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mardi 22 juin 2010

Chronique: Du rôle de Père à la fonction de Père de la Nation...De Gandhi à Obama..De l'image de l'homme à la place du Père.

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© AFP | Photo en haut à gauche:Un Père & son fils/Photo en haut à droite:Gandhi & sa fille/Photo ci-dessus:Barack Obama entouré de ses deux filles Sasha (d) et Malia (g), le 4 janvier 2010 à Washington

Du rôle de Père à la fonction de Père de la Nation...

« Quelle différence cela fait-il aux morts, aux orphelins et aux sans-abri que la destruction aveugle ait été amenée au nom du totalitarisme ou au nom sacré de la liberté et de la démocratie ? » « Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer. » Le Mahatma Gandhi

Obama affirme qu'être père est son "métier le plus important"

« Dans ma vie, j'ai été avocat, enseignant, sénateur, et maintenant président des Etats-Unis. Je peux dire sans hésitation que le métier le plus difficile, le plus gratifiant, le plus important que j'aurai exercé lors de mon séjour sur cette terre est d'être le père de Sasha et Malia », a-t-il affirmé face à 300 personnes réunies dans une salle de Washington. . Barack Obama a deux filles, Malia, 12 ans et Sasha, 9 ans.La fête des pères était célébrée dimanche aux Etats-Unis. M. Obama, qui a été élevé par sa mère et ses grands-parents, son père Barack senior ayant quitté sa mère lorsque le futur président des Etats-Unis était très jeune, a saisi cette occasion pour insister sur l'importance d'être un bon père....

A lire sur ce sujet:Trois poids, trois mesures... Le Mahatma Gandhi, Barack Obama, Aminatour Haïdar sur: http://www.legrandsoir.info/Le-Mahatma-Gandhi-Barack-Obama-Aminatour-Haidar.html

De l'image de l'homme à la place  du Père: Le plus court chemin vers demain...

Vincent Portier Vincent Portier

Il est difficile d'être un être humain, très difficile d'être un bon père, mais tout à fait possible. Pour le devenir, il n'est pas du tout indispensable de faire le beau, encore moins en donnant sa main au diable. Pas du tout obligatoire. J'en suis intimement persuadé. Les idoles... du foot ou de la religion...les "Peoples" d'ici ou d'ailleurs représentent aujourd'hui le rêve incarné... " l'autre Père ", le premier étant souvent absent, occupé, maltraitant ou mort.Alors en ce début de XXIe siècle, la source principale de nos civilisations n'est-elle justement pas de revenir à la juste place du Père, celle du garant de notre avenir de demain, de la protection de nos fils, de nos filles, de notre héritage culturel, de notre "patrimoine mondial"...

A titre d'exemple,Hervé Guesquière,Stéphane Taponier et leur accompagnateurs, en otages depuis Decembre 2009 en Afghanistan ne sont ils pas des Pères...Les hommes ont besoins d'icônes pour vivre....en voici deux, ils ne sont pas footballeurs, ils ne chantent pas, ils n'ont pas une rolex en or au poignée mais des chaînes qu'ils portent, les nôtres...Nous sommes tous des Hervés et Stéphanes, des hommes, des pères, des personnalités,des individus doués de conscience, du moins cela devrait être....

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité"

Article 1 de la Déclaration de Droits de l'Homme

Vidéo:Thomas Sotinel, critique cinéma au "Monde", présente "35 Rhums", le nouveau film de la réalisatrice française, Claire Denis.

ETRE UN PERE ET UN CHEF DE FAMILLE EN 2010...

"Il n'y a qu'un aventurier au monde, et cela se voit très notamment dans le monde moderne : c'est le père de famille. Les autres, les pires aventuriers ne sont rien, ne le sont aucunement en comparaison de lui."

Cette assertion est délibérément et doublement provocatrice, puisqu'en guise de sainteté elle fait l'éloge de l'aventure et qu'en guise d'aventurier elle semble choisir M. Prudhomme. Péguy le sait : nul n'est, en apparence, plus pantoufflard, plus (petit-)bourgeois que le père de famille. Il sait aussi que les libertins, les bambocheurs, les explorateurs, les brûleurs de chandelles par les deux bouts, tous ceux qui revendiquent pour eux l'aura de l'aventure, daubent à l'infini sur ce lourdaud engoncé et pusillanime.

Mais il connaît également, pour en avoir lui-même fait l'épreuve, l'étrange particularité, la désappropriante propriété dont est pourvu le père de famille : "Les autres ne souffrent qu'eux-mêmes. Ipsi. Au premier degré. Lui seul souffre d'autres. Alii patitur.Lui seul, autrement dit, déjoue les contraintes de la finitude : son être déborde son moi.

Et que lui vaut cette prouesse ontologique, ce n'est pas un pouvoir accru, c'est une vulnérabilité plus grande.

petfPhoto© Dan Hayon:C'est l'archétype du Père, ce regard assuré vers l'horizon, cette barbe et ces grosses paluches sécurisantes dans laquelle l'enfant s'abandonne avec tendresse.

Il souffre d'autres, qu'on appelle à tort les siens, car ils ne sont pas à lui, mais lui à eux : il n'est pas leur possesseur, il est leur possession, il leur appartient, il leur est livré, il est, risque même Péguy, leur "otage". Pour le dire d'une autre métaphore, ce chef de famille n'est pas un pater familias, mais un roi déchu qui a fait, en fondant un foyer, le sacrifice de sa liberté souveraine.

Avant d'avoir charge d'âmes et de corps, il était seul maître de sa vie; le voici désormais assujetti, dépendant, privé de la possibilité de trouver refuge en lui-même : le confort du quant à soi lui est définitivement interdit.

pptAinsi le bourgeois n'est pas celui qu'on pense : littéralement et constamment hors de lui, le père de famille mène l'existence à la fois la plus aventurière et la plus engagée qui se puisse concevoir. D'une part, il est exposé à tout et le destin, pour l'atteindre, n'a pas besoin de tireurs d'élite, il lui suffit de frapper au hasard dans l'un quelconque de ses membres : "C'est lui, mon ami, qui les a, et lui seul, les liaisons dangereuses".

D'autre part, il est responsable de tout, et même de l'avenir, même du monde où il n'entrera pas : "Il est assailli de scrupules, bourrelé de remords, d'avance, (de savoir) dans quelle cité de demain, dans quelle société ultérieure, dans quelle dissolution de toute une société, dans quelle misérable cité, dans quelle décadence, dans quelle déchéance de tout un peuple ils laisseront [sic], ils livreront, demain, ils vont laisser, dans quelques années, le jour de la mort, ces enfants dont ils sont, dont ils se sentent si pleinement, si absolument responsables, dont ils sont temporellement les pleins auteurs. Ainsi rien ne leur est indifférent.

Rien de ce qui se passe, rien d'historique ne leur est indifférent."Bourrelé de remords, dit Péguy, et il donne à entendre dans ce participe à la fois le tourment et la graisse. Car les moqueurs ont raison : le père de famille est gros. Il est même deux fois trop gros : trop gros, trop gauche pour décoller du monde, et trop gros pour y évoluer avec quelque chance de succès. Trop gros pour monter au ciel et trop gros pour la course, le concours et la concurrence, c'est à dire pour la loi politique du temporel. Trop gros pour fuir, trop gros pour gagner. Bref, il est handicapé. Mais, ajoute aussitôt Péguy en réponse au sarcasme des sveltes, c'est précisément cette double entrave, cette maladresse et cette adhérence ontologiques qui condamnent le père de famille à l'aventure et qui font la valeur mystique de sa vie.
("Le mécontemporain" par Alain Finkielkraut)

UNE ANALYSE DU PERE...

'La Création d'Adam' par Michel-Ange , chapelle Sixtine, à Rome : Les deux mains s'élançant l'une vers l'autre de façon irrésistible sans jamais parvenir à se joindre. La mains du Père et celle du Fils, l'une venant de l' esprit, l'autre partant du corps.Raison et sentiment...

P_Lancrey_javal_cure_st_loule Père Christian Lancrey-Javal

"Etre Père et chef de Famille par le Père Christian Lancrey-Javal"

"Il y a quelque chose que je n’ai pas et que je n’aurai jamais : je n’aurai jamais l’âge de mon père. J’aurai le même âge que celui qu’il a eu à un moment de sa vie, mais nous ne serons jamais à égalité : il y a, entre un père et son enfant, la distance irréductible du temps et de l’expérience."

Le père est par nature celui qui devance le fils (le fils ou la fille – j’emploierai l’un pour les deux dans les lignes qui suivent), qui est plus avancé en âge. Même s’il reproduit le même schéma : un de mes amis père de famille me disait : « je m’entends dire à mon fils ce que mon père me disait. Et je suis sans illusion sur ce qu’il comprend vu que moi à son âge je ne comprenais rien ». Voilà une parole humble et lucide, et fraternelle.

Le 1er acte de paternité, l’acte fondateur (en terme de responsabilité et non pas de sensation) est un acte d’amour et de renoncement. A proprement parler, un sacrifice. Un sacrifice pour le père, et une condition de liberté pour le fils.

Nous définissons le Père comme celui qui engendre, qui donne la vie. Il fait bien plus que cela : il se sacrifie en son Fils, parce qu’il est celui qui donne la liberté tout autant que la vie. Il est celui qui libère, qui accepte, et c’est si mystérieux de la part de Dieu, que sa place soit relative. Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré du pays d’Egypte, et, qui en te libérant, te donne la liberté d’être infidèle. Qui accepte, par amour, la possibilité de te perdre.

Dans l’Histoire, et dans la vie quotidienne, la difficulté de ce renoncement du père se manifeste dans la tentation permanente pour les hommes « d’installer » leur fils à leur place. Si la Bible accorde une telle importance à la monarchie héréditaire des premiers siècles, c’est parce que s’y trouve cette propension pécheresse à se survivre par soi-même en son fils.

A l’inverse, la véritable paternité se fait dans la liberté laissée aux enfants de suivre leur propre route, et on en trouve l’expression la plus scandaleuse dans la parabole du fils prodigue, dans la revendication du fils de disposer de l’héritage du père : « donne-moi la part qui me revient ».

En renonçant à disposer pour lui de son fils (ou de sa fille), le père humain reconnaît la nature relative de la paternité humaine : elle est effectivement relative, seconde, « participée ». Le père humain est le fils d’un père précédent. Même Adam, dans la généalogie de Matthieu, est dit fils – fils de Dieu. Il existe une seule paternité absolue, celle de Dieu : « vous n’avez qu’un seul père, votre Père des Cieux ».

C’est de cette paternité-là que nous devons partir pour comprendre ce que signifie aimer, engendrer, éduquer, et non l’inverse. Le plus grand obstacle à la foi chrétienne consiste à se faire une idée de la Paternité de Dieu à partir de la paternité humaine, à imaginer Dieu à partir des expériences si restreintes que nous avons de l’amour. Tout ce que nous connaissons de la paternité dans l’ordre humain est une paternité relative, déléguée, seconde, une paternité participée. Mieux : une paternité héritée.

Et je transmets à mon tour, de façon plus ou moins lucide et consciente, l’héritage que j’ai reçu, héritage biologique, psychologique, culturel et spirituel. Quand elle est volontaire, cette transmission s’appelle l’éducation. Le père est un éducateur. Le père instruit ses fils. La principale responsabilité du père est l’éducation.

Le rôle du père est de fixer des objectifs – de donner une mission, tracer un chemin. En prenant garde à ne pas fixer des objectifs que l’enfant ne pourrait pas atteindre, à ne pas proposer des choix qu’il ne peut pas faire (spécialité de notre époque). En prenant garde à sanctionner les fautes et les dérapages : instruire, c’est aussi sanctionner, non pas suivant des critères subjectifs, mais en respect des Commandements de Dieu.

Il faut avoir une vision plus large qu’intellectuelle de l’éducation et de la formation : de même que nourricier ne signifie pas alimentaire, car l’homme ne vit pas que de pain, la formation est morale et spirituelle, qui s’accomplit dans l’ordre de l’amour. L’Eglise le rappelle chaque Samedi (soir) : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répèteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé » (Dt 6, 4-8a).

