ce que vous l’avez fait dans la jungle?

I.B.- Oui. C’est… je l’ai fait une année après ma capture. J’en avais un autre que j’ai

fait… c’était un bout de plastic; j’avais fait des noeuds, et puis je l’avais perdu dans le

(…), donc je m’étais dis, il faut que je m’en fasse un. Donc je ne savais pas combien de

stations il y avait. Je crois que c’est dix; car je me rappelais papa entrain de prier (se

gratte le front comme pour chercher). C’est donc… je me suis dis c’est peut-être dix,

c’est peut-être quinze; alors je fais quinze. Et puis, quand j’ai été réuni dans les prisons

avec d’autres, il y avait une femme très gentille, qui était très catholique, plus que moi, Et

elle m’a appris, c’est elle qui m’a appris qu’il n’y en avait que dix; alors j’ai mis cette

petite chose là, pour m’arrêter là, parce que tous ceux là, ils sont de trop.

C.G.- Avec le recul, est-ce que ça en valait la peine? Toute la tourmente dans laquelle

vous avez plongé vos proches? Est-ce que…?

I.B.- Bien sûr que non, ça ne vaut pas la peine. Si on a le choix, je veux dire, on ne prend

jamais le choix du plus difficile et de l’horreur, c’est pas possible. Je ne sais pas si on

peut.

C.G.- Est-ce que vous n’auriez pas fait preuve de témérité en allant dans cette zone

contrôlée par les FARCS, alors qu’on vous avait dit que c’était dangereux?

I.B.- C’est une critique qu’on m’a beaucoup faite. On m’a dit partout que c’était

dangereux. Moi, je me suis baladée dans tout le pays en sachant que je traversais toutes

les zones des paramilitaires. J’ai lutté pour avoir des escortes. Et finalement quand je les

ai eues et que je suis allée voir des gens importants pour moi parce que c’était mes amis

qui étaient dans la ville qui avait servi, qui avait accueilli les FARC pour le processus de

paix. Et une fois le processus de paix rompu; ils avaient peur de se faire attaquer par les

paramilitaires, de se faire attaquer par tout le monde, d’avoir (…), d’avoir une vengeance

de ce processus de paix qui avait beaucoup d’ennemis à ce moment là. Et donc ils

m’appellent et je viens, Et voilà, je pense que j’étais entrain de faire ce que je devais

faire. Est-ce que je le referais aujourd’hui, la réponse elle est très simple : si j’avais les

mêmes conditions, je ne savais pas ce qui m’attendait. Mon père était agonisant. Je ne

voulais être qu’avec lui; je n’avais pas envie de faire ce que je faisais. Bon. Mais j’avais

pris l’engagement d’une campagne présidentielle, J’avais des gens qui travaillaient avec

moi, qui avaient mis leur coeur, qui avaient mis leur temps, qui voulaient que j’y aille. Je

ne pouvais pas renoncer. Je ne pouvais pas me débiner. Vous comprenez… ?

C.G.- La politique… le rêve de devenir Présidente de Colombie…?

I.B.- Bon, parlons de rêve… J’ai un rêve, beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus

intime aussi qui est celui de changer le monde. Je n’aime pas le moment que nous vivons.

Je n’aime pas beaucoup de choses que je vois et qui m’irrite (…). Mais j’ai aussi compris,

de ma jungle, qu’il faut se changer soi-même. On ne peut pas exiger que le monde soit en

paix, si on n’arrive pas à vivre tranquillement avec ceux qui nous entourent. C’est, enfin,

à tous les niveaux.

C.G.- Comment vous allez vous y prendre concrètement?

I.B.- Les journalistes (…) j’aime bien, concrètement. J’ai fais une fondation, parce que je

veux faire du concret. C’est une fondation pour la liberté dans toutes les dimensions.