Une 3ème responsabilité du Père est symbolisée dans le pouvoir de nomination : le père donne son nom à son fils. On le voit de façon spectaculaire à la naissance de Jean-Baptiste comme dans l’annonce faite à Joseph : « elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus » (Mt 1, 21).

Ce pouvoir a été mal compris, et c’est pourquoi le passage de l’évangile de saint Matthieu où Jésus demande à ses disciples de ne donner à personne le nom de Père (« n’appelez personne votre ‘Père’ sur la terre ; car vous n’en avez qu’un, le Père céleste », Mt 23, 9) gagne à être mis en parallèle à la rencontre chez saint Luc du jeune homme riche, un notable qui l’appelle : « Bon maître » - « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul » (Lc 18, 19).

Cette discussion (pourquoi m’appelles-tu bon) n’est pas de pure forme, qui concerne le pouvoir de parole du père. Il recouvre toute la désignation des choses, comme le montre le deuxième récit de la Création, cf. Gn 2, 19 : le Seigneur amena à l’homme toutes les créatures « pour voir comment celui-ci les appellerait : chacune devait porter le nom que l’homme lui aurait donné … ». Ce n’est pas un pouvoir de domination, mais d’aide : il vise une aide qui lui soit assortie. Le père (spirituel) est celui qui aide à nommer, à mettre des mots dessus : ce que tu ressens, c’est ça. Ce que tu fais, c’est ça. « Ce que tu fais là ne s’appelle pas ‘prendre du bon temps’, mais perdre son temps ! ».
Au-delà des applications morales, le père a surtout le pouvoir de dire à son enfant qui il est : un enfant de Dieu.

La 4ème responsabilité du Père est de protéger. En étant présent : la mission du Fils de Dieu est de rendre le Père présent. Nous viendrons chez Lui. Qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. Le « père absent » est la plus grande atteinte à la paternité, parce que son rôle est de veiller. D’être là : pour protéger, pour nourrir, pour instruire. Pour veiller. D’où la place éminente, suréminente même, de saint Joseph. L’acte d’adoration des enfants de Dieu signifie de la façon la plus forte la présence du Père. Invisible, spirituelle, source de lumière, de chaleur et de sécurité. Ne craignez pas.

Si le rôle du père est de protéger, et de protéger par amour, et non pas comme un bien précieux qui m’appartiendrait, et que je possèderais au point que je préfèrerais le détruire plutôt qu’il ne tombe en des mains étrangères … Bref, si c’est l’amour qui conduit le père, c’est aussi indissociablement le pardon.

Il lui incombe de pardonner, comme il s’est évertué à instruire, comme s’il est résolu à châtier, comme il a appris à renoncer : pardonner, c’est renoncer – à une certaine idée de la justice, à la tentation de la vengeance.

Le fils tôt ou tard va se heurter au père, pour trouver ses propres limites, et acquérir sa liberté. Cette confrontation ne signifie pas qu’il doive « tuer le père », suivant ce mythe aux emplois pervers. Il va se heurter à son père, comme nous passons notre temps à nous heurter à nos frères, sans que cela fasse de la vie fraternelle une vie de conflits et de compromis, mais une construction permanente : l’amour est vivant et l’homme est pécheur.

Lors de l’Angélus du 4ème dimanche de Carême (14 mars 2010), commentant la parabole du fils prodigue, Benoît XVI disait que « les deux fils représentent deux modes immatures de relation avec Dieu : la révolte et une obéissance infantile ». Et il ajoutait : « Ces deux formes se surmontent grâce à l'expérience de la miséricorde. Ce n'est qu'en faisant l'expérience du pardon, en nous reconnaissant aimés d'un amour gratuit, plus grand que notre misère, mais aussi que notre justice, que nous entrons finalement dans une relation vraiment filiale et libre avec Dieu ».

L’expérience du pardon est indispensable à notre maturité. Qui me pardonne m’élève.

Père Christian Lancrey Javal
curé de Saint-Louis d'Antin

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vendredi 2 avril 2010

ANALYSE:TCHETCHENIE,DEUX SIECLES DE RESISTANCE DANS LE CAUCASE...

DMITRI MEDVEDEV & VLADIMIR POUTINE

Où en est exactement le conflit entre la Tchétchénie séparatiste et la Russie alors que le président Dmitri Medvedev a effectué jeudi une visite surprise au Daghestan, république russe du Nord-Caucase, où il a déclaré que la Russie devait réduire à néant les responsables d'une série d'attentats suicide qui ont fait plus de 50 morts cette semaine à Moscow et au Daghestan.Attentat à Moscow où les auteurs sont deux femmes de sympathisants Tchétchénes morts durant la guerre.

Interview du père de la terroriste de la Loubianka sur: http://fr.rian.ru/video/20100407/186414538.html

Remarque du Webmaster:Depuis la parution de cet article le 02 Avril 2010,la censure sur Internet a supprimée certaines vidéos sur le serveur  Daily-motion .Seul reste le titre sous ces vidéos (à lire).

vidéo:Tchétchénie,no comment...

Russes et Tchétchènes dans l’étau de la guerre...

En décembre 1994 éclatait la première guerre de Tchétchénie. Dix ans plus tard, la guerre, qui a repris en 1999 après une trêve de trois ans, se poursuit, dans une quasi-indifférence internationale, malgré le simulacre de « normalisation » vantée par le pouvoir russe. Seules des actions dramatiques et de plus en plus spectaculaires perpétrées par des commandos terroristes réveillent sporadiquement l’attention médiatique. Désormais, c’est sous l’angle de l’islamisme que l’on se contente bien à tort de déchiffrer les tenants du conflit. Or pour comprendre les racines profondes des deux guerres successives, il faut saisir l’impact historique de la conquête coloniale russe, puis de la domination soviétique dans les relations entre la Tchétchénie et la Russie. C’est de ce passé qu’est née la revendication d’indépendance des tchétchènes. C’est également de ce passé que procèdent les évolutions de l’islam tchétchène, islam dont les liens avec le terrorisme international apparaissent très largement surestimés. La principale caractéristique de cette guerre et ce qui fait son drame, c’est le huis clos étouffant dans lequel se trouvent réunis Tchétchènes et Russes, avec leur histoire et leurs relations singulières. Un vase clos qui rend d’autant plus douteuse la rhétorique de V. Poutine faisant de la Tchétchénie un front de lutte contre le terrorisme islamiste mondialisé : façon subtile d’évoquer l’international pour rester maître de ce qu’il nomme une « affaire intérieure ».

Extrait de "Tchétchénie, une affaire intérieure ?",avec Silvia Serrano,Anne Le Huérou, Aude Merlin, et Amandine Regamey, Collection CERI/Autrement, Paris, 168 pages.

vidéo:Tchétchénie,citadelle imprenable

Les relations avec la Russie ont été conflictuelles dès les premières tentatives de coloniser le Caucase. Dès la fin du XVIIIe siècle, le cheikh Mansour lançait la résistance puis, au XIXe siècle, les Tchétchènes ont combattu plus de trente ans aux côtés de l'imam Chamil, lui-même originaire du Daghestan. La colonisation n'a jamais complètement abouti, et des révoltes ont émaillé la période soviétique, jusque dans les années 30.

La déportation de l'ensemble de la population en février 1944 devait mettre le point final à la pacification. Les Tchétchènes n'ont toutefois pas été les seuls à résister à la Russie ou à être déportés, mais ils sont les seuls à avoir conservé leur statut de peuple majoritaire sur leur territoire. Depuis leur retour et le rétablissement de leur République (en 1957), alors que la proportion de "nationaux" augmentait par rapport à celle des Slaves, l'équation "un peuple=un territoire", pierre angulaire de la politique soviétique des nationalités, s'est affirmée, renforçant d'autant plus les revendications nationalistes que leur légitimité était alimentée par une mémoire historique tragique.

vidéo:Combattants Tchétchénes

La Russie mène-t-elle en Tchétchénie une guerre contre le terrorisme islamiste ?

Les premiers "barbus" ne sont apparus qu'en 1995-1996, comme conséquence de l'isolement de la République et de la déstructuration sociale liés au premier conflit. Il convient toutefois de se méfier du terme "islamisme" qui recouvre des réalités très variées. Les groupes radicaux jouissant de généreux financements étrangers, et dont il est difficile de mesurer le poids réel, sont entrés en opposition avec les confréries soufies qui structurent l'islam traditionnel tchétchène. Les attentats terroristes (notamment les terribles prises d'otages du théâtre de la Doubrovka en 2002 et d'une école à Beslan en 2004) qui se sont multipliés avec l'affaiblissement de la résistance et l'éloignement de toute perspective de règlement négocié, n'avaient pas tous la même dimension religieuse, les revendications restant le retrait des troupes russes.

Le spectre du terrorisme islamiste a en revanche été utilisé par Moscou pour justifier une campagne dont les buts sont flous, multiples, fluctuants et différents selon les acteurs. Au-delà des perspectives purement électorales (la guerre ayant contribué à imposer Poutine comme héritier de Eltsine), la Tchétchénie devait permettre, à bon compte semblait-il, de restaurer l'image de grande puissance d'une Russie "humiliée" par la perte de l'empire et la perspective de l'extension de l'OTAN à l'Est.

L'absence d'une véritable politique caucasienne de l'Etat fédéral et la délégation des responsabilités au niveau local ont pu encourager tous ceux à qui la guerre profite. Contrôle des matières premières, mainmise sur les fonds alloués à la reconstruction, pillage et rançonnement des populations civiles : l'appropriation des ressources liées à la guerre ont souvent constitué la logique principale de sa poursuite, même si la pacification était le but avoué.

vidéo:L'enfer des troupes Russes

Quelle est la différence entre le premier conflit de Tchétchénie (1994-1996) et le conflit actuel ?

L'adhésion de l'opinion publique russe à la reprise de la guerre contraste nettement avec la période 1994-96. Les médias y sont pour quelque chose car les télévisions russes diffusaient alors largement les images des destructions, les interviews des chefs de guerre, et des mères de soldat à qui les combattants tchétchènes rendaient leurs fils prisonniers. Les leçons en ont été tirées et, en 1999, la guerre de l'information a précédé les opérations terrestres. Les attentats meurtriers de l'été ont renforcé l'image du Tchétchène sanguinaire, même si l'identité des auteurs reste inconnue. Des règles drastiques sont imposées pour les correspondants dans la région : l'assassinat en octobre 2006 d'Anna Politkovskaïa, de Novaya gazeta (www.novayagazeta.ru) rappelle les risques considérables encourus par les rares journalistes à couvrir le conflit, les ONG ayant, elles, un accès restreint à la République.

vidéo:Un soldat Russe raconte...

En quoi la guerre reflète-t-elle l'état de l'armée russe ?

Comme le premier conflit, elle reflète certains problèmes endémiques de l'armée russe : soldes non ou irrégulièrement versées, conscrits envoyés au combat sans préparation, concurrence entre les différents corps, entre les différents ministères de force. Cela dit, les exactions commises en Tchétchénie ne sont pas imputables à la déliquescence des troupes et aux abus d'une soldatesque hors contrôle : leur caractère organisé atteste d'une volonté de destruction d'un peuple. Les camps de filtration, par exemple, sont constitués en véritable système. La découverte récente de charniers témoigne du caractère massif des crimes contre les civils. La hiérarchie militaire et politique encourage, organise et couvre les exactions, comme en témoigne le procès du colonel Boudanov, accusé du meurtre d'une jeune Tchétchène, qui tourne à la réhabilitation des militaires accusés de crimes de guerre. L'élection du général Chamanov au poste de gouverneur de la région d'Oulianovsk montre à quel point des militaires qui devraient être traduits devant des tribunaux pour crimes de guerre jouissent d'images positives.

Troupes russes évacuant des enfants ossètes lors du massacre de l’école de Beslan perpétré par des terroristes tchétchènes (photo Itar-Tass) SEPTEMRE 2004

L'évolution interne de celle-ci a également joué un rôle. L'incapacité des autorités tchétchènes indépendantistes à endiguer la criminalité a contribué à rendre leur cause peu populaire. Alors qu'avec l'accord signé par les présidents Eltsine et Maskhadov en mai 1997, qui mettait un point final au premier conflit, les perspectives d'une reconnaissance de l'indépendance et de la normalisation des relations avec la Russie nourrissaient tous les espoirs, aujourd'hui la population tchétchène, démunie de tout, épuisée par sept ans de guerre, découragée par les dissensions internes de ses dirigeants, abandonnée à son sort par la communauté internationale, est dépourvue de tout projet.

Quelles sont les répercussions du conflit au niveau régional ?

Elles ont longtemps été limitées, donnant tort aux Cassandre qui prédisaient un embrasement général du Caucase, voire une réaction en chaîne emportant toutes les entités "nationales" de la Fédération russe. En réalité, le précédent tchétchène joue plus comme repoussoir que comme modèle. Toutefois, la poursuite des opérations militaires entraîne une violence accrue dans l'ensemble du Caucase du Nord, qu'elle soit imputable à l'action de combattants qui jouent la carte de l'extension géographique, ou qu'elle soit due à la rupture d'équilibre sans lien direct avec le conflit tchétchène. Le recours systématique à la violence en Tchétchénie même produit de l'instabilité dans l'ensemble du Caucase du Nord, à tel point que les régions limitrophes sont aujourd'hui tout autant le théâtre des opérations. Sur le moyen, voire le long terme, cette évolution peut avoir des conséquences imprévisibles, y compris dans le Caucase du Sud, notamment en Géorgie.

En revanche, la guerre n'affecte fondamentalement pas les relations entre la Russie et les autres pays de la région, l'Iran et même la Turquie, qui adopte également une attitude réservée.

Comment expliquer la faiblesse des réactions internationales ?

Alors que l'arrivée au pouvoir de Poutine suscitait les espoirs d'une stabilisation de la Russie, les Etats européens ont rivalisé d'attentions pour s'allier les bonnes grâces du maître du Kremlin. Quoi qu'on en ait dit, les intérêts occidentaux au Caucase, en particulier septentrional, sont limités, le contrôle des oléoducs transportant le pétrole de la Caspienne ne constituant qu'un élément parmi d'autres des relations avec Moscou, modeste au regard des autres préoccupations stratégiques et économiques, et du poids de la Russie dans les approvisionnements de l'Europe en gaz. D'autre part, personne ne voit d'un bon œil l'accession à l'indépendance de petits Etats issus de la Russie, négligeant la spécificité tchétchène. On préfère donc fermer les yeux sur les violations des droits de l'homme, d'autant que la relative indifférence des opinions publiques occidentales n'incite pas les gouvernements à réagir. La Russie a toutefois été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'Homme.

vidéo:Tchétchénie,deux siècles de combats

Qu'en est-il du processus de normalisation ?

Dès l'occupation de l'ensemble du territoire tchétchène par les troupes russes, au printemps 2000, Moscou a amorcé un processus qualifié de "normalisation", accompagnée d'une politique de "tchétchénisation", c'est-à-dire du transfert de prérogatives à une administration tchétchène prorusse sous la botte. On voulait ainsi signifier, contre toute évidence, que la guerre était terminée, et qu'il s'agissait de permettre au pays de se rétablir. Un référendum sur la constitution puis des élections présidentielles et législatives se sont ainsi tenues en 2003. Mais en mai 2004, Akhmad Kadyrov le président tchétchène pro-russe était assassiné.

Ramzan Kadyrov, pro-Russe de la Tchétchènie

Depuis, son fils Ramzan, contrôle de facto la République, ses milices paramilitaires sont les principales responsables des disparitions, tortures et exactions, alors que les autorités politiques et militaires trouvent jusqu'à présent des avantages à cette sous-traitance de la terreur.

vidéo:Tchétchénie,la guerre continue

La guerre est-elle finie ?

L'assassinat, en mars 2005, d'Aslan Maskhadov, président élu en 1997 et chef de la résistance, constitue un tournant dans le conflit car sa disparition met fin à toute perspective de solution politique négociée. Si la guérilla était déjà très affaiblie -plusieurs "commandants historiques" avaient été abattus ou s'étaient rendus-, Moscou remporte ensuite plusieurs gros succès symboliques : le successeur d'Aslan Maskhadov, Abdoul-Khalim Sadoulaïev, est lui aussi tué, et surtout, Chamil Bassaïev subit le même sort, en juillet 2006. Ces éliminations physiques ne mettent pas fin aux affrontements : des échauffourées parfois très violentes ont toujours lieu, même si leur fréquence semble diminuer. Cette sortie de conflit par un long pourrissement, imputable en grande part à l'épuisement de la population et à l'absence d'horizon, ne doit pas faire oublier qu'aucun des problèmes n'est réglé.

Malgré l'impasse actuelle, les perspectives les plus inquiétantes concernent le moyen terme : alors que le pays est entièrement détruit, que deviendra cette génération née après l'effondrement de l'URSS, qui n'a rien connu que la guerre, a été peu ou mal scolarisée, et dont une importante partie souffre dans sa chair des séquelles de la guerre ?

Entretien mis à jour en novembre 2006.

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/deuxieme-guerre-tchetchenie/index.shtml

Les 21 républiques
de la fédération de Russie

Peuples du Caucase

1. Adygués
2. Karatchaï-Tcherkesses
3. Kabardino-Balkarie
4. Ossétie du Nord
5. Tchétchénie
6. Daghestan
7. Ingouchie
8. Kalmoukie

Peuples turcs

9. Tchouvachie
10. Tatarstan
11. Bachkirie
12. Altaï
13. Khakassie
14. Touva
15. Sakha

Peuples ouraliens

16. Carélie
17. Komis
18. Maris
19. Mordovie
20. Oudmoutie

Peuples mongols

21. Bouriatie

République

Population

Peuples

Langues officielles
Adygués

451 000

Adygués (22 %)
Russes (57,9 %)
Ukrainiens (3,1 %
Arméniens (2,4 %)

adyguéen et russe
Altaï 200 000

Altaïens (30,9 %)
Russes (60,3 %)
Kazakhs (5,3 %

altaïen et russe
Bachkortostan 4 millions

Bachkirs (25 %)
Russes (40 %)
Tatars (25 %)
Tchouvaches (3 %)

bachkir et russe
Bouriatie 1 million

Bouriates (23 %)
Russes (72 %)

bouriate et russe
Carélie 789 000

Caréliens (11 %)
Finnois (3 %)
Russes (71 %)
Biélorusses (11 %)
Ukrainiens (3 %)

carélien et russe
Daghestan 2 millions

Darguines (15 %)
Avars (26 %)
Lesghiens (11 %)
Koumiks (11 %)
Russes (11 %)
Lacks (5 %)
Tabassarans (4 %)
Azéris (4 %)

avar, azerbaïdjanais, darguine, lack, lesguien, nogaï, tabassaran, tats,  tchétchène et russe
Iakoutie-Sakha 1million

Iakoutes (39 %)
Russes (51 %)

iakoute et russe
Kabardie et Balkarie 790 000

Kabardes (46 %)
Balkars (9 %)
Russes (35 %)
Ukrainiens ( ? )

kabarde et russe
Kalmoukie 320 000

Kalmouks (40 %)
Russes (40 %)

kalmouk et russe
Karatchaï-Tcherkess 436 000

Karachaïs (31,2 %)
Tchekesses (9,7 %)
Russes (42,3 %)
Abazes (6,6 %)

karachaï et russe
Khakassie 584 000

Khakasses (11 %)
Russes (79,4 %)

khakasse et russe
Komis 1,2 million

Komis (25 %)
Russes (60 %)
Ukrainiens/Biélorusses (11 %)

komi et russe
Mari 766 000

Maris (45 %)
Russes (45 %)
Tchouvaches (1 %)
Tatars (7 %)

mari et russe
Mordovie 959 000

Mordves (35 %)
Russes (59 %)
Tatars (5 %)

mordve et russe
Oudmourtie 1,6 million

Oudmourtes (33 %)
Russes (58 %)
Tatars (7 %)

oudmourte et russe
Ossétie du Nord

659 000

Ossètes (65 %)
Russes (22 %)
Géorgiens (5 %)

ossète et russe
Tatarskan 3,7 millions

Tatars (42 %)
Russes (44 %)
Tchouvaches/Mordves et Oudmourtes (6 %)

tatar et russe
Tchétchénie/Ingouchie 1,1 million

Tchétchènes (53 %)
Ingouches (14 %)
Russes (30 %)

tchétchène et russe
Tchouvachie 1,3 million

Tchouvaches (70 %)
Russes (20 %)
Mordves (2 %)
Tatars (5 %)

tchouvache et russe
Touva 308 000

Touvas (50 %)
Russes (36 %)

touva et russe

vidéo:Tchétchénie,le jihad continu...

PREAMBULE:

En dépit de multiples annonces des autorités russes sur la normalisation en Tchétchénie, la guerre menée contre les indépendantistes dans cette petite République du Caucase du Nord s'achève difficilement, avec son cortège de victimes, d'exactions et d'attentats sanglants commis parfois en plein coeur de la Russie.

Lorsque le conflit qui a ensanglanté la petite République de Tchétchénie, située dans le Nord-Caucase russe, s'est achevé en mai 1997 par un accord portant les signatures du Président russe Boris Eltsine et du président tchétchène Aslan Maskhadov, élu en janvier de la même année, Russes et Tchétchènes pensaient que c'en était enfin fini de cette guerre fratricide.

Pourtant, un peu plus de deux ans plus tard, à la suite d'attentats meurtriers qui ont endeuillé plusieurs villes de Russie et qui ont été attribués sans preuve aux indépendantistes tchétchènes, l'armée russe intervenait une fois encore dans la R épublique séparatiste et c'était le début d'un second conflit, encore plus meurtrier peut-être que le premier.

Bien que les autorités russes aient annoncé à plusieurs reprises que la guerre était finie, et en dépit de mises en garde, il est vrai peu énergiques, de la communauté internationale, en particulier du Conseil de l'Europe, aucune solution pacifique n'a toujours été trouvée. L'opération habile qu'a menée le président Poutine après le 11 septembre 2001, en assimilant les séparatistes tchétchènes aux terroristes d'Al Qaïda n'a pas non plus contribué à faire avancer une issue diplomatique.

Depuis, même si la rébellion a été décapitée, avec la liquidation par les forces russes du président élu Aslan Maskhadov, puis du chef de guerre Chamil Bassaïev, la guerre n’a pas pris fin, bien qu’il s’agisse désormais plutôt 'd’escarmouches que de véritables combats. Le pouvoir russe a procédé à la "tchétchénisation" du conflit, en remettant le pouvoir aux mains du clan du président pro-russe assassiné Akhmad Kadyrov, incarné par son fils Ramzan Kadyrov désormais Premier ministre de la République tchétchène.

t

Drapeau de la République autonome tchétchène

Cependant, le pouvoir fédéral russe semble s’être déchargé du problème en faisant d’énormes concessions à celui-ci et au clan qu’il dirige. Des sommes énormes ont été injectées en vue de la reconstruction et de nombreux réfugiés, tout au moins ceux présents dans les régions proches, rentrent au pays. La guerre a toutefois laissé des traces indélébiles dans la république.

L’imam Chamil, un chef religieux tchétchène du XIXe siècle qui fut aussi un redoutable chef de guerre

Questions à Silvia Serrano

Silvia Serrano est chercheuse à l'Observatoire des États post-soviétiques de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

http://cercec.ehess.fr/document.php?id=513

Pourquoi, parmi les vingt et une "républiques nationales" de Russie, la Tchétchénie a-t-elle été la seule à s’opposer de façon frontale au pouvoir fédéral ?