C’est une fondation qui a plusieurs programmes en cours (…). Lorsque j’étais dans la

jungle, M. venait d’un petit village qui s’appelait C. C’était des jeunes; et je pense qu’ils

auraient pu avoir une autre route, une autre vie s’ils avaient pu avoir une autre

opportunité. J’ai un programme dans Calamar (?) pour construire une antenne de la

Fondation, qui va permettre aux jeunes de la localité, de trouver autre chose, digne, qui

ne soit pas la guerre.

C.G.- Donc vous allez retourner en Colombie?

I.B.- Je ne peux pas retourner en Colombie, parce que nous avons de grands problèmes

de sécurité. Et je pense que je ne puis plus courir le risque du malheur de mes enfants et

de ma famille; mais j’ai des gens en Colombie, qui sont là, qui sont dans la région, qui

m’aident. Et j’ai des gens partout dans le monde qui m’aident aussi. Alors chacun fait

selon ce qu’il doit s’occuper. Ceux qui sont en place organisent; et nous qui sommes

dehors, notre fonction est de créer, de faire des antennes, d’apporter les fonds…

financiers, de les chercher, de trouver les fonds pour les produits qui peuvent être

fabriqués là-bas, de façon à leur donner une entrée qui leur permette de vivre dignement.

Et de se retirer du négoce de la drogue et de tout ce que ça amène avec. Et donc, chacun à

son niveau; une chaîne de bonne volonté.

C.G.- Donc ce sera votre action dorénavant?

I.B.- Ah oui! En ce moment, si vous voulez, je suis très prise par mon livre que je finis.

C.G.- Qui va sortir au début de l’année prochaine?

I.B.- Oui.

C.G. Et il y a un film aussi. Vous êtes impliquée dans un scénario de film. Oui. Une fois

que le livre sera fait, ce sera mon deuxième grand projet, et la Fondation.

C.G.- Et qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter en terminant, madame Bétancourt?

I.B.- Plein de bonheur.



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dimanche 8 novembre 2009

FRANCE: "50 MILLIONS DE MOUTONS DANS UN COULOIR"

FRANCE,TOUT RESTE ENCORE POSSIBLE...

Entretien avec un Citoyen Français qui porte encore les espérances de ses concitoyens.

"L'Humanité a besoin actuellement d'Hommes complètement Neuf.
Il n'est ni pour ni contre,il fait les choses parce qu'il faut les faire,
pour le bien être."
Un Citoyen Français.

Fichier:Eugène Delacroix - La liberté guidant le peuple.jpg

La Révolution de 1830 illustrée par Eugène Delacroix dans La Liberté guidant le peuple

Transcription d'un entretien que j'ai recueillis devant un Café Parisien ce matin à 11h00 :

            

J'ai 58 ANS...J'ai fait mon enfance sur la Côte d'Azur...
J'ai passé ma jeunesse entre Nice et Marseille...
En temps d'afflux des Pieds Noirs.. des Trucs.. et tout le bazar et tout ça...
J'ai été à l'école avec des Pieds Noirs,avec des Harkis,avec des Juifs avec tout le bazar et tout...
J'étais à la Mosquée..J'étais à la synagogue..J'étais à l'Eglise...
C'est pour ça que actuellement ...
Je crois "en Rien".
Quand tu vois soit le Curé..l'Imam.. Et le Rabbin...Ils disent exactement la même chose.
Ils sont Monothéistes,ils croivent en un seul Dieu...
Et... en dehors..en dehors de cette "Maison"...
Ils se font la "Guerre"..."Ils s'entretuent"...
Alors...
A qui..ont peu se Fier...
C'est...C'est débile...l'être Humain...C'est.. l'être vivant de cette Planète.. Le plus..Le plus Médiocre.. Le plus Abjecte...
On se créer des Principes sur le compte d'autrui...
Moi...Je suis Le plus beau..le plus Intelligent.. le plus Costaud...Le plus Libéral...Le plus tout ce qu'on veut et tout ça...
L'autre c'est un âne...
Alors qu'est ce que je fais ?
Je prend tout un Armada de Bâtiments de Guerre..Avant c'était des Sabres et tout ça...
Au nom de Qui?...
Au nom de Dieu...
Je vais le Tuer...
Le Prédateur le plus Abjecte actuellement c'est l'homme.
Et il court à sa Perte.
Quand on voit actuellement;
On fait l'amour!..On meurt!..On attrape le SIDA.
On mange!..On meurt!.. On attrape la VACHE FOLLE ou la GRIPPE PORCINE..Le Bazar à la mode.
ON respire!..On crève..Tout est Pollué.
Alors!..Cette homme... Qui soi disant "il" c'est donné un nom à lui un surnom inexistant... Qu'il est Intelligent...
"Je voudrais bien savoir son intelligence..Elle est où?"...
Ah!..Nous sommes civilisés!...
Mais elle est où la Civilisation?...

VP:Est ce qu'il vous reste une Lueur d'Espoir?:

BEN...Absolument pas...En l'Homme?...
En l'homme lui même?...Non.
En Rien du tout!...
Il faut...Parce qu'il faut pas sortir du Vrai système.

L'Humanité a besoin actuellement d'Hommes complètement Neuf.
Il n'est ni pour ni contre,il fait les choses parce qu'il faut les faire.
Pour le bien être.

VP:Est que vous êtes d'accord avec ce qu'a dit Monsieur François Fillon dans une Église à l'enterrement de Monsieur Zeller...?:


Je n'écoute Absolument pas ni la radio,ni la télévision,ni les journaux.
Je suis complètement blasé...
Ça a commencé quand j'étais à la FAC.Avec mon petit vécu à l'époque
Comme j'ai dit...C'est à dire soi disant les religions monothéistes et tout le bazar et tout ça...
Et,je suis complètement blasé des discours,des trucs...
Parce que l'homme actuel ...

Il est devenue Idolâtre.

Il croit même pas en lui,il lui faut un Héros.

Il fabrique des Héros.


Il nous faut...Pourquoi?...
Moi,quand j'étais petit,dans les années 60/70 .
Parce que je suis né en 52.
C'est très simple.
J'ai commencé à réagir...
Parce qu'on est tous contaminés par une culture ou une mode de nos parents !...
Je me suis libéré je crois que c'est au lycée.J'étais au lycée des Olivettes à Grasse
Quand je vois...Il nous faut des héros.
A l'époque,les vieux,c'est à dire à la génération de mon Père et tout ça...
Qu'est ce qui fait?...
Il est footballeur,il est danseur,il est chanteur,il a pas de métier!
C'est gens là qui sont improductifs.
Improductifs.
Il y en a un qui gueule derrière le micro,l'autre il tape dans un ballon,l'autre il fait du Cinéma...
Donc,ces gens là ils sont devenus des Idoles.
On les vénères,on a leur portrait dans la chambre,on rate même son travail ou ses rendez vous pour aller voir un match ou pour écouter quelqu'un qui gueule derrière un micro...

La base d'un pays c'est quoi?

C'est le Constructeur et le Nourricier,c'est à dire le Paysan et l'Ouvrier.

Et ces les gens qui souffrent le plus dans le Monde... Dans le Monde civilisé,s'il vous plait.

C'est les gens,la base,le socle d'une Société,la base de la vie d'une Société c'est le Paysan et l'Ouvrier.

Celui qui construit,celui qui fabrique et celui qui nourrit les gens.
Ces deux catégories sont dans la merde la plus atroce.

Alors comment vous voulez que..que j'écoute le discourt de l'autre...
Il est né avec une cuillère en or massif dans les dents...
Comme l'autre idiot là qui a dit "Monsieur,vous avez augmenté le prix de la baguette deux fois en trois mois,est ce que ça coûte trop cher?"
"Est ce que vous savez combien ça coûte la baguette?" et sa passait à la télévision,le Monde entier l'a vu.
Il a dit"Voilà ça doit pas couter cher entre 4 et 5 euros la baguette."

VP:Qui a dit ça?:

"Un Ministre."