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jeudi 4 mars 2010

ANALYSE:LE GENOCIDE DU RWANDA:ENTRE AVEUGLEMENT ET TENTATIVES...

machete-rwanda

De nombreuses photos ont été prises au Rwanda à l'époque du génocide, mais aucune n'était aussi emblématique que celle de Jim Nachtwey . Les machettes ont été une arme de choix au Rwanda, un outil agricole qui se trouve dans la plupart des ménages rwandais, elle était facilement accessible...

http://profile.ak.fbcdn.net/v222/361/66/q100000161516781_1938.jpgpar Vincent Portier

“Nul n’a le monopole de la souffrance et du malheur.”
Suite à la visite du Président Français au Rwanda voici le sentiment de Monsieur Alain Juppé sur les heures sombres de ce dossier   où je note que la “cohabitation” et la recherche de la place des uns et des autres a montré ses limites.Pour faire sens à cette analyse et tenter de rétablir la lumière sur ce massacre historique je vous livre en seconde partie d'article la vision d’Hervé Cheuzeville,auteur de “Chroniques africaines de guerres et d’espérance” et chargé de missions humanitaires en Afrique depuis 1989.

Le génocide du Rwanda par Alain Juppé

Rappel:Monsieur Alain Juppé a était ministre des affaires étrangères de mars 1993 à mai 1995 sous le gouvernement d'Edouard Balladur (Président François Mitterrand)

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.

Leurs relations étaient tendues depuis longtemps, et même carrément rompues depuis novembre 2006. Cette rupture faisait suite aux mandats d’arrêt lancés par le juge anti-terroriste français Bruguière contre neuf personnalités rwandaises proches du Président Kagamé; le juge les  soupçonnait d’avoir commandité, en avril 1994, l’assassinat du Président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana, mort dans un attentat perpétré contre l’avion qui le transportait en compagnie, notamment, de son homologue du Burundi.

Le Président Kagamé contestait formellement cette accusation et mettait en cause, de son côté, les extrémistes hutus qui, par cet attentat, auraient donné le signal du génocide qu’ils préparaient contre les Tutsis. Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

Je n’ai, pour ma part, aucun élément qui me permette de trancher entre les deux thèses en présence sur l’attaque de l’avion des Présidents du Rwanda et du Burundi. Je souhaite que la vérité soit faite un jour sur ces événements.

J’ai en revanche quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis.

Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un “aveuglement” scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994).

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre “Rwanda: cessons de diaboliser la France”.

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

Alain Juppé http://www.al1jup.com/

REFLEXIONS SUR LE GENOCIDE RWANDAIS par Hervé Cheuzeville

Hervé Cheuzeville oeuvre dans l’humanitaire depuis plus de trente ans et depuis 1989, vit en Afrique, et plus particulièrement au Soudan, au Malawi, en République Démocratique du Congo et en Ouganda.

Site:http://sthiramany.free.fr/kadogo/index.php?lng=fr

Ces photographies de victimes du génocide rwandais sont affichées sur le mur d'une gallerie du Mémorial du génocide rwandais à Kigali, au Rwanda.

EXTRAITS:

Au Rwanda, Il y a eu un génocide, perpétré par des bourreaux appartenant à des camps différents, dont furent victimes des Rwandais de toutes origines.

Je rappellerai, pour mémoire, l’enchaînement des évènements qui ont provoqué le drame du Rwanda:

Le gouvernement du président Habyarimana était, jusqu’en avril 1994, le gouvernement légal du Rwanda, internationalement reconnu. Ce dernier était loin d’être le pire du continent africain. Moins corrompu et beaucoup moins meurtrier que d’autres, il était loin d’incarner un « nazisme tropical » dépeint par certains. N’oublions pas qu’en 1990, la majorité des régimes africains étaient encore soit des régimes militaires, soit des systèmes à parti unique. C’est cette année-là que le discours de La Baule fut prononcé par François Mitterrand, en présence d’Habyarimana. Ce n’est qu’après qu’un vent de démocratisation se mit véritablement à souffler sur l’Afrique. Il n’y avait donc rien d’inadmissible ou d’anormal, à l’époque, à ce que le gouvernement français entretienne de bonnes relations avec le gouvernement rwandais

La guerre et les massacres n’ont pas commencé en avril 1994, comme on l’entend trop souvent, mais en octobre 1990. Il faut rappeler que cette guerre débuta lorsque des unités de l’armée ougandaise franchirent la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda et attaquèrent les positions de l’armée rwandaise. Ces unités ougandaises, composées majoritairement de fils de réfugiés rwandais, établis en Ouganda depuis la fin des années 50, avaient formé le Front Patriotique Rwandais, afin de masquer l’implication ougandaise dans cette invasion. C’est alors que les premiers massacres furent commis. Ils visèrent les populations du nord du Rwanda et furent commis par des éléments de ce FPR que personne ne connaissait encore. Lequel FPR était dirigé par Fred Rwigyema qui, avant le déclenchement de la guerre, occupait les fonctions de vice-ministre de la défense de l’Ouganda. En réaction à ce qui pouvait légitimement être vu, à l’époque, comme une agression militaire venue d’un pays voisin, il n’était pas anormal que la France réponde favorablement à la demande d’aide formulée par le gouvernement légitime d’un pays ami.

Tout au long de cette guerre, le gouvernement rwandais a été soumis à un embargo de l’ONU sur les fournitures d’armement, alors que l’Ouganda a constamment violé ledit embargo en fournissant secrètement à son allié FPR de grandes quantités d’armes et de munitions, et en lui permettant de maintenir des bases arrières sur son territoire.

Camp de réfugiés en Tanzanie, fin 1994.

Tout au long de cette guerre, des massacres ont été commis, visant principalement les populations du nord du Rwanda, majoritairement hutu.

En pleine guerre et sous la pression de la communauté internationale, le président rwandais a été contraint d’introduire le multipartisme dans son pays. C’est cette libéralisation du régime qui a permis l’émergence de mouvements politiques au discours ouvertement racistes et hostiles aux Tutsi. Il faut rappeler que ce sont des Tutsi qui composaient l’essentiel des forces et de la hiérarchie du FPR.

Le président Habyarimana a signé les accords d’Arusha qui prévoyaient le partage du pouvoir et des élections libres et démocratiques.
-
En vertu de ces accords, la France a retiré ses troupes du Rwanda en 1993.

C’est le président ougandais Museveni, « parrain » du FPR, qui a convoqué le sommet de Dar es-Salam du 6 avril 1994 et qui en a délibérément retardé la clôture. C’est ce retard qui a provoqué le décollage tardif de Dar es-Salam du président Habyarimana, en compagnie de son homologue burundais, et qui fit que leur vol dut entamer de nuit sa procédure d’approche de l’aéroport de Kigali. Cette arrivée tardive a facilité le travail de ceux qui ont perpétré l’attentat contre l’avion présidentiel. Cet attentat coûta la vie aux deux présidents, à plusieurs ministres rwandais et burundais, au chef d’état-major de l’armée rwandaise ainsi qu’à l’équipage français du Falcon 50. Premier attentat de l’Histoire dans lequel périrent deux chefs d’États en exercice, il n’a donné lieu à aucune enquête internationale. À titre de comparaison, une commission d’enquête internationale fut créée après l’attentat qui coûta la vie à Rafik Hariri, alors que ce dernier n’était même plus premier ministre du Liban lors de sa mort.

L’attentat contre l’avion présidentiel a été immédiatement suivi par deux évènements: le début des massacres à Kigali et la rupture du cessez-le-feu alors en vigueur, par le FPR. Ce dernier déclencha, la nuit même de l’attentat, une offensive générale contre les Forces Armées Rwandaises. Les massacres de Kigali visaient les Tutsi et les opposants au gouvernement, essentiellement des Hutu. Ces massacres s’étendirent, dans les jours et les semaines suivantes, à la quasi totalité du territoire encore tenu par les forces du gouvernement de Kigali. D’une ampleur inégalée, ils se sont poursuivis durant les cent jours dramatiques qui ont séparé l’assassinat d’Habyarimana de la prise de Kigali par le FPR (avril-juillet 1994). Cependant, alors que ces épouvantables massacres étaient commis en zone gouvernementale, d’autres, tout aussi épouvantables étaient commis par les éléments du FPR au fur et à mesure de leur avance.

Dès le déclenchement des massacres de Kigali, en avril 1994, la France a demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de renforcer le contingent de casques bleus présents au Rwanda. Les États-Unis, qui s’opposèrent à cette requête, exigèrent au contraire l’évacuation des forces onusiennes. Tout au long de ces dramatiques cent jours, la France a continué à demander l’envoi d’une force internationale qui aurait permis l’arrêt des massacres. Ce n’est que fin juin que la voix de la France fut entendue et que l’Opération Turquoise put enfin avoir lieu, trop tard malheureusement pour des centaines de milliers de victimes. Cette opération militaire ne couvrit qu’une petite portion du territoire rwandais, dans le sud-est du pays. Trop tardive et trop limitée dans le temps et dans l’espace, elle permit malgré tout de mettre fin aux massacres dans cette zone. Certes, l’arrivée des soldats français ne mit pas un terme immédiat et absolu aux tueries, et on peut bien sûr le regretter. Un semblant d’ordre fut cependant progressivement rétabli et l’Opération Turquoise a indéniablement sauvé la vie de dizaines de milliers de Rwandais, Tutsi et Hutus: Tutsi en mettant un terme aux agissements des massacreurs interahamwe, Hutu en stoppant la progression du FPR. Les États-Unis et l’ONU portent donc une lourde responsabilité dans les évènements d’avril-juillet 1994: si le contingent des casques bleus avait été renforcé, comme le demandait la France, au lieu d’être réduit, l’ampleur des massacres, leur étendue et leur propagation auraient certainement été plus réduites.

Malheureusement, après la victoire du FPR, les massacres ont continué, visant essentiellement les Hutu, commis par les forces du nouveau régime. On se souviendra, entre autres, de la tragédie de Kibeho, entre le 18 et le 22 avril 1995, lorsque l’armée de Paul Kagame massacra les déplacés du camp, comme en témoignèrent les soldats de l’ONU présents sur place. Ce massacre qui fit au moins 8000 victimes civiles, fut loin d’être un cas isolé, et ses instigateurs n’ont jamais été inquiétés.

À partir de 1996, la tragédie rwandaise fut exportée au delà des frontières, lorsque l’armée de Paul Kagame envahit le Zaïre voisin et donna la chasse aux réfugiés rwandais qui y avaient trouvé refuge. Selon les chiffres du HCR, ce sont 200 000 réfugiés hutu qui ont disparu durant cette offensive, la plupart massacrés par l’Armée Patriotique Rwandaise. Il conviendrait aussi d’évoquer les millions de morts congolais, victimes directes ou indirectes de cette guerre qui n’en finit pas, depuis 1996. Cette guerre est une conséquence directe des évènements du Rwanda de 1990-94.
Lors du procès que SOS Racisme intenta au journaliste Pierre Péan, auteur d’un livre remarqué sur le génocide rwandais, Dominique Sopo osa déclarer: « Évoquer le sang des Hutu, c’est salir le sang des Tutsi ». Curieuse phrase sortie de la bouche du dirigeant d’une organisation à vocation anti-raciste. Le sang des Tutsi aurait-il plus de prix que celui des Hutu? Nicolas Sarkozy semble malheureusement lui avoir donné raison, en écrivant la phrase suivante, dans le livre d’or du mémorial du génocide, lors de la visite qu’il y fit le 25 février 2010: « Au nom du peuple français, je m’incline devant les victimes du génocide des Tutsi ». En s’exprimant de la sorte, le président français a « tribalisé » la commémoration des victimes du génocide. Il aurait dû rendre hommage aux victimes du génocide rwandais: cela aurait inclus toutes les victimes, qu’elles fussent tutsi, hutu ou twa.

Il est indéniable que la France a commis des erreurs au Rwanda. La cohabitation entre François Mitterrand et le gouvernement d’Édouard Balladur durant cette période a certainement compliqué les prises de décisions politiques, diplomatiques et militaires, et a nui à la cohérence de ces dernières. Mais les allégations venant de Paul Kagame et de ses relais français selon lesquelles la France aurait directement et délibérément participé à la préparation et à l’exécution du génocide rwandais m’ont toujours profondément révolté.

Il devient de plus en plus difficile d’évoquer le tragédie rwandaise. Lorsqu’on le fait, on court le risque d’être taxé de « négationnisme » par les porte-voix du dictateur de Kigali, tant au Rwanda qu’en France. Paul Kagame, qui a pourtant commencé cette guerre et qui a participé au génocide, semble inattaquable. Une certaine presse, un certain réseau d’activistes, voudraient le présenter comme étant l’homme qui a mis fin au génocide. Rien ne saurait être plus loin de la vérité. Si Paul Kagame avait continué à occuper son poste de chef de la DMI2, les services secrets de l’armée ougandaise, au lieu de se lancer dans cette tragique aventure, le sang n’aurait pas autant coulé au pays des mille collines.


Pour que le Rwanda panse ses profondes plaies, il faudra que soient reconnues et commémorées toutes les victimes de la tragédie qui l’a frappé durant la dernière décennie du XXè siècle.

Hervé Cheuzeville(26.02.10)

Texte intégrale sur:http://www.france-rwanda.info/article-reflexions-sur-le-genocide-rwandais-herve-cheuzeville-45950540.html

Durant ces nombreuses missions humanitaires, Hervé Cheuzeville a rédigé des chroniques sur son vécu qui ont fait l’objet d’édition dont:

hh

En 2003, son premier livre "KADAGO, enfants des guerres d'Afriques Centrale", publiée aux éditions l'Harmattan, relate son expérience avec les enfants victime de la guerre, tels que les enfants soldats.

En 2006, son second livre paru chez Persée Edition, "Chroniques africaines de guerres et d'espérance", est une série de chroniques rédigée sur le terrain entre 2003 et 2006.

Actuellement, Hervé Cheuzeville prépare son troisième livre, intitulé "Nouvelles chroniques d'un ailleurs pas si lointain", où il sera question, en grande partie, du Malawi, mais également du Prix Nobel de la Paix remis cette année à Barack Obama, ou encore de la désinformation dont est victime la Corse, comme l'Afrique.

Mot de l'auteur:

Je travaille dans l'humanitaire depuis la fin des années 70. Depuis 1989, je vis et je travaille en Afrique, en particulier au Soudan, au Malawi, en R.D. Congo et en Ouganda. En 2003, j'ai écrit mon premier livre, dont le titre est "KADOGO, Enfants des Guerres d'Afrique Centrale". Il a été publié aux éditions de l'HARMATTAN. Il est toujours disponible chez l'éditeur, 7, rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris, France. Cet ouvrage relate mon expérience avec les enfants victimes de la guerre, tels que les enfants soldats et les enfants victimes de mines antipersonnel. En 2006, mon second livre est sorti, chez Persée Editions. Son titre: "Chroniques Africaines de Guerres et d'Esperance". Il s'agit d'une série de chroniques le plus souvent écrites "à chaud", sur le terrain. J'y réagis aux drames qui ont secoué l'Afrique entre 2003 et 2006, et j'y dresse des portraits de personnages rencontrés au hasard de mes missions: d'humbles personnalites, telles que la Soeur Marie-Francoise, une religieuse et infirmière congolaise, ou d'autres qui "font" l'actualité, tels que feu John Garang, le leader de la SPLA soudanaise, ou que le président Joseph Kabila de RD Congo. Il s'agit d'un livre engagé offrant, je l'espère, une autre vision de l'actualité africaine. Je suis  en ce moment en train d'écrire un troisième livre, consacré à un petit pays peu connu, où j'ai longtemps vécu: le Malawi.

Hervé.Cheuzeville

Pour commander son premier livre:  presseharmattan5@wanadoo.fr

Vous pouvez également consulter le site de l'éditeur: http://www.editions-harmattan.fr

Mon second livre peut être obtenu en visitant le site de l'éditeur: http://www.editions-persee.fr

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jeudi 4 février 2010

ANALYSE:FRANCE/SANS PAPIERS"DE L'EXCEPTION A LA REGLE..."ETAT DES LIEUX SUR LA RETENTION EN 2010.

De l’exception à la règle, des centres de rétention aux camps...ou presque...

Du Camp du Vernet en 1939 au Camp du Mesnil-Amelot 2 en 2010 :

"70 ans d'errance politique..."

FRANCE-1939:Le Camp du Vernet

Le Mémorial du Camp d'Internement du Vernet-d'Ariège rappelle l'existence d'un camp de concentration de réfugiés espagnols de février à septembre 1939, transformé en camp d'internement répressif pour les "étrangers indésirables" et à partir de 1940 en camp de déportation de Juifs.Lire la suite sur:http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichelieu.php?idLang=fr&idLieu=2311

FRANCE-2010:Le Camp du Mesnil 1 & 2

27 janvier 2010 |

La construction du nouveau centre de rétention (CRA) du Mesnil-Amelot (77) est achevée. L’ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s’ajoutera au premier CRA du Mesnil-Amelot, qui compte déjà 140 places.

L’entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d’industrialisation de la rétention. D'exceptionnel, l'enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un outil banal de la politique migratoire.

Le futur centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 "unités de vie" de 40 places, disposés autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l’ensemble du camp. Des dizaines de caméras et des détecteurs de mouvements complètent ce dispositif carcéral.

Comme pour le CRA de Vincennes, l’Administration utilise la fiction de deux centres de rétention mitoyens pour contourner la réglementation : celle-ci limite à 140 places la capacité d’un centre de rétention.

La construction envisagée de deux salles d’audiences à proximité immédiate du camp instituera une justice d’exception éloignée de tout regard de la société civile.

Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c’était le cas au CRA de Vincennes avant l’incendie du 22 juin 2008). Comme l’a montré la situation de Vincennes, ce type d’univers déshumanisé favorise, encore plus qu’ailleurs, le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide.

Les associations signataires s’opposent à l’ouverture du futur centre de rétention du Mesnil Amelot. Elles dénoncent la criminalisation des migrants et appellent les citoyens et les élus à se mobiliser contre l’internement administratif des étrangers.

Premières organisations signataires :

Anafé, ADDE, Emmaüs-France, Gisti, La Cimade, MRAP, le Syndicat de la Magistrature

SITE:http://www.lacimade.org

ETAT DES LIEUX AU 31 JANVIER 2010:

Rappelons-le, les centres de rétention ont pour vocation de " retenir " des personnes en voie d'expulsion (sous le coup d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière par exemple) pendant le temps strictement nécessaire à l'organisation de leur départ par l'administration. Ce sont donc à l'origine des " lieux de transit ".
Pourtant, nous avons assisté peu à peu à une transformation du dispositif de la rétention administrative jusqu'à l'apparition de véritables camps.
Les centres de rétention du Mesnil 1 et 2 placés à proximité des pistes de l'aéroport de Roissy- Charles de Gaulle illustrent bien ce phénomène.

L'enfermement et l'éloignement de personnes en situation irrégulière ont été autorisés et légalisés par la loi de 1980 (Bonnet et Peyrefitte). La loi du 29 octobre 1981 a légalisé et organisé la rétention administrative.

En 1984, le gouvernement a donc décidé de la création de centres de rétention dans les principales villes du pays.

Alors que la durée maximale de rétention était de 7 puis 10 puis de 12 jours, elle est passée à 32 jours avec la loi dite "Sarkozy" du 26 novembre 2003.
Cette loi a été un véritable tournant dans l'histoire de la rétention avec l'allongement considérable de la durée de la rétention. Le ministère de l'intérieur a fixé pour la première fois des objectifs chiffrés de reconduites à la frontière. S'en sont suivies l'augmentation de la capacité et la création de nombreux nouveaux centres de rétention sur tout le territoire.

En 2005, un décret est même venu consacrer l'accueil d'enfants en rétention, prévoyant que certains centres seront habilités à cet effet.

En 2006, le gouvernement a annoncé un calendrier d'extension et de construction des centres jamais réalisé auparavant. De 786 places en 2003, on passe à 2007 places en 2008.

Alors que placer en rétention était une exception, cette pratique est devenue systématique et accompagne un nombre croissant d'interpellations dans l'objectif de remplir les quotas fixés par le Ministère de l'immigration (..) aux préfectures.
Les centres sont construits sur des modèles de plus en plus carcéral (limitation des contacts humains, généralisation de la vidéo surveillance, meubles fixés au sol, communication par interphones...)
Le centre de Vincennes qui pouvait contenir 280 personnes est à ce jour l'exemple le plus tragique de l'industrialisation de la rétention.
L'incendie qui l'a entièrement détruit le 22 juin 2008, après la mort, la veille, d'un retenu tunisien dans le centre, a démontré à quelles conséquences dramatiques cela pouvait mener.

L'enfermement systématique et l'expulsion des migrants sont devenus un mode de gestion de l'immigration. La rétention administrative s'apparente de plus en plus au monde carcéral. Sa vocation n'est pas seulement d'enfermer et d'expulser les personnes mais aussi de les punir. L'Etat mène une politique sécuritaire qui s'inscrit dans le contexte " d'une Europe forteresse " dans laquelle les camps se multiplient (voir les cartes en annexe) pour rejeter les migrants aux frontières de l'Europe, toujours plus loin.
L'ouverture du centre du Mesnil 2 est le prémisse de l'ouverture de véritables camps d'internement qui font fi des droits les plus élémentaires et de la dignité humaine et dans lesquels la société civile aura de moins en moins de regard et de possibilités d'agir

Un camp pour des enfantspanneau mexicain

27 janvier 2010 |

Le camp du Mesnil-Amelot 2 sera le centre de rétention des enfants en Ile de France.
En effet, 2 bâtiments, 40 places seront réservées à des familles, leur sont réservés.
Prévoyant et organisant l'enfermement des enfants, il est une nouvelle fois l'illustration parfaite des effets de la politique du chiffre et de l'industrialisation de la rétention.

L'institutionnalisation de l'enfermement des enfants
Jusqu'en 2004, une trentaine d'enfants étaient placés en rétention chaque année. En dehors de tout cadre juridique, c'était une pratique de certaines préfectures, de certains responsables de centres de rétention. D'autres la refusait pour des raisons humanitaires ou d'organisation. Quasi clandestin, peu connu, honteux, l'enfermement des enfants restait un phénomène relativement marginal.

L'année 2004 marque un tournant dans cette histoire. A la suite du vote de la première " loi Sarkozy" du 26 novembre 2003, qui porte la durée de rétention à 32 jours, la politique du chiffre se met en place. Cette année 2004 est la première où des quotas d'expulsion sont fixés à chaque Préfet, 15 000 expulsions doivent être réalisées. Dès lors, la pression sur les familles et l'enfermement des enfants ne fera que s'amplifier.
Dès cette année 2004 nous observons une augmentation des arrestations et placement de familles.

Le 30 mai 2005 un nouveau pas est franchi. Un nouveau décret est adopté, pour la première fois, il prévoit le placement d'enfants en rétention.
Certains centres sont désormais  "habilités à accueillir des enfants", ils doivent être équipés d'un " matériel de puériculture" adapté, sans plus de précision, comme si on pouvait adapter une prison à des enfants.

En 2005, 262 enfants ont été enfermés dans les centres de rétention

L'enfermement des mineurs est désormais assumé, il est un élément de la politique d'expulsion mise en place par le gouvernement.
La violence, la maltraitance des enfants est institutionnelle, prévue, organisée.

Violence et inhumanité de l'enfermement des enfants
Les enfants placés en rétention sont soumis à des formes multiples de violence : violence de l'interpellation très souvent réalisée à domicile, violence de l'enfermement, violence présente dans ces lieux où les tensions sont très importantes, violence faite à leurs parents interpellés, menottés, privés de toute autonomie, violence de l'expulsion enfin.

Dans un grand nombre de cas, les familles sont interpellées à leurs domiciles ou dans les hôtels où elles logent, voire dans un foyer d'hébergement. Les arrestations ont lieu dès les premières heures de la journée. Souvent tout se passe très vite pour que les voisins, alertés, ne puissent réagir. Quand les enfants sont déjà partis pour l'école, les fonctionnaires de police les récupèrent directement à la sortie des établissements scolaires.

Puis tout le monde est embarqué, direction la garde à vue où il n'est pas rare que les aînés servent d'interprètes à leurs parents, quelque fois même à la demande des fonctionnaires de police. Les enfants sont les témoins de tout ce processus fait de violence verbale (cris, menaces, pleurs), physique (menottage, bousculade) et de la précipitation d'un départ imposé (prendre quelques vêtements en urgence, le biberon du bébé, fouille du domicile par les policiers, etc.).