VP:Quel était son nom?:

"Non,je ne vous le dirais pas,vous n'avez qu'à suivre..."
Et l'autre il lui a dit;"Monsieur vous savez,les gens actuellement vivent avec quatre ou cinq cent euros... "Est ce..."
Et lui il a répondu;"Quatre à cinq cent euros par jour c'est bon!"
Et l'autre lui a dit ;"non Monsieur c'est pas par jour,c'est par mois."
Et ces gens là ils font des discours et vous... Vous voulez que je leur donne même cinq minutes de ma vie pour les écouter

VP:Un dernier mot?:

"Rien du tout..."

VP:Merci...

"En France,il y a 63 millions de Français,à part à peu près 10%... donc...

"Il y a 50 millions de moutons dans un couloir!..."

Un Citoyen Français

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vendredi 11 septembre 2009

ENTRETIEN avec Monsieur Alain Jouffroy

Vincent Portier par Vincent Portier

Entretien avec:

Monsieur Alain Jouffroy,Ecrivain,Poète,critique d'art ,Prix Goncourt 2007 de la poèsie pour l'ensemble de son oeuvre.

Commentaire:

"Bonne Anniversaire Monsieur Jouffroy vous qui êtes né un 11 septembre 1928 et qui fêtez donc vos 81 ans parmis nous."

Merci pour ces trois heures d'entretien qui nous ont transportés de France au Japon, de Cuba en Russie,de Troski à Staline,de Fidel à Marx,de Che Guevara à  François Mitterand,de Rimbaud à Aragon...pour ne pas tout oublier."

Lire en bas de page sa biographie et découvrir sont dernier livre "Un jeu d'enfants".

Cette entretien a eu lieu le 30 août 2009.Monsieur Alain Jouffroy a accepté de répondre aux questions qui suivent:

Remarque :Vous retrouverez les réponses et d'autres commentaires de Monsieur Alain Jouffroy  sur ce blog courant Octobre 2009 le temps de faire la transcription de cette entretien enregistré.merci

VP:"Vous disiez c'est avec des mots que Marx et Engels ont écrit leur Manifeste de 1848,avec des mots que Lénine a écrit l'Etat de la Révolution,avec des mots que Rimbaud a montré qu'il fallait changer la vie,avec des mots que Breton a fait le Surralisme,avec des mots que tous les révolutionnaires:Saintjust,Marx,Fourier,Blanqui,Lénine,Fidel,Che Guevara et Malcom x,ont entrainé des Actes."Pensez vous aujourd'hui que les mots dont ces hommes ont usés librement,c'est à dire consciemment,et en assumant les risques de toutes leurs conséquences ont permis de guérir de la cécité mentale ceux qui les ont entendus?

VP:"Pensez vous toujours que la plupart des chefs de gouvernement parlent strictement pour ne rien dire et méprisent à tel point la parole que leurs propos contredisent leurs actes,et dont les discours ne font que détourner le sens de la politique véritable?"

VP:"Pour vous,reste t'il en France des hommes qui soient de véritablent politiques dont le travail du langage,par le langage et dans le langage constitue,en soi,s'il est mené jusqu'au bout,consciemment,et avec une intrépidité assez grande,l'une des formes révolutionnaires les plus nécessaire et les plus fondamentales?"

VP: "Quel sens a le mot "révolutionnaire pour vous aujourd'hui"?"

VP: "Qu'entendez vous par l'abolition pré-révolutionnaire de l'art?"

VP: "Avec le recul pensez vous que la révolution Cubaine à laquelle vous avez assisté de 1963 à 1967 en vous rendant à Cuba ou vous avez rencontré Fidel Casto et Che Guevara a réussi à vaincre l'impérialisme Américain en même temps que le capitalisme dans sonpays et que son exemple a permis aujourd'hui à l'Amérique Latine de prendre son indépendance vis à vis de ses voisins Nord Américains qui considérés il y a encore peu de temps que "l'Amérique Latine est un continent perdu"?"

VP: "Pensez vous que Cuba a réussi a jouer un rôle mondial sur le plan culturel et politique?"