Nous constatons de nombreux troubles chez les enfants placés en rétention : irritabilité, troubles du sommeil, mutisme, troubles de l'alimentation etc. Les signes de la détresse des enfants enfermés sont nombreux et manifestes.

Dans l'immense majorité des cas, ces familles sont pourtant installées en France depuis plusieurs années, intégrées dans leur ville, dans leur région ; les enfants ont entamé leur scolarité en France, etc. Leur expulsion vers un pays que parfois ils ne connaissent pas est toujours un arrachement. Rien ne peut justifier qu'un tel traitement soit infligé à des familles et des enfants au nom de la logique du chiffre. Quelle que soit l'issue, expulsion ou libération, dans une situation toujours aussi précaire voire aggravée par la perte d'un logement, la rupture avec l'école etc. L'enfermement est un traumatisme profond pour les enfants et pour leurs parents.

118 familles, 222 enfants ont été enfermées en 2008, 78% avaient moins de 10 ans, 26 d'entre eux étaient des nourrissons de moins d'un an, ils ont passé entre 1 et 32 jours en rétention.

Un enfermement illégal
A l'évidence traumatisant pour les enfants, leur  placement en rétention n'est prévu par aucun texte de loi. Au contraire, le Ceseda prévoit que les mineurs étrangers ne peuvent en aucun cas être expulsés. Hypocritement, l'administration indique que l'enfermement et l'expulsion des enfants et prévu pour ne pas les séparer de leur famille.

Il est également contraire à la Convention internationale de protection des droits de l'enfant dont la France est signataire. Celle-ci prévoit en effet que dans toute décision administrative concernant un enfant, son intérêt supérieur doit primer sur toute autre considération.

De nombreuses institutions dont la commission nationale de déontologie de la sécurité, le commissaire aux droits de l'homme du conseil de l'Europe, la défenseur des enfants se sont opposés à l'enfermement des enfants.

La rétention des mineurs peut aussi être considérée comme un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme. Plusieurs juridictions judiciaires ont ainsi pris une décision de libération d'un certain nombre de ces familles sur cette base.
En 2008, deux préfectures se sont pourvues en cassation contre deux décisions des Cours d'appel de Rennes et de Toulouse qui avaient estimé " que placer une famille avec des enfants en bas âge en rétention est constitutif d'un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme". Celles-ci ont mis en avant le besoin impérieux de mettre en œuvre des mesures d'expulsion et que les en priver au nom des droits de l'enfant conduirait à la " paralysie de l'action administrative".

La volonté de faire du chiffre prend donc le pas sur toute autre considération, y compris la protection des enfants. En France, les zones d'attente et les centres de rétention sont les seuls lieux où des enfants de moins de treize ans sont enfermés, comme si le fait d'être étranger rendait acceptable de les maltraiter.

Aujourd'hui des mouvements de vigilance citoyenne comme RESF rassemblent des parents d'enfants scolarisés, des enseignants, des élus et des citoyens qui se mobilisent pour empêcher les arrestations dans les écoles et le placement de familles en centres de rétention. Ils permettent aussi à ces familles de se faire héberger chez des proches ou des bénévoles le temps de la régularisation de leurs parents.

Face à la banalisation de l'enfermement des enfants, il est urgent de renforcer la mobilisation pour interdire enfin le placement en rétention des familles

Visite du centre du Mesnil-Amelot 2:

01 février 2010 |

Visite du centre du Mesnil Amelot 2

Lorsque nous arrivons à la station de RER Charles de Gaulle, il nous faut encore prendre un bus pour accéder au village du Mesnil-Amelot. Le nouveau centre de rétention est situé sur un immense terrain agricole à la sortie du village, à 1 kilomètre environ du premier centre de rétention (l'actuel Mesnil Amelot 1).

D’emblée nous sommes frappés par la taille de ces bâtiments qui se dressent près de la route nationale. On y entend le bruit assourdissant des avions qui décollent ou atterrissent chaque minute. Et on imagine déjà la valse incessante de voitures de police.

Le centre de rétention

  • Les bâtiments administratifs

A l’entrée, un premier grillage auquel il faut décliner son identité avant de passer le sas d’une grande porte blindée. A partir de là, les contrôles s’enchaînent : chaque porte sécurisée est activée par un badge magnétique ou par un policier qui aura été sollicité par interphone. Un dédalle de couloirs et de bâtiments sous vidéosurveillance s’ouvre et se referme sur nous.

Une ruelle partant de l’entrée traverse le centre et le divise en deux sites. Cette ruelle est encadrée de part et d’autre par de longs bâtiments administratifs au rez-de-chaussée desquels sont regroupés les différents intervenants (Cimade, OFII, infirmières) et les salles de visites réservées aux familles, avocats et consulats. L’ouverture de chaque pièce, de chaque bureau au sein des bâtiments administratif est contrôlée par les policiers.
Les agents de la police aux frontières en charge de la gestion du camp sont quant à eux situés à l’étage des mêmes bâtiments et ont une vue panoramique sur les zones de rétention.

  • Les"unités de vie"pour les retenus

Chacun des deux sites dissimulés derrière les bâtiments administratifs est composé de trois"unités de vie" de 40 places, elles-mêmes divisées en deux bâtiments de 20 places. Une de ces zones de vie est réservée aux familles.

Chaque unité est séparée des autres par de grandes palissades grillagées, compte son propre réfectoire et son propre terrain de sport. Les retenus ne peuvent se rendre d’une unité de vie à l’autre. Il n’y a donc aucun espace de contact commun ni de liberté de circulation en dehors de l’échelle de l’unité de vie.

Lorsque les retenus voudront s’adresser aux différents intervenants ou se rendre aux locaux de visites, ils devront pour cela solliciter un policier par le biais d’un interphone, afin que ce dernier ouvre les portes"hachoir"qu’ils auront à franchir.

  • Un quadrillage sécuritaire du camp

Le centre de rétention est entouré de hauts grillages, de barbelés, de haies épineuses et d’un chemin de ronde.

A l’intérieur du centre, les zones de vie sont très largement quadrillées par de multiples caméras de vidéosurveillance et détecteurs de mouvements installés tout autour et à l’intérieur du centre.

A l’arrière des bâtiments où se situent les chambres des retenus, des écrans de surveillance diffusant ce que les caméras filment à l’intérieur permettront aux policiers chargés d’effectuer le tour du chemin de ronde de contrôler en permanence ce que font les personnes enfermées.

Ainsi, ce nouveau centre est un lieu d’enfermement qui a les caractéristiques du monde carcéral dans les dimensions d’un camp. Alors qu’il n’y a aucune dangerosité des personnes qui justifierait les moyens mis en place, cette forme de détention démontre aujourd’hui à quel point la politique d’immigration criminalise chaque étranger, en y incluant même les femmes et les enfants.
Enfermés jusqu’à plus d’un mois, les retenus vont subir ainsi quotidiennement un système de contrôle ultra sécuritaire et déshumanisant. Des mesures draconiennes ont été mises en place : portes « hachoir » semblables à des portes à bétail, détecteurs de mouvements, grands espaces vides bétonnés et entourés de grillages, portes de chambres vitrées interdisant toute intimité, obligation de passer par un interphone pour pouvoir se déplacer, absence d’abri contre la pluie en attendant l’autorisation de se rendre dans les salles de soin ou de visite. Il faut ajouter à tout cela et l’oppression permanente due à la totale dépendance face à la bonne volonté des agents de la PAF.

  • L’accès aux soins et le respect des droits hypothétiques

Au-delà de cette technologie sécuritaire, les retenus seront en permanence dépendant de la bonne volonté de la police pour se rendre à l’infirmerie, à la Cimade, à l’OFII, ainsi qu’aux pièces de visites (familles, avocats, consulats). L’accès à ces lieux d’aide ne sont pas libres comme cela peut se passer dans d’autres centres. Pour avoir l’autorisation de franchir une porte hachoir les retenus devront appeler un policier situé à l’étage du bâtiment administratif par le biais d’un interphone. C’est ce dernier qui autorisera le déplacement ou non, en fonction de critères dont les agents de police seront seuls arbitres. Ce système nous fait craindre des autorisations au compte-goutte, des traitements punitifs et des incidents qui peuvent être graves en cas de mauvaise appréciation de la situation par l’agent du fait de la distance instaurée (ex : problème médical).


Le tribunal délocalisé


Une partie du tribunal de Meaux sera délocalisé à proximité immédiate du camp, séparé de celui-ci par un simple parking. Les audiences se tiendront dans de hauts bâtiments de trois étages construits autour de cours intérieures donnant à l’ensemble des allures de village judiciaire. Cette délocalisation a pour effet de créer une justice d’exception.

Ce lieu de justice devient visuellement un instrument administratif de la gestion du camp, éloigné comme lui du regard des concitoyens et tout aussi difficile d’accès. Il pose les mêmes questions d’accès à l’information pour tous, de transparence et surtout d’indépendance de la justice.


La création de ce véritable camp aux dimensions industrielles terrifiantes, ultra sécuritaire et créant son propre lieu de justice nous conduit à nous interroger sur la volonté réelle du gouvernement qui se borne à déformer juridiquement la réalité architecturale du lieu pour nier ce qu’elle symbolise

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lundi 21 décembre 2009

CONFERENCE DE COPENHAGUE:REACTION DE MONSIEUR ALAIN JUPPE ET MONSIEUR JEAN PIERRE RAFFARIN

http://blpwebzine.blogs.com/politicshow/images/2008/02/19/juppe.jpg

depuis le site :http://www.al1jup.com

9 décembre 2009 10:20
Immense déception
                                                                                                                

                   

Pour tous ceux qui y croyaient (et j’en étais), pour tous ceux qui s’étaient mobilisés depuis des mois, pour tous ceux qui avaient lancé un “ultimatum climatique” aux dirigeants de la planète et qui attendaient une sorte de “big bang” écologique à Copenhague, le résultat de la conférence de l’ONU est une immense déception.

Qu’on en juge: l’accord, si l’on peut parler d’accord, est quasiment vide.

Certes les “parties” affirment leur volonté de limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La belle affaire dès lors que cette déclaration de principe n’est accompagnée d’aucun engagement concret! Tout juste l’annonce d’offres nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A venir et sans sanction. Un mécanisme de vérification est, lui aussi, annoncé mais ses modalités restent à négocier.

Seul point positif: des chiffres sont avancés pour financer la nécessaire adaptation des pays en développement, premières victimes du dérèglement climatique et dépourvus des moyens d’y faire face: 30 milliards de dollars sur 2010/2012 (dont 10,6 promis par l’Union Européenne, 11 par le Japon et 3,6 par les Etats-Unis), puis 100 milliards de dollars par an à échéance de 2020, grâce à des financements innovants… qui ne sont pas arrêtés.

De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2010 à Berlin, puis à Mexico. mais rien n’est prévu pour changer la méthode de négociation qui s’est révélée calamiteuse. Pour avoir passé deux jours dans le centre de conférence de Copenhague, le Bella Center, j’ai pu mesurer l’ampleur de la pagaille: comment 193 délégations officielles peuvent-elles sérieusement négocier, au milieu de dizaines de milliers de participants/observateurs? La présidence danoise n’est pas seule en cause. C’est l’ONU qui doit revoir ses procédures. On comprend combien il est nécessaire de créer une “organisation mondiale de l’environnement” digne de ce nom. Hélas! la proposition portée par la France n’a pas été retenue. Demain, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.