VP: "Les mots sont ils des armes pour vous?"

VP: "Pour vous le France a t'elle avancée,reculée ou bien stagne t'elle depuis les 40 dernières années?"

VP: "Etes vous d'acord avec les propos de Monsieur François Fillon lorsqu'il dit en parlant de monsieur Adrien Zeller je cite:"Il n'était l'homme d'aucun parti si ce n'est le parti des homes de bien et sa disparition nous invite à un comportement digne.Nous ne sommes ni des vedettes,ni des stars,mais des élus au service d notre pays et de nos concitoyens."

VP: "Plus largement pensez vous qu'il reste en France des Hommes susceptibles de revenir sur ce chemin?"

VP: "Vous venez de parcourir le livre "De Gaulle Inventaire,la culture,l'esprit,la foi"du Professeur Alain Larcan,Président du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle,qu'en pensez vous?"

VP: "Votre dernier livre a pour titre "Un Jeu d'Enfants" de quoi parle t'il?"

VP: "Quel sont vos projets présents?"

VP:"Un dernier mot?"

Biographie

Alain Jouffroy est né le 11 septembre 1928, près du Parc Montsouris. Très jeune, son rapport au langage est marqué par le scandale Stavisky et le déclenchement de la révolution de 1936, auquel il assiste par hasard. Du haut de ses huit ans, fasciné par cet épisode, il décide de l'écrire sur des carnets pour pouvoir, après son rapatriement, le raconter à son entourage.

Durant la guerre, réfugié avec sa mère dans un village du Jura, il lit beaucoup et commence à peindre. Mais sa carrière littéraire sera surtout profondément influencée par la lecture des œuvres d'André Breton, qu'il rencontre par hasard en 1946 au Grand Hôtel d'Angleterre de Huelgoat. Devenu, à l'instigation de celui-ci, membre du mouvement surréaliste, il y rencontre le peintre Victor Brauner et les poètes Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian, Jean-Dominique Rey et Claude Tarnaud, avec qui il en est exclu dès 1948 pour "travail fractionnel". De cette expérience douloureuse, dont Henri Michaux et Francis Picabia, qu'il rencontre alors, lui font mesurer le caractère précieux pour sa propre indépendance, se dégagera une trajectoire originale, toujours tendue entre la tentation de l'action collective et celle de l'autonomie poétique, tension qu'il conceptualisera ultérieurement sous les noms de "Société secrète de l'écriture" et d'"individualisme révolutionnaire".

Les années 1950 voient ses travaux d'écrivain et de critique d'art connaître une première reconnaissance. Il collabore alors régulièrement aux magazines Arts et L'Œil. C'est également à cette époque qu'il épouse l'artiste vénitienne Manina (1918-), dont l'assassinat de la fille Nina Thoeren en 1959 lui inspirera, ainsi que le suicide, la même année, du poète et sculpteur Jean-Pierre Duprey, une féconde méditation sur la tragédie existentielle dans la poésie, et une volonté jamais démentie de promouvoir la vitalité du langage.

C'est au tournant des années 1960 que s'affirme pleinement son influence dans l'art d'avant-garde. Marqué par sa rencontre avec Marcel Duchamp et les débuts de sa longue amitié avec Daniel Pommereulle et Matta, il organise en 1960 et 1961, en compagnie de Jean-Jacques Lebel, les Anti-Procès, manifestations contestant la validité de tout jugement, dans un climat politique très dur. Il est alors un des premiers introducteurs en France des artistes du Pop Art, et des poètes de la Beat Generation, dont il fournit en 1965 une anthologie. Réconcilié avec André Breton, il contribue également à rendre accessible la poésie surréaliste dans la collection de poche "Poésie", qu'il fonde alors aux éditions Gallimard.