Le Président Sarkozy a déployé une considérable énergie pour “désembourber” la conférence et ses efforts méritent d’être salués. Mais il faut regarder la réalité en face: tout s’est joué dans la confrontation entre les deux partenaires qui sont à la fois principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et détenteurs de la puissance économique, voire politique dans le monde recomposé: les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Inde de l’autre. Obama, prisonnier de son Congrès, a manqué l’occasion d’entraîner la planète vers un autre modèle de développement. La Chine s’est montrée à la fois consciente des enjeux, y compris pour sa propre survie, mais fortement allergique à toute contrainte internationale, fût-elle librement consentie. L’Europe, hélas! n’a pas vraiment pesé, faute de vraie conviction partagée;

Et maintenant? Ne pas désespérer. Les seuls moments stimulants que j’ai vécus à Copenhague ont été les rencontres du Sommet des Maires. Une centaine de maires de grandes villes à travers la planète (dont Bordeaux) ont échangé leurs expériences et comparé leurs projets. Un seul slogan :”Cities act”. Les villes agissent. Je suis convaincu depuis longtemps que tout commence par le “local”, sur le terrain, par la modification de nos comportements au quotidien. Nous allons continuer et amplifier nos politiques de développement durable, dans leurs trois composantes: écologique, économique et sociale.

Moments rafraîchissants également que les deux heures passées au Forum Climat organisé par les ONG. Et, finalement, moins brouillon que la conférence officielle. Il y a dans la “société civile” des trésors de générosité et de foi, laquelle, comment chacun sait, peut soulever des montagnes

Mais on ne peut évidemment se passer du “global”. Un nouveau combat commence. Les plus déterminés doivent se regrouper pour repartir à l’assaut des conservatismes et des inconsciences. Alain Juppé




http://q.liberation.fr/photo/id/87505/r/03/02/w/459/m/1257065042

Depuis le site www.carnetjpr.com
20.12.2009

Copenhague : pouvait-on vraiment espérer mieux ?

            

               

Bien sûr, les résultats opérationnels de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques sont décevants. Cependant la conscience populaire mondiale a fait un tel bond que l’on peut espérer de meilleurs résultats à Bonn puis a Mexico. La France a été exemplaire dans sa mobilisation.

Pour l’avenir, nous devons analyser lucidement les forces en présence face aux enjeux climatiques. Nous ne pouvons être surpris de ce que les Américains veuillent maîtriser le mouvement et que les Chinois prennent des engagements sans toutefois accepter de renoncer à leur souveraineté. Le réalisme politique doit nous conduire à, davantage, chercher à convaincre plutôt que d’espérer imposer nos choix à de telles puissances. Il ne suffit pas de réussir des alliances tactiques pour inverser ces rapports de forces.

Pour les prochains sommets, il faudrait, sans doute, travailler à la constitution d’une force continentale capable de se faire entendre dans ce monde multipolaire. La France a, probablement, à nouveau, un rôle historique à jouer en s’impliquant pour rapprocher les positions de l’Europe de celles de l’Afrique. Il serait peu efficace de faire des reproches aux autres, mieux vaut constituer le rapport de forces dont nos convictions ont besoin pour convaincre. Cela passe, selon moi, par un accord euro-africain. Avec 1,5 milliard d’habitants, c’est le seul projet qui peut élargir la Dialectique Chine-Amerique (D2 plus que G2).

Copenhague n’a pas remis en cause les lois de la Puissance. Pour La France, le chemin de la puissance reste celui des alliances. Notre influence ne peut être solitaire. Nous mesurons aujourd’hui que notre horizon européen est necessaire mais sans doute pas suffisant pour influencer l’avenir de la planète. Le veritable espace de nos convictions, n’est-ce-pas l’Eurafrique ? Espérons qu’il ne soit pas trop tard.

Nos idées ont besoin d’alliés. Copenhague sera utile si nous en tirons les leçons. J’ai confiance.

jpr

            

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dimanche 20 décembre 2009

RAPPORT DU CERC:LUTTER CONTRE LA PAUVRETE DES ENFANTS

Conseil de l'Emploi,des Revenus et de la Cohésion sociale

L'enfance face à la pauvreté!Comment sauver l'enfant sans aider le parent?

"Jusqu'à présent en France,la pauvreté des enfants n'a pas fait l'objet d'un examen attentif..." Jacques Delors,Président du CERC,début du rapport de 2004.

POUR LIRE LE RAPPORT CLIQUER SUR:

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000076/0000.pdf

SOMMAIRE DU RAPPORT:

SYNTHESE :   LUTTER CONTRE LA PAUVRETE DES ENFANTS

CHAPITRE 1:  La pauvreté des enfants,un champ peu exploré.

CHAPITRE 2:  Pauvreté,structures familiales et transferts.

CHAPITRE 3:  Pauvreté des enfants et emploi des parents.

CHAPITRE 4:  Conditions de vie des enfants pauvres.

CHAPITRE 5:  Pauvreté,école,devenir scolaire.

CHAPITRE 6:  Pauvreté monétaire:Les enseignements d'une comparaison Européenne.

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mercredi 18 novembre 2009

ANALYSE: ENFANCE-ENFRANCE/ETAT DES LIEUX 2009

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Vincent Portier par Vincent Portier

Alors que la question sur l'identité Nationale est en débat dans notre pays qu'elle réponse la Société et l'Etat Français donne à la question sur "Enfance et précarité en 2009?"En effet,comment aider l'enfant sans aider le parent,la précarité de l'adulte est la première cause d'urgence pour l'enfant. Vincent Portier

En septembre 2000, à l'occasion du Sommet du Millénaire, des dirigeants politiques du monde entier sont convenus de huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMDs) - qui vont de la réduction de moitié de l’extrême pauvreté à l’éducation primaire pour tous, en passant par l’arrêt de la propagation du VIH/sida, et ce à l’horizon 2015. Bien que ces Objectifs concernent l'humanité tout entière, ils concernent en premier lieu les enfants. Six des huit objectifs concernent directement les enfants et en atteignant les deux autres, on améliorera aussi leur vie de manière considérable. (OMDs, UNICEF)

ETAT DES LIEUX:

"LE SEUIL D'ALERTE:avec moins de  908 €/mois on est pauvre."

Aujourd'hui est la journée internationale pour l'élimination de la pauvreté. Les enfants sont parmi les principales victimes de la pauvreté en France, où 300.000 mineurs vivent «dans l'errance», soulignent les organisateurs de la journée mondiale du refus de la misère, qui a lieu ce samedi. «La France ne protège pas ses enfants de la misère», déplore dans un communiqué ATD Quart Monde, qui souligne que 30% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté sont des enfants. Mal-logement, malnutrition, échec scolaire, les conséquences de la pauvreté chez les enfants sont multiples et laissent souvent des traces «indélébiles», prévient l'association à l'initiative de cette journée organisée depuis 1987.

Selon l'Insee, quelques 8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté (908 euros) en 2007, dont 2,4 millions de moins de 18 ans, et les conditions sociales ne se sont pas améliorées.

A l'occasion du vingtième anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant, ATD «appelle le gouvernement, les élus et les citoyens à des choix politiques et citoyens pour qu'aucun enfant ne soit condamné à vivre dans la misère» Cette misère conduit à l'obésité, à faire de ces enfants des assistés toute leur vie, ils sont condamnés dès leur plus jeune âge, et l'on ne se sort pas de cet engrenage infernal. Les échecs scolaires ne peuvent se rattraper, leur développement mental est atteint et des malformations natales plus fréquentes dans cette population par ce que les parents souffrent aussi de ces conditions de vie.

Beaucoup de parents ne mangent pas à leur faim, les enfants ne mangent plus dans les cantines scolaires c'est trop cher, et retournent chez eux manger un morceau de pain, et puis en classe s'endorment. Qu'est-ce qu'une situation de misère, c'est bien sûr le logement, mais aussi le manque de soins, et puis le regard des autres qui vous culpabilise à la vue de votre regard. Votre visage ne trompe pas les stigmates des difficultés à vivre sont visibles sur votre peau.

Avec 908 euros par mois, on ne peut vivre en payant un loyer et beaucoup vivent comme ils peuvent dans la rue, dans des voitures, dans des tentes, dans des logements insalubres ou l'humidité suinte de partout. Cette grande pauvreté ruine notre pays, il faut comprendre qu'ils représentent une partie de nos enfants que nous les laissons à la dérive, alors qu'ils sont aussi la future France. Les droits de l'homme et du citoyen que sont-ils devenus quand près de 8 millions de personnes sont dans cette situation !

Force est de constater, qu'aujourd'hui la misère est une violation des droits de l'enfant, celui du placement des enfants par décision administrative, de voir ses parents quand ils sont placés hors de leur famille. La grande majorité d'entres eux sont des enfants issus de la grande pauvreté, ce qui signifie un traumatisme cérébral dont on ne se remet jamais, la trace est indélébile. La précarité conditionne la précarité, pas besoin de grandes théories pour le comprendre, notre époque est terrible, elle ne fait aucun cadeau, le misérable reste misérable, et ce n'est pas les paroles de Sarkozy sur la valeur travail qu'ont gobés les Français, alors que la machine a bouffé le peu qui restait, qui fera que la situation puisse s'améliorer d'autant que nous avons une dette abyssale qu'il nous faudra rembourser. Et dans cette situation nos politiques se bouffent le nez, on pourrait presque se demander ce qu'ils savent faire d'autres alors qu'il y a un besoin urgent de donner à ceux qui ont besoin.

POUR ALLER PLUS LOIN LIRE LE RAPPORT DU CERC EN CLIQUANT SUR :

http://portier.canalblog.com/archives/2009/11/18/15842205.html

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vendredi 16 octobre 2009

ECONOMIE:L'HOMME ET LE PETROLE

Courrier international


La population est peu satisfaite des retombées liées à l’implantation d’entreprises étrangères. Les habitants d’Al-Mazzagh, au sud de Bagdad, sont les premiers à en témoigner.

C’est la première compagnie pétrolière étrangère à conclure un accord de production avec l’Etat irakien depuis 2003 [chute du régime de Saddam Hussein]. Ironie du sort, elle est originaire d’un pays qui fait de plus en plus figure de grand rival des Etats-Unis : la Chine. Un an après avoir signé un contrat de 3 milliards de dollars [2 milliards d’euros] pour l’exploitation pendant vingt-trois ans du petit gisement d’Al-Ahdab, dans la province de Wasit, au sud de Bagdad, la China National Petroleum Corporation (CNPC) a déjà trouvé du pétrole. Mais, à Al-Mazzagh, le village voisin, la grogne gagne les habitants. Ils se plaignent d’avoir été oubliés.

L’accord avec les Chinois montre que l’Irak est prêt à accueillir des groupes pétroliers étrangers. BP, Shell et de nombreux autres géants occidentaux se bousculent pour accéder à ce que le ministre du Pétrole, Hussein Sharistani, appelle la “dernière frontière” pour les grandes découvertes d’or noir. Avec un budget presque entièrement tributaire des revenus pétroliers, le gouvernement irakien s’efforce d’accroître la production, qui est à peine revenue au niveau d’avant 2003. Aussi s’est-il tourné vers les entreprises étrangères, lesquelles sont décidées à saisir une chance qui ne s’était pas présentée depuis des dizaines d’années. Les réserves de l’Irak figurent au troisième rang dans le monde et comprennent de nombreux gisements encore inexploités. Et, comme beaucoup de compagnies étrangères sont habituées à travailler dans des régions difficiles, la situation toujours délicate sur le plan sécuritaire ne sera pas de nature à les décourager.

Les autorités régionales du Kurdistan irakien ont signé quelques accords séparés avec des pétroliers étrangers. Mais le gouvernement ­central de Bagdad a jusqu’ici refusé de les reconnaître, et menace d’interdire aux compagnies signataires de participer aux appels d’offres pour d’autres contrats. Toutefois, la plus grosse difficulté viendrait des Irakiens vivant dans les zones productrices, comme les Chinois s’en sont aperçus à leurs dépens. Leurs opérations de forage sur le champ d’Ahdab se trouvent juste à côté du village d’Al-Mazzagh. Abou Abed, un habitant du village, voit se dresser juste en face de sa porte les murs antidéflagration et les miradors en béton qui protègent l’une des plates-formes de forage chinoises.

“Ils m’ont promis de m’indemniser, explique-t-il. Mais je n’ai toujours rien reçu.” L’arrivée des pétroliers avait également fait espérer la création de nombreux emplois.

“On croyait que tout le monde trouverait du travail”, se souvient Zahi. Jusqu’à présent, la CNPC n’a engagé que quelques vigiles. Elle assure ne pas pouvoir faire plus pour les gens du coin.