Les événements de Mai 1968, au cours desquels il déploie une grande activité au sein de l'Union des Écrivains qu'il co-fonde avec Jean-Pierre Faye, sont une première rupture dans sa "Trajectoire" (titre d'un poème qu'il publie en février de la même année en hommage à Régis Debray), en lui fermant durablement les portes de l'intelligentsia parisienne et en le restituant à son indépendance. Alors proche de Louis Aragon, qui lui confie avec une grande liberté des pages des Lettres Françaises, il renouvelle l'opération de mise à jour créative entamée dans la décennie précédente, en défendant les peintres de la Figuration narrative, et en publiant un certain nombre de jeunes poètes qui se révèleront les plus importants de leur époque (ceux du Manifeste électrique aux paupières de jupe, notamment Michel Bulteau et Matthieu Messagier, et ceux du Manifeste froid, entre autres Jean-Christophe Bailly et Serge Sautreau), avec qui il fonde les Éditions étrangères en association avec Christian Bourgois.

Il fournit alors la part la plus significative de son œuvre, aussi bien en critique d'art (Les Pré-voyants, 1974) qu'en poésie (Dégradation générale, 1974 ; Éternité, zone tropicale, 1976). Il publie d'importants essais (De l'individualisme révolutionnaire, 1975, Le Gué, 1977) et un roman autobiographique courageux, inventif et novateur, étrangement ignoré (Le Roman vécu, 1978). Éloigné de la revue Opus International, qu'il a co-fondée en 1968 avec Jean-Clarence Lambert, il dirige de 1974 à 1981 XXe Siècle.

Une seconde rupture intervient dans son œuvre et sa pensée au début des années 1980, moment de sa séparation avec sa troisième femme Adriana Bogdan et d'une rencontre progressive mais passionnée avec la civilisation extrême-orientale. Nommé conseiller culturel auprès de l'Ambassade de France à Tokyo, poste qu'il occupe de 1983 à 1985 et dans le cadre duquel il organise les deux premiers sommets culturels franco-japonais, il y trouve surtout l'occasion de développer une curiosité ancienne pour le bouddhisme zen. Son souci d'efficacité du langage se trouve alors intensifié par celui d'un rapport non-virtuel au réel, qui nourrit sa préoccupation de l'indépendance créative des individus et s'exprime dans sa notion fondatrice d'Externet.

Son retour en France le voit durablement marginalisé au sein du milieu intellectuel, en dépit de la création du Club avec Félix Guattari, société informelle regroupant entre 1987 et 1989 plusieurs dizaines d'artistes et écrivains autour de la rénovation de la notion de communauté ; et de sa rencontre avec le peintre Christian Bouillé dont l'œuvre, plus qu'aucun autre, renouvelle son regard. Depuis le début des années 1990, il a entamé une œuvre significative de Posages à la frontière du collage et du montage, et entretient toujours un vif dialogue avec le monde extrême-oriental, où son œuvre est relayée par celle de ses amis Gôzô Yoshimasu et Makoto Oôka. Sa pensée, progressivement condensée en une méditation poétique héritière de Nietzsche et de Rimbaud, a également trouvé une nouvelle résonance dans une génération de jeunes écrivains, un temps regroupés au sein du mouvement Avant Post.

Alain Jouffroy a obtenu en 2007 le prix Goncourt de la Poésie pour l'ensemble de son œuvre

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UN JEU D'ENFANT

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    Commentaire sur le livre UN JEU D'ENFANT

    Alain Jouffroy - poète, essayiste, artiste, mais surtout critique d'art de grand talent - aborde, au cours de différents entretiens, à la fois sur le mode de l'écrit et de l'oralité, et passant sans cesse «du coq à l'âne», des sujets aussi divers que ses voyages du Maghreb à l'Extrême-Orient, Andy Warhol, la mort de sa belle-fille Nina Thoeren ou bien encore Marcel Duchamp, mêlant ainsi son propre quotidien, sa propre expérience de vie, aux réflexions du critique d'art ou encore aux méditations plus métaphysiques de l'homme tentant de s'ajuster à l'ordre (ou au désordre) du monde...

    Posté par PORTIER VINCENT à 15:36 - ENTRETIENS - Commentaires [0] - Permalien [#]


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