“Nous sommes désolés, mais ils ne possèdent pas les compétences nécessaires et ne parlent pas anglais”, justifie un cadre de la CNPC.

Même si, au village, certains continuent à dire que les Chinois sont les bienvenus, le climat s’est détérioré. Des actes de sabotage ont été signalés. Par exemple, des lignes électriques desservant les installations de forage ont été coupées. Le gouvernement irakien a renforcé la surveillance du complexe, et des hélicoptères d’une base américaine des environs survolent parfois le site. Une fois que la production aura démarré pour de bon, le projet sera appelé à se développer. Zahi met en garde contre des ennuis possibles si son village n’en tire pas alors quelques avantages tangibles.

“Les gens qui n’ont pas de boulot risquent de se mettre à piller.”

Si le ministre du Pétrole exhorte les habitants à la patience, il prévient qu’il faut tenir compte de leurs intérêts.

“Nous demandons aux compagnies pétrolières de construire les routes, les ponts et les autres infrastructures prévues par les contrats signés avec l’Etat, de façon que la population locale ait l’impression qu’elles sont là pour développer la région et pas seulement pour extraire le pétrole et l’emporter ailleurs.”

Une nouvelle ruée vers l’or noir se prépare peut-être en Irak. Mais la production va représenter la partie la plus facile de la tâche qui attend les Chinois et les nombreux groupes étrangers qui rêvent de s’y implanter. Pour le moment, une seule route goudronnée mène aux maisons d’Al-Mazzagh. Rares sont les villageois à avoir un emploi stable. L’électricité est pratiquement absente et les logements n’ont pas l’eau courante.

“La vie n’a pas changé depuis le départ de Saddam Hussein”, rappelle un homme.


Articles de Andrew  North publiés par Mondialisation.ca

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DROITS DE L'HOMME:FRANCE TELECOM NE REPOND PLUS

Nous sommes tous des salariés de France Telecom

La vague de suicides chez l'opérateur de télécommunications illustre l'échec de notre mode de vie et de travail, estime le quotidien de gauche athénien.

17.09.2009 | Roussos Varnas | Ta Nea

Des syndicalistes discutent à l'entrée des bureaux de France Telecom à Troyes, 10 septembre 2009. Un salarié de 49 ans s'y était poignardé la veille après avoir appris sa rétrogradation

Des syndicalistes discutent à l'entrée des bureaux de France Telecom à Troyes, 10 septembre 2009. Un salarié de 49 ans s'y était poignardé la veille après avoir appris sa rétrogradation

En l'espace de dix-huit mois, 23 salariés de France Télécom, société progressivement privatisée depuis 1997, se sont donné la mort. Le 11 septembre, une employée s'est tuée en se défenestrant, après un entretien avec son supérieur. A peine le nombre de victimes est-il mis à jour qu'un nouveau suicide est annoncé dans l'entreprise.

Avec la crise économique en arrière-plan, les raisons de ces actes désespérés ne sont pas à chercher bien loin, semble-t-il. Cette vague de suicides est un phénomène qui va très au-delà des personnes, de l'entreprise, voire de la France. En août, le ministère du Travail américain a annoncé que le nombre de suicides commis sur le lieu de travail était, aux Etats-Unis, en hausse de 28 % pour l'année 2008. [En tout, 251 suicides ont été recensés, le nombre le plus élevé depuis 1992 et l'apparition de statistiques sur le sujet.]

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir dans la décision du gouvernement français de transformer à tout prix une entreprise publique traditionnelle en un groupe multinational lucratif l'une des causes de cette vague de suicides chez France Télécom. Mais, quitte à fermer les yeux sur ce point, il est impossible de nier que nous assistons actuellement en Europe à une accélération des privatisations, alors même qu'il est évident que c'est la dérégulation des marchés financiers qui a provoqué la présente crise.

Certes, France Télécom n'est pas une banque, et il lui faut batailler dur pour protéger ses parts de marché face à ses puissants rivaux dans le secteur de la téléphonie mobile. Pourtant, ce n'est pas là le fond du problème. Un an après l'effondrement du système financier, la quête de nouvelles valeurs susceptibles de créer un système plus respectueux de la personne humaine se révèle infructueuse. Les derniers mois ont permis d'en prendre conscience. Personne ne peut en effet nier que la façon dont nous vivons et travaillons aujourd'hui, dans ce système qui nous est imposé, est insatisfaisante et dépassée.

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DROITS DE L'HOMME:JOURNEE MONDIALE CONTRE LA FAIM

"Un milliard d’affamés.

On en parle quand ?"            

                                             
Dans le cadre  des 30 ans d’Action contre la FaimJournée Mondiale de l’Alimentation,le 14 octobre,1000 visages de combattants de la faim se sont affichés et ont fait symboliquement  disparaître la faim Place du Palais Royal à Paris

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Action contre la faim se mobilise avec Avis de Tempête

Plus d'infos sur : http://www.actioncontrelafaim.org

ANALYSE:

A l'occasion de la journée de l'alimentation de ce vendredi , François Danel, Directeur général d'Action contre la faim a dialogué avec les metronautes.

       

François Danel, Directeur Général d'Action contre la faim

François Danel/Photo : DR

Sur un plan technique et scientifique, nous savons comment nourrir 6 milliards d'hommes, mais nous sommes confrontés à d'autres problèmes qui empêchent cet accès à la nourriture.

Bonjour, nous allons répondre à vos questions.

Pat : Bonjour. Ca sert à quoi une journée mondiale de l'alimentation ou la journée mondiale contre la misère ?
Bonjour. Une journée de ce type permet de mobiliser l'opinion publique française et mondiale à des causes et des enjeux importants en permettant une amplification médiatique. A Action contre la Faim, nous sommes convaincus que s'informer c'est déjà agir.

Ruche : Quels sont les pays les plus touchés par la faim ? Pour quelles raisons ?
L'Afrique reste le continent le plus touché en poids relatif, mais l'Asie avec une densité de population plus importante est le continent qui compte le plus de victimes de la faim. Les causes de la faim sont nombreuses : la pauvreté, les conflits, les épidémies, les catastrophes naturelles sont facteurs de malnutrition. Aujourd'hui ce sont aussi les changements climatiques et la crise économique qui aggravent l'insécurité alimentaire.

In : Comment se fait-il qu'il y ait encore des gens qui meurent de faim dans le monde ? La science ne nous a t'elle pas donné les moyens de nourrir tout le monde ?
Sur un plan technique et scientifique en effet, nous savons comment nourrir 6 milliards d'hommes, mais nous sommes confrontés à d'autres problèmes qui empêchent cet accès à la nourriture comme les guerres, la pauvreté, les déplacements de populations...

Sim : Quelle est la situation en France ?
Il y a des problèmes d'accès à la nourriture en France mais la question de la mortalité est sans commune mesure avec les situations des pays du Sud. Des associations comme "Les Restos du Cœur" ou le "Secours Catholique" et "Populaire" sont mobilisées avec efficacité sur cette question.

Uh : Quelles sont les missions d'Action contre la faim ? Ou êtes-vous présent ?
Action contre la Faim intervient dans les domaines de la nutrition, de l'accès à l'eau et de la sécurité alimentaire. Nous sommes très présents en Afrique dans des pays comme le Tchad, la Somalie et la Centrafrique mais également en Asie (Indonésie, Bangladesh, Afghanistan...).

Ethel : Y a-t-il un lien entre la faim dans le monde et les problèmes environnementaux ?
Oui Ethel. Les changements climatiques par exemple sont un facteur aggravant de l'insécurité alimentaire et de l'accès à l'eau des populations vulnérables du Sud. Par exemple, le réchauffement impacte la bande sahélienne rendant plus difficile l'agriculture et donc l'accès à la nourriture. Par ailleurs la multiplication des catastrophes naturelles endommage durablement les terres cultivables et à court terme, réduit l'accès à l'eau potable des populations les plus fragiles.

Vic : Qu'a donné le sondage : "La faim : une cause prioritaire pour les Français ?"
Tout d'abord, un résultat surprenant: près d'1 personne sur 2 n'a pas perçu l'aggravation de la faim depuis 30 ans et n'a pas conscience des véritables chiffres de ce fléau qui touche aujourd'hui plus d'1 milliard de personnes. Malgré cette méconnaissance et malgré le contexte de crise économique, les Français font néanmoins preuve d'un sentiment solidaire affirmé et ont envie de se mobiliser pour lutter contre la faim. Surtout, ils plébiscitent une solution de financement de la lutte contre la malnutrition que nous leur avons proposée : affecter à cette cause les intérêts des capitaux des assurances-vie qui n'ont pas de bénéficiaires. Ces intérêts sont estimés entre 150 et 250 millions d'euros par an et permettraient de sauver 1 million d'enfants atteints de la forme la plus grave de la malnutrition.

Fan : La faim touche aujourd'hui 1,02 milliard de personnes, soit un sixième de la population mondiale, selon un rapport de la FAO... Que fait la France ?
L'aide de la France reste insuffisante puisque le pourcentage de l'aide publique au développement (APD) est de 0,39% du PIB alors que les engagements de la communauté internationale sont fixés à 0,7% du PIB. De plus, la part accordée aux ONG dans cette aie, reste extrêmement faible : de 1 à 2 % de l'APD. Il faut que cette aide augmente et que de surcroît des mécanismes de financement innovants soient mis en place.

John : Pourquoi un tel silence ? L'Onu ou le Pam ne peuvent-ils rien faire ?
Il est difficile de parler de silence. Suite aux émeutes de la faim en 2008, les dirigeants des pays riches se sont mobilisés. Au dernier sommet du G8 à L'Aquila en Italie, 20 milliards de dollars ont été promis pour faire face aux enjeux de sécurité alimentaire. Néanmoins, nous attendons plus de suivi de ces engagements. Quant à l'ONU, une équipe spéciale d'action a été mise en place sous l'aide du secrétaire général de l'ONU pour renforcer la coordination des agences des Nations Unies et des institutions financières internationales. Le PAM a reçu une allocation exceptionnelle de 500 millions de dollars pour faire face aux nouveaux besoins. Tout ceci va dans le bon sens.

Reserve : Recevez-vous moins de dons depuis la crise ?
Nous continuons d'apprécier la générosité des Français qui, malgré la crise, continuent de donner à Action contre la Faim. En revanche la crise a quand même un impact puisque le don moyen est plus faible qu'avant la crise.

Aplle : Quelles sont les actions qu'un citoyen peut faire au quotidien ?
Encore une fois, s'informer c'est déjà agir ! Mais il est possible de faire plus en faisant un don régulier ou ponctuel pour soutenir le travail des équipes professionnelles d'ACF sur le terrain. Il est également possible de se mobiliser comme bénévole au sein des délégations régionales implantées partout en France.

Joli : 300 experts sont réunis à Rome, siège de la FAO, sur le thème "comment nourrir le monde en 2050", c'est quoi vos propositions ?
75% des gens qui souffrent de la faim sont des paysans. L'axe prioritaire pour les décennies à venir consiste à travailler sur l'agriculture et en particulier l'agriculture familiale. Il est important d'augmenter les investissements au profit de ce type d'agriculture qui bénéficient aux plus pauvres. Le message spécifique d'Action contre la Faim est d'insister sur l'urgence à traiter la malnutrition aigüe. Il ne peut y avoir de solution à la faim tant que les formes les plus graves de la faim meurtrière ne sont pas prise en compte à leur juste mesure.

Nadia : Pourquoi faites vous partie de l’Ultimatum Climatique ?
Parce qu'aujourd'hui nous estimons qu'il existe un lien entre la faim et les changements climatiques, facteurs aggravants. Il nous parait nécessaire de rejoindre une coalition qui aborde la question climatique de manière globale.

Merci à tous les métronautes d'avoir engagé un dialogue sur un sujet aussi important. Nous restons à votre écoute et à votre disposition au siège d'Action contre la Faim à Paris et sur le site internet de l'association www.actioncontrelafaim.org. La faim n'est pas une fatalité, aidez-nous à la combattre !

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